Vicia faba (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


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Répartition mondiale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
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Médicinal Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Fourrage Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Sécurité alimentaire Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg


répartition en Afrique (cultivé)
1, rameau en fleurs et en fruits ; 2, graines. Source: PROSEA
champ
plantes en fleurs au Malawi
cultivar à fleurs rouges
plante en fruits
graines

Vicia faba L.


Protologue: Sp. pl. 2 : 737 (1753).
Famille: Papilionaceae (Leguminosae - Papilionoideae, Fabaceae)
Nombre de chromosomes: 2n = 12

Noms vernaculaires

  • Fève, fève de(s) marais, fèverole, fèvette, gourgane (Fr).
  • Faba bean, broad bean, horse bean, field bean, tick bean (En).
  • Faveira, fava (Po).

Origine et répartition géographique

On ne connaît la fève que cultivée. Son centre d’origine et de domestication se trouve probablement en Asie occidentale, d’où elle s’est diffusée en Europe, en Afrique et en Asie centrale. L’Ethiopie et l’Afghanistan sont considérés comme des centres secondaires de diversité. La domestication de la fève a eu lieu entre 7000 et 4000 avant J.-C., et au 3e millénaire avant J.-C. elle était largement répartie en Méditerranée. L’évolution vers des types à grosses graines, survenue bien plus tard (vers 500 après J.-C.), pourrait avoir eu lieu en Asie occidentale et en Méditerranée. Il est probable que la fève n’ait pas été cultivée de manière importante au Japon et en Chine avant l’an 1200 de notre ère, ni dans les Amériques avant l’arrivée des Espagnols. De nos jours, la fève se cultive largement dans les régions tempérées et subtropicales, ainsi qu’en altitude sous les tropiques. En Afrique tropicale, c’est surtout dans la partie orientale qu’on la trouve, en particulier au Soudan et en Ethiopie.

Usages

La fève se cultive en plein champ pour ses graines mûres et sèches, et en jardin potager pour ses graines ou ses gousses immatures. En Ethiopie, dans les pays méditerranéens, au Proche-Orient et en Chine, les graines mûres et sèches sont un aliment très répandu, et dans de nombreux pays, ce sont les graines vertes que l’on consomme, cuites à l’eau ou crues, comme légume. Dans les pays méditerranéens et en Inde, on consomme les gousses immatures entières. En Ethiopie et en Erythrée, sur la liste des plats principaux, figurent le “shiro wot” (graines décortiquées broyées et préparées en sauce), le “kik wot” (graines décortiquées et cassées cuites à l’eau et préparées en sauce), et le “ful” (graines décortiquées et cuites à l’eau, que l’on relève d’épices et que l’on hache avec du beurre). Il y a aussi des amuse-gueule comme l’ “eshet” (graines fraîches vertes consommées crues ou grillées), le “kolo” (graines séchées grillées), le “nifro” (graines vertes sèches ou fraîches cuites à l’eau), le “gunkul” (graines mises à tremper et à germer, puis grillées), l’ “ashuk” (graines préalablement grillées puis mises à tremper) et l’ “endushdush” (graines trempées d’abord puis grillées). Dans tout le monde arabe, les graines de fèves se consomment hachées avec de l’oignon, de l’ail et des herbes aromatiques ; connu sous le nom de “ful medames”, ce plat se déguste au petit déjeuner. Les graines se mangent en ragoût à n’importe quel moment de la journée ; on en fait une pâte qui sert souvent comme garniture de sandwich.

Les graines mûres et les parties végétatives de la fève servent de concentré, de foin ou d’ensilage pour les animaux domestiques. En Ethiopie, la paille s’emploie comme combustible pour faire la cuisine. La tige et les feuilles s’utilisent comme engrais vert, par ex. en Chine. En Chine, graines et parties végétatives possèdent toutes sortes d’applications médicinales. En Europe, on frotte l’intérieur des gousses vertes sur les verrues pour les faire disparaître.

