Lepidium sativum (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Oléagineux | |
Médicinal | |
Ornemental | |
Fourrage | |
Sécurité alimentaire | |
- Protologue: Sp. pl. 2 : 644 (1753).
- Famille: Brassicaceae (Cruciferae)
- Nombre de chromosomes: 2n = 16, 24, 36
Noms vernaculaires
- Cresson alénois, cresson des jardins, cressonnette (Fr).
- Garden cress, peppergrass (En).
- Mastruço ordinário, agrião mouro (Po).
Origine et répartition géographique
On ignore l’origine exacte de Lepidium sativum, mais on pense qu’il pourrait s’agir de l’Ethiopie et des pays avoisinants, ou de l’Asie occidentale. Sa domestication s’est probablement faite en Asie occidentale. Il était déjà cultivé dans l’Antiquité en Grèce et en Italie et peut-être aussi en Egypte. On le cultive aujourd’hui dans le monde entier, y compris la plupart des pays africains, mais surtout à petite échelle dans les jardins familiaux. On le trouve aussi dans la nature, échappé des cultures, mais on ne sait pas s’il existe quelque part à l’état vraiment sauvage.
Usages
Dans de nombreuses régions du monde, les germes de Lepidium sativum sont utilisées en salade en raison de leur goût piquant. Tantôt les fruits entiers, tantôt les graines, sont employés frais ou séchés comme condiment à saveur poivrée. Les graines sont consommées en boisson par les Arabes, après cuisson dans l’eau, triturées dans du miel ou en infusion dans du lait chaud. L’huile des graines sert à l’éclairage et à la confection de savon. En Ethiopie, la graine et son huile ont avant tout des usages médicinaux, mais elles sont employées aussi comme condiments et en pâtisserie, malgré l’odeur désagréable de l’huile. On applique une pâte de graines allongée d’eau sur les lèvres gercées, et aussi pour soigner les coups de soleil et autres problèmes de peau qui affectent hommes et animaux. En interne, cette pâte est ingérée avec du miel pour traiter la dysenterie amibienne et on l’administre aux animaux souffrant de problèmes gastriques. Les graines sont mastiquées pour soigner les maux de gorge, la toux, l’asthme et les maux de tête, et en grandes quantités pour provoquer l’avortement. On les applique également en externe pour éloigner les insectes. A l’île Maurice, on emploie les graines pilées dans l’eau pour traiter le hoquet et les maux d’estomac. En Inde, l’huile des graines, à l’instar de l’huile de moutarde, est utilisée pour soigner le hoquet et les problèmes intestinaux. Les graines pilées sont appliquées en cataplasme sur la peau et possèdent une action vésicante et bienfaisante sur les ecchymoses et les entorses. Les graines sont aussi réputées avoir des vertus galactogogues, emménagogues, laxatives, toniques, diurétiques et aphrodisiaques. Le mucilage des graines germées apaise l’irritation des intestins pendant les épisodes de dysenterie et de diarrhée. Les graines sont une panacée de la médecine maghrébine. Les parties aériennes sont utilisées dans le traitement de l’asthme, de la toux et du flux hémorroïdal. Les feuilles ont une action légèrement stimulante et diurétique et servent à traiter les maladies d’origine scorbutique et les problèmes de foie. Les racines sont utilisées contre la syphilis. En Europe, la plante sert à soigner la toux et la constipation, et elle est utilisée comme diurétique et pour renforcer le système immunitaire.
Lepidium sativum est très souvent employé comme organisme-test dans la recherche sur la physiologie des plantes, comme plante indicatrice pour examiner le niveau de toxicité des polluants environnementaux, et en recherche expérimentale pour déterminer divers pathogènes.
Propriétés
La composition nutritionnelle des germes frais de cresson alénois par 100 g de partie comestible est de : eau 89 g, énergie 134 kJ (32 kcal), protéines 2,6 g, lipides 0,7 g, glucides 5,5 g, fibres 1,1 g, Ca 81 mg, Mg 38 mg, P 76 mg, Fe 1,3 mg, Zn 0,23 mg, vitamine A 9300 UI, thiamine 0,08 mg, riboflavine 0,26 mg, niacine 1,0 mg, folate 80 μg, acide ascorbique 69 mg (USDA, 2002).
