Cerisier des oiseaux (Candolle, 1882)

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Nom accepté : Prunus avium L.

Fraisier
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Cerisier commun ou Griottier

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Cerisier des oiseaux. — Prunus avium, Linné. — Süsskirschbaum des Allemands.

J'emploie le mot Cerisier parce qu'il est usuel et sans inconvénient pour les espèces ou variétés cultivées, mais l'étude des espèces voisines non cultivées confirme l'opinion de Linné que les Cerisiers ne peuvent pas être séparés, comme genre, des Pruniers.

Toutes les variétés de Cerisiers cultivés se rapportent à deux espèces, qu'on trouve à l'état sauvage, savoir : 1° Prunus avium, Linné, d'une taille élevée, à racines ne poussant pas de rejetons, ayant le dessous des feuilles pubescent, le fruit d'une saveur douce ; 2° Prunus Cerasus, Linné, moins élevé, poussant des rejetons sur les racines, à feuilles entièrement glabres et fruit plus ou moins acide ou amer.

La première de ces espèces, de laquelle on pense que les Bigarreautiers et Merisiers sont provenus, se trouve sauvage en Asie : dans les forêts du Ghilan (nord de la Perse), des pro-


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vinces russes du midi du Caucase et de l'Arménie 1 ; en Europe : dans le midi de la Russie, et généralement depuis la Suède méridionale jusque dans les parties montueuses de la Grèce, de l'Italie et de l'Espagne 2. Elle existe même en Algérie 3.

A mesure qu'on s'éloigne de la région située au midi de la mer Caspienne et de la mer Noire, l'habitation du Cerisier des oiseaux paraît moins fréquente, moins naturelle et déterminée davantage, peut-être, par les oiseaux qui recherchent avidement ses fruits et les portent de proche en proche 4. On ne peut pas douter qu'elle s'est naturalisée de cette manière, à la suite des cultures, dans le nord de l'Inde 5, dans beaucoup de plaines du midi de l'Europe, à Madère 6, et çà et là aux Etats-Unis 7 ; mais il est probable que pour la plus grande partie de l'Europe cela est arrivé dans des temps anciens, préhistoriques, attendu que les oiseaux agissaient avant les premières migrations des peuples, avant même qu'il y eût des hommes en Europe. L'habitation se serait étendue dans cette région lorsque les glaciers ont diminué.

Les noms vulgaires dans les anciennes langues ont été l'objet d'un savant article d'Adolphe Pictet 8, mais on ne peut rien en déduire sous le rapport de l'origine, et d'ailleurs les diverses espèces ou variétés ont été souvent confondues dans la nomenclature populaire. Il est bien plus important de savoir si l'archéologie nous apprend quelque chose sur la présence du Cerisier des oiseaux en Europe, dans les temps préhistoriques.

M. Heer a figuré des noyaux du Prunus avium dans son mémoire sur les palafittes de la Suisse occidentale 9. D'après ce qu'il a bien voulu m'écrire, en date du 14 avril 1881, ces noyaux venaient d'une tourbe au-dessus des anciens dépôts de l'âge de pierre. M. de Mortillet 10 a constaté des noyaux semblables dans les habitations palafittes du lac de Bourget d'une époque peu reculée, postérieure à l'âge de pierre. M. le Dr Gross m'en a communiqué de la station, également peu ancienne, de Corcelette, dans le lac de Neuchâtel, et MM. Strobel et Pigorini en ont découvert dans la « terramare » de Parme 11. Ce sont toujours des stations moins anciennes que l'âge de pierre et

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1. Ledebour, Fl. ross., 2, p. 6 ; Boissier, Fl. orient., 2, p. 649.

2. Ledebour, l c. ; Fries, Summa Scandiv. p. 46 ; Nyman, Conspectus fl. europ. p. 213 ; Boissier, l. c. ; Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp., 3, p. 245.

3. Munby, Catal. Alg., ed. 2, p. 8.

4. Comme les cerises mûrissent après la saison où les oiseaux émigrent, c'est surtout dans le voisinage des plantations qu'ils dispersent les noyaux.

5. Sir J. Hooker, Fl. of brit. India.

6. Lowe, Manual of Madeira, p. 235.

7. Darlington, Fl. cestrica, ed. 3, p. 73.

8. Ad. Pictet, Origines indo-européennes, éd. 2, vol. 1, p. 281.

9. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, p. 24, fig. 17, 48, et p. 26.

10. Dans Perrin, Etudes préhistoriques sur la Savoie, p. 22.

11. Atti Soc. ital. sc. nat., vol. 6.


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peut-être d'un temps historique. Si l'on ne découvre pas des noyaux plus anciens de cette espèce en Europe, il deviendra vraisemblable que la naturalisation n'est pas antérieure aux migrations des Aryas.