« ung fruict que l'on nomme aussy gouiaue ». Examinons la liste citée : elle ne contient que des mots déjà français ou des mots adaptés de l'espagnol ; le seul qui ait un aspect étrange ''accoyates'', s'explique mieux par une forme espagnole ''agouacat'' que par l'indigène (aztèque) ''ahuacahuitl'' <ref>Formes indiquées par l'éd. cit., p. 27, note 5. Cf. K. König, ''op. cit.'', p. 20 : « Ins Frz. gelangte das Wort wohl durch die Vermittluug der Spanier, die es über ''aguacate'' zu ''avocata'', ''avogato'' u. ähnl. umformten. ».</ref>. Prenons maintenant un à un tous les animaux et végétaux que présente Champlain à l'aide des formules « on nomme, on appelle », des participes « nommé, appelé » ou des formes pronominales à sens passif « se nomme, s'appelle ». Nous trouvons dans l'ordre :
:« une maniere d'autres [sic] arbre que l'on nomme sonbrade <ref>P. 11. « De l'espagnol ''sombra'' ». ''id.'', note 1.</ref>, un fruit nommé coraçon <ref>''Id.''</ref>, une racine qui s'appelle cassaue <ref>''Id.''</ref>, de petits oyseaux... que l'on nomme sus le lieu [Porto-Rico] perriquites <ref>''P. 12.''</ref>, une espece de baume, appellee huille de Canime <ref>P. 25. (Canime = animé.)</ref>, ung autre arbre que l'on nomme cacou <ref>''Id.''</ref>, ce fil, nommé fil de pitte <ref>P. 26.</ref>, ung fruict qui s'appelle accoiates <ref>P. 27.</ref>, un fruict que l'on nomme algarobe <ref>P. 28.</ref>, ung autre fruict qui s'appelle carreau <ref>''Id.''</ref>, un autre fruict qui se nomme serolles <ref>''Id.''</ref>, un arbre que l'on nomme palmiste <ref>''Id.''</ref>, un autre fruict que l'on nomme cocques <ref>P. 29</ref>, son fruict, que l'on appelle nois d'Inde <ref>''Id.''</ref>, un autre fruict qui s'appelle plante <ref>P. 30.</ref>, une gomme qui se nomme copal <ref>P. 31.</ref>, une racine que l'on nomme patates <ref>''Id.''</ref>, ung oyseau qui se nomme pacho del ciello. <ref>P. 35.</ref > ».
Tous les mots de cette liste remontent à une forme espagnole, fournie en note par notre édition, ou étaient déjà attestés en français avant 1601-1603. Or le mot ''gouiaue'' est présenté de la même manière par Champlain. S'il n'est pas emprunté à l'espagnol, et l'on a vu qu'il ne peut l'être, c'est que c'est déjà un mot français connu des marins croisant dans la mer des Antilles, ce qui est le cas d'au moins ''cassave'', sans doute de ''patate''. Appuierait cette hypothèse la forme du mot ''gouiauier'' ; cette francisation du nom de l'arbre, au moyen du suffixe -''ier'', suppose un emploi assez habituel du mot, et par suite fait penser à un emprunt déjà ancien :