Jatropha curcas (PROTA)

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Légume Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Oléagineux Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svg
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Jatropha curcas L.


Protologue: Sp. pl. 2: 1006 (1753).
Famille: Euphorbiaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 22, 33, 44

Synonymes

  • Jatropha afrocurcas Pax (1909).

Noms vernaculaires

  • Pourghère, purghère, grand pignon d’Inde, fève d’enfer, gros ricin, médicinier purgatif (Fr).
  • Jatropha, physic nut, purging nut, Barbados nut (En).
  • Purgueira, pinhao, rícino major, grão de maluco, galamaluco (Po).
  • Mbono (Sw).

Origine et répartition géographique

Jatropha curcas est probablement originaire du Mexique ou des régions voisines d’Amérique centrale, qui sont les seuls endroits où il ait été souvent collecté dans des milieux non perturbés. Des navigateurs portugais l’ont emporté au Cap-Vert, où il est devenu une culture d’exportation qui représentait à une époque 60% de la valeur totale des exportations agricoles. Il s’est répandu dans le monde entier il y a longtemps et il est aujourd’hui naturalisé dans toutes les régions tropicales et subtropicales.

Usages

Dans toute l’Afrique tropicale, différentes parties de Jatropha curcas sont utilisées pour toutes sortes d’usages médicinaux. C’est une source d’huile qui est employée traditionnellement dans la production de savon et comme source d’énergie ; c’est également une importante plante de haies. Les graines riches en huile et l’huile des graines (que l’on appelle “oleum ricini majoris” ou, à juste titre, “oleum infernale” ou “huile d’enfer”) sont utilisées pour leurs vertus purgatives et pour expulser les parasites intestinaux, malgré la puissante irritation des voies gastro-intestinales, voire les empoisonnements, que provoque souvent leur emploi. Les feuilles et l’écorce sont tout aussi purgatives. En usage interne et externe, l’huile a des vertus abortives, et en usage externe, c’est un rubéfiant qui permet de traiter les rhumatismes ainsi que toutes sortes d’infections dermatologiques, malgré les irritations qu’elle peut provoquer sur la peau. L’huile entre dans la composition de revitalisants capillaires. Le latex est partout réputé pour cicatriser les plaies, pour ses vertus hémostatiques et pour soigner les problèmes de peau ; en application externe, il sert à traiter les plaies infectées, les ulcères, la teigne, l’eczéma, les dermatomycoses, la gale et la gale sarcoptique des moutons et des chèvres. Au séchage, le latex, d’abord visqueux, forme une pellicule étanche dont l’aspect évoque celui obtenu avec le collodion. Il a des effets styptiques et on l’utilise pour soulager les douleurs et les piqûres d’abeilles et de guêpes. Séchée et réduite en poudre, l’écorce de racine s’applique en cataplasmes, et en usage interne, elle sert à expulser les vers et traiter la jaunisse. Les feuilles s’appliquent aussi sur les plaies ; en décoction, elles s’utilisent contre la malaria au Mali et à Madagascar, tandis qu’au Bénin et à la Réunion, la décoction se prend contre l’hypertension. En usage externe, le jus des feuilles s’emploie au Bénin et à Madagascar pour traiter les hémorroïdes. En Guinée-Bissau, un extrait à l’eau bouillante des feuilles se prend par voie orale pour faire monter le lait chez les femmes (galactagogue) après leur accouchement. Les tiges crues servent de bâtonnets à mâcher pour renforcer les gencives, pour traiter les saignements, les gencives spongieuses ou les abcès. La décoction de racines est un remède contre la diarrhée et la gonorrhée. A Madagascar, la décoction de feuilles et de racines se prend pour traiter le paludisme. Jatropha curcas sert également dans la préparation de poison de flèche ; aux Philippines, c’est l’écorce qui est utilisée pour fabriquer un poison pour la pêche. Les graines provoquent souvent des empoisonnements accidentels, chez les animaux comme chez les humains.

