Acajou (Arveiller)
Arveiller, Raymond, 1963. Contribution à l'étude des termes de voyage en français (1505-1722). Paris, d'Artrey. 571 p.
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Noms acceptés : Anacardium occidentale, acaiacatinga, acaiucatinga : Swietenia macrophylla, Swietenia mahagoni étant absent du Brésil et de Guyane ; acapu : Vouacapoua americana, acaia, port. cajá : Spondias mombin (Anacardiaceae comme le cajou)
Le mot français pose deux problèmes principaux. Apparu en 1558, il a d'abord désigné un arbre à fruit, l'anacardium occidentale du Brésil. Constitue-t-il un emprunt au portugais, comme l'indiquent les dictionnaires étymologiques de Bloch-v. Wartburg et de M. Dauzat, ou un emprunt direct à un parler brésilien ? A partir de 1640, le terme désigne aussi un arbre bien différent du précédent, le swietenia mahagony, utilisé pour son beau bois rouge. Peut-on expliquer ce transfert ?
Nos dictionnaires étymologiques précisent que le mot apparaît dans notre langue sous la forme acaiou (1558), puis sous la forme acajou (1578) ; M. Dauzat donne les auteurs, respectivement Thevet et Léry. Si l'on se reporte aux relations de ces voyageurs, on s'aperçoit que le mot a peu de chances d'être chez eux un emprunt au portugais. A. Thevet s'est maintes fois intéressé aux noms « sauvages » des animaux et des plantes du Brésil, dans ses Singularitez (1557). Il parlera ainsi de telle gomme « laquelle ils nomment usub [1] [= rocou] », de telle racine « qu'ils appellent manihot [2] », de telle herbe « qu'ils nomment en leur langue Petun [3] » ; même procédé pour les animaux : « comme une [beste] qu'ils appellent Coaty [4] », « qu'ils appellent en leur langue Toucan [5] » ; « ils la nomment Haü, ou Hauthi [6] [= aï] ». C'est pourquoi il devait se faire gloire, dans sa Cosmographie universelle, d'avoir fait passer des mots « sauvagées » en français et par là de les avoir fait connaître aux Européens :
- « Au reste, ie puis dire, qu'en tous ces quartiers là, et tirant le long de la mer, et par les isles depuis là iusques au destroict de Magellan, les pauures Barbares ne sceurent onc que c'estoit de chien, chat, cheual, mulet, bœuf, porc ne brebis, non plus que nous sçauions quelles bestes c'estoient que le Haüthi, Thatou, ou l'oiseau nommé Toucan, si ie ne les eusse veuz en l'Antarctique, et donné leur nom à congnoistre à la postérité [7]. »
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- ↑ P. 157.
- ↑ P. 127.
- ↑ P. 157.
- ↑ P. 253.
- ↑ P. 239.
- ↑ P. 262. Cf. encore « tatou », p. 125 ; « sariconienne [= sarigue] » p. 284, sans parler des nombreux termes qui n'ont pas vécu en français : « pacona » et « hoyriri », p. 161 ; « arignane », p. 224 ; « Vhebehasou », p. 258, etc.
- ↑ F. 81 r°.
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Or justement Thevet présente acaïou comme un terme indigène :
- « Le païs au surplus est trop meilleur qu'il n'appartient a telle canaille [les « Canibales »] : car il porte fruits en abondance, herbes et racines cordiales, auec grande quantité d'arbres qu'ils nomment Acaïous, portans fruits gros comme le poin, en forme d'un œuf d'oye [1]. »
De semblables remarques peuvent être faites à propos de Jean de Léry, membre de l'expédition de Villegagnon. Evitant le voisinage « des Portugallois » qui lui portaient « une haine mortelle [2] », le groupe des Français a eu de fréquents rapports avec les « sauuages de l'Amerique, habitans en la terre du Bresil nommez Toüoupinambaoults [3] » chez lesquels il a demeuré et qu'il a « fréquenté [s] enuiron un an » [4]. Aussi Léry nous donne-t-il le terme indigène pour les plantes et les animaux remarquables qu'il rencontre. Exemples :
- « un certain fruit qu'ils. nomment Genipat [5] », « deux especes de racines, que ils nomment, Aypi et Maniot [6] », « deux sortes de gros mil... que nous appellons en France bled sarrazin eux le nomment Avati [7] » ; d'autre part « ils ont une beste rousse qu'ils nomment Agouti [8] », « Pag, ou Pague (car on ne peut pas bien discerner lequel des deux ils profèrent) est un animal... [9] », « il s'en voit un autre de la forme d'un putoy, et de poil ainsi grisastre, lequel les Sauuages nomment Sarigoy... [10] ».
