Phyllanthus emblica (PROTA)

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1, branche en fleurs ; 2, fleur mâle ; 3, fleur femelle ; 4, branche en fruits. Source: PROSEA
arbre
écorce
feuilles
branches en fruits
fruits

Phyllanthus emblica L.


Protologue: Sp. pl. 2 : 982 (1753).
Famille: Euphorbiaceae (APG: Phyllanthaceae)
Nombre de chromosomes: 2n = 98, 104

Synonymes

  • Emblica officinalis Gaertn. (1790).

Noms vernaculaires

  • Emblique officinale, bilimbi madras, myrobolan emblique (Fr).
  • Emblic myrobalan, emblic, aonla, amla (En).
  • Mirabolano émblico (Po).

Origine et répartition géographique

Phyllanthus emblica est indigène d’une vaste zone qui s’étend du Népal, de l’Inde et du Sri Lanka, jusqu’à l’Asie du Sud-Est et au sud de la Chine. Il est largement cultivé pour ses fruits dans toute son aire naturelle de répartition, en particulier en Inde, de même qu’aux îles Mascareignes (Réunion, Maurice), aux Antilles et au Japon. Autrefois, il était cultivé à Madagascar.

Usages

Les feuilles de Phyllanthus emblica servent à teindre en marron les nattes, la vannerie en bambou, la soie et la laine. On obtient des tons gris et noirs lorsqu’on utilise des sels de fer comme mordants. On peut teindre les nattes en couleurs foncées avec une décoction de l’écorce. Les fruits servent à préparer une encre noire et une teinture pour les cheveux. Les fruits immatures, l’écorce et les feuilles sont utilisés pour le tannage en Inde et en Thaïlande, souvent en combinaison avec d’autres substances tannantes telles que le myrobolan chébulique (Terminalia chebula Retz.) et le myrobolan bellérique (Terminalia bellirica (Gaertn.) Roxb.).

Les fruits sont comestibles mais rarement consommés crus en raison de leur astringence et de leur acidité. On en fait généralement de la confiture, de la gelée ou du sirop, ou bien on les incorpore à des plats cuisinés, ou encore on en fait des sucreries et des conserves au vinaigre. Feuilles et fruits servent de fourrage aux animaux, tandis que les feuilles peuvent aussi être utilisées comme engrais vert. Bien qu’il arrive que le bois se gauchisse et se fende, il est utilisé dans la fabrication de meubles et d’outils et il s’avère très résistant submergé dans l’eau. Il fait aussi un bon bois de feu et produit un charbon de bois de bonne qualité. Toutes les parties de Phyllanthus emblica sont utilisées en médecine avec une grande variété d’applications. La plante aurait en effet des propriétés antiscorbutiques, rafraîchissantes, diurétiques, laxatives et antibiotiques et serait utile dans le traitement de l’hémorragie, de la diarrhée, de la dysenterie, de l’anémie, de la jaunisse, de la dyspepsie, du diabète, de la fièvre, de la bronchite et de la toux. Un extrait normalisé de Phyllanthus emblica est commercialisé aux Etats-Unis et entre dans la composition de produits de soins pour la peau tels que crèmes anti-vieillissement, écrans solaires et produits à usages multiples.

Propriétés

Les fruits, l’écorce et les feuilles de Phyllanthus emblica sont riches en tanin. La pulpe séchée de fruits verts contient entre 18–35% de tanin ; la teneur des fruits mûrs est bien inférieure. L’écorce séchée du tronc contient entre 8–20% de tanin. L’écorce des ramilles est généralement plus riche, et contient de 12–24% de tanin (sur la base de la matière sèche). Les feuilles peuvent produire 22–28% de tanin. Les tanins du fruit appartiennent au groupe des gallotanins et des ellagitanins, et donnent par hydrolyse de grandes quantités d’acide gallique, de petites quantités d’acide ellagique et du glucose. Les tanins de l’écorce appartiennent au groupe des proanthocyanidines, et donnent de la (+)leucodelphinidine par hydrolyse. La substance tannante de Phyllanthus emblica donne un cuir brun rougeâtre à grain souple qui manque un peu d’élasticité, raison pour laquelle on la mélange généralement avec d’autres produits tannants.