La tige et les feuilles de Lepidium sativum contiennent des glucosinolates, le composant principal étant la glucotropéoline (benzylglucosinolate). Distillée à la vapeur, la plante produit environ 0,1% d’huile essentielle incolore, à l’odeur piquante caractéristique. La graine donne près de 25% d’une huile brun jaunâtre semi-siccative à odeur particulière et déplaisante. L’huile est riche en acides oléique, linoléique et urique, et contient également des alcaloïdes imidazoles. Elle possède des propriétés anti-oxydantes. Le tégument de la graine germée contient beaucoup de mucilage, lequel présente une substance allélopathique, le lépidimoïde. Les effets de la graine germée ont été étudiés afin d’en déterminer la capacité à ralentir l’hydrolyse de l’amidon en glucose chez les diabétiques. Les graines ont diminué de façon significative l’indice glycémique produit après un repas-test. Sur le long terme, soit au bout de 21 jours de traitement sur des diabétiques à qui on avait prescrit 15 g de graines par jour, on a observé une réduction significative des niveaux de glucose dans le sang à la fin de la période d’étude. L’extrait à l’éthanol des graines, à la dose de 500 mg/kg, a révélé de très nets effets anti -inflammatoires contre l’œdème de la patte chez le rat, induit par carraghénanes. L’huile des graines possède une activité œstrogène prononcée.
L’action antibactérienne de Lepidium sativum a été mise en évidence par de nombreux essais. L’extrait de feuilles fraîches a montré une puissante action antibactérienne contre Bacillus subtilis et Micrococcus pyogenes var. aureus, mais il s’est révélé moins efficace contre Escherichia coli. Cette action antibactérienne dépend beaucoup de l’âge des plantes utilisées. Un effet antiviral contre le virus de l’encéphalite Columbia SH a été démontré dans un essai sur des souris. Un extrait de Lepidium sativum a diminué les effets mutagènes d’un certain nombre de pesticides, en utilisant des souches de Salmonella typhimurium comme organismes-tests. Les feuilles ont révélé un effet tératologique significatif dans des essais sur des rats.
Botanique
- Plante herbacée annuelle érigée, atteignant 80 cm de haut, plus ou moins glauque ; tige cylindrique ou finement striée, fortement ramifiée, glabre.
- Feuilles alternes, irrégulièrement pennées, atteignant 12 cm × 6 cm ; pétiole atteignant 4 cm de long ; folioles 5–11, à contour ovale ou obovale, pinnatiséquées, lobes ultimes habituellement dentés de façon irrégulière, légèrement poilus au-dessus, glabres au-dessous, folioles des feuilles supérieures devenant graduellement linéaires, les feuilles terminales habituellement simples et linéaires, parfois lobées ou dentées.
- Inflorescence : grappe terminale ou axillaire de 1–3 cm de long, accrescente jusqu’à 25 cm quand elle est en fruits.
- Fleurs bisexuées, régulières, 4-mères ; pédicelle de 1,5–4,5 mm de long, ascendant ; sépales ovales, de 1–2 mm de long ; pétales spatulés à onglet court, atteignant 3 mm de long, blancs ou rose pâle ; étamines 6, anthères généralement violacées ; ovaire supère, aplati, apex émarginé, style atteignant 0,5 mm de long, stigmate capité.
- Fruit : silique aplatie ronde ou ovale, atteignant 4–6 mm × 3–5,5 mm, vert pâle à jaunâtre, à bords presque ailés, apex émarginé, déhiscent par 2 valves, généralement à 2 graines.
- Graines ovoïdes, aplaties, de 2–3 mm de long, brun pâle à presque noires.
- Plantule à germination épigée ; cotylédons 3-foliolés, folioles spatulées, les latérales plus petites que la centrale.
Le genre Lepidium comprend environ 150 espèces réparties dans le monde entier. En Afrique tropicale, on trouve 9 espèces. A cause de la grande variabilité de la forme des feuilles, de la taille des fruits et de la couleur des graines, de nombreuses sous-classifications de Lepidium sativum ont été publiées, mais aucune ne présente un grand intérêt pratique. Pour cette espèce cultivée, il serait plus approprié de distinguer des cultivars. Le cycle biologique de la plante est d’environ 3 mois. Les fleurs de Lepidium sativum sont légèrement protogynes et ont une odeur prononcée qui attire de nombreux insectes favorisant la pollinisation croisée. Dans l’eau, les graines se couvrent de mucilage.
Ecologie
Lepidium sativum se développe dans n’importe quel sol riche, léger, à forte rétention d’eau, mais il pousse mieux sur les limons humides. Il peut être cultivé à n’importe quelle altitude et toute l’année, mais dans les régions tropicales il pousse mieux pendant la saison froide. Il résiste assez bien à la sécheresse. En Afrique tropicale, il est cultivé à 750–2900 m d’altitude, mais il préfère les conditions froides à 2400 m d’altitude environ.
