Gui (Cazin 1868)

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Groseillier
Cazin, Traité des plantes médicinales, 1868
Guimauve


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Nom accepté : Viscum album


GUI. Viscum album. L„

Viscum baccis albis. C. Bauh., Tourn.— Viscus quercinus et cætarum arborum, J. Bauh.— Viscum vulgare. Park. — Viscum corylineum. - Viscum tiliaceum. — Lignum sanctæ crucis. - Omnia sanans druidarum.

Gui blanc, — gui commun, — gui parasite, — gillon, — verquet.

LORANTHACÉES, A. Rich. (Caprifoliacées, J.). Fam. nat. — DIŒCIE TÉTRANDRIE. L.


Arbuste parasite et toujours vert, pour lequel les anciens Gaulois avaient un respect superstitieux.

Le nom de gui vient de gwid, qui veut dire arbuste ; les druides et les prêtres des Gaulois le coupaient en grande cérémonie avec une serpe d'or, en chantant des chants d'allégresse et prononçant des paroles mystiques ; ils s'en servaient pour bénir de l'eau qu'ils distribuaient au peuple ; ils croyaient que cette eau purifiait, guérissait la plupart des maladies, donnait, la fécondité, etc. Pline dit[1] : Ad viscum Druidæ clamare solebant.] Il croît sur le tronc et les branches du pommier, du chêne, de l'orme, du tilleul, du saule, du coudrier et de tous les arbres qui ne contiennent pas un suc laiteux ou caustique. Les grives et d'autres oiseaux mangent les baies du gui, dont ils répandent la semence.

Description. — Tige ligneuse, à rameaux nombreux, arrondis, articulés, divergents, munis à la base d'une paire de bractées squamiformes. — Feuilles opposées, simples, entières, sessiles, épaisses, d'un vert jaunâtre, oblongues, obtuses, à cinq nervures longitudinales apparentes après la dessiccation, persistantes. — Fleurs d'un jaune verdâtre, petites, sessiles, rassemblées par deux ou trois en petits bouquets dans les bifurcations supérieures des rameaux (mars-avril-mai), ordinairement dioïques, régulières, incomplètes, munies de bractées à la base. — Fleurs mâles, calice 4e bifide, corolle nulle, quatre étamines à anthères sessiles. — Fleurs femelles, calice très-court soudé avec l'ovaire ; corolle à quatre pétales charnus. — Fruit bacciforme, blanc, uniloculaire, monosperme, contenant une matière glutineuse qui favorise la reproduction de l'espèce en fixant sa graine lorsqu'elle est tombée sur l'arbre.

Parties usitées. — L'écorce et les fruits.

Récolte. — Il faut recueillir 1e gui à la fin de l'automne, le faire sécher avec soin, en séparer l'écorce, la pulvériser et la renfermer dans un vase opaque hermétiquement

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  1. Lib. XVI, cap. XLIV.


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fermé et placé dans un lieu sec. Le gui de chêne ne jouit pas de propriétés plus remarquables que les autres ; l'arbre sur lequel cette plante croît n'apporte aucune différence dans sa composition chimique.

Propriétés physiques et chimiques. — Le gui est inodore, d'une saveur visqueuse et un peu austère à l'état frais, d'une odeur désagréable et d'un goût âcre et amer quand il est sec. On y trouve une grande quantité de matière glutineuse, très-analogue au caoutchouc, insoluble à froid dans l'eau et dans l'alcool, un extrait résineux, un extrait muqueux et un principe astringent. L'extrait résineux est beaucoup plus abondant que l'extrait aqueux. C'est dans l'écorce que réside la plus grande partie des principes actifs du gui.

On pense encore assez généralement qu'une plante parasite participe de la composition chimique de l'arbre aux dépens duquel elle vit. Colbatch, dès 1747, assure que les principes composants du gui sont identiques quel que soit le végétal sur lequel on le recueille. On cite le gui comme étant plus riche en tannin quand il croît sur le chêne que sur le peuplier, ou le pommier, etc. ; cette assertion est tellement inexacte que Chatin[1] affirme n'avoir jamais rencontré dans le gui de chêne la moindre trace de vrai tannin.)

