Aaloussen (Ibn al-Baytar)

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Ibn al-Bayṭār, Traité des simples
Aâthirîlâl


1 – اًَالُسَن – Aālusan – Aaloussen – Alyssum - Ἄλυσσον.

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Nom accepté : ?

C’est un mot grec. Il commence par deux alifs dont le premier porte un hamza et un medda, le second, rien ; vient ensuite un lam avec un dhamma, un sin avec un fatah, puis un noun[1]. C’est ce que l’on connaît aujourd’hui, en Syrie, sous le nom d’herbe à la grenouille حشيشة اللجاة - ḥašīšat al-laǧāt et d’herbe à la tortue حشيشة السلحفاة - ḥašīšat al-salḥufāt

  • DIOSCORIDES, livre III, (chap. 5) 91. C’est un arbuste[2] rude, à tige simple, à feuilles arrondies, ayant à la naissance des feuilles un fruit en forme de bouclier, à deux faces planes, contenant des graines aplaties. Il naît dans les endroits montueux et difficiles. Sa décoction, prise à l’intérieur, calme les frissons qui ne s’accompagnent pas de fièvre : le même effet a lieu si on le tient dans la main ou si on le flaire. Trituré et mélangé avec du miel, puis employé en onctions, il fait disparaître les pustules laiteuses et les éphélides. On dit que, trituré et administré avec les aliments, il guérit les sujets mordus par un chien enragé. On dit que, suspendu dans une habitation, il préserve des maladies les hommes et les animaux qui s’y trouvent. Mis dans un linge de couleur rouge, et attaché au cou des troupeaux, il les guérit de leurs maladies.
  • GALIEN, VI. On donne à ce médicament le nom d’alysson, parce qu’il est d’une admirable efficacité contre les morsures des chiens enragés. On le donne également seul et avec succès dans le cas de rage confirmée. Cette propriété lui est spécifique et tient à la nature de sa substance. Il a été dit précédemment que les propriétés de cette nature sont perçues par la voie de l’expérience, plutôt que par le raisonnement. Toutefois la connaissance des propriétés de ce médicament nous permet de l’employer dans bien des cas. Il est convenablement dessiccatif et même un peu détersif. C’est pourquoi il purifie les reins et fait disparaître les lentilles de la face.
  • LE MÊME, dans le Traité des Antidotes, d’après Damocrate. Cette plante ressemble au marrube,


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sinon qu’elle est plus rude et plus épineuse, que sa fleur est d’un rouge pâle. Il faut en faire la récolte au moment du lever de Sirius, la dessécher, la triturer, la tamiser et la conserver. Quand il en est besoin contre la rage, on l’administre à la dose d’une cuillerée dans quatre onces et demie d’eau miellée.
  • L’AUTEUR. Quelques Espagnols prétendent que le médicament appelé alysson en grec n’est pas autre que celui qui est connu chez eux sous le nom de kara قارة - qārat avec un kaf, et leur opinion tient à une similitude d’emploi contre la rage ; mais c’est là une erreur. L’alyssum est le médicament dont j’ai parlé et dont j’ai donné la synonymie : sachez-le bien. Quant au kara, c’est le médicament appelé en grec Stakhis سطاخيس - sṭāḫīs dont nous parlerons à la lettre sin.
  • EL-GHAFEKY mentionne aussi un médicament qu’il appelle herbe des bêtes عشبة السباع - cašbat al-sbāc et qui sert pareillement contre la rage : nous en parlerons à la lettre aïn. Il parle d’un autre médicament, qui est une plante très ressemblante à l’aneth sous le rapport de la tige, des feuilles, de l’odeur et de sa croissance dans les terres légères et rocailleuses, ayant une racine longue à l’instar du navet ou de la carotte, une saveur douce, mêlée de beaucoup de chaleur. On prend l’écorce de sa racine, on en exprime le suc et on l’administre aux sujets mordus par un chien enragé, à la dose de deux drachmes dans du lait, ce qui provoque des vomissements salutaires. Quelques personnes veulent qu’on l’administre aux sujets hydrophobes et en danger de mourir. On prend le suc de trois racines fraîches et on l’administre. À défaut de racines fraîches, on en prend de sèches et l’on en prépare un extrait que l’on donne à la dose d’une ou deux drachmes suivant les forces du sujet et l’intensité de la maladie.

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  1. Il est assez étrange de voir le mot Alousson transcrit en arabe avec deux alifs. Cela tient sans doute au voisinage des mots berbères qui viennent après lui. Nous trouvons le premier synonyme ainsi écrit حشيشة النحاة - ḥašīšat al-naḥāt, mais nous adoptons la leçon اللجاة - al-laǧāt, mot signifiant grenouille, ce qui concorde avec herbe à la tortue. Le n° 1025 ancien fonds donne aussi اللجاة - al-laǧāt ainsi que le 1071. On ne s’est pas accordé sur la détermination de l’alysson. Sprengel fait observer que l’alysson de Dioscorides n’est pas celui de Galien ni celui de Pline. Il cite Dodoneus comme rapportant l’espèce de Dioscorides à la Farsetia clypeata, opinion admise par Fraas dans sa Flore classique, 118. Celle de Galien serait un Marrubium Alysson. L’achbat es-seba’ d’El-Ghafeky ne figure ici que comme antirabique. Nous le verrons au n° 1546, où nous le considérons comme une espèce du genre Daphné. La citation de Damocrate dans les Antidotes de Galien se trouve dans l’édition des Juntes sous le nom d’Antonii Coi.
  2. Le texte ajoute : qui s’emploie pour allumer le feu. Telle est la manière dont le traducteur arabe a rendu le mot φρυγάνιον, n’ayant pas trouvé un terme arabe qui lui correspondît exactement.