Lagenaria siceraria (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


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Fruit Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
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Sécurité alimentaire Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svg



Lagenaria siceraria (Molina) Standl.




Protologue: Publ. Field Columbian Mus., Bot. Ser. 3 : 435 (1930).
Famille: Cucurbitaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 22

Synonymes

Cucurbita lagenaria L. (1753), Cucurbita siceraria Molina (1782), Lagenaria vulgaris Ser. (1825), Lagenaria leucantha (Duchesne ex Lam.) Rusby (1896).

Noms vernaculaires

Gourde, calebasse, courge bouteille, (Fr). Bottle gourd, calabash gourd, common gourd, white-flowered gourd (En). Cabaceiro, cabaça, abóbora carneira, colombro (Po). Mbuyu, mmumunye, mmung’unye (Sw).

Origine et répartition géographique

Lagenaria siceraria est l’une des plus anciennes plantes domestiquées ; elle a une répartition pantropicale. Elle semble être originaire d’Afrique, mais ses ancêtres sauvages n’ont pas été identifiés avec certitude. Il y a peu de temps, un spécimen sauvage voisin de Lagenaria siceraria a été signalé au Zimbabwe. Il se peut que la gourde ait été dispersée par les courants océaniques jusqu’aux rivages du Nouveau Monde ou par des migrations humaines lors de la préhistoire. On sait qu’elle a été cultivée en Afrique, en Asie et au Nouveau Monde pendant la période précolombienne. La première preuve de son utilisation vient du Pérou et remonterait à 13 000–8000 avant J.-C. Lagenaria siceraria s’est dispersée aussi à une date très ancienne dans toute l’Asie tropicale et subtropicale. Les vestiges les plus anciens trouvés au Japon datent de 6000–4000 avant J.-C. En Afrique, les restes les plus anciens ont été trouvés en Egypte et en Zambie et remontent à 3000–1000 avant J.-C. La gourde a probablement été domestiquée indépendamment en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie. L’indépendance de ces domestications se reflète dans la variabilité des cultivars commerciaux.

L’utilisation de la gourde comme récipient est signalée dans la plupart des zones tropicales et subtropicales du monde, y compris tous les pays africains. Son utilisation comme légume est plus restreinte.

Usages

La gourde est cultivée pour une vaste gamme d’utilisations : alimentation, entreposage, ustensiles et médicaments, en fonction des cultivars et des coutumes locales. Les jeunes fruits, tendres et dépourvus d’amertume, sont utilisés comme légumes. Ils sont coupés ou pelés, puis bouillis 10–15 minutes jusqu’à leur ramollissement. Additionné de sel, le produit peut alors être consommé comme en-cas. Les jeunes fruits peuvent aussi être écrasés, salés et frits, et cuisinés en ragoût. Non agrémentés de condiments, ils sont légèrement sucrés ou rappellent vaguement le goût neutre de l’avocat. Certains types sont amers même à l’état jeune, et ne sont pas consommés. Dans les zones où les gourdes ne sont pas consommées, les variétés locales sont souvent amères. Les jeunes pousses et les boutons floraux des types les moins amers sont parfois consommés comme légume vert. Les pousses sont bouillies dans du lait ou du lait de coco pour en atténuer le goût désagréable, si particulier. Elles peuvent aussi être mélangées à d’autres légumes-feuilles, tels que Asystasia gangetica (L.) T.Anderson, Cleome gynandra L., Corchorus olitorius L., Cucurbita moschata Duchesne, Launaea cornuta (Hochst. ex Oliv. & Hiern) C. Jeffrey ou Vigna unguiculata (L.) Walp. Au Congo, les feuilles de certains cultivars sont comestibles, mais dans la plupart des communautés, elles ne sont consommées qu’en cas de disette.