L’huile des graines n’est pas comestible, car elle contient des composés toxiques. Son usage est traditionnellement réservé à la fabrication de bougies et de savon, d’huile lampante et de combustible pour la cuisine. C’est un médiocre lubrifiant, qui sèche trop vite. Mais dans les régions tropicales et subtropicales chaudes, les cultures de Jatropha curcas se répandent, en vue d’un usage comme biocarburant. L’huile est utilisée soit directement dans des moteurs adaptés qui font tourner des moulins à grains locaux, des presses à huile, des pompes à eau et de petits générateurs, soit elle est d’abord raffinée par transestérification au méthanol ou à l’éthanol, pour produire un carburant classique, utilisable par des moteurs diesel à haute performance.

Le tourteau qui reste après l’extraction d’huile est trop toxique pour avoir des débouchés dans l’alimentation animale, mais il constitue un engrais organique de valeur, riche en azote. Il existe des entrées de Jatropha curcas, trouvées au Mexique par ex., qui sont pratiquement dénuées de toxines ; compte tenu de sa teneur élevée en protéines, le tourteau issu de ces sélections fournirait une matière première nourrissante. Boullies ou rôties, leurs graines se mangent parfois comme amuse-gueule et les jeunes feuilles comme légume.

Le jus des feuilles produit un colorant noir ou une encre qui serait indélébile ; l’écorce produit un colorant bleu foncé, mais qui ne tient pas. La cendre des racines et des rameaux sert de sel de cuisson et de bain de teinture. Jatropha curcas est couramment cultivé dans les tropiques comme haie vive, pour lutter contre l’érosion, marquer les limites de terrains, protéger les habitations, les jardins et les champs contre les animaux brouteurs. A Madagascar et dans d’autres endroits de l’Afrique, il sert de tuteur à la vanille, au poivrier noir et aux ignames. Le bois est un médiocre combustible. Des hybrides de Jatropha curcas et d’autres espèces de Jatropha sont cultivés comme plantes ornementales.

Production et commerce international

On ne dispose pas encore de statistiques officielles sur les zones de plantation ou sur la production. Depuis peu, Jatropha curcas a fait l’objet d’importants programmes de plantation dans plusieurs pays tropicaux à cause de son potentiel comme plante à biocarburant peu exigeante sur le plan agroécologique. Mais la plupart en sont encore à la phase pilote et ne dépassent probablement pas 100 000 ha au total. Seule l’Inde pourrait avoir vers 2030 plus de 10 millions d’ha de plantations à petite ou à grande échelle, la plupart sur des terrains vagues restaurés. Les pays d’Afrique tropicale qui ont d’importants projets de développement de la production de biocarburant à base de pourghère sont le Mali, le Burkina Faso, le Ghana, la Tanzanie, le Malawi, la Zambie et Madagascar. La longueur totale des haies de pourghère en Afrique tropicale est estimée à 75 000 km, soit un rendement potentiel de 60 000 t de graines par an.

Le prix des graines de pourghère varie entre les pays. Lorsqu’elles servaient à la fabrication de savon (Mali, Tanzanie), le prix au kilo avoisinait US$ 0,10. Mais quand la demande en graines pour le biocarburant aura augmenté, les prix vont monter. En Inde, on s’attend à ce que le prix au litre de carburant à base de pourghère soit fixé à US$ 0,40, pour refléter le prix coûtant plus une modeste marge bénéficiaire. A ce prix il faut ajouter les taxes et déduire la valeur des certificats de crédit carbone. Les prix du gazole dans les pays enclavés de l’Afrique de l’Ouest étaient de US$ 0,80–0,97 en 2007. On estime que des plantations et des moulins à huile à grande échelle pourraient produire du biocarburant de pourghère en Afrique de l’Ouest à un prix de 5–12% inférieur à ceux des prix actuels du gazole. Dans les régions reculées, la production et l’utilisation à petite échelle de biocarburant issu de Jatropha curcas est évidemment plus prometteuse que ce que prédisent les modestes marges.

