Gmelina arborea (PROTA)

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Médicinal Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Bois d'œuvre Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Bois de feu Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Ornemental Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Fourrage Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Fibre Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg


répartition en Afrique (cultivé)
1, port de l'arbre ; 2, rameau en fleurs ; 3, fleur ; 4, fruits. Source: PROSEA
plantation de 39 ans
branches en feuilles
inflorescence
inflorescence
branche en fruits
tronc avec rejets
éclaircie dans une plantation de 3 ans
bois (face tangentielle)
coupe transversale du bois
coupe transversale du bois
coupe tangentielle du bois
coupe tangentielle du bois
coupe radiale du bois
coupe radiale du bois
face transversale du bois

Gmelina arborea Roxb. ex Sm.


Protologue: Rees, Cycl. 16 : Gmelina 4 (1810).
Famille: Verbenaceae (APG: Lamiaceae)
Nombre de chromosomes: 2n = 36, 38, 40

Noms vernaculaires

  • Gmelina, peuplier d’Afrique, yemane (Fr).
  • Gmelina, yemane, Kashmir tree, white teak (En).
  • Gmelina, gmelinea (Po).

Origine et répartition géographique

L’aire naturelle de Gmelina arborea s’étend depuis le Pakistan jusqu’au Sri Lanka vers le sud, et vers l’est jusqu’au Myanmar, à la Thaïlande, au Vietnam et à la Chine méridionale. Il est largement planté comme essence à croissance rapide dans les régions tropicales d’Afrique, d’Asie et d’Amérique. En Afrique tropicale, on l’a planté dans de nombreux pays, et on en trouve de vastes plantations au Sénégal, en Gambie, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Burkina Faso, au Ghana, au Nigeria, au Cameroun et au Malawi. La superficie totale des plantations de gmelina en Afrique est estimée à 130 000 ha.

Usages

Le bois de gmelina convient pour des usages courants, notamment constructions légères et charpente, menuiserie courante, emballages, sculpture, mobilier courant, placages décoratifs, et ses caractéristiques de travail sont excellentes. En outre, on l’utilise en parqueterie légère, pour les instruments de musique, les allumettes, les panneaux de particules, comme bois de mine, pour les carrosseries de véhicules et les bateaux. Il convient pour les poteaux téléphoniques après traitement d’imprégnation. Il fournit une pâte de bonne qualité ; la pâte mi-chimique non mélangée ne convient que pour les cartons ou les papiers d’écriture de qualité inférieure, tandis que la pâte kraft convient pour les qualités supérieures de papier d’écriture. Le bois est souvent employé comme bois de feu et charbon de bois.

Le gmelina est planté comme arbre d’ornement, d’alignement et d’ombrage dans les zones urbaines et péri-urbaines. On l’emploie aussi dans les plantations de caféiers et de cacaoyers pour protéger les jeunes plantes et éliminer les graminées nuisibles. On l’utilise en plantation pare-feu car il supprime la végétation de sous-bois et que ses feuilles se décomposent rapidement. On le plante souvent également en brise-vent et en haies. Il convient pour le reboisement dans les zones de forêt sèche. En Asie tropicale, les racines, l’écorce, les feuilles, les fruits et les graines sont employés dans la médecine hindoue. Les fruits comme l’écorce ont des propriétés médicinales contre la fièvre bilieuse. Le jus des feuilles est administré comme émollient pour traiter la blennorragie et la toux, et est appliqué sur les blessures et les ulcères. Les racines sont réputées avoir des propriétés toniques, stomachiques et laxatives, et les fleurs sont utilisées pour traiter la lèpre et les maladies du sang. Le fruit est comestible. Les feuilles sont largement utilisées comme fourrage pour le bétail, et pour l’élevage des vers à soie. La cendre du bois et les fruits fournissent une teinture jaune très résistante. Les fleurs produisent un abondant nectar, qui donne un miel de haute qualité.