Or Léry précise justement :
- « Il y a au surplus un arbre en ce pays là lequel croist haut esleué comme les cormiers, et porte son fruit nommé Acaiou de la grosseur et figure d'un œuf de poule [11]. »
Le titre marginal porte :
- « Acaiou fruit gros comme un œuf bon et plaist à manger [12].
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- ↑ Singularitez, pp. 318-9.
- ↑ Préface, f. e. 2 r°.
- ↑ P. 108.
- ↑ Id.
- ↑ Pp. 112-113.
- ↑ P. 132.
- ↑ P. 137.
- ↑ P. 155.
- ↑ P. 156.
- ↑ P. 156. Cf. encore « Seouassous », p. 154 ; « Touous », p. 158 ; « Arat », p. 170, etc.
- ↑ P. 205. Le texte porte bien un « i », non un « j ».
- ↑ Id.
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On peut en conclure que Thevet et Léry ont emprunté directement aux « sauvages » le terme d'Acaiou. Or le second au moins fut extrêmement lu du grand public, puisque son récit dut être réimprimé à Genève en 1580, 1594, 1599 et 1611 ; ne parlons pas de sa traduction en latin (s. l., 1586). Cela suffisait pour vulgariser le terme. Mais de plus, Thevet (en tant qu'auteur des Singularitez) et Léry constituent une source utilisée par les naturalistes des XVIIe-XVIIIe siècles [1], en particulier par De Laet dont la monumentale Histoire du nouveau monde paraît en français en 1640. Dans ce dernier ouvrage, les renvois à Thevet et Léry sont constants, dans les pages qui traitent du Brésil (voir pp. 484 sqq.). Or, dans sa description de la faune brésilienne, il utilise, en l'employant comme un mot français, la forme Acaious (plur.), qu'il a rencontrée chez eux, alors que les sources espagnoles et portugaises qu'il collationne aussi ne sauraient lui fournir que les formes de ces langues acaju, caju (acaiu, caiu). Il écrit ainsi, par exemple, « Tatu » (= tatou), p. 485, mais dans le passage qui nous intéresse, p. 492 : « Entre les arbres fruictiers de ces pais, excellent les Acaious ». Autre fait notable : Acaiou désigne chez De Laet, comme chez Thevet, l'anarcade, et cela même lorsque le Néerlandais détaille la flore de l'île de Maragnan « selon Claude d'Abbeville [2] » qui a, dit-il, « obserué plus diligemment les marques [3] » des arbres de cette île : « Entre iceux [arbres] excelle l’Acayou ... il porte un fruict de diuerses formes et couleurs ... [4]. Or le Père avait réservé le terme d’Acaiou au fruit et crêé Acaiouyer pour l'arbre [5]. De Laet contribue donc, en suivant Thevet et Lery, à l'unification du vocabulaire français en même temps qu'à la vulgarisation du terme qu'il a trouvé chez ces auteurs.