Propriétés

Les graines décortiquées (amandes) contiennent par 100 g : eau 3–6 g, énergie 3100–3300 kJ (740–790 kcal), protéines 23–29 g, lipides 53–70 g, fibres au détergent neutre 4 g, fibres au détergent acide 0,1–0,2 g, cendres 3,8 g. La teneur lipidique des graines entières est de 32–45%, le tégument représentant 35–40% du poids total de la graine. La composition en acides gras de l’huile est : acide palmitique 3,5–15,6%, acide palmitoléique 0,7–0,9%, acide stéarique 6,7–7,5%, acide oléique 34,3–46,3%, acide linoléique 30,8–43,1%, acide linolénique 0,2% et traces d’acides myristique, pentadécanoïque, margarique, margaroléique, arachidique, gadoléique, béhénique, lignocérique et nurvonique. En fonction de l’origine, la teneur soit en acide oléique, soit en acide linoléique, est plus élevée. Le biocarburant produit après transestérification de l’huile a des caractéristiques similaires à celles du pétrodiesel. Le bilan énergétique (total des intrants énergétiques dans la culture : rendement énergétique) du biocarburant de pourghère est évalué à 1 : 4–5, soit une bien meilleure performance qu’avec l’huile de colza. Le taux de protéines du tourteau après extraction de l’huile est d’environ 60%, avec une composition en acides aminés essentiels similaire à celle de la protéine de soja, mais plus élevée en acides aminés soufrés.

Les composés toxiques des graines et de l’huile de graines sont des esters du diterpénoïde 12-désoxy-16-hydroxy-phorbol ; chez les cultivars toxiques, on en a trouvé jusqu’à 2,7 mg/g, et chez les non toxiques 0,1 mg/g. Comme ils sont thermostables, l’huile et le tourteau ne peuvent être détoxifiés par chauffage. Des études d’évaluation de toxicité quantitative ont été effectuées sur de nombreux modèles animaux. Les propriétés irritantes de l’huile des graines ont été évaluées dans l’essai d’irritation sur souris. Une autre étude a montré que l’huile n’avait pas de propriétés mutagènes, et donc elle n’est pas dangereuse pour les ouvriers qui manipulent le tourteau ; cependant après une initiation au 7, 12-diméthylbenz(a)anthracène, l’huile a provoqué des tumeurs de la peau. Les graines contiennent également une fraction protéique toxique : la “curcine”. Les protéines purifiées issues de cette fraction ont fait preuve d’effets inhibiteurs sur la synthèse des protéines in vitro, de manière analogue à celle de la ricine issue du ricin (Ricinus communis L.). Mais à la curcine fait défaut la fraction protéique qui permet à la ricine de franchir les membranes cellulaires, ce qui la rend bien moins dangereuse. La curcine a des effets antitumoraux importants sur plusieurs lignées de cellules tumorales et ses mécanismes s’apparentent à une activité N-glycosidase. Le potentiel antimétastatique de la curcusone B, un diterpène isolé des parties aériennes, a été exploré sur 4 lignées de cellules cancéreuses humaines. Un traitement avec des doses non cytotoxiques de curcusone B élimine efficacement les processus métastatiques. Des extraits de graines ont eu des effets interrupteurs de grossesse chez les rongeurs, mais on ne sait pas bien s’il s’agit d’une action spécifique ou si cela résulte d’une toxicité générale.

Le latex de Jatropha curcas a présenté une activité protéolytique qui pourrait être responsable de certains de ses effets thérapeutiques, par ex. cicatrisants et hémostatiques (effet coagulant). Par contre, dilué, le latex a des effets anticoagulants. L’analyse du latex a débouché sur l’isolation de la “curcaïne”, une protéase, dont les propriétés cicatrisantes ont été explorées sur un modèle souris. L’emploi de la curcaïne dans un onguent hydrophile (0,5–1%) s’est avéré avoir de meilleurs effets cicatrisants que ceux observés avec la nitrofurazone, un cicatrisant courant. Le latex contient également un octapeptide cyclique, la “curcacycline A” et un nonapeptide cyclique, la “curcacycline B”. La curcacycline A a montré une inhibition modérée de la prolifération de cellules T chez l’homme avec effet dose-dépendant, sans que des effets cytotoxiques directs n’aient été observés. Lors d’un essai clinique, des verrues communes traitées avec ce latex ont disparu complètement en 16–20 jours. La curcacycline B renforce l’activité rotamase de la cyclophiline B humaine. Les feuilles de Jatropha curcas ont une puissante action cardiovasculaire, qui s’apparente à celle des β -bloquants. Un extrait au méthanol de feuilles s’est montré offrir une protection modérée aux lignées de cellules humaines in vitro contre le VIH, et l’extrait à l’eau des rameaux a une forte action inhibitrice sur les effets cytopathiques induits par VIH, avec une cytotoxicité faible. L’extrait de racines au méthanol a eu une activité significative contre la diarrhée induite à l’huile de ricin et au sulfate de magnésium chez les souris par inhibition de la biosynthèse de la prostaglandine et réduction de la pression osmotique. Le latex fait ressortir une action antibactérienne significative contre toutes sortes de bactéries gram-positives. Les graines moulues ont montré une efficacité molluscicide contre différentes espèces hôtes de maladies humaines. L’huile des graines a des propriétés pesticides comparables à celle du nim (Azadirachta indica A.Juss.) contre des insectes tels que le ver de la capsule du cotonnier (Helicoverpa armigera) et la bruche du niébé (Callosobruchus maculatus). Il est également efficace contre les termites. Le latex est fortement inhibiteur de plusieurs maladies fongiques des cultures, par ex. Phytophthora palmivora et Fusarium solani, ainsi que du virus de la mosaïque de la pastèque. On a aussi découvert la présence de stéroïdes (stigmastérol, β-sitostérol, β-sitostérol-β-D-glucoside) et de flavonoïdes.