En Afrique de l’Ouest, au Botswana, au Zimbabwe et en Afrique du Sud, une huile comestible est extraite des graines. En Afrique australe, cette huile n’est consommée que lorsque les autres huiles végétales se font rares ou bien lorsque les revenus disponibles sont maigres, alors qu’en Afrique de l’Ouest, c’est une huile que l’on trouve fréquemment sur les marchés. Les graines des types les moins amers sont grillées et consommées en amuse-gueule ou pilées et mélangées avec de la farine de maïs ou de mil. En Asie, où se retrouvent aussi un grand nombre des usages ci-dessus énumérés, certains cultivars de gourde sont utilisés comme porte-greffe du melon, de la pastèque et du concombre pour lutter contre les maladies du sol. Au Japon, de longues pelures de fruits sont fréquemment bouillies puis plongées dans de la sauce de soja avec un peu de sucre, pour servir d’ingrédient pour les “sushi”.

Parfois, les racines et les fruits sont utilisés comme purgatifs. Les feuilles servent de remède contre les maux d’estomac, les exanthèmes et les œdèmes dus au venin de serpent. La multitude de tailles et de formes des fruits, déterminée à la fois par la génétique et par l’environnement, explique l’incroyable variété des usages qui sont faits de la coque sèche (calebasse) comme récipients et ustensiles à travers le monde. Les calebasses sont utilisées pour entreposer et transporter l’eau potable, la bouillie, le lait frais ou fermenté, les bières et les vins locaux, le miel, le ghee, la graisse animale, le sel, le tabac, le parfum, les herbes médicinales, les semences agricoles ou les grains. On en fait aussi des ruches, des récipients pour brasser la bière ou pour ranger les vêtements (comme une valise), ou encore des pièges à animaux et leurres, des mangeoires, des pompes à air, des seaux pour tirer l’eau des puits, des vases, des entonnoirs, des flotteurs pour filets de pêche, des berceaux, des cuvettes, des pots pour l’irrigation, des cages à poussins, des masques et des pots de semis. Les calebasses sont utilisées pour fabriquer de nombreux instruments de musique. Les Luos du Kenya s’en servent pour confectionner un gros cor traditionnel, dont ils jouent lors de cérémonies et pour éloigner les animaux sauvages. En Afrique de l’Ouest, les calebasses peuvent servir de caisses de résonance pour la kora (harpe ou luth) et le balafon (xylophone). On retrouve cet usage des calebasses pour la fabrication de xylophones chez les Bavendas d’Afrique australe. De petites calebasses servent à fabriquer des guitares ou des violons traditionnels monocordes. Parmi les autres instruments de musique fabriqués à partir de calebasses, on compte des tambours, des instruments à vent, des crécelles et des pianos portables. Les sorciers kikuyus du Kenya recourent aux calebasses pour la divination par tirage au sort et pour oindre les candidats à la circoncision et au mariage. Quant aux Luos du Kenya, ils s’en servent pour fumer du cannabis (Cannabis sativa L.). Elles servent également à fabriquer des colliers, des boucles d’oreilles et autres colifichets. Les moitiés de grande taille sont couramment employées au vannage du grain, alors que les fruits plus petits sont coupés au sommet ou par moitiés, servant ainsi de tasses ou de louches. L’emploi de la calebasse est profondément ancré dans la culture locale des communautés africaines. En effet, dans presque chacune d’elles, lui sont associés des chants, des proverbes, des contes, des croyances et des mythes.

Production et commerce international

En tant que légume, la gourde est cultivée principalement pour la consommation domestique, quoique l’excédent en jeunes fruits comestibles soit parfois vendu sur les marchés locaux. Les produits dérivés des coques de calebasses sont généralement commercialisés sur les marchés locaux. L’huile extraite des graines est quelquefois vendue comme huile de friture en Afrique de l’Ouest et en Afrique australe.

