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Melon (Candolle, 1882)

Nom accepté : Cucumis melo L.

Courge à feuilles de figuier
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Pastèque

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Melon. — Cucumis Melo, Linné.

La question de l'origine du Melon a changé complètement depuis les travaux de M. Naudin. Le mémoire qu'il a publié, en 1859, dans les Annales des sciences naturelles, série 4, volume 11, sur le genre Cucumis, est aussi remarquable que celui sur le genre Cucurbita. Il rend compte d'observations et d'expériences, suivies pendant plusieurs années, sur la variabilité des formes et la fécondation croisée d'une multitude d'espèces, races ou variétés venant de toutes les parties du monde. J'ai parlé ci-dessus (p. 199) du principe physiologique sur lequel il croit pouvoir distinguer des groupes de formes qu'il nomme des espèces, quoique certaines exceptions se soient manifestées et rendent le critère de la fécondation moins absolu. Malgré ces cas exceptionnels, il est évident que si des formes voisines se croisent facilement et donnent des produits féconds, comme cela se voit, par exemple, dans l'espèce humaine, on est obligé de les regarder comme constituant une seule espèce.

Dans ce sens, le Cucumis Melo, d'après les expériences et observations faites par M. Naudin sur environ deux mille individus vivants, constitue bien une espèce, laquelle comprend un nombre extraordinaire de variétés et même de races, c'est-à-dire de formes qui se conservent par hérédité. Ces variétés ou races peuvent se féconder entre elles et donnent des produits variés et


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variables. Elles sont classées par l'auteur dans dix groupes, qu'il appelle Cantaloups, Melons brodés, Sucrins, Melons d'hiver, serpents, forme de concombre, Chilo, Dudaïm, rouges de Perse et sauvages, chacun contenant des variétés ou races voisines les unes des autres. Celles-ci ont été nommées de 25 à 30 manières différentes par des botanistes qui, sans s'inquiéter des transitions de forme, de la faculté de croisement ou du peu de fixité dans la culture, ont désigné comme espèces tout ce qui diffère plus ou moins dans un temps et un lieu donnés.

Il résulte de là que plusieurs formes qu'on avait trouvées à l'état sauvage et qu'on décrivait comme espèces doivent être les types ou souches des formes cultivées, et M. Naudin fait la réflexion très juste que ces formes sauvages plus ou moins différentes l'une de l'autre ont pu donner des produits cultivés différents. C'est d'autant plus probable qu'elles habitent quelquefois des pays assez éloignés, comme l'Asie méridionale et l'Afrique tropicale, de sorte que les diversités de climat, combinées avec l'isolement, ont pu créer et consolider les différences.

Voici les formes que M. Naudin énumère comme sauvages :

1° Celles de l'Inde, qui ont été nommées par Willdenow Cucumis pubescens, et par Roxburgh C. turbinatus ou C. Maderaspatanus. Leur habitation naturelle est l'Inde anglaise dans toute son étendue et le Belouchistan. La qualité spontanée est évidente, même pour des voyageurs non botanistes 1. Les fruits varient de la grosseur d'une prune à celle d'un citron. Ils sont unis, rayés ou bariolés à l'extérieur, parfumés ou sans odeur. La chair en est sucrée, fade ou aigrelette, différences qui rappellent beaucoup celles des Cantaloups cultivés. D'après Roxburgh, les Indiens récoltent les fruits du turbinatus et du Maderaspatanus, qu'ils ne cultivent pas, mais dont ils aiment la saveur.

Si l'on consulte la flore la plus récente de l'Inde anglaise, où M. Clarke a décrit les Cucurbitacées (2, p. 619), il semble que cet auteur ne s'accorde pas avec M. Naudin sur les formes indiennes spontanées, quoique tous deux aient examiné les nombreux échantillons de l'herbier de Kew. La différence d'opinion, plus apparente que réelle, tient à ce que l'auteur anglais rapporte à une espèce voisine, Cucumis trigonus, Roxburgh, certainement sauvage, les formes que M. Naudin classe dans le Cucumis Melo. M. Cogniaux 2, qui a vu depuis les mêmes échantillons, attribue seulement le C. turbinatus au trigonus. La distinction spécifique des C. Melo et C. trigonus est malheureusement obscure, d'après les caractères donnés par les trois auteurs. La principale différence est que le Melo est annuel, l'autre vivace, mais cette durée ne paraît pas bien constante.

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1. Gardener's chronicle, articles signés : J. H. H., 1857, p. 153; 1858, p. 130.

2. Cogniaux, dans Monogr. Phaner., 3, p. 485.


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M. Clarke lui-même dit que le C. Melo est peut-être dérivé par la culture du C. trigonus, c'est-à-dire, selon lui, des formes attribuées par Naudin au C. Melo.

Les expériences faites pendant trois années consécutives par M. Naudin 1 sur des produits du Cucumis trigonus fécondé par le Melo paraissent appuyer l'opinion d'une diversité spécifique admissible, car, si la fécondation a eu lieu, les produits ont été divers de formes et sont revenus souvent à l'un des ancêtres primitifs.