Production et commerce international

La plus grande partie du bois de gmelina est utilisée localement. Ce bois à croissance rapide et relativement bon marché peut approvisionner les marchés locaux lorsqu’il n’y a pas d’exigences particulières quant à l’usage. Les exportations sont limitées. En 2001, il a été exporté du Myanmar 1000 m³ de bois en grumes (“yemane”) à un prix moyen de US$ 69/m³. La Côte d’Ivoire a exporté il y a quelques années des portes, fenêtres et cadres en bois de gmelina, mais leur qualité était médiocre en raison de la présence de nombreux nœuds. En 2005, une société du Sénégal a offert à la vente 50 000 m³ de bois de gmelina sur pied.

Propriétés

Le bois de cœur est brun pâle à brun jaunâtre, parfois avec une nuance rose, et peu distinct de l’aubier qui est blanchâtre, épais de 5–7 cm, et qui présente parfois une nuance verdâtre ou jaunâtre. Le fil est droit à contrefil, le grain grossier. Les cernes de croissance sont bien distincts dans les régions à saison sèche marquée, non distincts dans les autres régions. Le bois est légèrement huileux au toucher.

Le gmelina est un bois de feuillus léger. La densité est de 400–510 kg/m³ à 12% de teneur en humidité. On a constaté au Nigeria, sur des arbres de plantation âgés de 8 ans, que cette densité s’accroît graduellement de la moelle vers l’écorce, et également du bas vers le haut du tronc. Des études menées au Nigeria ont montré une corrélation élevée entre la densité et l’âge. Les taux de retrait sont faibles, de l’état vert à 12% d’humidité de 1,2–1,5% dans le sens radial et 2,4–3,5% dans le sens tangentiel, et de l’état vert à anhydre de 2,4–3,3(–5,3)% dans le sens radial et (4,3–)4,9–6,4(–7,4)% dans le sens tangentiel. Le séchage est signalé comme étant soit bon et assez rapide, soit lent avec un certain risque de gauchissement et d’effondrement, ce qui peut résulter soit de variation génétique soit des conditions de croissance. Le séchage à l’air peut prendre environ 3,5 mois pour des planches de 12,5 mm d’épaisseur, et environ 11 mois pour des planches de 38 mm. Le séchage en séchoir est satisfaisant. Il faut environ 2 semaines pour sécher en séchoir des planches de 25 mm d’épaisseur de l’état vert à 12% d’humidité. Les températures recommandées pour sécher en séchoir des planches jusqu’à 38 mm d’épaisseur peuvent varier de 42°C pour du bois vert à 60°C pour du bois à 20% de teneur en humidité, et de 46°C à 66°C pour des plateaux de plus de 75 mm d’épaisseur. Une fois sec, le bois est en général très stable en service.

A 12% d’humidité, le module de rupture est de 55–102 N/mm², le module d’élasticité de 5500–10 800 N/mm², la compression axiale de 20–39 N/mm², le cisaillement de 5–11 N/mm², le fendage de 12–15 N/mm, et la dureté Janka de flanc de 2335–3380 N.

Le bois se scie aisément, et émousse peu les outils. Il se rabote en donnant un fini bien lisse, et se polit bien. Lorsque des nœuds sont présents dans le bois, les angles de coupe doivent être réduits. Le bois est trop mou pour se tourner de manière satisfaisante. Le clouage est assez aisé, mais pour le vissage des avant-trous sont recommandés, le bois ayant tendance à se fendre. Le déroulage et le tranchage sont aisés même sans prétraitement, et les placages se manient aisément sans tendance à se déchirer ; ils restent bien plans durant le séchage. Les caractéristiques de collage sont indiquées comme bonnes.

Le bois de gmelina n’est pas durable, et ne doit pas être utilisé en contact avec le sol en conditions tropicales, mais le bois de cœur plus dense est moyennement durable. Il est peu résistant aux attaques de champignons ainsi que de termites et de xylophages marins. Le bois de cœur est difficile à traiter avec des produits d’imprégnation, probablement en raison de la présence de nombreux thylles.

