Cotonnier des Barbades (Candolle, 1882)

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Nom accepté : Gossypium barbadense L.

Cotonnier arborescent
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Arachide


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Cotonnier des Barbades. — Gossypium barbadense, Linné.

Lors de la découverte de l'Amérique, les Espagnols trouvèrent la culture et l'emploi du coton établis généralement des Antilles au Pérou et du Mexique au Brésil. C'est un fait constaté par tous les historiens de l'époque. Mais de quelles espèces venaient ces cotons américains et dans quelles contrées étaient-elles indigènes ? C'est ce qu'il est encore très difficile de savoir. La distinction botanique des espèces ou variétés américaines est embrouillée au plus haut degré. Les auteurs, même ceux qui ont vu de grandes collections de Cotonniers vivants, ne s'accordent pas sur les caractères. Ils sont gênés aussi par la difficulté de savoir quels noms spécifiques de Linné doivent être conservés, car les définitions primitives ne sont pas suffisantes. L'introduction de graines américaines dans les cultures d'Afrique et d'Asie a compliqué encore les questions, les botanistes de Java, Calcutta, Bourbon, etc., ayant décrit souvent les formes américaines comme des espèces, sous des noms divers. M. Todaro admet une dizaine d'espèces d'Amérique ; Parlatore les réduisait à trois, qui selon lui répondent au Gossypium hirsutum, G. barbadense et G. religiosum de Linné ; enfin le Dr Masters réunit toutes les formes américaines en une seule qu'il nomme G. barbadense, et il lui donne pour caractère principal que la graine porte uniquement de longs poils, tandis que les espèces de l'ancien monde ont un duvet court au-dessous des poils allongés 1. La fleur est jaune, avec un fond rouge. Le coton est blanc ou jaune. Parlatore s'est efforcé de classer 50 ou 60 des formes cultivées dans les trois espèces qu'il admettait, sur le vu des plantes dans les jardins ou les herbiers. Le Dr Masters mentionne peu de synonymes, et il est possible que certaines formes dont il n'a pas eu connaissance ne rentrent pas dans la définition de son espèce unique.

Avec une pareille confusion, le mieux serait pour les botanistes de chercher avec soin les Gossypium spontanés en Amérique, de constituer les espèces, ou l'espèce, uniquement sur eux, et de laisser aux formes cultivées leurs noms baroques, souvent absurdes, qui trompent sur l'origine. J'émets ici cette opinion, parce que dans aucun autre genre de plantes cultivées je n'ai senti aussi fortement que l'histoire naturelle doit se baser sur les faits naturels et non sur les produits artificiels de la culture.

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1. Masters, dans Oliver, Flora of tropical Africa, 1, p. 322, et dans Hooker, Flora of brit. India, 1, p. 347.


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Si l'on veut partir de ce point de vue, — qui a le mérite d'être une méthode vraiment scientifique, — il faut constater malheureusement que, pour les Cotonniers indigènes en Amérique, les connaissances sont encore bien peu avancées. C'est tout au plus si l'on peut citer deux collecteurs ayant trouvé des Gossypium vraiment spontanés, semblables ou très analogues à telle ou telle forme des cultures.

Il est rare qu'on puisse se fier aux anciens botanistes et voyageurs pour la qualité de plante spontanée. Les Cotonniers lèvent quelquefois dans le voisinage des plantations et se naturalisent plus ou moins, le duvet de leurs graines facilitant les transports accidentels. L'expression ordinaire des vieux auteurs : le Cotonnier de tel nom croît dans tel pays, signifie souvent une plante cultivée. Linné lui-même, en plein xviiie siècle, dit souvent d'une espèce cultivée : « Habitat, » et même il le dit quelquefois à la légère 1. Parmi les auteurs du XVIe siècle, un des plus exacts, Hernandez, est cité pour avoir décrit et figuré un Gossypium sauvage au Mexique ; mais le texte fait douter un peu de la condition spontanée 2 de cette plante que Parlatore rapporte au G. hirsutum, Linné. Dans son catalogue des plantes du Mexique, M. Hemsley 3 se borne à dire d'un Gossypium qu'il nomme barbadense : « cultivé et sauvage. » De cette dernière condition, il ne fournit aucune preuve. Mac Fadyen 4 parle de trois formes sauvages et cultivées à la Jamaïque. Il leur attribue des noms spécifiques et ajoute qu'elles rentrent peut-être dans le G. hirsutum, Linné. Grisebach 5 admet la spontanéité d'une espèce, G. barbadense, aux Antilles. Quant aux distinctions spécifiques, il déclare ne pas pouvoir les établir sûrement.

Pour la Nouvelle-Grenade, M. Triana 6 décrit un Gossypium, qu'il appelle G. barbadense, Linné, qu'il dit : « cultivé et subspontané le long du Rio Seco, province de Bogota, et dans la vallée du Cauca, près de Cali ; » et il ajoute une variété hirsutum croissant (il ne dit pas si c'est spontanément) le long du Rio Seco.

Je ne puis découvrir aucune assertion analogue pour le Pérou, la Guyane et le Brésil 7 ; mais la flore du Chili, publiée par Cl. Gay 8, mentionne un Gossypium « quasi spontané dans la province de Copiapo », que l'auteur rapporte à la forme du G. peruvianum, Cavanilles. Or cet auteur ne dit pas la plante

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1. Il a dit, par exemple, du Gossypium herbaceum, qui est certainement de l'ancien monde, d'après les faits connus avant lui : Habitat in America.

2. Nascitur in calidis, humidisque, cultis præcipue, locis. (Hernandez, Novæ Hispaniæ thesaurus, p. 308.)

3. Hemsley, Biologia centrali-americana, 1, p. 123.

4. Mac Fadyen, Flora of Jamaica, p. 72.

5. Grisebach, Flora of brit. W. India islands, p. 86.

6. Triana et Planchon, Prodr. fl. novo-granatensis, p. 170.

7. Les Malvacées n'ont pas encore paru dans le Flora brasiliensis.

8. Cl. Gay, Flora chilena, 1, p. 312.


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spontanée, et Parlatore la classe dans le G. religiosum, Linné.

Une forme importante dans la culture est celle du coton à longue soie, appelé par les Anglo-Américains Sea island, ou Long staple cotton, que Parlatore rapporte au G. barbadense, Linné. On la regarde comme américaine d'origine, mais personne ne dit l'avoir vue sauvage.

En résumé, si les documents historiques sont positifs en ce qui concerne un emploi du coton en Amérique depuis des temps bien antérieurs à l'arrivée des Européens, l'habitation spontanée de la plante ou des plantes qui fournissaient cette matière est encore très peu connue. On s'aperçoit, dans cette occasion, de l'absence, pour l'Amérique tropicale, d'ouvrages analogues aux flores des colonies anglaises et hollandaises d'Afrique et d'Asie.