2° Les formes africaines. M. Naudin n'a pas eu des échantillons en assez bon état et assez certains sous le rapport de la spontanéité, pour affirmer d'une manière positive l'habitation en Afrique. Il l'admet avec hésitation. Il attribue à l'espèce des formes cultivées ou d'autres spontanées, dont il n'a pas vu les fruits. Après lui, sir Joseph Hooker 2 a eu des échantillons plus probants. Je ne parle pas de ceux de la région du Nil, qui sont probablement cultivés 3, mais de plantes recueillies par Barter, en Guinée, dans les sables au bord du Niger. Thonning 4 avait déjà trouvé dans les sables, en Guinée, un Cucumis, qu'il avait nommé arenarius, et M. Cogniaux 5, après avoir vu un échantillon rapporté par ce voyageur, l'a classé dans le C. Melo, comme le pensait sir Joseph Hooker. Les nègres mangent le fruit de la plante recueillie par Barter. L'odeur est celle d'un melon vert frais. Dans la plante de Thonning, le fruit est ovoïde, de la grosseur d'une prune. Ainsi, en Afrique, comme dans l'Inde, l'espèce a des petits fruits à l'état spontané, ce qui n'est pas extraordinaire. Le Dudaïm s'en rapproche, parmi les variétés cultivées.

La majorité des espèces du genre Cucumis est en Afrique ; une faible minorité se trouve en Asie ou en Amérique. D'autres espèces de Cucurbitacées sont disjointes entre l'Asie et l'Afrique, quoique les habitations soient ordinairement dans cette famille continues et restreintes. Le Cucumis Melo a peut-être été une fois spontané de la côte occidentale d'Afrique jusque dans l'Inde, sans intervalle, comme la Coloquinte (Citrullus Colocynthis), de la même famille.

J'ai parlé jadis de la spontanéité douteuse du Melon au midi du Caucase, d'après d'anciens auteurs. Les botanistes subséquents ne l'ont pas confirmée. Hohenacker, qui avait trouvé, disait-on, l'espèce autour d'Elisabethpol, n'en fait aucune mention dans son opuscule sur les plantes de la province de Talysch. M. Boissier n'admet pas le Cucumis Melo dans sa flore orientale. Il dit seulement qu'il se naturalise avec facilité dans

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1. Naudin, Ann. sc. nat., série 4, vol. 18, p. 171.

2. Hooker, dans Flora of tropical Africa, 2, p. 546.

3. Schweinfurth et Ascherson, Aufzæhlung, p. 267.

4. Schumacher et Thonning, Guineiske planten, p. 426.

5. Cogniaux, l. c., p. 483.


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les décombres et les terrains abandonnés. La même chose a été observée ailleurs, par exemple dans les sables de l'Ussuri, dans l'Asie orientale. Ce serait une raison pour se défier de la localité des sables du Niger, si la petitesse des fruits dans cet endroit ne rappelait les formes spontanées de l'Inde.

La culture du Melon, ou de diverses variétés du Melon, a pu commencer séparément dans l'Inde et en Afrique.

Son introduction en Chine paraît dater seulement du viiie siècle de notre ère, d'après l'époque du premier ouvrage qui en ait parlé 1. Comme les relations des Chinois avec la Bactriane et le nord-ouest de l'Inde, par l'ambassade de Chang-Kien, remontent au iie siècle avant Jésus-Christ, il est possible que la culture de l'espèce ne fût pas alors très répandue en Asie. La petitesse du fruit spontané n'encourageait pas. On ne connaît aucun nom sanscrit, mais un nom tamoul, probablement moins ancien, Molam 2, qui ressemble au nom latin Melo.

Il n'est pas prouvé que les anciens Egyptiens aient cultivé le Melon. Le fruit figuré par Lepsius 3 n'est pas reconnaissable. Si la culture avait été usuelle et ancienne dans ce pays, les Grecs et les Romains en auraient eu connaissance de bonne heure. Or il est douteux que le Sikua d'Hippocrate et de Théophraste, ou le Pepôn de Dioscoride, ou le Melopepo de Pline fussent le Melon. Les textes sont brefs et insignifiants ; Galien 4 est moins obscur, lorsqu'il dit qu'on mange l'intérieur des Melopepones, mais non des Pepones. On a beaucoup disserté sur ces noms 5, mais il faudrait des faits plutôt que des mots. La meilleure preuve que j'aie pu découvrir de l'existence du Melon chez les Romains est un fruit figuré très exactement dans la belle mosaïque des fruits au musée du Vatican. Le Dr Comes certifie, en outre, que la moitié d'un Melon est représentée dans un dessin d'Herculanum 6. L'espèce s'est introduite dans le monde gréco-romain probablement à l'époque de l'empire, au commencement de l'ère chrétienne. La qualité en était, je suppose, médiocre, vu le silence ou les éloges modérés des auteurs, dans un pays où les gourmets ne manquaient pas. Depuis la Renaissance, une culture plus perfectionnée et des rapports avec l'Orient et l'Egypte ont amené de meilleures variétés dans les jardins. Nous savons cependant qu'elles dégénèrent assez souvent, soit par des intempéries ou de mauvaises conditions du sol, soit par un croisement avec des variétés inférieures de l'espèce.

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1. Bretschneider, lettre du 26 août 1881.

2. Piddington, Index.

3. Voir la copie dans Unger, Pflanzen des alten Ægyptens, fig. 25.

4. Galien, De alimentis, 1. 2, c. 5.

5. Voir toutes les Flores de Virgile, et Naudin, Ann. sc. nat., série 4, vol. 12, p. 111.

6. Cornes, Ill. piante nei dipinti pompeiani, in-4, p. 20, d'après Museo nazion., vol. 3, pl. 4.