Mauve (Cazin 1868)

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Matricaire
Cazin, Traité des plantes médicinales, 1868
Mélilot


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Mauve commune

Nom accepté : Malva sylvestris


MAUVE. Malva sylvestris. L.

Malva sylvestris folio sinuato. C. Bauh. — Malva vulgaris. Black. — Malva vulgaris flore majore, folio sinuato. J. Bauh., Tourn.

Grande mauve, — mauve commune, — mauve, — maude, — mau.

MALVACÉES. Fam. nat. — MONADELPHIE POLYANDRIE. L.


Cette plante vivace est répandue partout dans nos campagnes (lieux incultes, bord des chemins), et tout le monde s'en sert. On la cultivait chez les Romains comme plante potagère. Cicéron, Horace, Martial, en parlent comme d'un aliment très-recherché. Les Egyptiens et les Grecs en faisaient également usage ; Pythagore et ses disciples regardaient ce légume comme propre à modérer les passions et à tenir le ventre et l'esprit en liberté. Les jeunes pousses, en salade ou cuites, se mangeaient du temps de Matthiole et l'usage s'en est conservé dans quelques contrées.

Description. — Racines simples, épaisses, blanchâtres, un peu fibreuses, profondément enfoncées en terre. — Tiges nombreuses, pubescentes, divisées en rameaux lâches et étalés. — Feuilles alternes, pétiolées, réniformes, vertes, molles, échancrées à leur base, présentant cinq ou sept lobes obtus. — Fleurs grandes, pédonculées, purpurines, axillaires, fleurissant pendant tout l'été. — Calice double, l'intérieur monosépale à cinq divisions, l'extérieur à trois petites folioles ovales, lancéolées, presque aussi longues que le calice interne. — Pétales échancrés à leur sommet. — Etamines nombreuses, monadelphes. — Fruit orbiculaire, composé d'une douzaine de capsules monospermes.

Parties usitées. — Les feuilles, les fleurs, quelquefois les racines.

Récolte. — On récolte les fleurs pendant l'été ; elles sont d'un beau blanc clair quand elles sont séchées avec soin. Les feuilles, pour être conservées, sont cueillies au mois de juin ou de juillet. Les racines, qu'on emploie fraîches dans les campagnes, à cause de la facilité que l'on a de se les procurer, sont négligées dans le commerce, parce qu'elles sont moins mucilagineuses que celles de la guimauve, dont les feuilles, au contraire, sont moins émollientes que celles de la mauve.

Propriétés physiques et chimiques. — La mauve est inodore ; sa saveur fade et herbacée devient mucilagineuse en la mâchant. Elle contient une grande quantité de mucilage visqueux, doux et nutritif. La racine sèche, qui en renferme moins que les autres parties de la plante, en a pourtant fourni, à l'état de dessiccation complète, à Spielmann, le quart de son poids.

Les fleurs de la mauve sauvage donnent une assez belle teinture, qui peut, dit-on, comme celle du tournesol, servir à reconnaître la présence des acides.


PREPARATIONS PHARMACEUTIQUES ET DOSES.


A L'INTÉRIEUR. — Infusion ou décoction légère des fleurs, 10 à 15 gr. par kilogramme d'eau.
Infusion ou décoction légère des feuilles ou des racines, 15 à 30 gr. par kilogramme d'eau.
A L'EXTÉRIEUR. — Décoction, plus ou moins

forte, pour bains, lotions, lavements, fomentations, injections, gargarismes, collyres, etc.
Pulpe, en cataplasme.
Les fleurs de mauve font partie des espères pectorales, et les feuilles figurent parmi les espèces émollientes.


La mauve est émolliente, adoucissante par excellence. Elle est d'un usage ordinaire, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, dans le traitement de toutes les phlegmasies aiguës, surtout dans celles de la poitrine, des voies gastriques et urinaires, de la peau, des yeux. Elle est, après la semence de lin et la racine de guimauve, l'émollient le plus usité dans les affections aiguës. Dans les communes rurales, où elle se trouve sous la main, elle est plus généralement employée que ces dernières.

Lorsque j'arrive chez un malade atteint d'une inflammation, je trouve de suite, dans la mauve qui croît autour de la ferme, de quoi lui faire de la tisane. A l'intérieur, je préfère la racine en décoction avec un peu de miel. Cette plante, à peine employée dans les grandes cités, rend de grands services à la campagne. J'ai vu manger les feuilles de mauve préparées comme les épinards. Sous cette forme, elle convient dans les phlegmasies chro-


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niques du tube digestif, dans la constipation, les irritations des voies biliaires, la néphrite et la cystite chronique avec éréthisme ou irritation vive, les toux sèches, les phlegmasies chroniques des voies respiratoires, etc. Amatus Lusitanus faisait manger aux malades atteints d'ardeurs d'urine de la conserve de mauve.

A l'extérieur, les feuilles et les sommités sont employées en fomentations, lotions, bains, collyres, cataplasmes, etc., dans les inflammations externes, telles que le phlegmon, les érythèmes, et autres phlegmasies cutanées, l'ophthalmie, etc. La décoction est donnée en lavements dans les irritations et les inflammations des viscères abdominaux.


Mauve à feuilles rondes

Nom accepté : Malva rotundifolia


PETITE MAUVE, MAUVE A FEUILLES RONDES (Malva rotundifolia, L.; Malva sylvestris folio rotundo, C. Bauh.). — Se rencontre fréquemment dans les lieux frais et humides, dans les décombres, au bord des chemins.

Description. — Tiges couchées, faibles. — Feuilles alternes, très-peu lobées, plissées. — Fleurs blanches ou peu rosées, moins grandes.

Elle jouit absolument des mêmes propriétés que la grande mauve, ainsi que la MAUVE CRÉPUE (Malva crispa, L.), originaire de la Syrie, qu'on cultive dans les jardins comme plante d'agrément, et dont l'écorce a fourni à Cavanilles, en Espagne, une filasse avec laquelle il a fabriqué de bonnes cordes.


Mauve musquée

Nom accepté : Malva moschata


MAUVE MUSQUÉE (Malva moschata, L.), dont les capsules sont velues, doit son nom à la légère odeur de musc qu'exhalent ses fleurs. Hannon[1] a retiré de cette plante, ainsi que du mimutus moschatus, L., plante cultivée dans nos jardins, et de la moscatelline, une huile essentielle à laquelle il a donné le nom de musc végétal, qu'il propose de substituer au musc animal. (Voyez l'art. MOSCATELLINE.)

(On assure que la mauve musquée forme la base des bonbons laxatifs de Duvignau.)

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  1. Presse médicale belge, août 1853.