Propriétés

La composition nutritionnelle des fruits immatures de la gourde par 100 g de partie comestible fraîche est la suivante : eau 93,9 g , énergie 88 kJ (21 kcal), protéines 0,5 g, lipides 0,1g, glucides 5,2 g, fibres 0,6 g, Ca 44 mg, P 34 mg, Fe 2,4 mg, β-carotène 25 μg, thiamine 0,03 mg, niacine 1,2 mg, acide ascorbique 10 mg. La composition des feuilles par 100 g de partie comestible fraîche est la suivante : eau 83,7 g, énergie 180 kJ (43 kcal), protéines 4,4 g, lipides 0,3 g, glucides 8,3 g, fibres 1,8 g, Ca 560 mg, P 88 mg, Fe 7,4 mg. Cette composition correspond à celle d’autres légumes-feuilles de couleur vert moyen. La graine renferme par 100 g de partie comestible : eau 3,2 g, énergie 2410 kJ (574 kcal), protéines 28,2 g, lipides 49,8 g, glucides 14,6 g, fibres 2,0 g, Ca 75 mg, P 1100 mg, Fe 5,3 mg, thiamine 0,40 mg, riboflavine 0,26 mg, niacine 4,6 mg (Leung, W.-T.W., Busson, F. & Jardin, C., 1968). L’huile est riche en acide linoléique (environ 60%), mais contient seulement 0,1% d’acide linolénique. Chez les fruits amers, l’un des composants principaux de l’amertume est la cucurbitacine B, toxique. L’élatérase, une βglucosidase active, a été isolée dans le jus de fruits amers ; c’est une enzyme servant à l’hydrolyse des principes amers des Cucurbitaceae, capable de séparer le glucose des triglucosides et des tétraglucosides. Lors d’un essai, des lapins ayant absorbé la pulpe de fruits amers ont souffert d’agitation et de dyspnée suivie de mort par asphyxie, et un animal a été paralysé.

Falsifications et succédanés

En cuisine, les feuilles de courge peuvent être employées comme succédané des feuilles de gourde. Quant aux graines, on peut leur substituer celles d’autres espèces de Cucurbitaceae, comme Citrullus lanatus (Thunb.) Matsum. & Nakai, Cucumeropsis mannii Naudin, Cucurbita maxima Duchesne. Pour l’entreposage, la calebasse peut être remplacée par les fruits du calebassier (Crescentia cujete L.) ou par des récipients en matériaux divers.

Description

Plante herbacée monoïque, annuelle, grimpante ou rampante, munie de vrilles proximalement bifides. Feuilles alternes, simples ; stipules absentes ; pétiole de 2,5–12,5 cm de long, pubescent, avec une paire de petites glandes à l’apex ; limbe à contour largement ovale ou réniforme, de 3–33 cm × 4,5–33 cm, entier ou brièvement 5–9-palmatilobé, cordé à la base, faiblement sinué-denté, à nervures palmées. Fleurs unisexuées (rarement bisexuées), solitaires à l’aisselle des feuilles, régulières, 5-mères, atteignant 15 cm de diamètre ; tube du réceptacle cylindrique-obconique, long de 1–1,5 cm, lobes écartés ; pétales libres, blancs ; fleurs mâles sur de longs pédicelles de 7–31 cm de long, à trois étamines libres insérées sur le tube du réceptacle, à connectifs larges ; fleurs femelles sur de courts pédicelles de 2–10 cm, avec un ovaire infère, densément poilu, stigmate 3-lobé, épais, chaque lobe étant lui-même 2-lobé. Fruit : baie très variable par la taille et la forme, souvent globuleuse, en forme de bouteille ou de massue, atteignant jusqu’à 1 m de long, allant du jaune-blanc au vert foncé lorsqu’elle est jeune, parfois tachetée de blanc, souvent brune une fois mûre et sèche, avec une peau dure et durable, la pulpe blanche et molle, contenant de nombreuses graines. Graines oblongues, comprimées, atteignant 2 cm de long, émarginées à la base, aux faces munies de deux côtes plates, lisses, quelquefois rugueuses, blanchâtres à brunâtres.

Autres données botaniques

Lagenaria comprend 6 espèces, dont 5 à l’état sauvage en Afrique. Ces espèces sauvages sont pérennes et leurs fruits amers, sphériques à ellipsoïdes, de petite taille, donnent un jus gluant riche en saponines. L’espèce cultivée Lagenaria siceraria est polymorphe et compte de nombreuses variétés locales ; sa variation phénotypique est continue et difficilement quantifiable. La peau dure et épaisse du fruit, ainsi que le “manche” bien formé, sont souvent caractéristiques, mais au Kenya, les types locaux comestibles sont petits et arrondis. Dans certaines communautés, ce sont les fruits verruqueux qui sont choisis pour la consommation. La variation de forme du fruit est plus importante que celle de la graine, et il n’existe pas de corrélation entre la forme du fruit et celle de la graine.

