Phasiols (Daléchamps, 1615)
Liste des légumineuses dans Daléchamps.
- Pois p. 378 (384 du pdf)
- Fèves p. 379 (385)
- Fève d'Egypte p. 384 (390)
- Pois ciches p. 387 (393)
- Ervilia, ou Ochrus, ou petit Pois p. 385 (397)
- Lupins p. 385 (397)
- Ers p. 393 (399)
- Gesses p. 395 (401)
- Phasiols p. 396 (402)
- Lentilles p. 399 (405)
- Vesces p. 402 (408)
- Arachus ou arousses p. 403 (409) (type cracca ?)
- Fenugrec p. 403 (409)
- Iugioline ou Sesame p. 405 (411)
Note MC. J'ai changé les u en v (ou inversement) chaque fois que cela correspondait à l'usage actuel. Par contre, j'ai laissé i au lieu de j. Par ailleurs, les illustrations restent à reproduire.
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Des Phasiols, CHAP. XLIX
On appelle ceste espece de Legume tant en Grec, qu'en Latin, Phasioli : en Italien Fagiuoli : & en François Phasiols. Galien met difference entre Phasiolus, qui se prononce en quatre syllabes, & Phaselus, qui n'en a que trois, duquel il traitte parmy les petits Pois. Or nous traiterons à
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present des Phasiols selon ce qu'il en dit. Nous en mettons donc trois especes, les Cultivez, ou soit les blancs, les sauvages, & les Phasiols des bois. Le Phasiol cultivé, ou soit Phasiol blanc, & commun a les fueilles comme le Lierre ; toutefois elles sont plus grandes, plus molles, & plus pleines de veines, sortans trois à trois d'une queuë. Il fait des fleurs blanches, moindres que celles des Pois, desquelles il provient des petites cornes de la longueur d'une paume, rondes, finissans en pointe, qui sont premierement vertes ; mais estans meures elles sont blancheastres, dans lesquelles sont ses grains, qu'on appelle communement des Phasiols, qui ont la figure des roignons des animaux, tous blancs excepté le nombril qui est noir. Le Phasiol sauvage est celuy duquel nous avons mis icy le pourtrait, qui a les tiges larges et creuses ; les fueilles comme le precedent, sinon qu'elles n'approchent pas tant celles du Lierre ; les queuës desquelles finissent en fleaux. Ses fleurs sont rougeastres : ses gousses plattes avec des grains ronds au dedans, noirs, de la grosseur d'un Pois, & de fort mal-plaisant goust. Quant à la troisiesme espece des Phasiols, Dalechamp a remarqué, qu'il en croist parmy les bois, aux montagnes et lieux deserts, qui ont la racine noire, longue, & grosse, divisées en une infinité d'autres petites racines fort espesses. Ceste plante produit plusieurs tiges plus hautes qu'un pied ; les fueilles comme les Phasiols, ou Feves peintes, dont il y en a pour la plus part six par chasque queuë. Ses fleurs sont comme celles des Pois, bayes, tirans sur le purpuree.Ses gousses sont rouges, dans lesquelles il y a des petits grains comme des Lentilles, petits, & noirs. les Phasiols blancs, ou communs se sement parmy les champs, & se maintiennent bien debout sans appuy ; mais ils s'eslargissent deçà & delà. Au reste les Phasiols, selon Dioscoride, enflent, & engendrent des ventositez, & sont de dure digestion. Si on les mange estant encor vers & tendres, ils font bon ventre, & appaisent les vomissemens. Paulus met des Phasiols en une composition pour les reins, laquelle il nomme des Cigales. Matthiol dit,
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que les Phasiols eschauffent & humectent au premier degré. Prins en viande ils enflent, & d'abondant ils chargent l'estomac : neantmoins ils engendrent force sperme, & incitent à luxure, singulierement si on les mange avec du Poyvre long, de la Galanga, & du succre ; & encor plus si on les fait cuire avec du laict de Vache bien gras iusqu'à tant qu'ils soient tous crevez. Ils ne sont pas si nuisibles, si on les mange avec de moustarde, ou graine de Carvi. Ils font songer de terribles & fascheux songes, comme les Lentilles. On fait bouillir les gousses pendant qu'elles sont encor tendres pour les manger en salade, en y adioustant du Poyvre, qui est une assez bonne viande. Les Italiens en font aussi grand cas, si apres les avoir bouillies on les saupoudre de farine, puis les fait on fricasser en huile bouillant, ou avec du beurre, y adioustant un peu de Poyvre, & de verjus. Les Phasiols ont une propriété de guerir la morsure des chevaux estans maschez & appliquez sur la morsure. On en fait aussi un fard pour les femmes comme s'ensuit : Il faut prendre des Phasiols blancs, & de mie de pain de Froment bien blanc, une livre de chascun ; une courge longue, tendre et verre, taillee en pieces, & mettre le tout tremper une nuict durant en du laict de chevre. Apres il y faut adiouster cinq onces de graines de Melons, & trois onces de noyaux de Pesches pelez, & demie livre de pignons aussi pelez : puis piler chaque chose à part en un mortier de pierre, & y adiouster un pigeonneau privé descoupé en pieces avec toutes les plumes, sans en oster rien que les intestins. Quoy fait il faut mesler le tout dans un vase propre, & en tirer l'eau par le baing Marie, & la gardet [sic] diligemment : car si on s'en lave le visage, elle rend la peau fort nette, & lui baille fort beau lustre.