Production et commerce international

D’après les statistiques de la FAO, la production mondiale de fèves sèches en graines en 1999–2003 s’élevait à 3,9 millions de t/an sur 2,6 millions d’ha. Les principaux pays producteurs sont la Chine (1,9 million de t/an sur 1,2 million d’ha), l’Ethiopie (405 000 t/an sur 370 000 ha), l’Egypte (396 000 t/an sur 134 000 ha) et l’Australie (242 000 t/an sur 164 000 ha). La production annuelle en Afrique subsaharienne en 1999–2003 a été estimée à 510 000 t, et provient presque entièrement d’Ethiopie (405 000 t) et du Soudan (100 000 t). La production mondiale annuelle de fèves sèches a chuté, passant de 5 millions de t (sur 5 millions d’ha) au début des années 1960 à environ 4 millions de t (sur 2,7 millions d’ha) au début des années 2000. La réduction de la superficie cultivée en Chine, d’environ 3,5 millions d’ha au début des années 1960 à près de 1,25 million d’ha au début des années 2000, explique la plus grande partie de la réduction de la production. Par contraste, la production annuelle en Afrique subsaharienne au cours de la même période a augmenté, passant de 230 000 t (250 000 ha) à 540 000 t (450 000 ha). La production mondiale de fèves vertes (en graines) en 1998–2003 a été évaluée à 940 000 t/an sur 2,6 millions d’ha, les plus gros producteurs étant l’Algérie (118 000 t/an), la Chine (114 000 t/an) et le Maroc (112 000 t/an) ; en Afrique tropicale, cette production de fèves vertes est négligeable.

Les exportations mondiales de fèves sèches en 1998–2002 se sont élevées à 475 000 t. Les principaux pays exportateurs étaient l’Australie (201 000 t), le Royaume-Uni (114 000 t), la Chine (63 000 t) et la France (53 000 t). A la même période, les principaux importateurs étaient l’Egypte (197 000 t), l’Italie (169 000 t) et l’Espagne (52 000 t). Les exportations des pays africains sont négligeables.

Propriétés

La composition des graines mûres crues de fève, par 100 g de partie comestible, est : eau 11,0 g, énergie 1425 kJ (340 kcal), protéines 26,1 g, lipides 1,5 g, glucides 58,3 g, fibres alimentaires 25,0 g, Ca 103 mg, Mg 192 mg, P 421 mg, Fe 6,7 mg, Zn 3,1 mg, vitamine A 53 UI, thiamine 0,56 mg, riboflavine 0,33 mg, niacine 2,8 mg, vitamine B6 0,37 mg, folates 423 μg et acide ascorbique 1,4 mg. La composition en acides aminés essentiels, par 100 g de partie comestible, est : tryptophane 247 mg, lysine 1671 mg, méthionine 213 mg, phénylalanine 1103 mg, thréonine 928 mg, valine 1161 mg, leucine 1964 mg et isoleucine 1053 mg. Les principaux acides gras, par 100 g de partie comestible, sont : acide linoléique 581 mg, acide oléique 297 mg et acide palmitique 204 mg (USDA, 2004).

Chez certaines personnes génétiquement prédisposées, qui vivent surtout dans la région méditerranéenne, la consommation de graines de fève, surtout immatures, et même l’inhalation de pollen, provoque le “favisme”, une sorte d’anémie hémolytique résultant de l’accumulation de β-glycosidase (vicine et convicine) et de leurs aglycones chez des personnes dont les globules rouges ont une déficience de l’enzyme glucose-6-phosphate déshydrogénase. Un trempage avant la cuisson désactive les substances toxiques. Parmi les autres facteurs antinutritionnels chez la fève, il faut citer les inhibiteurs de trypsine, les lectines (hémagglutinines), les tanins, les oligosaccharides et les phytates. Les graines de fève ont des effets réducteurs de lipides chez les humains et les rats. Les protéines isolées des graines ont fait ressortir une activité antioxydante, une lectine, l’agglutinine, pouvant quant à elle ralentir la progression du cancer du colon. La paille de fève, qui possède une forte teneur en protéines (5–20%) et une bonne digestibilité (50% de la matière sèche), est un bon aliment pour les animaux. La teneur élevée en tanin dans les graines (jusqu’à 9%) leur procure un goût amer lorsqu’on les donne crues aux animaux, mais on a mis au point des cultivars à faible teneur en tanin (1%) et à digestibilité élevée.