Croissance et développement

La plantule lève 4–5 jours après le semis. Le stade lianescent débute 2–3 semaines après la levée avec une rapide élongation de tiges latérales et la croissance de vrilles. La croissance se ralentit lorsque survient la floraison. Les fleurs mâles apparaissent 8–18 semaines après le semis, les fleurs femelles 2–4 semaines plus tard. La période de floraison de ces dernières dure 3–12 semaines en fonction du cultivar et des conditions environnementales. Chez quelques cultivars, une seconde période de floraison se produit lors de la saison des pluies suivante, à partir des tiges qui ont survécu à la saison sèche. Les fleurs femelles se forment sur les tiges auxiliaires et rarement vers l’extrémité de la tige principale. Les fleurs femelles situées à l’aisselle des feuilles inférieures ont de plus grandes chances de former des fruits que celles qui naissent plus haut sur la tige. Les fleurs femelles à l’extrémité des rameaux rampants sèchent ou développent des fruits plus petits. Les fleurs éclosent le soir et se referment au bout de 8–20 heures. Les stigmates sont réceptifs de 6 heures avant à 36 heures après l’anthèse. Les fleurs mâles, quant à elles, s’ouvrent plus tôt et se ferment plus tard que les femelles. Il y a davantage de fleurs mâles que de fleurs femelles, dans un ratio d’environ 9:1, mais il est inférieur à basses températures. Le ratio floral dépend aussi du cultivar. La pollinisation est pour l’essentiel l’œuvre des abeilles ; le sphinx phénix (Hippotion celerio) et l’hespérie (Gorgyra johnstoni) sont d’importants pollinisateurs au Kenya. Pour la production de graines, la maturation des fruits nécessite 2–3 mois.

Ecologie

La gourde est largement cultivée sous les tropiques, du niveau de la mer à 2500 m d’altitude, et on la trouve échappée des cultures, spécialement le long des berges de rivières et de lacs. Elle demande une pluviosité de 600–1500 mm, bien répartie, et est adaptée aux conditions semi-arides. La température de germination optimale est de 20–25°C, le taux de germination diminuant en dessous de 15°C ou au-dessus de 35°C. Elle supporte de basses températures, mais au-dessous de 10°C, la floraison est réduite ; elle ne résiste pas au gel. Des températures basses et la sécheresse induisent l’avortement des fleurs et des fruits. La gourde pousse sur une large gamme de types de sols, avec une préférence pour les sols fertiles, bien aérés, avec un pH 6–7.

Multiplication et plantation

La gourde est reproduite par graines, celles-ci étant souvent semées directement. Si la semence est rare, on peut pratiquer le repiquage. Comme il n’y a pas de cultivars commerciaux disponibles en Afrique, les paysans sélectionnent avec le plus grand soin des fruits séchés intacts pour la semence de la culture suivante. Les graines sont souvent conservées dans les fruits intacts. Pour l’utilisation comme légume, les individus non amers sont sélectionnés en égratignant la surface ou en mastiquant les feuilles. Le poids de 1000 graines est d’environ 150 g. Les semis s’effectuent normalement au début de la saison des pluies. Les graines présentent souvent une certaine dormance. Un traitement à la chaleur à 50°C pendant 7 jours améliore considérablement le taux de germination. La gourde est souvent plantée à proximité de la maison. Pendant la saison humide, elle est souvent plantée sur des monticules, et pendant la saison sèche, dans des dépressions. On la trouve souvent associée avec des céréales ou d’autres légumes, en particulier des courges. Deux à trois graines sont plantées dans chaque trou, à une distance de 1 m dans la ligne et de 2 m entre les lignes. Les jeunes plants faibles ou malades sont éclaircis 3–4 semaines après le semis pour ne conserver qu’une plante par trou. Souvent, les plantes qui ont poussé spontanément dans le champ sont conservées. Dans les communautés d’éleveurs de bétail comme les Masaïs du Kenya, la gourde apparaît spontanément le long des clôtures des parcs à bétail, où abondent le fumier et l’humidité. Parfois, il arrive que l’on trouve des plantes aux gros fruits allongés sur les palissades des habitations abandonnées. En Asie, des cultivars potagers spéciaux sont cultivés commercialement sur des tuteurs ou des treillages, en utilisant les mêmes pratiques de culture que pour le concombre.