Entretemps, Colin avait mentionné les formes espagnoles Cajus (singulier) et Caju (p. 409) dans la partie de son ouvrage qui traduit Acosta (déjà mis en latin par L'Escluse) ; L'Escluse signale en annotation qu'il avait aussi entendu Caious (singu-
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- ↑ Colin (Hist. des Drogues, 1602) les cite ou mentionne leur nom dans ses annotations, pp. 182, 296, 301, 306, 313, etc. L'Escluse (Exoticorum..., 1605) cite « Thevetus » et « Lerius » p. 10. Marcgravius (Hist. nat., 1648) cite Léry p. 222. Le géographe D'Avity (Amérique, 1637) pp. 117 (« Acaiou »), 128, etc. et Th. Corneille (Dict. des Arts, 1694), s. v. tapirette, mentionnent le nom des deux auteurs du XVIe s. L'Histoire de l'Academie royale des Sciences (1666- 1698), III, 2e p., p. 17. cite « Deleri ». Lémery (Traité, 1698), p. 4, écrit « Acajou, Theveti ». En 1756 Brisson (Le règne animal, p. 286) écrira encore « Sarigoy Lerii », après d'autres savants du XVIIIe s., qu'il indique. De Laet est cité par tous les naturalistes des XVIIe-XVIIIe s.
- ↑ P. 546.
- ↑ P. 548.
- ↑ P. 548.
- ↑ F. 217 r°, formes mentionnées par M. König, op. cit., s. v. Cf. encore f. 172 V° pour le fruit. Le P. Yves d'Evreux, missionnaire dans la même île, utilise les mêmes mots en 1615 : « les Acaious », fruits, c: les Acaiouiers », arbres, p. 162.
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lier [1] dans la bouche de colons portugais du Brésil. Toutes ces formes désignent chez Colin le fruit. Elles seront éphémères en français. La forme caius [2], fruit de l'anacarde, qu'utilise Pyrard dans son Discours de 1611, suppose une source livresque qui peut être Colin [3].
Mais la forme Acaiou vulgarisée par Léry (puis de Laet) peut-elle être à l'origine de la forme acajou ? Assurément . Au XVIe siècle et souvent encore au XVIIe, les imprimeurs utilisent le caractère i pour les sons que nous notons soit i ou y, soit j. Chez Thevet (l557), l ’i d'acàïou est marqué du tréma, ce qui veut dire qu'il ne peut être prononcé comme l'actuel j. Mais i a la double valeur chez Léry (qui écrit, par exemple, iaune, p. 205, iardins, ie, p. 218, etc...) et chez De Laet (qui écrit i'ai, iusques, p. 492, subiets, p. 541, etc.). Il en résultait nécessairement qu'une partie de leurs 1ecteurs devaient, pour ce mot qu'ils ignoraient jusqu'alors, adopter la prononciation que nous noterions acaiou, et l'autre celle que nous noterions acajou. 'De Laet écrit, on l'a vu, Acaious (plur.), mais aussi Acayou [4], anacarde, dans un passage dont la source, indiquée, est Claude d'Abbeville ; or ce dernier écrit Acaiou [5], fruit de l'anacarde. En revanche la Description de l'Amérique de 1619, qui démarque Léry, porte Acajou.
Il semble bien qu'aux Antilles encore la double prononciation ait existé, puisque Bouton (1640) écrit acaïou (sw. mah.) avec tréma tandis que Rochefort (1658) a Acajou [6]. Le P. du Tertre présente les deux orthographes en 1654, à une ligne de distance, pour l'acajou à fruit : « Du [sic] l'Acaiou [titre]. L'Acajou est un petit arbre... » [7], çe qui nous parait attester une prononciation par j, cette lettre ne se lisant jamais comme un y en français, i étant au contraire « ambivalent » à l'époque.
Nous pensons donc avoir montré que le mot d’acajou pouvait être considéré comme un emprunt direct au tupi du Brésil. Nos dictionnaires étymologiques présentent d'ailleurs les termes d’ara, tatou, tapir, agouti, sarigue, maringouin comme des emprunts, non pas au portugais, mais aux parlers brésiliens tupi et guarani ; il faut, croyons-nous, joindre acajou à cette série.
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- ↑ Pp. 182 et 410.
- ↑ « oranges, grenades, caius, ananats », p. 121.
- ↑ Les récits de Pyrard passaient pour avoir été rédigés par l'érudit Bergeron, ami de Pyrard. Cf. Margry, Origines transatlantiques, Belain d'Esnambuc et les Normands aux Antilles... , Paris, 1863, p. 25. Voir aussi Michaud, Biographie universelle, Paris, 1811-28, s. v.