Description

  • Plante herbacée annuelle, érigée, vigoureuse, raide et glabre, atteignant 2 m de haut ; tige trapue, carrée, creuse et pourvue d’un ou plusieurs rameaux à la base ; racine pivotante bien développée, à racines latérales vigoureuses.
  • Feuilles alternes, paripennées, à 2–6 folioles, sans vrille, mais rachis terminé par un court acumen ; stipules bien visibles, largement variables en forme, dentées ; folioles ovales à elliptiques, de (3–)4–8(–10) cm × 1–2(–4) cm, entières. Inflorescence : courte grappe axillaire, sessile, à 1–6 fleurs.
  • Fleurs bisexuées, papilionacées, presque sessiles ; calice campanulé, à 5 lobes, tube d’environ 7 mm de long, lobes presque égaux, étroitement triangulaires, de 2–8 mm de long ; corolle blanche, marquée d’une tache brun foncé, odorante, étendard largement ovale, d’environ 2,5 cm × 1,5 cm, proche de la carène, ailes oblongues-ovales, d’environ 2,5 cm × 0,5 cm, carène d’environ 1,5 × 0,5 cm ; étamines 10, dont 9 soudées et 1 libre, d’environ 15 mm de long, anthères ellipsoïdes à ovoïdes, d’environ 1 mm de long, brun foncé ; ovaire supère, sessile ou presque, très mince, comprimé, d’environ 1,5 cm de long, style brusquement retroussé, d’environ 3 mm de long, garni d’une touffe de poils près du stigmate glanduleux-papilleux.
  • Fruit : gousse étroitement oblongue, cylindrique à aplatie, de (3–)5–10(–30) cm × 1–1,5(–3) cm, renflée au niveau des graines, légèrement pubescente à maturité, pourvue d’un bec, à 2–6 graines. Graines ovoïdes à oblongues, comprimées, de 1–3 cm de diamètre, brunes, rougeâtres ou vertes ; hile étroitement oblong.
  • Plantule à germination hypogée.

Autres données botaniques

Le genre Vicia comprend environ 120 espèces, réparties principalement dans les régions tempérées de l’hémisphère Nord et de l’Amérique du Sud, avec quelques espèces en Afrique. Vicia faba est une espèce unique dans le genre : ses chromosomes sont plus grands mais moins nombreux, et elle possède la quantité d’ADN la plus élevée (environ 13 000 Mpb). Malgré de nombreuses tentatives, on n’est parvenu à croiser Vicia faba avec aucune autre espèce de Vicia. Des travaux morphométriques et d’électrophorèse des protéines des graines ont fait ressortir des différences marquées entre Vicia faba et ses cousins sauvages (Vicia narbonensis L., Vicia galilaea Plitmann & Zohary et Vicia hyaeniscyamus Mouterde).

La taxinomie infraspécifique de Vicia faba prête à confusion. Plusieurs variétés ont été distinguées, sur la base de la morphologie et de la taille des graines. Les cultivars à petites graines arrondies sont souvent nommés fèvettes ou fèveroles (“tick bean”), ceux de taille intermédiaire fèveroles (“horse bean”) et ceux à grosses graines aplaties fèves proprement dites (“broad bean”). Cependant, il n’existe aucune discontinuité dans la taille des graines entre ces groupes et ils se croisent librement. De façon arbitraire, on admet que les types à petites graines ont un poids de 1000 graines inférieur à 700 g, les types à graines moyennes faisant 700–1200 g, et ceux à grosses graines plus de 1200 g.