Henry[2] a trouvé dans les fruits du gui une petite quantité de glu, de la cire, de la gomme, une matière visqueuse insoluble, de la chlorophylle, des sels à base de potasse, de chaux, de magnésie ; de l'oxyde de fer.

Toutes les parties vertes du gui, tiges et feuilles, contiennent beaucoup de glu. Pour l'extraire, on met une certaine quantité de cette plante pendant huit ou dix jours dans un lieu humide ; quand elle est pourrie, on la pile jusqu'à la réduire en bouillie ; on la place ensuite dans une terrine avec de l'eau fraîche, et on l'agite fortement jusqu'à ce que la glu s'attache à la spatule. On lave alors cette substance dans un autre vase avec de la nouvelle eau, et on la conserve pour l'usage. — Cette glu contient un principe particulier auquel Macaire[3] a donné le nom de viscine. (Elle peut être représentée, selon Reinsch[4], par C25 H25 O8.) — En France, la glu se prépare plus volontiers avec l'écorce de houx.


PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES ET DOSES.


A L'INTÉRIEUR. — Décoction, de 30 à 60 gr. par kilogramme d'eau.
Poudre, de 2 à 12 gr., en bols, pilules ou dans un liquide, dans les vingt-quatre heures.
Extrait aqueux on vineux, de 1 à 8 gr. en pilules, lotions, etc.

A L'EXTÉRIEUR. — En cataplasmes.
Le gui entre dans la poudre antiépileptique de Guttèle, mélange de pivoine, de dictame, de gui, d'arroche, de corail rouge, d'hyacinthe, d'ongle d'élan, de crâne humain, de musc et de feuilles d'or. On l'administre à la dose de 10 centigr. à 2 gr.


Nous avons peu de chose à dire sur l'action physiologique du gui. L'écorce en poudre, à la dose de 8 gr. par jour, produit sur le tube digestif des effets excitants, et provoque souvent quelques selles. La décoction et l'extrait alcoolique de cette écorce ne paraissent pas être aussi laxatifs que la poudre. On croit généralement que les baies sont laxatives ; cependant, j'en ai avalé quinze sans éprouver le moindre effet.

Les tiges de gui ont été vantées comme antispasmodiques, dans presque toutes les affections convulsives. Pline, Théophraste, Matthiole, Paracelse, ont parlé de son efficacité contre l'épilepsie. Dalechamp, Boyle, Koelderer, Colbatch, Cartheuser, Van Swieten, assurent en avoir obtenu de grands avantages contre cette redoutable maladie. Jacobi (in Grantz) dit avoir guéri six épileptiques au moyen du gui. Bouteille[5] ajoutait, en pareil cas, 24 gr. de cette plante à la racine de valériane. Henri Fraser[6] rapporte plusieurs faits où oe médicament s'est montré efficace : chez un épileptique, après quelques jours sans résultats appréciables, les accès devinrent moins fréquents, et cessèrent complètement au bout de six mois.

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  1. Répertoire de pharmacie, janvier 1864.
  2. Journal de pharmacie, 1824, t. X, p. 338.
  3. Journal de chimie médicale, février 1834.
  4. Répertoire de pharmacie, p. 27, février 1864.
  5. Journal général de médecine, t. LXXXIII, p. 304.
  6. Journal de médecine d'Edimbourg, II, 352.