Gestion

La gourde a un certaine capacité pour supprimer les mauvaises herbes. Elle possède un système racinaire étendu mais superficiel, et il faut limiter le travail du sol pendant la fructification. Il est recommandé de désherber à la main autour de la base de la plante. Pour obtenir une croissance continue, il faut irriguer pendant la saison sèche. Dans certaines communautés, on enterre à moitié un vieux pot en terre à côté de la plante pour l’arroser. Le récipient est rempli d’eau et recouvert par une calebasse coupée en deux, qui sert de couvercle. L’eau s’infiltre peu à peu jusqu’aux racines. On rajoute de l’eau une à deux fois par semaine. La gourde réagit bien à l’engrais. Si l’on dispose d’une grande quantité de fumier, on le répand lors de la plantation. Un engrais chimique (NPK 10–10–20 à un taux de 500 kg/ha ou 100 g par plante) peut être appliqué. Alors que la taille du fruit dépend essentiellement de sa position sur la tige, de la pluviosité et des dégâts causés par les parasites, sa forme, elle, résulte en grande partie du cultivar. Elle peut être modifiée par les manipulations suivantes : on place le jeune fruit droit sur un sol plat afin d’obtenir une gourde à fond plat, ou bien on lui place une ficelle autour du cou, ou encore on pend le fruit droit ou de travers sur une clôture. Pour obtenir de très gros fruits destinés à devenir des récipients, on laisse en général un seul fruit par plante.

Maladies et ravageurs

Les principales maladies de la gourde sont l’anthracnose (Colletotrichum lagenarium) pendant les mois humides et l’oïdium (Erysiphe cichoracearum et Sphaerotheca fuliginea) pendant la saison sèche. La pourriture du collet (Sclerotium) et la fusariose (Fusarium oxysporum f.sp. lagenariae) peuvent attaquer les cultures. Afin d’éviter que les maladies ne se répandent, il est recommandé d’éliminer les feuilles infectées et de veiller à de bonnes pratiques culturales. Les cultivars n’ont pas tous la même résistance. Les racines sont sensibles aux nématodes à galles Meloidogyne. Les chrysomèles des feuilles (Chrysomelidae) sont des ravageurs fréquents. Ils percent des trous circulaires dans les feuilles et endommagent les fleurs. Les méloés (Coryna apicicornis), quant à eux, se nourrissent des pétales.

Récolte

S’ils doivent être utilisés comme légumes, la récolte des fruits commence trois mois après le semis. Les fruits jeunes de tout âge sont comestibles et peuvent être récoltés, y compris l’ovaire de la fleur. Un ramassage ininterrompu des jeunes fruits prolonge la durée de la récolte, qui peut aller jusqu’à 20 passages. Le meilleur moyen de cueillir les fruits est d’utiliser un couteau aiguisé, en laissant environ 5 cm de queue sur le fruit. Les feuilles sont prélevées sur des plantes de 2 mois et plus.

Pour la production de graines, les fruits sont récoltés à pleine maturité, c’est-à-dire lorsque la coque durcit et que les tissus extérieur et intérieur commencent à jaunir. C’est en égratignant à peine le fruit pour découvrir la partie jaune intérieure, que l’on détermine ce degré de maturité. Si l’on veut en faire des récipients, les fruits sont laissés sur la plante jusqu’à complète maturité.

Rendement

Un rendement de 25 t/ha de fruits, d’un poids unitaire de 0,5–2 kg, est considéré comme satisfaisant en Asie du Sud-Est. Une plante peut produire entre 1 et 30 fruits, en fonction du cultivar et des conditions de croissance.