Le bois fournit une pâte qui est généralement à fibres assez courtes, mais ces fibres sont relativement flexibles. Les fibres d’arbres âgés de 5 ans en Côte d’Ivoire avaient en moyenne 1005 μm de long et 32 μm de large, avec une épaisseur de parois de 5,5 μm, un coefficient de flexibilité de 81,7 et un indice de feutrage de 31,2. La qualité du papier fait avec cette pâte peut être améliorée par addition de petites quantités de fibres plus longues.

Les résultats de diverses analyses de la composition chimique du bois sont assez uniformes. La teneur en lignine est de 27%, la teneur en cendres de 1%, et la teneur en produits extractifs de 5%. La teneur en holocellulose est généralement élevée, et varie entre 67% et 81%. Ce n’est pas un très bon bois de feu. Sa valeur énergétique est de 20 150–20 750 kJ/kg. Il brûle rapidement, et le charbon de bois brûle bien et sans fumée, mais en laissant beaucoup de cendres.

Description

  • Arbre caducifolié de taille moyenne atteignant 30(–40) m de hauteur ; fût cylindrique, fréquemment courbe, jusqu’à 80(–140) cm de diamètre, légèrement renflé à la base, sans contreforts ; écorce lisse ou écailleuse, liégeuse, grise à gris jaunâtre ou brun pâle ; cime à branches largement étalées.
  • Feuilles opposées décussées, simples ; stipules absentes ; pétiole de 5–15 cm de long, courtement poilu ou glabre ; limbe cordiforme à largement ovale, de 10–25 cm × 5–20 cm, cordé ou tronqué à la base mais courtement atténué sur le pétiole, acuminé à l’apex, bord entier à denté, avec deux glandes à la base du limbe, glabrescent au-dessus, poilu au-dessous, à 3(–5) nervures partant de la base et à 4–6 paires de nervures latérales.
  • Inflorescence constituée par des cymes disposées en panicule terminale ou axillaire jusqu’à 40 cm de long.
  • Fleurs bisexuées, zygomorphes, 5-mères ; calice largement en cloche, d’environ 5 mm de long, densément poilu, avec de petites dents triangulaires ; corolle de 2,5–5 cm de diamètre, brun-jaune à orange, tube en entonnoir, élargi près de l’apex, à 2 lèvres, lèvre supérieure 2-lobée, lèvre inférieure 3-lobée ; étamines 4, 2 longues et 2 courtes, insérées à la base du tube de la corolle ; ovaire supère, ovoïde, 4-loculaire, style grêle, stigmate à 2 lobes inégaux.
  • Fruit : drupe globuleuse à obovoïde, charnue, de 2–3,5 cm de long, jaune et luisante à maturité, reposant sur le calice accrescent, renfermant 1–4 graines.
  • Graines oblongues à lenticulaires, sans albumen.
  • Plantule à germination épigée ; cotylédons légèrement charnus.

Autres données botaniques

Le genre Gmelina comprend quelque 33 espèces que l’on trouve en Asie tropicale, en Australie et sur les îles du Pacifique. Il est apparenté à l’important genre Vitex, qui comprend aussi plusieurs arbres à bois d’œuvre. Vitex se distingue par sa corolle en entonnoir plus étroit et sa drupe moins charnue. Gmelina elliptica Sm. et Gmelina philippensis Cham. sont parfois plantés comme arbustes ornementaux, le premier par ex. en Tanzanie, à la Réunion et à Maurice, le second par ex. au Kenya et en Tanzanie. Gmelina elliptica est localement naturalisé à Maurice.