Description

Arbuste ou petit arbre caducifolié, un peu succulent, monoïque, atteignant 5(–8) m de haut ; tige sortant d’un épais rhizome pérenne, contenant un latex aqueux à blanchâtre ; écorce lisse, grise ou rougeâtre, brillante, partant en écailles papyracées. Feuilles alternes, simples ; stipules minuscules, tombant rapidement ; pétiole de (3–)10–15(–20) cm de long, glabre ; limbe à contour largement ovale, le plus souvent faiblement 5-lobé, de 7–14(–18) cm × 5,5–14(–18) cm, base faiblement à profondément cordée, apex aigu, bords habituellement entiers, glabre, à 5–7 nervures partant de la base. Inflorescence : cyme ombelliforme terminale ou axillaire, souvent en paire, à fleur femelle solitaire terminant chaque axe principal, et à nombreuses fleurs mâles sur les rameaux latéraux ; pédoncule atteignant 5(–7) cm de long, poilu ; bractées elliptiques-lancéolées, d’environ 1 cm de long, acuminées. Fleurs unisexuées, régulières, 5-mères, jaune verdâtre ; fleur mâle à lobes du calice ovales d’environ 2 mm de long, pétales fusionnés dans la moitié inférieure, lobes oblongs à ovales, d’environ 3 mm de long, disque composé de 5 glandes libres, étamines 8, en 2 verticilles distincts, les 5 situées à l’extérieur soudées à la base, les 3 intérieures ayant des filets complètement fusionnés ; fleur femelle à lobes du calice ovales-lancéolés de 4–5 mm de long, poilus, pétales d’environ 6 mm de long, libres, disque composé de 5 glandes libres, ovaire supère, ovoïde-ellipsoïde, 3-loculaire, styles 3, fusionnés à la base, stigmates 2-lobés, staminodes 10. Fruit : capsule largement ellipsoïde de 2,5–3 cm × environ 2 cm, à peau lisse, au départ charnue et verte, virant au jaune et finalement sèche et noire, déhiscente sur le tard, à 3 graines. Graines ellipsoïdes, de 1–2 cm de long, marbrées de noir et grossièrement ponctuées. Plantule à germination épigée, formant une racine pivotante et 4 racines périphériques ; hypocotyle allongé ; cotylédons largement oblongs et émergents ; 2 premières feuilles alternes.

Autres données botaniques

Le genre Jatropha appartient à la tribu Jatropheae de la sous-famille des Crotonoideae. Il comprend environ 170 espèces, dont la plupart se trouvent dans des régions tempérées chaudes et subtropicales ainsi que dans les tropiques à saison sèche. L’Afrique compte environ 70 espèces indigènes, et Madagascar une espèce endémique. Jatropha curcas appartient au sous-genre Curcas. Plusieurs espèces de Jatropha sont couramment cultivées dans les tropiques comme plantes médicinales ou ornementales ; il arrive qu’elles s’échappent des cultures.