Le fruit est une source particulièrement riche d’acide ascorbique (vitamine C), 100 g de jus en contenant entre 600–1300 mg, parfois même plus. Le tanin du fruit prévient ou retarde l’oxydation de la vitamine, de sorte que les fruits peuvent être conservés dans une solution salée ou en poudre séchée, et conservent ainsi leur valeur antiscorbutique. Les fruits ont des activités diurétiques, laxatives et purgatives et montrent aussi des propriétés molluscicides et antimicrobiennes. Ils constituent une source riche en pectine. Les fruits sauvages pèsent approximativement 5,5 g, alors que les cultivés tournent autour de 28–50 g. Les graines donnent environ 16% d’une huile jaune brunâtre contenant de l’acide linoléique (44%), oléique (28,4%), linolénique (8,8%), stéarique (2,2%), palmitique (3,0%) et myristique (1,0%). Le poids de 1000 graines est d’environ 570 g. Le bois est relativement lourd, il pèse 720–930 kg/m3 pour 15% d’humidité, il est dur et à fil serré. Il a une couleur rougeâtre et est susceptible de se fendre.

Nombre d’applications médicinales des fruits peuvent être attribuées à la présence d’acide ascorbique et à l’action astringente des tanins, mais les fruits contiennent aussi d’autres composés actifs. Des extraits de fruits ont montré des activités anti-oxydantes et anti-tumorales lors d’essais in vitro et sur les animaux. Ils ont également révélé des propriétés hypocholestérolémiantes, antitussives, anti-ulcératives et hépatoprotectrices de même qu’une puissante activité inhibitrice de la transcriptase inverse du VIH ; en ce qui concerne cette dernière, c’est la putranjivaine A qui s’est révélée être le composé isolé le plus actif. La phyllembline a également été isolée à partir des fruits ; elle potentialise l’action de l’adrénaline, a un effet dépresseur modéré sur le système nerveux central de même que des propriétés spasmolytiques. Des extraits de feuilles de Phyllanthus emblica ont montré une activité inhibitrice sur les plaquettes et les leucocytes humains, ce qui confirme, en partie tout au moins, les propriétés anti-inflammatoires et antipyrétiques des feuilles de Phyllanthus emblica. Les principes tannants sont de puissants inhibiteurs de l’aldose-réductase et pourraient se révéler efficaces dans le traitement des complications du diabète, en particulier la cataracte.

Description

  • Arbre caducifolié de taille petite ou moyenne, atteignant parfois 25 m de haut mais généralement beaucoup moins grand, jusqu’à 7,5 m ; tronc souvent tortueux et noueux, jusqu’à 35 cm de diamètre ; écorce mince, lisse, grise, se desquamant par plaques, à nombreuses bosses.
  • Feuilles alternes, distiques et très nombreuses le long des ramilles latérales, simples et entières, glabres, sessiles ; stipules triangulaires ; limbe étroitement oblong, de 5–25 mm × 1–5 mm, arrondi et plus ou moins oblique à la base, aigu ou obtus et mucroné à l’apex.
  • Fleurs fasciculées à l’aisselle des feuilles ou de feuilles tombées, unisexuées, les fleurs mâles nombreuses à la base des jeunes rameaux, les fleurs femelles solitaires et situées plus haut sur le rameau ; fleurs mâles pédicellées, à 6 lobes du périanthe vert pâle, de 1,5–2,5 mm de long, et à 3 étamines entièrement connées ; fleurs femelles sessiles, à 6 lobes du périanthe plus grands, à disque en coupe, et à ovaire supère 3-loculaire couronné par 3 styles, connés sur plus de la moitié de leur longueur et profondément bifides à l’apex.
  • Fruit : drupe globuleuse déprimée jusqu’à 4 cm de diamètre, vert pâle virant au jaune à maturité ; noyau à 3 compartiments légèrement déhiscents, contenant chacun d’eux en général 2 graines.
  • Graines trigones, de 4–5 mm × 2–3 mm.

Autres données botaniques

Phyllanthus est un genre important qui comprend environ 750 espèces réparties dans les régions tropicales et subtropicales, dont près de 150 en Afrique tropicale et une soixantaine à Madagascar. Les rameaux feuillés, plumeux et caduques de plusieurs Phyllanthus spp., y compris Phyllanthus emblica, ressemblent à des feuilles pennées, par exemple à celles d’espèces de Parkia.