Gestion
Le plus souvent, Lepidium sativum est cultivé dans les jardins ou, comme en Ethiopie, dans les champs en association avec le tef ou le lin. Pour la production de germes, les graines sont semées dru en lignes et légèrement recouvertes de terre, mais pas obligatoirement. Environ 10 jours après la germination, on peut récolter les plantules. On peut aussi les éclaircir si on préfère les plantes de plus grande taille. En Europe, les germes sont vendus directement dans les barquettes où ils ont germé. Pour la production de graines, on laisse un certain nombre de plantes jusqu’à ce que les graines soient bien mûres. Les plantes sont ensuite arrachées, séchées et battues. On ne connaît ni maladies ni ravageurs graves, mais quelques infections fongiques et virales ont été signalées, ainsi qu’une sensibilité aux nématodes.
Ressources génétiques
Lepidium sativum est largement cultivé et montre une bonne variabilité. Il ne semble pas susceptible d’érosion génétique.
Perspectives
Lepidium sativum demeurera un légume secondaire, largement utilisé mais en petites quantités. On sait que les glucosinolates présents dans la plante offrent de nombreuses activités pharmacologiques intéressantes, qui méritent qu’on pousse davantage les recherches. De plus, les effets du mucilage des graines sur le taux d’hydrolyse de l’amidon s’avèrent intéressants et pourraient se révéler prometteurs dans le traitement des diabètes non insulino-dépendants.
Références principales
- Brotonegoro, S. & Wiharti, W., 2001. Lepidium sativum L. In: van Valkenburg, J.L.C.H. & Bunyapraphatsara, N. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 12(2): Medicinal and poisonous plants 2. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 334–337.
- Burkill, H.M., 1985. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 1, Families A–D. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 960 pp.
- Jansen, P.C.M., 1981. Spices, condiments and medicinal plants in Ethiopia, their taxonomy and agricultural significance. Agricultural Research Reports 906. Centre for Agricultural Publishing and Documentation, Wageningen, Netherlands. 327 pp.
- Jonsell, B., 1982. Cruciferae. In: Polhill, R.M. (Editor). Flora of Tropical East Africa. A.A. Balkema, Rotterdam, Netherlands. pp. 15–17.
- Schippers, R.R., 2000. African indigenous vegetables. An overview of the cultivated species. Natural Resources Institute/ACP-EU Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation, Chatham, United Kingdom. 214 pp.
Autres références
- Adam, S.E.I., 1999. Effects of various levels of dietary Lepidium sativum L. seeds in rats. American Journal of Chinese Medicine 27: 397–405.
- Ashebir, M. & Ashenafi, M., 1999. Assessment of the antibacterial activity of some traditional medicinal plants on some food-borne pathogens. Ethiopian Journal of Health Development 13(3): 211–216.
- Fleming, T. (Editor), 1998. PDR for herbal medicines. Medical Economics Company, Montvale, New Jersey, United States. 1244 pp.
- Gurib-Fakim, A., Guého, J. & Bissoondoyal, M.D., 1995. Plantes médicinales de Maurice, tome 1. Editions de l’Océan Indien, Rose-Hill, Mauritius. 495 pp.
- Jonsell, B., 2000. Brassicaceae (Cruciferae). In: Edwards, S., Mesfin Tadesse, Demissew Sebsebe & Hedberg, I. (Editors). Flora of Ethiopia and Eritrea. Volume 2, part 1. Magnoliaceae to Flacourtiaceae. The National Herbarium, Addis Ababa University, Addis Ababa, Ethiopia and Department of Systematic Botany, Uppsala University, Uppsala, Sweden. pp. 121–154.
- Kalaycioglu, A., Oner, C. & Erdem, G., 1997. Observation of the antimutagenic potencies of plant extracts against pesticides in the Salmonella typhimurium strains TA98 and TA100. Turkish Journal of Botany 21(3): 127–130.
- Nath, D., Sethi, N., Singh, R.K. & Jain, A.K., 1992. Commonly used Indian abortifacient plants with special reference to their teratologic effects in rats. Journal of Ethnopharmacology 36(2): 147–154.
- Patole, A.P., Agte, V.V. & Phadnis, M.C., 1998. Effect of mucilaginous seeds on in vitro rate of starch hydrolysis and blood glucose levels of NIDDM subjects: with special reference to garden cress seeds. Journal of Medicinal and Aromatic Plant Sciences 20(4): 1005–1008.
- Small, E., 1997. Culinary herbs. NRC Research Press, Ottawa, Ontario, Canada. 710 pp.
- USDA, 2002. USDA nutrient database for standard reference, release 15. [Internet] U.S. Department of Agriculture, Beltsville Human Nutrition Research Center, Beltsville Md, United States. http://www.nal.usda.gov/fnic/foodcomp. June 2003.
Sources de l'illustration
- Brotonegoro, S. & Wiharti, W., 2001. Lepidium sativum L. In: van Valkenburg, J.L.C.H. & Bunyapraphatsara, N. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 12(2): Medicinal and poisonous plants 2. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 334–337.
Auteur(s)
- P.C.M. Jansen, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
Consulté le 18 décembre 2024.