- ↑ Respectivement pp. 492 et 548.
- ↑ Ff. 172 v° et 217 r°. Cf. supra.
- ↑ Formes fournies par M. König, op. cit., s. v.
- ↑ S. Christophe, p. 244. De même le P. Raymond Breton écrit successivement, en 1665, « acajou blanc », « acaiou rouge ». Dic. Car.-fr., pp. 156 et 253, et en 1666, « Accaiou blanc », « Autre espece d'accajou », Dic. Fr.-car., pp. 6 et 7. L'orthographe acajou est la seule utilisée dans la Description de l'Amérique (1619), p. 43.
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Le fait que les Français aient appelé acajou le swietenia mahagony pose un problème difficile : les deux arbres ne se ressemblent pas [1]. Après examen des solutions proposées, M. König, que suit, avec réserve, le Dictionnaire étymologique de Bloch-von Wartburg (2• éd.), fait la remarque suivante : le second arbre se dit, semble-t-il, agapú en tupi, mot très semblable, phonétiquement, au nom tupi de l'anacade, acajú. Cette quasi-homophonie peut donc avoir entraîné une confusion entre les deux noms.
Il semble bien en effet, puisque ces végétaux ont un aspect fort différent, que la confusion des noms qui les désignent ne puisse s'expliquer que par une paronymie. Encore faut-il être sûr que l'arbre au nom voisin du tupi acaju, caju, ait bien désigné au Brésil l'acajou rouge, swietenia mahagony.
Voyons donc les caractéristiques de ce dernier, d'après les voyageurs français aux Antilles, afin d'examiner ensuite si agapu ou tel autre nom tupi peut convenir.
- 1640 : « On fait des aix et de beaux ouurages de l'acaïou des bois, qui est de couleur rouge, et de bonne odeur. » Bouton, Relation, p. 65.
- 1647 : « L'Acaioux rouge est un bois fort tendre, le plus propre, et le plus commode aux habitans. On en faict avec facilité, toutes sortes d'ouvrages. » Relation de l'isle de la Guadelouppe, f, 13 v°.
- 1654 : « Le premier est l'Acaiou rouge, que les Hollandois et les Anglois appellent tres mal a propos Cedre... il a une odeur approchante de celle de Saxafras... Au reste, il croist si prodigieusement grand, que l'on tire communément de son tronc des canots ou petites barques toutes d'une pieee... » Du Tertre, S. Christophe, pp. 224-225.
- 1655 : les Caraïbes font leurs pirogues « tous d'une piece, d'un arbre qu'on appelle Acaiou que quelques uns estiment estre une espece de Cedre », Pelleprat, Relation, II, pp. 70-71.
- 1657 : « le caiou bon aux vaisseaux, comme le cypres ou le sapin qui sent la rose et done des pièces de soixante pieds de long et sept ou huit de large dont ils font leurs barques toutes d'une piece ». Hallay, Relation, p. 93.
- 1658 : « Celuy (l'acajou] qui est le plus estimé, a le bois rouge, leger, de bonne senteur, et fort facile a estre mis en œuvre. On a remarqué par experience que le ver ne l'endommage point ; qu'il ne se pourrit point dans l'eau... Et que les coffres et les aumoires qui sont faites de ces bois, donnent une bonne odeur aus habits et qu'ils les contregardent de toutes les vermines. Ces proprietez sont cause que quelques-uns ont creü que cet arbre étoit une espece de Cedre... Les Capi-
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- ↑ Le passage aux Antilles françaises du terme d’acajou (rouge) à celui d' « acajou blanc » (Cedrela odorata L.) ne pose pas de difficulté : ils se ressemblent ; le second « a les feüilles toutes semblables à celles de l’Acaiou rouge », Du Tertre, S. Christophe, p. 225.