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On a vanté les propriétés du gui dans d'autres névroses. Dehaen place cette plante sur la même ligne que la valériane, et Boerhaave dit qu'elle lui a souvent réussi dans la mobilité des nerfs et dans les convulsions. Koelderer[1] l'a employée avec succès dans l'asthme convulsif et dans le hoquet. Colbatch[2], outre les succès qu'il en a obtenus dans lépilepsie, prétend en avoir retiré de grands avantages dans diverses affections nerveuses, et notamment dans la chorée ; il l'administrait en poudre à la dose de 2 gr., quatre fois par jour. Bradley loue ses effets dans l'hystérie, les vertiges, la paralysie (sans doute la paralysie hystérique). Franck a connu à Wilna un médecin italien qui avait obtenu les résultats les plus heureux de l'emploi du gui dans plusieurs cas de toux rebelle : lui-même en obtint un plein succès dans des cas analogues. Plus récemment[3], on en a vérifié les bons effets dans certaines toux convulsives. Dumont[4], l'ayant expérimenté dans plusieurs cas de coqueluche, affirme que son action est tellement prompte qu'on peut la constater au bout de vingt-quatre heures. Deux faits recueillis par Dubois, de Tournai, viennent à l'appui de cette assertion. Je n'ai pas été aussi heureux que lui. Cette écorce, que j'avais récoltée et préparée moi-même, donnée en poudre à la dose de 2 gr. matin et. soir, amena, au bout de quatre à cinq jours, une diminution sensible dans la fréquence et l'intensité des quintes ; mais ensuite les symptômes restèrent les mêmes, malgré l'augmentation progressive des doses du médicament, jusqu'à celle de 6gr. donnée en trois fois chaque jour. La maladie ne céda qu'à l'usage de la poudre de feuilles d'aconit. — Ce fait, observé pendant l'épidémie de coqueluche qui régnait à Boulogne en 1855, avec complication d'affection catarrhale fébrile permanente, ne peut en rien diminuer l'importance d'autres faits qui militent en faveur de l'emploi du gui dans cette névrose ; car, ainsi que je l'ai fait remarquer à l'article ACONIT, p. 22, la belladone et les antispasmodiques en général n'apportaient dans cette épidémie que peu ou point de soulagement. Il faut, pour apprécier l'effet des médicaments, non-seulement s'assurer du caractère spécial de la maladie, mais aussi tenir soigneusement compte des modifications qu'elle subit sous l'influence des circonstances générales ou particulières dans lesquelles se trouve le malade.

Le gui a été recommandé par divers auteurs dans d'autres affections de nature plus ou moins dissemblable, telles que la diarrhée et la dysenterie, les pertes utérines, les écoulements hémorrhoïdaux, la goutte, l'apoplexie, etc. (Ray vante comme ayant toujours raison des fièvres quartes, le gui, viscus oxyacantho innatus.) Nous ne donnerons pas une telle extension aux vertus de ce parasite ; mais nous ne lui refuserons pas, comme l'ont fait Tissot, Cullen, Desbois de Rochefort et Peyrilhe, les propriétés réelles qu'il possède et que l'expérience a sanctionnées. Ces auteurs, dont l'opinion est d'un si grand poids, disent n'avoir obtenu aucun résultat de l'emploi du gui. Des faits aussi contradictoires, rapportés par des praticiens également recommandables, sont une preuve de plus des difficultés de l'observation et de l'incertitude de l'expérience en thérapeutique. Toutefois, hâtons-nous de le dire, ces difficultés et cette incertitude naissent bien plutôt des préoccupations de l'esprit que de la nature des choses soumises à nos investigations. Si l'on a trop légèrement adopté les assertions exagérées des uns, le scepticisme des autres, qui a fait tomber cette plante dans l'oubli, n'est pas mieux fondé. Souvent, les premiers ont attribué au gui des résultats obtenus par des vomitifs et des purgatifs préalablement ou simultanément administrés. Les seconds, déçus dans leurs espérances, ont refusé à ce médicament des

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  1. De Visco, diss. inaug. Argentorati, 1747, in-4°.
  2. Diss. concerning Mistletoe most wonderful specific remedy for the cure of convulsive distempers. Londres, 1723, 3e édition.
  3. Bulletin de thérapeutique, t. XXI, p. 207.
  4. Annales de la Société de médecine de Gand.


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propriétés qu'un examen attentif et des expérimentations cliniques faites sans prévention eussent réduites à ce qu'elles ont de réel.

La manière dont on administre le gui doit influer, suivant la remarque judicieuse de Guersant[1], sur ses effets immédiats. Tous les principes actifs de la plante résident dans l'écorce, et presque toujours la partie ligneuse a été employée en même temps, ce qui peut expliquer dans beaucoup de cas la différence des résultats obtenus, et la divergence d'opinions qui a dû en être la conséquence.

A l'extérieur, on a recommandé le gui et ses semences en cataplasme, pour calmer les douleurs de la goutte, et comme résolutif sur les engorgements lymphatiques, l’œdème, etc.

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  1. Dictionnaire des sciences médicales, t. XIX.