Vicia sativa L. est largement cultivée comme plante fourragère. Une consommation de ses graines, de ses jeunes tiges et de ses jeunes feuilles par les humains a été signalée en Ethiopie et dans le Caucase. Mais les graines et le foin peuvent avoir des effets toxiques (empoisonnement à HCN dû à un hétéroside cyanogénique, la vicianine ; effets antinutritionnels de la β-cyanoalanine). Les graines de Vicia villosa Roth, cultivé pour son fourrage en Afrique de l’Est, et celles de Vicia paucifolia Baker seraient elles aussi récoltées et consommées. Vicia monantha Retz. (jarosse) a été cultivé, au moins dans le passé, dans les oasis du Sahara. Cependant, les graines de nombreuses espèces de Vicia, dont Vicia villosa et Vicia monantha, sont connues pour contenir de la canavanine, composé toxique analogue de l’arginine.

Croissance et développement

Cinq stades principaux ont été distingués pour caractériser le développement de la fève : germination et levée, développement végétatif, développement reproductif, sénescence de la gousse et sénescence de la tige. Le développement végétatif se poursuit après que le développement reproductif ait commencé, ce qui signifie que les deux stades se déroulent en même temps. Le démarrage de la floraison est fortement lié aux conditions du milieu (température, photopériode) et peut survenir entre 1 et 7–8 mois après le semis. Les longues durées concernent les cultures d’hiver des régions tempérées. La floraison débute en moyenne au niveau du 7e nœud et continue jusqu’aux 20 nœuds suivants. Le régime reproductif de la fève est intermédiaire entre l’autogamie et l’allogamie. On a fait état de taux d’allogamie atteignant 92%, mais il se situe surtout entre 20% et 50%. La pollinisation est favorisée par les insectes. La durée du cycle cultural va de 3 mois (au Soudan, au Canada) à 11 mois (au nord-ouest de l’Europe). En Ethiopie, le cycle est de 3–7 mois. La nodulation de la fève se réalise efficacement avec Rhizobium leguminosarum.

Ecologie

La fève se cultive dans les régions tempérées, comme une culture d’hiver dans les régions subtropicales, et comme une culture de haute altitude sous les tropiques. Elle ne convient pas aux basses terres tropicales, où elle fleurit mais ne produit en général pas de gousses. Une température quotidienne moyenne aux alentours de 13°C est optimale pour sa croissance. En Ethiopie, la fève est cultivée à 1300–3800 m d’altitude, mais le plus souvent à 2000–2500 m. En dessous de 1800 m, la rouille est la principale contrainte de production, et le gel au-dessus de 3000 m. La fève nécessite une pluviométrie annuelle de 700–1000 mm, dont plus de 60% doit tomber pendant la période de croissance. Les jours longs raccourcissent le temps que la plante met à fleurir et réduisent la position du premier nœud de floraison (comme chez les cultivars d’Europe du Nord), mais au champ, on observe souvent une indifférence à la longueur du jour. La fève préfère les sols bien drainés, presque neutres (au pH de 6,5–7,5), à fertilité moyenne. Elle ne tolère pratiquement pas l’asphyxie racinaire ou la sécheresse.