Des Phasiols, ou Feves peintes, CHAP. L.
Ceste plante, qui est appelee par Dioscoride σμίλαξ κηπαία, pource qu'elle monte comme le Liset, s'agraffant à ce qui est pres d'elle ; est nommee par Hippocrate, Diocles, Theophraste, & plusieurs autres, δόλικος ; & par d'autres, λόβος & λόβιον, c'est à dire Gousse, à cause de ses grandes gousses. Les autres l'appellent Φασίολος ; en Latin Phasiolus, que nous avons dit estre different du Phaselus, qui s'escrit à trois syllabes. Les Arabes les appellent Lubia : les Italiens Smilace de gli horti, & Fagiuolo Turchesco : les Espagnols Feyones : les Allemans Vvelchbaonen, c'est à dire Feves d'Italie : les François Phasiols, ou Feves peintes. On cognoist les especes de ces Phasiols par la diversité de leurs couleurs : car les uns sont iaunes, les autres rouges, les autres sont de diverses couleurs. Or les Feves peintes, ou Phasiols ont les fueilles comme le Lierre ; mais elles sont plus molles, les tiges minces, avec plusieurs fleaux, avec lesquels elles s'agraffent aux plantes prochaines, & croissent si hauts, qu'on en peut couvrir les pavillons des iardins. Leurs gousses sont semblables à velles du Senegré, plus longues, & plus grosses, dans lesquelles sont les grains faits en forme de roignon, & de diverses couleurs, iaunastres d'un costé. Par ces marques Dioscoride a si bien exprimé ceste espece de Phasiols, qui est icy peinte, qu'il n'y en a pas une qui ne s'y accorde fort bien : car ses tiges sont minces, longues, branchues, & ne s'attachent pas seulement par leurs fleaux aux paux qui sont pres d'eux : mais couvrent mesme les treilles, & cabannes des iardins. Galien declare tres expressement que ceste espece de Phasiols sont appelez Dolichus, & le conferme par le tesmoignage de Theophraste, disant : Diocles a mis le Dolichus parmy les graines, qui servent de nourriture aux hommes. Il est aussi escrit au livre d'Hippocrate touchant le regime de vivre. Or ie crois qu'ils appellent ainsi une graine d'une plante de iardin, qu'on nomme maintenant en deux façons : car on les nomme λόϐος & Φασίολος. Il est aussi aisé à coniecturer, que ce Dolichus est une plante de iardin par cel mesme que Theophraste en escrit, disant : Les uns ont la tige droite, comme le Froment, l'Orge, & tous les Bleds d'esté : les autres l'ont recourbee & comme couchee d'un costé, comme les Ciches, Ers, & Lentilles : aux autres elle se couche par terre, comme les Pois, les Gesses, & les petits Pois. Mais si on plante des longues perches pres le Dolichus, il rampera dessus, & portera fruict, autrement la nielle le gaste. Or en ce qu'il dit, que le Dolichus se gaste, si on ne plante des perches longues aupres, il appert dit Galien, qu'il traitte de ce qu'on appelle à present
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Phasiols, ou λόϐος, c'est à dire Gousses. Aëce aussi monstre clairement, que Dolichus est une espece de Phasiols. Ceux, dit-il, qu'on appelle maintenant Lobi, s'appeloient anciennement Dolichi, & Phasioli, & par aucuns Smilax des iardins. Ils nourrissent bien autant que les Pois, & n'engendrent non plus de ventositez : mais ils ne sont pas si plaisans, & ne passent pas aussi tost par le ventre. Or on les appelle Lobi, c'est-à-dire Gousses, pource qu'entre tous les Legumes, qui portent leurs grains en des gousses, il n'y en a que cette sorte qui se mange avec toute la gousse le plus souvent. Voilà ce qu'en dit Aëce. Mais les Phasiols, dit Paulus, qui s'appellent aussi Dolichi, estans mangez avec toute la gousse verte, engendrent plus d'excremens. On demande donc pourquoy c'est que Dioscoride a premierement traitté des Phasiols, & puis un peu apres du Smilax des iardins à part, si Smilax des iardins est le Phasiol ? à quoy il faut respondre, qu'il y a diverses sortes de Phasiols ; assavoir les blancs & communs, qui croissent parmy les champs ; les autres iaunes, & de diverses couleurs, qui croissent dans les iardins, desquels il parle en dernier lieu. Or voici qu'Hippocrate dit touchant les Doliches. Les Pois, dit-il, n'enflent pas ; mais ils passent plus viste par le ventre. Quant aux petits Pois, & aux Doliches, ils passent bien plus viste ; mais ils n'engendrent pas tant de ventositez, & nourrissent mieux. Diocles, fuyuant ce que Galien recite, en la liste des Legumes met les Feves les premieres ; puis apres les Pois ; en apres il dit ainsi : Quant aux Doliches, ils nourrissent bien autant que les Pois, & n'engendrent non plus de ventositez : mais ils ne sont pas si delicats, & demeurent plus long temps à passer. On mange ses gousses, dit Dioscoride, avec tous les grains à mode d'Asperges estans cuites. Elles font uriner, & causent des songes fascheux.
(fin)