Traitement après récolte

Les jeunes fruits doivent être consommés dans les deux semaines suivant leur récolte. Un entreposage plus long entraîne une perte d’eau rapide, responsable de la chute des poils et de la disparition du brillant de la surface du fruit. Pour faire des récipients, graines et pulpe doivent être enlevées. Les fruits peuvent être entreposés intacts pendant une longue période dans un endroit sec. Pour nettoyer les coques, il est possible d’enterrer les fruits dans le sol pendant quelques semaines ou de les tremper dans l’eau, avant de polir leur peau pour obtenir une surface propre. Pour retirer la pulpe, les fruits sont mis à tremper dans l’eau et l’intérieur est remué avec un bâton, ou bien ils sont remplis de petits cailloux et secoués. L’écorce dure de 1–13 mm d’épaisseur subsiste, et elle est soigneusement séchée puis nettoyée avant d’être utilisée.

Pour extraire l’huile des graines, on commence par les griller et les concasser, et on les met ensuite à bouillir. Ce procédé libère l’huile, qui flotte à la surface de l’eau où elle est écumée.

Ressources génétiques

En Afrique, les paysans maintiennent un grand nombre de cultivars. L’Institut international pour les ressources phytogénétiques (IPGRI) et le Kenya Resource Centre for Indigenous Knowledge (KENRIK) des Musées nationaux du Kenya ont collecté et maintiennent des centaines de variétés locales kenyanes dans la Banque de gènes du Kenya. Parmi elles, 30 cultivars locaux ont été décrits. Certains sont présentés au champ dans le Jardin botanique des Musées nationaux. Des entrées de gourdes sont disponibles dans des banques de gènes en Afrique du Sud, au Bénin, au Cameroun, en Ethiopie, au Ghana, au Kenya, au Nigeria, au Sénégal, au Soudan, en Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe. On assiste à une érosion génétique des cultivars locaux.

Sélection

La forme des fruits est fortement déterminée génétiquement, mais leur forme et leur taille sont aussi influencées par l’environnement. L’amertume est un caractère dominant sur la douceur, dans un rapport de 3:1. Au Kenya, la pollinisation manuelle a montré que les cultivars locaux se croisent facilement et que 40% des croisements avec l’espèce affine sauvage Lagenaria sphaerica (Sond.) Naudin réussissent. Les hybrides interspécifiques montrent un fort développement des tiges latérales. Il se pourrait qu’il n’y ait pas d’hybrides naturels parce que la plupart des fleurs femelles avortent et que la viabilité du pollen des fleurs mâles est inférieure à 1%. Des cultivars améliorés de gourde potagère sont disponibles auprès de firmes semencières en Inde, en Chine, à Taïwan, au Japon, aux Philippines et en Thaïlande.

Perspectives

La gourde est fortement intégrée dans de nombreuses cultures africaines, ce qui garantit le maintien d’une immense diversité, mais la littérature publiée en la matière est minime. On peut penser que l’intérêt pour la gourde en tant que légume-fruit grandira lorsque des cultivars commerciaux seront disponibles. Pour la production de calebasses, son attractivité semble durer. La multiplicité des usages de la calebasse lui assure un bel avenir commercial. La recherche et la sélection devraient déboucher sur l’obtention de cultivars améliorés, y compris des hybrides, avec éventuellement l’intégration d’une résistance à des maladies, et avec la forme et la taille des fruits en fonction de l’usage désiré.

Références principales

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  • Heiser, C.B., 1979. The gourd book. University of Oklahoma Press, Norman, United States. 248 pp.
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  • Schippers, R.R., 2002. African indigenous vegetables, an overview of the cultivated species 2002. Revised edition on CD-ROM. National Resources International Limited, Aylesford, United Kingdom.
  • Widjaja, E.A. & Reyes, M.E.C., 1993. Lagenaria siceraria (Molina) Standley. In: Siemonsma, J.S. & Kasem Piluek (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 8. Vegetables. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 190–192.

Autres références

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Sources de l'illustration

  • Widjaja, E.A. & Reyes, M.E.C., 1993. Lagenaria siceraria (Molina) Standley. In: Siemonsma, J.S. & Kasem Piluek (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 8. Vegetables. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 190–192.

Auteur(s)

  • Y. Morimoto

Department of Agriculture, Graduate School of Agriculture, Tokyo University of Agriculture (TUA), 1737 Funako Atsugishi, Kanagawa 243-0034, Japan

  • B. Mvere

East West Seed International Ltd., P.O. Box BW 141, Borrowdale, Harare, Zimbabwe

Consulté le 31 mars 2025.


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