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- taines des Navires, qui trafiquent aus Antilles apportent souvent des planches de ce bois qui sont si longues et si larges, qu'il n'en faut qu'une pour faire une belle et grande table. » Rochefort, Histoire, p. 68.
- 1665 : « Iácaicachi, les hommmes [sic] l'appellent ouboüeri, et les François acaiou rouges, on en fait l'esseau, ou l'essente pour couurir les maisons : les sauuages en font leurs canots, les menuisiers ce qu'ils veüllent, de plus ce bois sent fort bon. » R. Breton, Dic. car.-fr., p. 253.
- 1686 : « L'Acaiou est un arbre qui croist extremément haut et gros, les Francois l'appellent ainsi, du nom que les Sauvages luy donnent, et les Espagnols Cedro. » Lieu : Haïti. Frontignières, traducteur du hollandais d'Oexmelin, Hist. des Avanturiers, I, p. 101.
- - « J'y ay veu des Cedres, que les Sauvages des Indes nomment Acajoux, du tronc desquels on a fait des vaisseaux tout d'une piece. » Lieu : Venezuela. Id., I, p. 274.
- 1722 : « Nos François de la Côte Saint Domingue à l'exemple des Espagnols appellent Cedres les arbres que nous appellons Acajoux aux Isles du vent. Je ne parle pas ici des Acajoux qui portent des pommes et des noix... mais de ceux dont on se sert pour bâtir, et pour faire des meubles. Ce mot Acajou est Caraïbe ... l'Acajou ne ressemble au Cedre, que par sa couleur, sa legereté, son odeur, et son incorruptibilité ; ou pour parler plus juste, sa longue durée. » Labat, Nouveau Voyage, V, p. 199.
Il s'agit donc d'un grand arbre au bois tendre, léger, rouge, parfumé et imputrescible, comme celui d'un certain cèdre américain, dont il a souvent reçu le nom, propre en particulier à faire de larges planches et des canots d'une seule pièce.
Reportons-nous maintenant à l’agapu dont le nom et les propriétés sont fournis par Von Martius [1] : · « Arbor ligni nigrescentis firmi, aedibus et operibus apti [2]. » Pas d'allusion à l'odeur ni à la construction des pirogues ; « aedibus et operibus apti » convient au bois du swietenia mahagony ; en revanche les indications « ligni nigrescentis firmi » peuvent se traduire par : « au bois noirâtre (ou : « devenant noir »), dur », et sont en opposition certaine avec les descriptions citées de l'acajou rouge. Nous ne croyons donc pas qu’agapu ait pu désigner cet arbre.
On pense alors à un Acaia mentionné par Marcgravius dans la deuxième partie de l'histoire naturelle du Brésil (1648) [3]. Cet arbre, aussi appelé ibametara, différent de l'anacarde, ne peut lui non plus être assimilé à l'acajou à construction : il produit des sortes de prunes (« prodeunt pruna flava, nostratibus figura et magnitudine similia ») et son bois rouge, semblable au liège, est utilisé pour faire des bouchons (« lignum russum et leve ut Suber,
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- ↑ C'est à cet auteur que renvoie M. König pour le nom de l'arbre et sa description. Le terme manque dans les tables des histoires naturelles de Pison et de Marcgravius (éd. de 1648 et de 1658).
- ↑ Beiträge, II, p. 383.
- ↑ Partie intitulée Historiae rerum naturalium Brasiliae libri octo.
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cujus loco usurpari potest. Fiunt et opercula ex eo ad obturandas lagenas ») [1].
Mais Soares de Souza mentionne un troisième arbre, que nous croyons le bon :
- « Os cedros da Bàhia não tem differença dos das Ilhas senão na folha, que a côr da madeira e o cheiro, e brandura ao lavrar é todo um : a esta arvore chama o gentio acajacatinga, cuja madeira se não corrompe nunca ... [2]. »
Il s'agit cette fois-ci d'une sorte de « cedro », au bois parfumé, facile à travailler, imputrescible ; la suite du texte précise que l'arbre est haut, qu'on en tire quantité de planches de trois et quatre palmes de large, qu'on l'utilise pour le plafond des cases et la construction des barques. Le mot Acajacatinga est également connu de Pison qui, à propos de l'arbre appelé Cabureiba, note ce qui suit : « Quarum duas species... Altera rubescentis est coloris, odoreque Cedro Brasiliensi, quae Incolis Acajacatinga dicitur, non dissimilis » [3]. La concordance remarquable entre les propriétés de l' « acajacatinga » et celles de l'acajou rouge font supposer qu'il s'agit d'un seul et même végétal.