Jatropha mahafalensis

Les graines de Jatropha mahafalensis Jum. & H.Perrier, espèce endémique de Madagascar, contiennent une huile, appelée “huile de Betrata”, dont les propriétés sont similaires à celles de Jatropha curcas et qui a les mêmes usages traditionnels. L’huile sert à l’éclairage et s’emploie comme huile capillaire antipoux. La décoction de racine se boit comme tonique. Le latex renferme un heptapeptide cyclique, la mahafacycline A.

Croissance et développement

Chez Jatropha curcas, la croissance est intermittente et sympodiale ; elle suit le modèle architectural de Leeuwenberg. Des fluctuations de précipitations, de température et de lumière induisent une dormance. Mais toutes les plantes n’y répondent pas simultanément ; on peut trouver dans les haies des plantes sans feuilles auprès d’autres couvertes de feuilles vertes. Les fleurs de Jatropha curcas produisent du nectar et sont parfumées. Dissimulés dans la corolle, les nectaires ne sont accessibles qu’aux insectes dotés d’une trompe ou d’une langue allongée. Le parfum sucré et entêtant des fleurs pendant la nuit et leur couleur jaune verdâtre laissent penser qu’elles sont pollinisées par des papillons de nuit. Dans les inflorescences, les fleurs femelles éclosent un ou deux jours avant les fleurs mâles ou en même temps que les fleurs mâles les plus précoces. Les fleurs mâles ne durent qu’une journée. Les cultures sous abri ne donnent jamais de graines, à moins que les fleurs soient pollinisées manuellement. Les plantes issues de graines sont plus résistantes à la sécheresse que celles cultivées à partir de boutures, car elles développent une racine pivotante. Le fruit, de la floraison à la maturité des graines, met 80–100 jours à se développer. Les plantes issues de boutures donnent des graines plus tôt que celles issues de graines. On arrive à une production complète à la 4e ou la 5e année. Des mycorhizes ont été observées sur les racines ; elles favorisent la croissance, surtout lorsque le phosphate est un facteur limitant. Jatropha curcas a une longévité potentielle de 30–50 ans.

Ecologie

Jatropha curcas est présent dans les climats tropicaux semi-arides et subtropicaux chauds où les températures diurnes moyennes sont de 20–30°C et la pluviométrie annuelle de 300–600 mm. Il ne supporte pas le gel, mais il résiste à des sécheresses pouvant durer jusqu’à 7 mois. Il pousse sur des sols dégradés, sablonneux ou caillouteux, et même salins à faible teneur en nutriments, mais il ne peut survivre dans les terrains engorgés. Cependant, une production d’huile viable sur le plan économique exige des sols bien drainés de qualité acceptable au plan physique et chimique, et au moins 750 mm de précipitations annuelles, ou bien une irrigation supplémentaire.

Multiplication et plantation

La multiplication se fait par graines ou par boutures. Le poids de 1000 graines est de 400–730 g. Les graines sont orthodoxes. La capacité de germination moyenne au bout de 7 ans de stockage à 16°C est d’environ 50%. Les graines se sèment au début de la saison des pluies. Un trempage pendant la nuit améliore la germination. Dans de bonnes conditions, les graines germent en une dizaine de jours. On peut également les semer en lits ou en pots et les repiquer au champ 4–6 mois plus tard. Les semis élevés en pépinière ont un taux de survie plus élevé que ceux obtenus par semis direct. Les haies autour des habitations ou des champs proviennent la plupart du temps de boutures. Des boutures de rameaux de 30 cm de long plantées directement au champ quelques semaines avant le début de la saison des pluies s’enracinent et reprennent facilement, car une couche de cire les protège du dessèchement. Toutefois, l’élevage en pépinière de boutures racinées avec seulement 2–3 nœuds, avant le repiquage au champ, présente l’avantage de donner un taux de multiplication bien plus important pour des sélections de valeur destinées à des plantations à haut rendement. La multiplication clonale par culture de tissus, à partir d’explants d’hypocotyle, de pétiole ou de feuille, est techniquement possible mais assez chère dans le cadre d’une multiplication de masse.

Dans des plantations établies pour une production d’huile, l’espacement pratiqué est de 2–3 m entre les lignes et de 2–2,5 m sur la ligne, ce qui donne des densités de 1350–2500 pieds/ha.

