Cédratier, Citronnier, Limonier (Candolle, 1882)

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Noms acceptés : Citrus medica L. (cédratier), Citrus limon Burm. f. (citronnier)

Pompelmouse
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Oranger


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Cédratier, Citronnier, Limonier. — Citrus medica, Linné.

Cet arbre, de même que l'Oranger ordinaire, est glabre dans toutes ses parties. Son fruit, plus long que large, est surmonté, dans la plupart des variétés, par une sorte de mamelon. Le suc est plus ou moins acide. Les jeunes pousses et les pétales sont


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fréquemment teintés de rouge. La peau du fruit est souvent bosselée, très épaisse dans certaines sous-variétés 1.

Brandis et sir Joseph Hooker distinguent quatre variétés cultivées :

Citrus medica proprement dit (Cédratier des Français ; Citron des Anglais ; Cedro des Italiens) ; à gros fruit non sphérique, dont la peau, très aromatique, est couverte de bosselures, et dont le suc, peu abondant, n'est pas très acide. D'après Brandis, il se nommait Vijapûra en sanscrit.

Citrus medica Limonum (Citronnier des Français ; Lemon des Anglais) : à fruit moyen, non sphérique, et suc abondant, acide.

C. medica acida (C. acida Roxburgh) ; à petites fleurs, fruit ordinairement petit, de forme variable, et suc très acide. D'après Brandis, il se nommait Jambira en sanscrit.

Citrus medica Limetta (C. Limetta et C. Lumia de Risso) ; à fleurs semblables à celles de la variété précédente, mais à fruit sphérique et suc doux, pas aromatique. Dans l'Inde, on le nomme Sweet Lime, c'est-à-dire Limon doux.

Le botaniste Wight affirme que cette dernière variété est sauvage dans les monts Nilghiris, de la péninsule indienne. D'autres formes, qui se rapportent plus ou moins exactement aux trois autres variétés, ont été trouvées par plusieurs botanistes anglo-indiens 2, à l'état sauvage, dans les régions chaudes au pied de l'Himalaya, du Garwal au Sikkim, dans le sud-est à Chittagong et Burma, enfin au sud-ouest dans les Ghats occidentaux et les monts Satpura. Il n'est pas douteux, d'après cela, que l'espèce ne soit originaire de l'Inde, et même sous différentes formes, dont l'ancienneté se perd dans la nuit des temps préhistoriques.

Je doute que sa patrie s'étende vers la Chine ou les îles de l'archipel asiatique. Loureiro mentionne le Citrus medica, en Cochinchine, seulement comme cultivé, et Bretschneider nous apprend que le Lemon a des noms chinois qui n'existent pas dans les anciens ouvrages et qui ont des signes compliqués dans l'écriture, ce qui indique une espèce plutôt étrangère. Il peut, dit-il, avoir été introduit. Au Japon, l'espèce est seulement cultivée 3. Enfin plusieurs des figures de Rumphius montrent des variétés cultivées dans les îles de la Sonde, mais dont aucune n'est considérée par l'auteur comme vraiment sauvage et originaire du pays. Pour indiquer la localité, il se sert quelquefois de l'expression in hortis sylvestribus, qu'on peut traduire par « les bosquets ». En parlant de son Lemon Sussu (vol. 2, pl. 25), qui est un Citrus medica à fruit ellipsoïde acide, il dit qu'on l'a introduit à Amboine, mais qu'il est plus commun à Java : « le

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1. Cédrat à gros fruit du nouveau Duhamel, 7, p. 68, pl. 22.

2. Royle, Ill. Himalaya, p. 129 ; Brandis, Forest flora, p. 52 ; Hooker, Flora of brit. India, 1, p. 514.

3. Franchet et Savatier, Enum. plant. Japoniæ, p. 129.


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plus souvent dans les forêts. » Ce peut être l'effet d'une naturalisation accidentelle, par suite des cultures. Miquel, dans sa flore moderne des Indes hollandaises 1, n'hésite pas à dire que les C. medica et Limonum sont seulement cultivés dans l'Archipel.