Multiplication et plantation

La fève se multiplie par graines. Le poids de 1000 graines est de 400–2000 g. Le lit de semis de la fève n’a pas besoin d’être fin, mais la terre doit être ameublie par un labour. C’est une plante qui se sème à la volée ou en lignes ; en agriculture mécanisée, le semoir s’emploie couramment. La profondeur de semis est de 2–5 cm. Les densités de semis varient beaucoup ; des quantités plus importantes sont nécessaires dans les régions froides de haute altitude des tropiques, où la croissance se fait plus lentement que dans les zones chaudes de moyenne altitude. En Ethiopie, des densités de semis jusqu’à 150–200 kg/ha sont recommandées, de 70–120 kg/ha au Soudan et de 95–100 kg/ha en Egypte. Les espacements diffèrent d’un endroit à l’autre. En Ethiopie, il est recommandé d’espacer les lignes de 40 cm et les plantes sur la ligne de 5 cm. Au Soudan, la distance recommandée est de 20–40 cm entre les lignes, avec 5–20 cm sur la ligne, à raison de 1–3 plantes par poquet. Mais au Soudan, en Ethiopie et en Erythrée, les petits paysans pratiquent le semis à la volée. En Egypte, le semis sur billons est une pratique courante. Si l’on veut semer de part et d’autre des billons, le mieux est de laisser 60 cm entre ceux-ci et 15–20 cm entre les poquets, avec 2 graines par poquet. En Ethiopie, les dates de semis se situent souvent à la mi-juin pour les régions de moyenne altitude et de fin juin à début juillet pour les régions de haute altitude. En Egypte et au Soudan, le semis peut démarrer à la mi-octobre et se poursuivre jusqu’à fin novembre. La fève se cultive seule ou en association, par ex. avec des pois en Ethiopie, de la canne à sucre en Egypte et diverses espèces en Chine (blé, colza, coton et orge).

Gestion

La fève est sensible à la compétition des mauvaises herbes, qu’il est nécessaire de juguler rigoureusement pendant les 3–8 semaines après la levée des plantules. La lutte contre les adventices se pratique à la main ou avec des herbicides. Un ou 2 désherbages manuels peuvent être nécessaires, le premier à 3–4 semaines après la levée, le second à 6–8 semaines. La fève se cultive sous irrigation en Egypte et au Soudan, alors qu’en Ethiopie et en Erythrée elle dépend entièrement des pluies. En présence de Rhizobium leguminosarum, l’épandage d’azote est facultatif, mais dans certains pays, on applique 30–40 kg N/ha pour faciliter le démarrage. On a noté pour la fève des taux de fixation d’azote atmosphérique de 45–550 kg N par ha et par an (la moyenne se situant aux alentours de 200 kg). Dans les régions où les bactéries sont absentes, on peut opter pour l’inoculation des semences. La plupart des petits paysans éthiopiens n’ont pas recours aux engrais chimiques. Des expérimentations conduites en Ethiopie ont montré que la réponse aux engrais azotés était faible ou absente, mais que des applications de P entraînaient souvent une augmentation significative des rendements. Au Soudan, la fève ne répond pas en général aux applications de N et de K, en raison de la présence de bactéries fixatrices d’azote et d’un fort taux de K se trouvant déjà dans le sol. Cependant, P est limitant car les sols sont alcalins (pH>8) et le P n’est que peu disponible pour la culture. C’est pourquoi on préconise l’épandage de P à proximité du système racinaire. En Egypte, on applique 36 kg de N et 30 kg de P par ha pour les cultivars traditionnels (qui produisent environ 2,5 t/ha) ; quant aux cultivars améliorés (produisant jusqu’à 5 t/ha), des fumures de surfaces supplémentaires (à 40 jours et 70 jours après le semis) de 50 kg de K par ha sont recommandées, ainsi qu’une pulvérisation de micronutriments de 60 g de Zn, 40 g de Mn et 20 g de Fe par ha. La fève joue un rôle important dans la gestion de la fertilité du sol en tant que culture de rotation ; elle est souvent cultivée en rotation avec des céréales, en particulier du blé ou de l’orge.

Maladies et ravageurs

Les maladies fongiques les plus importantes de la fève sont la maladie des taches chocolat (Botrytis fabae et Botrytis cinerea), l’ascochytose (Didymella fabae ; synonyme Ascochyta fabae), la rouille (Uromyces viciae-fabae), et la pourriture noire des racines (Fusarium spp.). On a signalé que la maladie des taches chocolat et la rouille sont la cause d’au moins 50% de pertes de rendement en Egypte. Les mesures de lutte proposées comprennent le recours à des cultivars résistants, les pratiques culturales (rotation des cultures, drainage, semences saines, brûlage des résidus de plantes) et les fongicides. Les maladies virales importantes de la fève sont le virus de la mosaïque jaune du haricot (BYMV), le virus de l’enroulement des feuilles du haricot (BLRV) et le virus des taches de la fève (BBSV). Les nématodes à galles (Meloidogyne spp.), les nématodes de la tige (Ditylenchus dipsaci) et les nématodes des lésions de racines (Pratylenchus spp.) affectent également la fève.

