Concombre musqué (Potager d'un curieux, 1899)

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Concombre du Sikkim
Potager d'un curieux, Introduction
Corète potagère


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Nom accepté : Sicana odorifera


CONCOMBRE MUSQUÉ


Calabaza de China. Curuba ou Curua (au Brésil).


Sicana odorifera Ndn., Ann. des sc. nat., sér. 4, vol. 18, p. 181, tab. 8 ; Cogniaux, Flora Brasil., fasc. 78, p. 22, tab. 3, et Monographiæ Phanerogam., p. 522 ; Ed. André, Rev. horticole, 1890, p. 515 (avec figure coloriée).


Fam. des Cucurbitacées.


Plante vivace, originaire du Brésil, cultivée dans les parties tropicales de l'Amérique méridionale et dans l'Amérique centrale.

M. de Lafon nous a donné, eu 1888, un sachet de graines de cette curieuse plante, qu'il avait observée dans son voyage au Costa-Rica.

Il avait joint à l'envoi une note exlraite du Manual del Jardinero y Arbolista, par Julio Rossignon, avec la traduction que nous reproduisons ci-dessous : « On trouve dans l'Amérique centrale une variété de Concombre appelée, au Guatémala et dans toutes les provinces centro-américaines, fort improprement, Melocoton et Calabasa de China à Panama, qui est remarquable par sa dimension, son beau feuillage, ses fleurs épaisses, de couleur jaune clair, et surtout par ses fruits qui, à maturité, passent à une couleur rouge violacé


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Fig. 22. — Concombre musqué (Sicana odorifera.)

A. Portion de rameau avec vrille, feuille et fleur femelle.

1. Bouton de fleur mâle, non épanoui.

2. Fleur mâle ouverte, montrant les lobes refléchis du calice et de la corolle.

3. Fleur mâle, coupe longitudinale, montrant les étamines.

4. Fleur femelle, montrant le pistil et l'ovaire coupé longitudinalement.


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et répandent une odeur très forte, légèrement musquée.

« Dans l'Amérique centrale, on place les fruits mûrs, de cette Cucurbitacée, à laquelle nous avons donné le nom de Cucumis Abelmoschus elatior, dans les chapelles pendant la Semaine sainte et à la Nativité, où ils répandent une odeur douce. On les sert quelquefois cuits dans le sirop, à la moitié et aux trois quarts de leur grosseur, et on les assaisonne de la même manière que les Patates.

« Comme dans les pays chauds les légumes font généralement défaut, il nous a paru intéressant, pour ceux de nos lecteurs qui ignorent les propriétés de cette Cucurbitacée, d'entrer dans ces détails. De plus, la Calabaza de China peut se cultiver comme plante d'ornement pour tapisseries murailles, former des treilles ou la faire mouler à la cime de quelque grand arbre ; rien n'est agréable à voir comme une treille (berceau, tonnelle) chargée de fruits violet foncé ou rougeâtres, entremêlés de fleurs d'un jaune d'or et de feuilles vertes. »

Ces graines n'ont pas germé dans le jardin de Crosne.

M. Naudin, directeur de la Villa Thuret, à Antibes, a été plus heureux que nous. Il a obtenu la plante et a pu récolter deux fruits qui ont été le sujet de la note suivante, publiée dans la Revue horticole, de 1889, pnge 35 :

« Le Sicana odorifera est une remarquable Cucurbitacée du Brésil dont les tiges grimpantes, de 8 à 10 mètres ou plus, s'appliquent sur les murs les plus lisses à l'aide de leurs vrilles, dont les extrémités s'épalent en ventouses très adhérentes, ce qui n'est pas particulier à cette espèce. Elle est monoïque, à fleurs jaunes, et ses fleurs femelles fécondées donnent naissance à des fruits cylindriques, de la taille d'un très gros Concombre ou


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d'une petite Courge musquée (Cucurbita moschata), qui deviennent rouges ou orangés en mûrissant. Ils sont comestibles, mais non du goût de tout le monde, à cause de leur odeur aromatique. On s'en sert comme moyen d'éloigner des appartements les insectes, que cette odeur met en fuite.

« Le Sicana exige plus de chaleur que nos Cucurbitacées ordinaires, même plus que les grandes variétés de Courges musquées qui mûrissent rarement à Paris. Ce sera donc une plante méridionale, du moins tant qu'elle n'aura pas produit de variétés moins exigeantes et plus précoces. Elle aurait parfaitement réussi à Antibes si l'été de cette année avait été normal ; mais il fut exceptionnellement froid et tout en a été retardé de plus d'un mois dans les jardins.

« Nous avons toutefois obtenu deux fruits après fécondation artificielle, et l'un deux, qui me paraît avoir atteint toute sa taille, mûrira peut-être dans l'appartement chauffé où on le tient en réserve. Si cela arrive, nous aurons des graines pour recommencer notre expérience, et probablement avec un succès plus complet, car les années, comme les jours, se suivent et ne se ressemblent pas.

« Je viens de parler de la possibilité d'obtenir du Sicana, plus tôt ou plus tard, des variétés mieux appropriées à nos climats que les plantes de première introduction. Que l'on regarde ce résultat comme un fait d'acclimatation ou que l'on en juge autrement, le fait n'en est pas moins certain pour les Cucurbitacées d'origine exotique que nous cultivons depuis longtemps dans nos jardins. Toutes les fois que j'ai reçu des graines de ces mêmes espèces venant de pays tropicaux, les plantes ont été plus difficiles à élever et plus tardives que leurs similaires de France anciennement inlroduites et en


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quelque sorte assouplies par une longue culture. On peut donc espérer qu'il en sera de même pour le Sicana et vraisemblablement de plusieurs autres espèces. »

Les fruits récoltés par M. Naudin ont parfaitement mûri et ont permis à M. Ed. André (loc. cit.) d'en publier une bonne figure coloriée. Nous avons vu ces fruits chez le rédacteur en chef de la Revue horticole et nous sommes parfaitement de son avis lorsqu'il dit qu'ils exhalaient une odeur pénétrante de Pomme de Reinette.