La culture des variétés plus ou moins acides s'est répandue de bonne heure dans l'Asie occidentale, du moins dans la Mésopotamie et la Médie. On ne peut guère en douter, puisque deux formes avaient des noms sanscrits, et que d'ailleurs les Grecs ont eu connaissance du fruit par les Mèdes, d'où est venu le nom de Citrus medica. Théophraste 2 en a parlé le premier, sous le nom de Pomme de Médie et de Perse, dans une phrase souvent répétée et commentée depuis deux siècles 3. Elle s'applique évidemment au Citrus medica ; mais, tout en expliquant de quelle manière on sème la graine dans des vases, pour les transplanter ensuite, l'auteur ne dit pas si cela se pratiquait en Grèce ou s'il décrivait un usage des Mèdes. Probablement, les Grecs ne cultivaient pas encore le Cédratier, car les Romains ne l'avaient pas dans leurs jardins au commencement de l'ère chrétienne. Dioscoride, né en Cilicie et qui écrivait dans le Ier siècle, en parle 4 à peu près dans les mêmes termes que Théophraste. On estime que l'espèce a été cultivée en Italie dans le iiie ou le ive siècle, après des tentatives multipliées 5. Palladius, dans le ve siècle, en parle comme d'une culture bien établie.

L'ignorance des Romains de l'époque classique au sujet des plantes étrangères à leur pays les a fait confondre, sous le nom de lignum citreum, le bois du Citrus, avec celui du Cedrus, dont on faisait de fort belles tables, et qui était un Cèdre ou un Thuya, de la famille toute différente des Conifères.

Les Hébreux ont dû avoir connaissance du Cédratier avant les Romains, à cause de leurs rapports fréquents avec la Perse, la Médie et les contrées voisines. L'usage des Juifs modernes de se présenter à la synagogue, le jour des Tabernacles, un cédrat à la main, avait fait croire que le mot Hadar du Lévitique signifiait citron ou cédrat ; mais Risso a montré, par la comparaison des anciens textes, que ce mot signifie un beau fruit ou le fruit d'un bel arbre. Il croit même que les Hébreux ne connaissaient pas le Citronnier ou Cédratier au commencement de notre ère, parce que la version de Septante traduit Hadar par fruit d'un très bel arbre. Toutefois les Grecs ayant vu le Cédratier en Médie et en Perse du temps de Théophraste, trois siècles avant Jésus-Christ, il serait singulier que les Hébreux n'en aient pas eu

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1. Miquel, Flora indo-bat., 1, part. 2, p. 528.

2. Theophrastes, 1. 4, c. 4.

3. Bodæus dans Theophrastes, ed. 1644, p. 322, 343 ; Risso, Traité du Citrus, p. 198 ; Targioni, Cenni storici, p. 196.

4. Dioscorides, 1, p. 166.

5. Targioni, l. c.


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connaissance lors de leur captivité à Babylone. D'ailleurs l'historien Josèphe dit que, de son temps, les Juifs portaient à leur fête des pommes de Perse, malum persicum, et c'est un des noms du cédrat chez les Grecs.

Les variétés à fruit très acide, comme le Limonum et l' acida, n'ont peut-être pas attiré l'attention aussi promptement que le Cédratier, cependant l'odeur aromatique intense, dont parlent Théophraste et Dioscoride, paraît les indiquer. Ce sont les Arabes qui ont étendu beaucoup la culture du Limonier (Citronnier des Français) en Afrique et en Europe. D'après Gallesio, ils l'ont portée, dans le xe siècle de notre ère, des jardins de l'Oman en Palestine et en Egypte. Jacques de Vitry, dans le xiiie siècle, décrit très bien le limon, qu'il avait vu en Palestine. Un auteur, appelé Falcando, mentionne, en 1260, des « Lumias » très acides, qu'on cultivait autour de Palerme, et la Toscane les avait aussi à la même époque 1.

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1. Targioni, l. c., p. 217.