Gestion

Dans les nouvelles plantations, les pratiques culturales sont le désherbage, la taille et l’apport d’engrais. Les plants fraîchement mis en terre doivent être protégés des ruminants, car ils n’ont pas encore synthétisé de toxines répulsives dans leurs feuilles et leurs pousses. La taille débute 3–4 mois après la plantation au champ, afin d’induire une charpente de 25 branches au plus, pour obtenir une floraison et une fructification plus abondantes ; la taille d’entretien des arbustes adultes vise à induire la croissance de nouveaux rameaux latéraux et à restreindre la pousse en hauteur pour faciliter la récolte. Dans le cas des haies protectrices, une taille régulière est nécessaire pour réduire l’ombrage sur les cultures avoisinantes. Les besoins en nutriments de Jatropha curcas dans l’optique d’une production maximale en huile ne sont pas encore bien définis, mais c’est une plante qui semble réagir particulièrement bien aux engrais organiques, notamment coques de fruits compostées et tourteaux de graines. La litière de feuilles et les résidus de taille de la plantation contribuent également à l’amélioration de la teneur en matière organique du sol. Des apports en N, P et K dans le trou de plantation favorisent l’établissement précoce et la croissance rapide des nouvelles plantations. Lorsque les conditions climatiques et pédologiques sont favorables, et lorsque les plantes sont espacées davantage, une association avec des légumes ou des légumes secs est possible. Un apport d’engrais à la culture associée profite aussi à la pourghère.

Maladies et ravageurs

Jatropha curcas est rarement attaqué par les maladies ou les ravageurs. L’oïdium peut endommager les feuilles et les fleurs, et Alternaria peut provoquer une chute des feuilles. Des chenilles de Spodoptera litura se nourrissent des feuilles, et plusieurs espèces de coléoptères se nourrissent des feuilles des jeunes plantes. Ces ravageurs peuvent également affecter les plantes cultivées en association avec Jatropha curcas. C’est une plante-hôte facultative pour les virus du manioc, et elle ne doit donc pas être plantée comme haie autour des champs de manioc.

Récolte

La récolte et la séparation des graines et des fruits s’effectue à la main. Les meilleurs cueilleurs peuvent récolter environ 30 kg de fruits à l’heure, ce qui représente environ 18 kg de graines. Comme les fruits demeurent assez longtemps sur les branches, il faut les cueillir ou les gauler avec un bâton.

Rendement

La production annuelle de graines de plantes adultes issues de graines peut aller de 300 g à 3(–6) kg, en fonction des conditions de culture et de la capacité inhérente de production. Les données fournies par les plantations pilotes montrent les rendements suivants en graines par ha : 0,5 t dans l’année qui suit la plantation au champ, 1,2–1,5 t la deuxième année, chiffre qui passe à 2,5–3,0 t à partir de la cinquième année, lorsque la plantation est en pleine production. Des rendements de 5 t de graines/ha, soit l’équivalent de 1,6–2,0 t d’huile plus 3,0–3,4 t de tourteau, ont été déclarés pour des plantations de pourghère bénéficiant de conditions agroécologiques optimales (par ex. en Inde et au Nicaragua).

Des haies anciennes et denses dans les villages ou les villes peuvent produire 2 kg de graines par m et par an (hauteur 5–6 m, bon sol, 800 mm de pluviométrie annuelle), et les haies taillées autour des jardins et des champs pas plus de 0,8 kg.

Traitement après récolte

Les graines destinées à être plantées doivent être mises à sécher soigneusement à l’ombre jusqu’à 6–9% d’humidité et conservées au frais dans des récipients hermétiques. L’extraction traditionnelle de l’huile consiste à faire bouillir les graines préalablement grillées et broyées, jusqu’à ce que l’huile qui flotte à la surface puisse être écumée. Mais il y a des méthodes plus efficaces, qui reposent sur l’extraction au moyen de presses à vis manuelles ou mécaniques. L’efficacité de cette méthode à froid est considérablement augmentée lorsque les graines sont d’abord écrasées dans un broyeur à marteaux. Le tourteau nécessite un compostage avant de pouvoir être utilisé comme engrais organique. L’huile pourra être raffinée dans un réacteur de transestérification continue pour produire du biocarburant de qualité diesel et du glycérol qui ait une valeur comme produit dérivé. Ce biocarburant représente environ 92% du poids initial de l’huile.

