Piments, Poivre de Cayenne (Candolle, 1882)
Noms acceptés : Capsicum annuum L., Capsicum frutescens L.
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Piments. — Poivre de Cayenne. — Capsicum.
Le genre Capsicum, dans les meilleurs ouvrages de botanique, est encombré d'une multitude de formes cultivées, qu'on n'a
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pas vues à l'état sauvage et qui diffèrent surtout par la durée de la tige — chose assez variable — ou par la forme du fruit, caractère de peu de valeur dans des plantes cultivées précisément pour les fruits. Je parlerai des deux espèces le plus souvent cultivées, mais je ne puis m'empêcher d'émettre l'opinion qu'aucun Capsicum n'est originaire de l'ancien monde. Je les crois tous d'origine américaine, sans pouvoir le démontrer d'une manière complète. Voici mes motifs.
Des fruits aussi apparents, aussi faciles à obtenir dans les jardins, et d'une saveur si agréable aux habitants des pays chauds se seraient répandus très vite dans l'ancien monde s'ils avaient existé au midi de l'Asie, comme on le suppose quelquefois. Ils auraient des noms dans plusieurs des langues anciennes. Cependant les Romains, les Grecs et même les Hébreux n'en avaient pas connaissance. Ils ne sont pas mentionnés dans les anciens livres chinois 1. Les insulaires de la mer Pacifique ne les cultivaient pas lors du voyage de Cook 2, malgré leur proximité des îles de la Sonde, où Rumphius mentionnait leur emploi très habituel. Le médecin arabe Ebn Baithar, qui a recueilli au XIIIe siècle tout ce que les Orientaux avaient dit sur les plantes officinales, n'en parle pas.
Roxburgh ne connaissait aucun nom sanscrit pour les Capsicum. Plus tard, Piddington a cité pour le C. frutescens un nom, Bran-maricha, qu'il dit sanscrit 3 ; mais ce nom, qui roule sur comparaison avec le poivre noir (Muricha, Murichung), est-il vraiment ancien ? Comment n'aurait-il laissé aucune trace dans les noms des langues indiennes dérivées du sanscrit 4 ?
La qualité spontanée, ancienne, des Capsicum est toujours incertaine, à cause de la fréquence des cultures ; mais elle me paraît plus souvent douteuse en Asie que dans l'Amérique méridionale. Les échantillons indiens décrits par les auteurs les plus dignes d'attention viennent presque tous des herbiers de la compagnie des Indes, dans lesquels on ne sait jamais si une plante paraissait vraiment sauvage, si elle était loin des habitations, dans les forêts, etc. Pour les localités de l'archipel asiatique, les auteurs indiquent souvent les décombres, les haies, etc.
Examinons de plus près chacune des espèces ordinairement cultivées.
Piment annuel. — Capsicum annuum, Linné.
Cette espèce a reçu dans nos langues européennes une infinité de noms différents 5, qui indiquent tous une origine étrangère et la ressemblance de saveur avec le poivre. En français, on dit
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1. Bretschneider, On the study, etc., p. 17.
2. Forster, De plantis esculentis insularum, etc.
3. Piddington, Index.
4. Piddington, au mot Capsicum.
5. Nemnich, Lexicon, indique douze noms français et huit allemands.
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souvent Poivre de Guinée, mais aussi Poivre du Brésil, d'Inde, etc., dénominations auxquelles il est impossible d'attribuer de l'importance. La culture s'en est répandue en Europe dès le XVIe siècle. C'est un des Piments que Piso et Marcgraf 1 avaient vus cultivés au Brésil sous le nom de Quija ou Quiya. Ils ne disent rien sur sa provenance. L'espèce paraît avoir été cultivée d'ancienne date aux Antilles, où elle est désignée par plusieurs noms caraïbes 2.
Les botanistes qui ont le plus étudié les Capsicums 3 ne paraissent pas avoir rencontré dans les herbiers un seul échantillon qu'on puisse croire spontané. Je n'ai pas été plus heureux.
Selon les probabilités, la patrie originaire est le Brésil.
Le C. grossum Willdenow paraît une forme de la même espèce. On le cultive dans l'Inde, sous le nom de Kafree-murich et Kaffree-chilly, mais Roxburgh ne le regardait pas comme d'origine indienne 4.
Piment arbrisseau. — Capsicum frutescens, Willdenow.
Cette espèce, plus élevée et plus ligneuse à la base que le C. annuum, est généralement cultivée dans les régions chaudes du nouveau et de l'ancien monde. On en tire la glus grande partie du Poivre de Cayenne à l'usage des Anglais, mais ce nom s'étend quelquefois aux produits d'autres Piments.
L'auteur le plus attentif à l'origine des plantes indiennes, Roxburgh, ne le donne point pour spontané dans l'Inde. Selon Blume, il s'est naturalisé dans l'archipel indien, dans les haies 5.
Au contraire, en Amérique, où la culture est ancienne, on l'a trouvé plusieurs fois dans des forêts, avec l'apparence indigène. De Martius l'a apporté des bords de l'Amazone, Pœppig de la province de Maynas du Pérou oriental, et Blanchet de la province de Bahia 6. Ainsi la patrie s'étend de Bahia au Pérou oriental, ce qui explique la diffusion dans l'Amérique méridionale en général.
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1. Piso, p. 107 ; Marcgraf, p 39.
2. Descourtilz, Flore médicale des Antilles, 6, pl. 423.
3. Fingerhuth, Monographia gen. Capsici, p. 12 ; Sendtner, dans Flora brasil., vol. 10, p. 147.
4. Roxburgh. Fl. ind., ed. Wall., 2, p. 260 ; éd., 1832, 2, p. 574.
5. Blume, Bijdr. 2, p. 704.
6. Sendtner, dans Flora bras., 10. p. 143.