Ecologie

Dans son aire de répartition naturelle, Phyllanthus emblica est une espèce exigeante en lumière, souvent commune dans les endroits herbeux, la brousse et les vergers de villages. Il est sensible à la photopériode, ne produisant des fleurs qu’à des longueurs de jour comprises entre 12 et 13,5 heures. On le rencontre quasiment du niveau de la mer jusqu’à 1500 m d’altitude. C’est un arbre qui tolère relativement bien les sols alcalins et qui est assez résistant à la sécheresse, quoique certains cultivars soient sensibles tant à la sécheresse qu’au gel. Il résiste au feu et c’est l’un des premiers arbres qui repoussent après un incendie. C’est un arbre à croissance relativement lente. D’habitude, il commence à produire des fruits au bout de 8 ans au moins, mais parfois au bout de 5–6 ans. Dans bien des zones, il est rare de rencontrer des arbres arrivés à maturité à cause de la lenteur de leur croissance et de l’exploitation dont ils font l’objet.

Gestion

Auparavant, la multiplication de Phyllanthus emblica se faisait généralement par graines. Pour la production à grande échelle et pour la sélection, la multiplication végétative est nécessaire. On a signalé un pourcentage d’enracinement élevé (84%) sur boutures de bois semi-dur prélevées sur le milieu de pousses vigoureuses de jeunes arbres et ensuite plantées en pépinière à une température d’environ 33°C. L’écussonnage et la greffe de bois tendre peuvent également donner de bons résultats. Au cours des premiers stades de la croissance, un arrosage abondant en saison sèche ainsi qu’un désherbage sont nécessaires. L’arbre se conduit bien en recépage et assez bien en étêtage. Les pousses de cépées sont très vigoureuses, et le recépage est considéré comme la conduite la mieux adaptée à la production et à la collecte d’écorce à tan sur une échelle commerciale. D’habitude, les plantations ont besoin d’être soigneusement désherbées car les cimes fines ne forment pas une canopée fermée. Une maladie de dépérissement est causée par Botryodiplodia theobromae, et les semis sont sensibles à une pourriture des racines provoquée par Rhizoctonia solani. Les arbres peuvent être affectés par des rouilles comme la rouille des feuilles causée par Phakopsora phyllanthi et une rouille en anneau provoquée par Ravenelia emblicae. Des chenilles dévoreuses d’écorce (Indarbela spp.) ravagent les arbres. Les fruits sont sensibles aux pourritures dues à l’infection par Penicillium spp., Glomerella cingulata , Phoma putaminum et Aspergillus niger.

La saison de fructification est exceptionnellement longue puisque les fruits mûrs peuvent rester sur l’arbre plusieurs mois sans rien perdre de leur qualité. On dispose ainsi d’une longue période pour ramasser les fruits propres à la consommation. Le rendement annuel moyen d’individus sauvages en Inde est d’environ 15 kg de fruits par arbre. Certains cultivars peuvent produire plus de 25 kg. Les fruits frais n’ont pas un goût agréable car ils sont astringents et amers. On peut éliminer leur astringence en les plongeant dans la saumure durant quelques jours. Souvent, pour conserver les fruits, on les ouvre, on en retire le noyau, on met les morceaux dans une solution contenant 42% de glycérol, 42% de saccharose, de l’eau et des conservateurs, puis on les chauffe à 90°C pendant 3 minutes. On laisse alors reposer les fruits dans la solution pendant deux jours à 2°C, après quoi on les égoutte et on les met dans des récipients. Les fruits conservés de cette manière demeurent présentables environ 2 mois à température ambiante, voire beaucoup plus s’ils sont réfrigérés, mais la teneur en acide ascorbique chute lentement. On améliore la commercialisation des fruits frais en utilisant à la fois une émulsion de cire et 10 mg/l de morphactine. Ce procédé retarde le brunissement et réduit le taux d’infection dû aux espèces d’Aspergillus et de Penicillium. Lorsqu’ils doivent être utilisés en médecine, les fruits sont simplement séchés. En revanche pour le tannage, ils doivent être ramassés verts. On retire le noyau des fruits verts, puis on fait sécher et on broie la pulpe pour en faire le produit tannant.