Les pucerons (Aphis craccivora, Aphis fabae et Acyrthosiphon pisum) sont les principaux insectes ravageurs de la fève, par ex. au Soudan et en Egypte. D’autres ravageurs sont le sitone du pois (Sitona lineatus), la foreuse des gousses (Helicoverpa armigera), le sitone des nodules racinaires (Sitona amurensis), les vers gris (Agrotis spp.), la mineuse des feuilles (Liriomyza congesta) et la noctuelle de la betterave (Spodoptera exigua). Les bruches (Bruchus et Callosobruchus spp.) constituent les principaux ravageurs des greniers, par ex. en Ethiopie.

En Europe, au Proche-Orient et en Afrique du Nord, la plante parasite Orobanche crenata Forssk. (orobanche du haricot) pose un problème très sérieux. Il n’existe aucun moyen de lutte.

Récolte

La fève se récolte avant sa pleine maturité physiologique, car l’égrenage des gousses et leur pourrissement pourraient être la conséquence d’une récolte tardive, en particulier lorsque la pluie survient. Le meilleur stade est lorsque les feuilles et les gousses se dessèchent et que la teneur en humidité des graines n’est plus que de 16–18%. La fève peut se récolter à la moissonneuse-batteuse, mais en Afrique tropicale la récolte manuelle est d’usage courant. On arrache les plantes ou on les coupe à l’aide d’un petit couteau ou d’une faucille. La récolte se fait généralement tôt le matin ou en fin d’après-midi, pour diminuer les pertes dues à l’égrenage. Les plantes récoltées sont disposées en petits tas et laissées à sécher au champ pendant quelques jours. Puis on les transporte à l’aire de battage.

Rendement

En Afrique, le rendement moyen en graines de la fève (1,3 t ha/ha) est inférieur à la moyenne mondiale (1,5 t/ha), tandis que les rendements moyens obtenus en Asie (1,7 t/ha) et en Europe (2,2 t/ha) sont supérieurs. Des rendements exceptionnellement élevés sont obtenus en Egypte et au Soudan, où la culture se fait sous irrigation (3,0 et 2,3 t/ha, respectivement).

Traitement après récolte

Le battage de la fève se fait traditionnellement au bâton ou par foulage d’animaux. Les graines doivent être conservées au sec et à l’abri de la chaleur, des ravageurs et de l’humidité qu’elles pourraient absorber. Il est important de procéder auparavant au nettoyage des graines et des sites de stockage. Des graines dont la teneur en humidité est de 11–14% peuvent se conserver 2–7 ans à des températures de 5–10°C, et 1–4 ans à 10–20°C.

Ressources génétiques

Plus de 25 000 entrées de fève sont actuellement conservées dans différents pays. Le Centre international de recherche agricole sur les régions arides (ICARDA) d’Alep (Syrie) détient environ 10 700 entrées de fève et 5900 entrées d’espèces sauvages de Vicia. D’autres importantes collections sont détenues en Chine (Institute of Crop Germplasm Resources (CAAS), à Pékin ; 3800 entrées) et en Australie (Australian Temperate Field Crops Collection, Horsham ; 2200 entrées). La plus grande collection de ressources génétiques de fève en Afrique (2000 entrées) est conservée à l’Institute of Biodiversity Conservation (IBC), d’Addis Abeba (Ethiopie). Ces collections comportent des sources de résistance multiple aux maladies, des formes sauvages et primitives, des lignées porteuses de mutations structurelles, des lignées de sélection et des cultivars présentant un intérêt particulier. La diversité disponible dans le monde entier chez la fève n’a pas encore été correctement échantillonnée, et les collections disponibles n’ont pas été suffisamment caractérisées. Au stockage, les graines de fève se comportent de façon orthodoxe.

