Cajan (Candolle, 1882)
Nom accepté : Cajanus cajan (L.) Huth
[266]
Cajan. — Cajanus indicus, Sprengel. — Cytisus Cajan, Linné.
Cette Légumineuse, très souvent cultivée dans les pays tropicaux, est de la nature des arbustes ; mais elle fructifie dès la première année, et dans quelques pays on aime mieux la cultiver comme une plante annuelle. Ses graines sont un article important de la nourriture des nègres ou des indigènes, tandis que les colons européens ne les recherchent guère, si ce n'est pour les manger avant maturité, comme nos petits pois.
La plante se naturalise avec une grande facilité dans de mauvais terrains, hors des cultures, même aux Antilles, d'où elle n'est certainement pas originaire 1.
A l'île Maurice, elle se nomme Ambrevade ; dans les colonies anglaises, Doll, Pigeon-Pea, et dans les Antilles anglaises ou françaises, Pois d'Angola, Pois de Congo, Pois pigeon.
Chose singulière, pour une espèce répandue dans les trois continents, les variétés ne sont pas nombreuses. On en signale deux, basées uniquement sur la couleur jaune ou teintée de rouge des fleurs, qui ont été regardées quelquefois comme des espèces distinctes, mais que des observations plus attentives ramènent à une seule, conformément à l'opinion de Linné 2. Le petit nombre des variations obtenues, même dans l'organe pour lequel on cultive l'espèce, est un indice de culture pas très ancienne. C'est cependant ce qu'il faut chercher ; car l'habitation préculturale est incertaine. Les meilleurs botanistes ont supposé tantôt l'Inde et tantôt l'Afrique intertropicale. M. Bentham, qui a beaucoup étudié les Légumineuses, croyait en 1861 à l'origine africaine, et en 1865 il inclinait plutôt vers l'origine asiatique 3. Le problème est donc assez intéressant.
Et d'abord il ne peut pas être question d'une origine américaine. Le Cajan a été introduit aux Antilles de la côte d'Afrique par la traite des nègres, comme l'indiquent les noms vulgaires déjà cités 4 et l'opinion unanime des auteurs de flores américaines. On l'a porté également au Brésil, à la Guyane et dans toutes les régions chaudes du continent américain.
La facilité avec laquelle cet arbuste se naturalise empêcherait, à elle seule, d'accorder beaucoup de poids au dire des collecteurs, qui l'ont trouvé plus ou moins spontané en Asie ou en Afrique, et de plus ces assertions ne sont pas précises. Généralement elles sont accompagnées de doutes. La plupart des
____________________
1. De Tussac, Flore des Antilles, vol. 4, p. 94, pl. 32 ; Grisebach, Fl. of brit. w. Ind., 1, p. 191.
2. Voir sur cette question Wight et Arnott, Prodr. fl. penins. ind., p. 256 ; Klotzsch, dans Peters, Reise nach Mozambique, 1, p. 36. La variété à fleur jaune est figurée dans Tussac, l. c. ; celle à fleur colorée de rouge, dans le Botanical register, 1845, pl. 31.
3. Bentham, Flora Hongkongensis, p. 89 ; Flora brasil., vol. 15, p, 199 ; Bentham et Hooker, Gen., I, p. 541.
4. De Tussac, Flore des Antilles ; Jacquin, Obs., p. 1.
[267]
anteurs de flores de l'Inde continentale n'ont vu la plante qu'à l'état cultivé 1. Aucun, à ma connaissance, n'affirme la qualité spontanée. Pour l'île de Ceylan, Thwaites 2 s'exprime ainsi : « On dit qu'elle n'est pas réellement sauvage, et les noms du pays paraissent le confirmer. » Sir Jos. Hooker, dans sa flore de l'Inde anglaise, dit : « Sauvage ? et cultivée jusqu'à 6000 pieds dans l'Himalaya. » Loureiro 3 l'indique cultivée et non cultivée « en Cochinchine et en Chine. » Les auteurs chinois ne paraissent pas en avoir parlé, car l'espèce n'est pas nommée dans l'opuscule du Dr Bretschneider, On study, etc. Dans les îles de la Sonde, elle est mentionnée comme cultivée, et même assez rarement à Amboine, à la fin du dix-septième siècle, d'après Rumphius 4. Forster ne l'avait pas vue dans les îles de la mer Pacifique lors du voyage de Cook, mais Seemam nous apprend que les missionnaires l'ont introduite depuis peu dans les jardins des îles Fidji 5. Tout cela fait présumer une extension peu ancienne de la culture à l'est et au midi du continent asiatique. Outre la citation de Loureiro, je vois qu'on indique l'espèce sur la montagne de Magelang, de l'île de Java 6 ; mais, en supposant une véritable et ancienne spontanéité dans ces deux cas, il serait bien extraordinaire qu'on ne trouvât pas également l'espèce dans beaucoup d'autres localités asiatiques.
L'abondance des noms indiens et malais 7 montre une culture assez ancienne. Piddington indique même un nom sanscrit, Arhuku, que Roxburgh ne connaissait pas, mais il ne donne aucune preuve à l'appui de son assertion. Le nom peut avoir été simplement supposé, d'après les noms hindou et bengali Urur et Orol. On ne connaît pas de nom sémitique.
En Afrique, le Cajan est signalé souvent de Zanzibar à la côte de Guinée 8. Les auteurs le disent cultivé, ou ne s'expliquent pas à cet égard, ce qui semble indiquer des échantillons quelquefois spontanés. En Egypte, la culture est toute moderne, du XIXe siècle 9.
En résumé, je doute que l'espèce soit vraiment spontanée en Asie et qu'elle s'y trouve depuis plus de 3000 ans. Si les anciens peuples l'avaient connue, elle serait arrivée à la connaissance des Arabes et des Egyptiens avant notre époque. Au contraire, dans l'Afrique équatoriale, il est possible qu'elle existe, sauvage ou cultivée, depuis un temps très long, et qu'elle soit arrivée en
____________________
1. Rheede, Roxburgh, Kurz, Burm. flora, etc.
2. Thwaites, Enum. plant. Ceylan.
3. Loureiro, Fl. cochinch., p. 365.
4. Rumphius, Amb., vol. 5, t. 135.
5. Seemann, Flora Vitiensis, p. 74.
6. Junghuhn, Plantæ Jungh., fasc. 1, p. 241.
7. Piddington, Index ; Rheede, Malab., 6, p. 23 ; etc.
8. Pickering, Chronol. arrangement of plants, p. 442 ; Peters, Reise, p. 36 ; R. Brown, Bot. of Congo, p. 53 ; Oliver, Flora of tropical Africa, 2, p. 216.
9. Bulletin de la Soc. d'acclimatation, 1871, p. 663.
[268]
Asie par d'anciens voyageurs faisant le trafic de Zanzibar à l'Inde et Ceylan.
Le genre Cajanus n'a qu'une espèce, de sorte qu'on ne peut invoquer aucune analogie de distribution géographique pour le croire d'Asie plutôt que d'Afrique, ou vice versa.