Ressources génétiques

On connaît plusieurs types de Jatropha curcas. Un type non toxique est cultivé au Mexique (sans esters de phorbol dans les graines). Un type nicaraguayen a des feuilles plus grandes à lobes arrondis et des fruits et graines plus gros mais moins abondants. Il existe des types mâle-stériles, qui produisent plus de fruits que les types courants. Un essai de provenances mené à la fin des années 1980 a montré que les diverses sélections originaires d’Afrique présentaient d’importantes différences au niveau du développement végétatif, mais pas au niveau des caractères morphologiques. L’université de Wageningen ( Pays-Bas) a lancé un programme destiné à prospecter et à évaluer les ressources génétiques de Jatropha curcas, à les maintenir dans des banques de gènes au champ et à démarrer des travaux d’amélioration.

La Banco Nacional de Germoplasma Vegetal, Departamento de Fitotecnia, Universidad Autónoma de Chapingo, à Chapingo, au Mexique, et le Departamento de Biología, Universidad Nacional Autónoma de Nicaragua, à León, au Nicaragua détiennent tous les deux une centaine d’entrées de Jatropha curcas, mais la collecte, la caractérisation et le maintien de ressources génétiques couvrant l’intégralité de la variation de l’espèce fait toujours cruellement défaut.

Sélection

La plupart du matériel végétal utilisé à ce jour résulte d’une sélection simple opérée au sein de peuplements semi-naturels ou de variétés locales. Les variations inter-plantes en terme de vigueur et de rendement en graines sont énormes et on peut donc s’attendre à ce qu’une sélection systématique donne lieu à d’importantes améliorations génétiques pour les rendements en graines et d’autres caractéristiques importantes. Des programmes d’amélioration génétique ont été lancés récemment dans plusieurs pays, par ex. à l’université de Wageningen (Pays-Bas), mais aucun détail quand à l’avancement de ces travaux n’est encore disponible. De toute évidence, pour la production de biocarburant, le principal objectif d’amélioration des cultivars de Jatropha curcas sera le rendement en huile par ha. Des cultivars à croissance compacte faciliteraient la récolte.

Perspectives

Les multiples usages traditionnels de Jatropha curcas, que ce soit au plan médicinal, comme huile végétale non alimentaire ou comme plante auxiliaire, ont été bien exploités dans les régions tropicales et subtropicales depuis des siècles. Son potentiel considérable d’oléagineux pour biocarburant à des coûts relativement faibles et d’exigence modeste sur l’agroécosystème local a suscité beaucoup d’intérêt au cours des dernières années. Il faut s’attendre à ce que d’ici une décennie ou deux, Jatropha curcas devienne une source d’énergie renouvelable majeure des régions rurales arides (sub)tropicales d’Asie, d’Afrique et d’Amérique. Il reste encore beaucoup à faire sur le plan agronomique et en matière de sélection pour maximiser le potentiel de production d’huile de pourghère par ha et en améliorer ainsi la viabilité économique. Des techniques et des installations de multiplication rapide doivent être mis au point pour faciliter la mise à disposition du matériel de plantation en quantités suffisantes. C’est particulièrement urgent, car la plantation de matériel non amélioré non seulement ne débouche que sur de faibles retours sur investissement, mais pourrait aussi faire perdre tout intérêt pour cette culture. Il faudrait aussi lancer d’autres recherches sur les propriétés médicinales des différentes parties de la plante, par ex. sur ses effets cicatrisants, antipaludiques et anti-VIH. L’exploration du potentiel agronomique et médicinal d’autres espèces de Jatropha aurait aussi un intérêt.

Références principales

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Sources de l'illustration

  • Susiarti, S., Munawaroh, E. & Horsten, S.F.A.J., 1999. Jatropha L. In: de Padua, L.S., Bunyapraphatsara, N. & Lemmens, R.H.M.J. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 12(1). Medicinal and poisonous plants 1. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 320–327.

Auteur(s)

  • R.K. Henning, Rothkreuz 11, D-88138 Weissensberg, Germany

Citation correcte de cet article

Henning, R.K., 2007. Jatropha curcas L. In: van der Vossen, H.A.M. & Mkamilo, G.S. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 9 juillet 2021.


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