Sélection

Les objectifs prioritaires des programmes d’amélioration génétique de la fève sont le rendement élevé et la résistance ou la tolérance aux stress biotiques et abiotiques. Certains efforts entrepris pour améliorer le potentiel de rendement des types classiques indéterminés sont prometteurs. Des sources de résistance à la maladie des taches chocolat, à l’ascochytose et à la rouille identifiées à l’ICARDA ont été utilisées dans de nombreux programmes nationaux d’amélioration génétique de la fève. L’Australie a mis sur le marché des cultivars résistants à la maladie des taches chocolat et à l’ascochytose. En Ethiopie, les cultivars ‘Wayu’ et ‘Selale’, résistants à la pourriture noire sur les vertisols engorgés, ont été récemment commercialisés. En Ethiopie et en Egypte, plus d’une dizaine de cultivars destinés à différentes conditions agroécologiques ont été mis sur le marché, et 7 au Soudan. L’obtention de graines de qualité pour l’exportation (graines de grande taille) a récemment retenu l’attention dans des programmes de sélection en Chine et en Ethiopie. Les tentatives pour créer des cultivars de fèves hybrides n’ont pas encore réussi, en raison de l’absence d’un système efficace de stérilité mâle. On n’a pas réussi non plus jusqu’à maintenant à transformer par mutagenèse le port indéterminé et obtenir des types à port déterminé et à haut rendement.

Une formation de cal in vitro et la régénération de la plante ont été réalisées avec des explants d’hypocotyle, de cotylédon et d’embryon. Des lignées de fèves transformées stables ont été produites à l’aide d’un système de transfert de gènes avec Agrobacterium. Des cartes de liaison génétique du génome de la fève ont été établies sur la base des marqueurs morphologiques, des isozymes, des RAPD, des gènes de protéines des graines et des microsatellites. Un gène responsable de la résistance à la rouille a été identifié, et on a pu situer des locus de caractères quantitatifs associés au poids des graines, à la résistance à l’ascochytose et à la résistance à l’orobanche du haricot. La présence de vicine et de convicine dans les graines de fève est déterminée par un gène récessif unique qui réduit leur teneur de 20 fois. Cependant, c’est le même gène qui augmente la sensibilité aux agents pathogènes et aux parasites. Deux gènes récessifs éliminent la production de tanin chez la fève.

Perspectives

La productivité de la fève est bien en dessous de son potentiel dans de nombreux pays d’Afrique tropicale en raison des limitations biologiques des cultivars traditionnels et de pratiques culturales médiocres. Mais la fève continuera à être une plante agricole importante dans certaines régions d’Afrique tropicale. Il existe une forte demande à l’export et des marchés régionaux sont en train d’apparaître, par ex. entre l’Ethiopie (exportatrice) et le Soudan et l’Egypte (importateurs). Outre les besoins émanant de l’environnement physique, des systèmes agricoles et des préférences des consommateurs locaux, les normes et critères de qualité pour l’export méritent également d’être pris en compte comme priorités pour la recherche. Certains pays comme la Chine ont entrepris de mettre au point des types nouveaux de plus grande valeur, dont la couleur, l’odeur et la saveur sont supérieures, et il est possible que ces tentatives, combinées à la riche diversité génétique disponible, débouche sur de nouvelles opportunités.

Références principales

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Sources de l'illustration

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Auteur(s)

  • M. Jarso, Ethiopian Agricultural Research Organization, Holetta Research Center, P.O. Box 2003, Addis Ababa, Ethiopia
  • G. Keneni, Ethiopian Agricultural Research Organization, Holetta Research Center, P.O. Box 2003, Addis Ababa, Ethiopia

Citation correcte de cet article

Jarso, M. & Keneni, G., 2006. Vicia faba L. In: Brink, M. & Belay, G. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 13 avril 2019.


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