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Riz (Candolle, 1882)

Nom accepté : Oryza sativa L.

Coracan
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Maïs

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Riz. — Oryza sativa, Linné.

Dans la cérémonie instituée par l'empereur Chin-Nong, 2800 ans avant Jésus-Christ, le Riz joue le rôle principal. C'est l'empereur régnant qui doit le semer lui-même, tandis que les quatre autres espèces sont ou peuvent être semées par les princes de sa famille 5. Les cinq espèces sont regardées par les Chinois comme indigènes, et il faut convenir que c'est bien probable pour le riz, vu son emploi général et ancien, dans un pays coupé de canaux et de rivières, si favorable aux plantes aquatiques. Les botanistes n'ont pas assez herborisé en Chine pour qu'on sache jusqu'à quel point le Riz s'y trouve hors des cultures ; mais Loureiro 6 l'a vu dans les marais de la Cochinchine.

Rumphius et les auteurs modernes sur l'archipel indien l'indiquent seulement comme cultivé. La multitude des noms et des variétés fait présumer une très ancienne culture. Dans l'Inde

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5. Stanislas Julien, dans Loiseleur, Consid. sur les céréales, part. 1, p. 29 ; Bretschneider, On the study and value of botanical chinese works, p. 8 et 9.

6. Loureiro, Fl. cochinch., 1, p. 267.


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britannique, elle date au moins de l'invasion des Aryas, puisque le Riz a des noms en sanscrit, Vrihi, Arunya 1, d'où viennent plusieurs noms des langues modernes de l'Inde, et Oruza, ou Oruzon des anciens Grecs, Rouz ou Arous des Arabes. Théophraste 2 a parlé du Riz comme cultivé dans l'Inde. Les Grecs l'avaient connu par l'expédition d'Alexandre. « D'après Aristobule, dit Strabon 3, le Riz croît dans la Bactriane, la Babylonie, la Suside, » et il ajoute : « Nous dirons, nous, dans la basse Syrie aussi. » Plus loin, il note que les Indiens s'en nourrissent et en tirent une sorte de vin. Ces assertions, douteuses peut-être pour la Bactriane, montrent une culture bien établie au moins depuis le temps d'Alexandre (400 ans avant Jésus-Christ) dans la région de l'Euphrate, et depuis le commencement de notre ère dans les endroits chauds et arrosés de la Syrie. L'Ancien Testament n'a pas parlé du Riz ; mais un auteur toujours exact et judicieux, L. Reynier 4, a relevé dans les livres du Talmud plusieurs passages relatifs à sa culture. On est conduit par ces faits à supposer que les Indiens ont employé le Riz après les Chinois, et qu'il s'est répandu vers l'Euphrate encore plus tard, antérieurement cependant à l'invasion des Aryas dans l'Inde. Depuis l'existence de cette culture en Babylonie, il s'est écoulé plus de mille ans jusqu'au transport en Syrie, et l'introduction en Egypte a suivi celle-ci, de deux ou trois siècles probablement. En effet, il n'y a aucune indication du Riz dans les graines ou les peintures de l'ancienne Egypte 5. Strabon, qui avait vu ce pays, comme la Syrie, ne dit pas que le Riz fût cultivé de son temps en Egypte, mais que les Garamantes 6 le cultivaient, et ce peuple est considéré comme ayant habité une oasis au midi de Carthage. L'avaient-ils reçu de Syrie ? C'est possible. En tout cas, l'Egypte ne pouvait pas tarder à posséder une culture si bien appropriée à ses conditions particulières d'arrosement. Les Arabes ont introduit l'espèce en Espagne, comme l'indique le nom espagnol Arroz. Les premières cultures de Riz en Italie datent de 1468, près de Pise 7. Celles de la Louisiane sont modernes.

Lorsque j'ai présumé la culture moins ancienne dans l'Inde qu'en Chine, je n'ai pas entendu que la plante n'y fût pas spontanée. Elle appartient à une famille, où les habitations des

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1. Piddington, Index ; Hehn, Culturpflanzen, ed. 3, p. 437.

2. Theophrastes, Hist., 1. 4, c. 4, 10.

3. Strabon, Géographie, trad. de Tardieu, 1. 15, c. 1, § 18 ; 1. 15, c. 1, § 53.

4. Reynier, Economie des Arabes et des Juifs (1820), p. 450 ; Economie publique et rurale des Egyptiens et des Carthaginois (1823), p. 324.

5. Unger n'en cite aucune. M. S. Bireh, en 1878, a mis une note dans l'ouvrage de Wilkinson, Manners and customs of the ancient Egyptians, 2, p. 402, pour dire : « On n'a aucune preuve de la culture du riz, dont on n'a pas trouvé de graines. »

6. Reynier; l. c.

7. Targioni, Cenni, p. 24.


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espèces sont étendues, et en outre les plantes aquatiques ont ordinairement de plus vastes habitations que les autres. Le Riz existait peut-être avant toute culture dans l'Asie méridionale, de la Chine au Bengale, comme l'indique la diversité des noms dans les langues monosyllabiques des peuples entre l'Inde et la Chine 1. On l'a trouvé hors des cultures dans plusieurs localités de l'Inde. Roxburgh 2 l'affirme. Il raconte que le Riz sauvage, appelé Newaree par les Telingas, croît en abondance aux bords des lacs dans le pays des Circars. Le grain en est recherhé par les riches Indous ; mais on ne le sème pas, parce qu'il est peu productif. Roxburgh ne doute pas que ce ne soit la plante originelle. Thomson 3 a recueilli un Riz sauvage à Moradabad, dans la province de Dehli. Les raisons historiques appuient l'idée que ces échantillons sont indigènes. Sans cela, on pourrait les supposer un effet de la culture habituelle de l'espèce, d'autant plus qu'on a des exemples de la facilité avec laquelle le Riz se sème et se naturalise dans les pays chauds et humides 4. Toutefois la combinaison des indices historiques et des probabilités botaniques tend à faire admettre pour l'Inde une existence antérieure à la culture.

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1. Crawfurd, dans Journal of botany, 1866, p. 324.

2. Roxburgh, Fl. ind., ed. 1832, v. 2, p. 200.

3. D'après Aitchison, Catal. Punjab, p. 157.

4. Nees, dans Martius, Fl. brasil., in-8°, 2, p. 518 ; Baker, Fl. of Mauritius, p. 458.