L’écorce des pousses de diamètre inférieur à 5 cm permet d’obtenir un tanin de bonne qualité. Généralement, les branches peuvent être coupées tous les 2 ans. L’écorce séchée rapidement contient beaucoup plus de tanin que celle qui a été séchée lentement. Il est par conséquent recommandé de sécher l’écorce rapidement au soleil.

Ressources génétiques

Phyllanthus emblica est répandu et ne semble pas menacé d’érosion génétique. En Inde, des cultivars fruitiers ont été mis au point, comme ‘Banarasi’, ‘Chakla’, ‘Desi’, ‘Francis’, ‘Kanchan’ et ‘Krishna’.

Perspectives

Phyllanthus emblica mérite que l’on s’y intéresse davantage d’autant qu’il pourrait présenter un certain intérêt pour l’Afrique tropicale. Il est intéressant en tant qu’espèce tinctoriale et tannante car il pourrait fournir régulièrement des produits par recépage ou par la récolte des jeunes fruits. Les arbres ne sont pas tués à la récolte comme cela est souvent le cas avec les espèces qui produisent de l’écorce à tan. Phyllanthus emblica n’est pas facile à cultiver sur une grande échelle. C’est une espèce à croissance relativement lente qui nécessite de nombreux désherbages. Il pourrait être intéressant de rechercher des méthodes culturales plus adaptées. Une sélection visant des fruits comestibles de grande taille est en principe incompatible avec une sélection de fruits à teneur en tanin élevée, mais une sélection combinée ayant pour but à la fois le tannage et les applications médicinales ne semble pas impossible. Phyllanthus emblica jouit d’un énorme potentiel thérapeutique.

Références principales

  • Calixto, J.B., Santos, A.R., Cechinel-Filho, V. & Yunes, R.A., 1998. A review of the plants of the genus Phyllanthus: their chemistry, pharmacology and therapeutic potential. Medicinal Research Reviews 18(4): 225–258.
  • van Holthoon, F.L., 1999. Phyllanthus L. In: de Padua, L.S., Bunyapraphatsara, N. & Lemmens, R.H.M.J. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 12(1). Medicinal and poisonous plants 1. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 381–392.
  • van Schaik-van Banning, A.J.J., 1991. Phyllanthus emblica L. In: Lemmens, R.H.M.J. & Wulijarni-Soetjipto, N. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 3. Dye and tannin producing plants. Pudoc, Wageningen, Netherlands. pp. 105–108.

Autres références

  • Gurib-Fakim, A., Guého, J. & Bissoondoyal, M.D., 1996. Plantes médicinales de Maurice, tome 2. Editions de l’Océan Indien, Rose-Hill, Mauritius. 532 pp.
  • Leandri, J., 1958. Euphorbiacées (Euphorbiaceae). Flore de Madagascar et des Comores (plantes vasculaires), famille 111. Firmin-Didot et cie., Paris, France. 209 pp.
  • Rajak, S., Banerjee, S.K., Sood, S., Dinda, A.K., Gupta, Y.K., Gupta, S.K. & Maulik, S.K., 2004. Emblica officinalis causes myocardial adaptation and protects against oxidative stress in ischemic-reperfusion injury in rats. Phytotherapy Research 18(1): 54–60.
  • Suryanarayana, K., Kumar, P.A., Saraswat, M., Petrash, J.M. & Reddy, G.B., 2004. Inhibition of aldose reductase by tannoid principles of Emblica officinalis: implications for the prevention of sugar cataract. Molecular Vision 12(10): 148–154.

Sources de l'illustration

  • van Schaik-van Banning, A.J.J., 1991. Phyllanthus emblica L. In: Lemmens, R.H.M.J. & Wulijarni-Soetjipto, N. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 3. Dye and tannin producing plants. Pudoc, Wageningen, Netherlands. pp. 105–108.

Auteur(s)

  • P.C.M. Jansen, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands

Citation correcte de cet article

Jansen, P.C.M., 2005. Phyllanthus emblica L. In: Jansen, P.C.M. & Cardon, D. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 3 mars 2020.


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