Nasturtium officinale (PROTA)

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Nasturtium officinale R.Br.




Protologue: W.T.Aiton, Hortus kew. 4 : 111 (1812).
Famille: Brassicaceae (Cruciferae)
Nombre de chromosomes: 2n = 32

Synonymes

Rorippa nasturtium-aquaticum (L.) Hayek (1905).

Noms vernaculaires

Cresson, cresson de fontaine (Fr). Watercress (En). Agrião de água, agrião das fontes (Po).

Origine et répartition géographique

Le cresson de fontaine est indigène en Europe et en Asie occidentale et peut-être aussi dans les hautes terres d’Ethiopie. Il a été introduit dans de nombreuses régions d’Afrique et il s’est naturalisé localement sur le continent africain, à Madagascar et sur d’autres îles de l’océan Indien, principalement dans les zones montagneuses. Il a également été introduit dans de nombreuses autres régions tempérées et tropicales.

Usages

Les jeunes pousses feuillées s’emploient comme garniture piquante et se consomment crues en salade. Le cresson se mange aussi comme légume cuit ou dans des potages au cresson. En Afrique, ce sont surtout les communautés d’expatriés qui en mangent. Le cresson possède un long passé de plante médicinale, servant à prévenir le scorbut. Aux Etats-Unis et en Europe, il est aussi devenu un aliment diététique qu’on emploie pour toutes sortes de maux, comme les démangeaisons de la peau, et comme stimulant antiscorbutique ainsi que pour ses effets laxatifs.

Production et commerce international

Bien que le cresson de fontaine soit important dans certaines régions d’Occident, peu de statistiques sur sa production ou son commerce sont disponibles. La production annuelle au Royaume-Uni est d’environ 2500 t, mais elle est en baisse. En France, la production est de l’ordre de 10 000 t. En Afrique, il est cultivé à petite échelle à travers tout le continent.

Propriétés

La composition nutritionnelle du cresson de fontaine, par 100 g de partie comestible (les grosses tiges ôtées, 62% du produit tel qu’acheté), est de : eau 92,5 g, énergie 92 kJ (22 kcal), protéines 3,0 g, lipides 1,0 g, glucides 0,4 g, fibres alimentaires 1,5 g, Ca 170 mg, Mg 15 mg, P 52 mg, Fe 2,2 mg, Zn 0,7 mg, carotène 2520 μg, thiamine 0,16 mg, riboflavine 0,06 mg, niacine 0,3 mg, acide ascorbique 62 mg (Holland, B., Unwin, I.D. & Buss, D.H., 1991).

Le cresson produit une huile volatile piquante qui contient des glucosinolates. Certaines de ces substances donnent par hydrolyse des composés anticancérigènes, comme le phénéthyle isothiocyanate, qui s’est avéré avoir des effets protecteurs contre les cancers associés à des carcinogènes spécifiques au tabac. Des flavonols et des mégastigmanes ont été isolés, qui montrent une activité inhibitrice de la production d’histamine.

Description

Plante herbacée vivace, rampante ou flottante, glabre ; tige atteignant 1 m de long, creuse, juteuse, très ramifiée, avec des racines aux nœuds de la tige. Feuilles alternes, atteignant 10 cm de long, sans stipules, pétiolées, pennées ; folioles latérales par paires de 2–9, sessiles, presque circulaires à elliptiques ou obovales, entières à légèrement dentées, foliole terminale généralement plus grande. Inflorescence : grappe terminale d’environ 10 cm de long, sans bractées. Fleurs bisexuées, 4-mères ; sépales d’environ 2 mm de long ; pétales obovales, d’environ 4 mm de long, blancs ; étamines 6, libres, à anthères jaunes ; ovaire supère, 2 -loculaire, style simple. Fruit : silique largement linéaire de 1–2 cm × 2–3 mm, contenant de nombreuses graines sur 2 rangées dans chaque loge. Graines sphériques, rouge-brun foncé, réticulées. Plantule à germination épigée ; hypocotyle de 7–8 mm long, épicotyle de 2–3 mm de long ; cotylédons pétiolés, circulaires, de 2–4 mm de long, foliacés.

Autres données botaniques

Le genre Nasturtium comprend 5 espèces. Il est souvent inclus dans le genre Rorippa, plus vaste, mais les données moléculaires combinées à des différences morphologiques plaident en faveur d’une séparation d’avec Rorippa et montrent que Nasturtium est étroitement apparenté à Cardamine.

Nasturtium microphyllum (Boenn.) Rchb. est étroitement apparenté à Nasturtium officinale ; il diffère par ses fleurs légèrement plus grosses et par ses fruits plus minces mais plus longs, où les graines se situent sur une seule rangée par loge. C’est un allotétraploïde à 2n = 64. En Afrique, il est présent à l’état naturalisé dans des habitats similaires à ceux de Nasturtium officinale et on le cultive parfois aussi en tant que cresson.

Croissance et développement

Peu après avoir été plantées, les boutures de tiges forment des racines aux nœuds. Les plantes se ramifient beaucoup et peuvent arriver à former une masse végétale épaisse. Dans les régions équatoriales, le cresson de fontaine fleurit rarement. Soumis à des conditions de jours longs (plus de 13 heures), le cresson fleurit abondamment lorsque l’eau se met à stagner, en particulier lorsque son niveau baisse et que la terre s’assèche. Il est auto-compatible. Le cresson peut être récolté pendant plusieurs années, mais les maladies et les adventices peuvent demander un renouvellement du cycle de culture.

