Meilleurs blés, Introduction

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Titre
Vilmorin-Andrieux, Les meilleurs blés (1880)
Premier chapitre

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INTRODUCTION


Il y a de longues années déjà que la maison Vilmorin a entrepris la publication de figures coloriées et, autant que faire se peut, en grandeur naturelle, des principales plantes cultivées des jardins et des champs. Il est inutile d'insister sur l'utilité que présentent des dessins de ce genre pour répandre la connaissance des meilleures races végétales et pour en fixer les caractères. Aux séries de plantes potagères, de fleurs et de plantes bulbeuses qui s'augmentent chacune tous les ans d'une planche nouvelle, nous avons ajouté, l'année dernière (1879), des figures de graminées fourragères et nous étions occupés de la préparation de planches représentant les autres fourrages quand des circonstances se sont produites qui nous ont paru rendre une publication relative aux blés particulièrement opportune et intéressante.

Le mauvais succès des deux dernières récoltes de blé et les importations considérables qui en ont été la conséquence ont donné à réfléchir à tous ceux qui se préoccupent de la prospérité agricole de la France. En démontrant que, d'une part, notre pays ne produit pas le blé aussi économiquement que d'autres contrées et, d'autre part, que la culture française ne doit compter en ce qui concerne les céréales sur aucune protection contre la concurrence étrangère, l'expérience de ces deux dernières années a fait sentir à nos agriculteurs qu'il leur faut nécessairement perfectionner leurs moyens de produire le blé et obtenir

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des rendements plus considérables en même temps que plus économiques. Il faut en arriver là ou bien il faut consentir à laisser notre approvisionnement en blé dépendre des récoltes et du bon vouloir de l'étranger, ce qui constituerait une situation fâcheuse, surtout pour un pays où le pain joue dans l'alimentation publique un rôle aussi important qu'il le fait chez nous.

Or, un des meilleurs moyens d'accroître les moissons sans augmenter les dépenses c'est de cultiver les races de blé qui sont le mieux appropriées aux circonstances dans lesquelles on exploite la terre, celles qui utilisent le mieux les ressources du sol et qui prospèrent le plus sûrement dans le climat où l'on se trouve. Il est donc désirable que tous les cultivateurs adaptent leurs blés à leur terre aussi parfaitement que possible.

Mais pour choisir en connaissance de cause les blés les plus avantageux dans chaque localité, il faut ou les avoir expérimentés soi-même ou être renseigné d'une façon précise sur leurs qualités et sur leurs défauts, ainsi que sur les caractères qui permettent de distinguer les diverses variétés les unes d'avec les autres. Il nous a semblé qu'à cet égard nous pourrions fournir quelques renseignements pratiques et que des figures coloriées des meilleures races usuelles de froment, accompagnées d'un texte explicatif, pourraient avoir quelque utilité pour les agriculteurs. C'est là le motif qui nous a fait hâter une publication que nous aurions préféré ajourner de quelques années.

Les matériaux, pour l'entreprendre, ne nous manquaient pas. La collection de blés commencée par mon grand-père avant 1820, augmentée et classifiée par mon père, encore accrue et étudiée par moi-même depuis 1860, est une des plus complètes sinon la plus complète qui existe. Les notes et les observations auxquelles elle a donné lieu depuis tant d'années, à travers les saisons les plus diverses, constituent pour chacune des variétés qui y figurent un dossier considérable qui permet d'apprécier dans tous leurs détails ses qualités et ses défauts. De plus, toutes les races qui ont paru avoir un véritable intérêt agricole ont été mises par nous entre les mains de cultivateurs qui en ont jugé les mérites au point de vue de la grande culture et les ont adoptées quand elles se sont montrées avan-

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tageuses. De nombreuses correspondances, des relations commerciales et autres avec les principaux agriculteurs et les sociétés agricoles de tous les pays nous ont donné le moyen de recueillir sur les blés un ensemble de renseignements dont il serait difficile de trouver ailleurs l'équivalent. Notre rôle a été surtout de réunir et de classer toutes ces données: ce que nous savons sur la question des blés, nous l'avons surtout appris des praticiens, de ceux qui tous les jours de leur vie lisent dans le grand livre des œuvres du Créateur.

Dans le travail que nous présentons aujourd'hui au public nos efforts ont tendu à analyser fidèlement mais brièvement les documents si divers que nous avons entre les mains, de manière à donner de chaque blé une appréciation juste et précise. Nous avons cru devoir, dans l'intérêt de la clarté et de la rapidité du style, exprimer les divers jugements portés sur les mérites ou inconvénients de chaque variété sous la forme d'énonciations simples et directes, mais le lecteur devra se souvenir que ces jugements sont presque tous l'écho de l'opinion d'agriculteurs praticiens, opinion formée à la suite d'expériences faites dans les conditions ordinaires de la grande culture.

Nous serons heureux si le travail que nous venons de terminer peut rendre quelques services. Nous ne nous en dissimulons pas les imperfections, que sa publication un peu précipitée ne suffit pas à excuser, aussi accueillerons-nous avec reconnaissance les observations et rectifications qui pourraient nous être adressées, tout prêts à en profiter pour corriger, si cet ouvrage a jamais une seconde édition, les erreurs que nous aurions commises dans la première.

HENRY VILMORIN
30 Juin 1880