La ressemblance entre les mots tupis acaju (acaiu) ou acaiaiba [4], d'une part, et acajacatinga (acaiacatinga), de l'autre, permet de penser à un accrochage. Ajoutons que les deux arbres étaient utilisés dans la construction d'embarcations, ce qui a pu favoriser leur confusion. Marcgravius nous dit en effet de l'acajou à fruit : « usurpatur in structura scapharum majorum quas chalupas vacant, ad sustentacula ilia curva quae basis scaphae sunt » [5].
Cela n'est qu'une hypothèse. Voici qui est bien près d'emporter notre conviction : Coppier, qui, parmi les voyageurs français aux Antilles, utilise en général les formes les plus archaïques, ou plus exactement les moins francisées [6], nomme les deux arbres acajoucantin en 1645. Il ne peut s'agir là que de la forme tupie acaiacatinga (acajacatinga) croisée avec acaiou (acajou), forme connue des Français depuis longtemps. Voici les textes :
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- ↑ P. 129.
- ↑ Tratado descriptivo do Brazil em 1587, pp. 206-207. Mot enregistré comme tupi par Von Martius, Beiträge, II, p. 383, sous la forme « Acáiacatinga ».
- ↑ De Facultatibus simplicium, p. 57, dans Hist. naturalis Brasiliae (1648). Texte repris dans De Indiae utriusque re naturali (1658), 1re partie, p. 119. Forme : « Acaiacatínga », dans ce dernier ouvrage.
- ↑ La forme est relevée par Marcgravius, Hist. nat. Brasiliae (1648), II, p. 94, à côté d' « Acaiuiba » et d' « Acaiu », réservé au fruit.
- ↑ Id., II, p. 95.
- ↑ Exemples : « Amacco », Hist. et voyage, p. 43 ; « Canoas », plur., p. 20 et passim ; « Cassauâ », p. 72 ; « Balliris », p. 53 ; « Isle de Guadalouppâ », p. 132, etc.
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- « Ils [les Caraïbes] font des petits Barquets, qu'ils appellent Canoâs... ils sont tous d'une piece, et ce d'un arbre creusé, qu'on rencontrera d'excessiue hauteur, ce qui est assez aysé de trouuer en ces lieux, et volontier les y fait-on des Aqajoucantins... [1]. »
Mais on a lu quelques lignes pius haut, avec une coquille fréquente dans les ouvrages ici examinés [2] :
- « Acaioucantius »,
dans une liste d'arbres antillais ; commentaire :
- « Noyer ressemblant aux cy-dessus [les courbarils], fors et excepté que ses noix sont en forme de cœur, et plus petites que les susdites [3]. »
Il est certain qu'il s'agit dans le premier texte du swietenia mahagony, dans le second de l'anacardium occidentale.
La forme acajoucantin était fort longue pour notre langue ; en outre, la première partie du terme rappelait le vocable utilisé déjà pour l'acajou à fruit. Elle a cédé la place au « simple » acajou (acaiou), qu'on lit dès 1640 chez Bouton, puis de façon régulière chez les Français des Antilles [4].
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- ↑ Hist. et voyage, p. 59.
- ↑ Voyez p. ex. l'article Café, note 11.
- ↑ P. 54.
- ↑ L'origine du mot n'est donc pas caraïbe, comme le croyait Labat. Toutefois, le mot caraïbe « iácaïcachi, acajou rouge, chez Breton (Dict. car.-fr., p. 253). rappelait le terme étudié dans ses deux premières syllabes, d'où peut-être l'observation de Labat.