Ecologie

Le cresson de fontaine est présent naturellement dans les milieux où l’eau est courante et peu profonde, et croît en flottant. Les mares peuvent en être rapidement couvertes et on considère parfois cette espèce comme une adventice inoffensive. Il est facile d’établir une culture de cresson partout où il y a de la fraîcheur et de l’humidité. En Afrique de l’Est, il pousse au -dessus de 500 m d’altitude. Il a besoin d’eau courante pour pousser vigoureusement et produire des rendements élevés de pousses tendres et douces. Lorsqu’il n’y a plus d’eau courante, les plantes deviennent amères et impropres à la consommation. A des latitudes supérieures, une floraison abondante en été empêche la récolte. Le cresson se plaît sur des sols sablonneux ou gravillonneux et il est assez commun dans les milieux calcaires, préférant une eau neutre à légèrement alcaline, avec un pH de 6,5–7,5. L’eau doit être riche en minéraux et contenir 1–4 ppm de nitrates. La température de l’eau ne doit pas dépasser 26ºC. Il peut supporter un gel léger (–2ºC). Le cresson tolère les eaux et les sols pollués, contaminés par des métaux lourds, mais ceux-ci peuvent se retrouver comme résidus dans le produit récolté. La diminution de la force du courant due à la présence du cresson semble avoir une importance dans la répartition des petits invertébrés, ce qui crée une grande diversité de milieux dans la colonne d’eau. Le cresson de fontaine peut héberger de petits escargots (Lymnaea truncatula et Bulinus spp.) qui sont les hôtes de la douve du foie (Fasciola hepatica) et des agents de la bilharziose (Schistosoma haematobium et Schistosoma intercalatum) ; il n’est donc pas recommandé de le cultiver dans une eau dont la qualité n’est pas sûre, et en cas de doute, il est prudent de ne le consommer qu’à l’état cuit. En France, c’est le seul légume à faire l’objet d’un contrôle vétérinaire obligatoire. Le milieu constitué par le cresson offre un couvert et de la nourriture en abondance aux poissons.

Multiplication et plantation

Le cresson se multiplie habituellement par boutures de tige. Dans les zones tempérées, on le multiplie parfois par graines. Des boutures de 10–20 cm de long sont plantées dans des planches de boue à un espacement de 20 cm × 20 cm et arrosées régulièrement ou maintenues dans l’eau courante permanente. Elles s’enracinent facilement dans le sable humide.

Gestion

Une fois la culture établie, on n’y accorde plus qu’une attention limitée, hormis un désherbage de temps en temps. Ce qui compte le plus, c’est la régulation du flux d’eau, car il faut s’assurer que le courant ne soit pas trop fort. Lorsque la source en eau se tarit au cours de la saison sèche, il est important d’irriguer suffisamment pour maintenir la culture en vie et permettre la récolte d’une quantité suffisante de matériel de plantation pour la saison suivante. Les paysans d’Arusha (Tanzanie) détournent les ruisseaux pour inonder de petites parcelles couvertes de cresson. Le cresson de fontaine a besoin de phosphates et de nitrates en abondance et il faut en épandre si la teneur en nutriments des planches de culture est faible.

Maladies et ravageurs

Les maladies sont rarement un problème chez le cresson. En Asie, la culture peut être affectée par un virus qui se répand uniquement par les boutures. Pour surmonter cette difficulté, on doit utiliser des plants de semis plutôt que des boutures. Les graines doivent être récoltées sur des plantes vigoureuses et exemptes de maladies. Dans les Caraïbes, la maladie principale est Cercospora nasturtii. La jaunisse de la reine-marguerite (“aster yellows”), transmise par des cicadelles, peut constituer un problème, comme à Hawaii. Des altises, des pucerons et des chenilles peuvent affecter la culture, mais si l’eau circule de façon appropriée, ils ne posent généralement pas de problème, en particulier si les paysans ont la possibilité d’inonder la culture pour les éliminer.

Récolte

Le cresson peut se récolter 6–8 semaines après sa plantation et on peut ensuite procéder à des récoltes toutes les 3 semaines pendant plus d’un an.

Rendement

Les paysans pourront récolter jusqu’à 2 kg/m2 dès la première récolte et jusqu’à 1 kg/m2 au cours des récoltes suivantes, mais la production baisse rapidement au fur et à mesure que la plante vieillit, que le flux d’eau se réduit ou que la teneur en nutriments diminue. Il est facile d’atteindre un rendement annuel de 50 t/ha.

Traitement après récolte

Les pousses récoltées sont liées en bottes, dont on ôte les feuilles jaunies avant l’expédition sur le marché. Le cresson est une denrée périssable qui ne se conserve qu’à basse température et à près de 100% d’humidité relative.

Ressources génétiques

On ne connaît aucune collection de ressources génétiques en Afrique, mais la diversité qu’on observe dans les populations naturalisées est notable.

Sélection

Peu de travaux d’amélioration génétique ont été menés, même si quelques catalogues de semences offrent du cresson de fontaine. En Afrique, on utilise pratiquement toujours des boutures plutôt que des graines et aucune opération de sélection n’a lieu pour le moment.

Perspectives

La demande en cresson en Afrique n’est plus aussi importante maintenant que la population d’origine européenne diminue. La demande locale peut être satisfaite par la cueillette des plantes sauvages et naturalisées des espèces de Nasturtium et Rorippa.

Références principales

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Sources de l'illustration

  • Rahmansyah, M., 1993. Rorippa Scop. In: Siemonsma, J.S. & Kasem Piluek (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 8. Vegetables. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 239–241.

Auteur(s)

  • R.R. Schippers

De Boeier 7, 3742 GD Baarn, Netherlands

Consulté le 6 mars 2025.


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