Anatomie

Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :

  • Cernes de croissance : (1 : limites de cernes distinctes) ; (2 : limites de cernes indistinctes ou absentes).
  • Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; 23 : ponctuations alternes (en quinconce) de forme polygonale ; 26 : ponctuations intervasculaires moyennes (7–10 μm) ; 30 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles distinctes ; semblables aux ponctuations intervasculaires en forme et en taille dans toute la cellule du rayon ; 31 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles très réduites à apparemment simples : ponctuations rondes ou anguleuses ; 42 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 100–200 μm ; (43 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 200 μm) ; 46 : 5 vaisseaux par millimètre carré ; 47 : 5–20 vaisseaux par millimètre carré ; 56 : thylles fréquents.
  • Trachéides et fibres : 61 : fibres avec des ponctuations simples ou finement (étroitement) aréolées ; 65 : présence de fibres cloisonnées ; 68 : fibres à parois très fines ; 69 : fibres à parois fines à épaisses.
  • Parenchyme axial : (76 : parenchyme axial en cellules isolées) ; 78 : parenchyme axial juxtavasculaire ; 79 : parenchyme axial circumvasculaire (en manchon) ; 91 : deux cellules par file verticale ; 92 : quatre (3–4) cellules par file verticale ; 93 : huit (5–8) cellules par file verticale.
  • Rayons : 98 : rayons couramment 4–10-sériés ; 104 : rayons composés uniquement de cellules couchées ; 106 : rayons composés de cellules couchées avec une rangée terminale de cellules dressées et/ou carrées ; 114 : 4 rayons par mm ; 115 : 4–12 rayons par mm.
  • Inclusions minérales : 150 : cristaux aciculaires (en aiguille).
(E. Ebanyenle, A.A. Oteng-Amoako & P. Baas)

Croissance et développement

La racine primaire est longue et grêle au stade initial, mais ensuite elle s’épaissit et produit un nombre modéré de racines latérales. La profondeur du système radiculaire est variable. Dans les bonnes provenances, la croissance des jeunes arbres est très rapide durant les 6 premières années, mais elle se ralentit brusquement à partir de la 7e année. Le gmelina est un arbre peu longévif, qui atteint un âge de 30(–50) ans. Dans des conditions favorables, il peut atteindre une hauteur de 3 m en un an et 20 m en 5 ans, et une hauteur de 30 m avec un diamètre de fût de 50 cm en 20 ans, mais la croissance dépend fortement de la station, et des arbres âgés de 10 ans peuvent varier en hauteur de 5 m à 30 m. Dans des conditions optimales, le fût est droit avec un bon élagage naturel dans les peuplements denses, tandis que dans des conditions médiocres les plantes ne dépassent pas le stade d’arbustes ; on rencontre tous les stades intermédiaires. Les arbres isolés forment de très grosses branches.

L’essence est caducifoliée à l’exception de la première année, et la floraison se produit lorsque les nouvelles feuilles ont tout juste commencé à se développer, mais son intensité est variable. L’inflorescence se développe graduellement durant 6–10 mois, de sorte que l’on peut trouver dans une même inflorescence tous les stades depuis les boutons floraux jusqu’aux fruits mûrs. Les fleurs s’ouvrent pendant la nuit et restent ouvertes pendant 1 jour, rarement 2 jours, avant de tomber. Le gmelina est auto-incompatible ; les fleurs autofécondées avortent dans les 15 jours. Les abeilles assurent la pollinisation. Le pollen est produit le matin, et le stigmate est réceptif du lever du soleil à 13 h. Les fruits mûrissent en 38 jours environ, et ils sont mûrs lorsque leur couleur vire du vert au jaune. La fructification tend à être annuelle. Des arbres âgés de 3–4 ans peuvent fleurir et fructifier régulièrement. Les fruits attirent les oiseaux, les chauves-souris et autres mammifères qui dispersent les graines.

Ecologie

Le gmelina est assez commun dans son aire naturelle, où on le trouve dans des milieux allant de la forêt ombrophile à la forêt sèche décidue. Il atteint sa taille maximale dans les forêts humides du Myanmar, en particulier dans les vallées humides fertiles. On peut le planter jusqu’à 1400 m d’altitude (par ex. en Ethiopie), mais il est alors généralement rabougri. Il prospère dans des climats avec une température annuelle moyenne de 21–28°C, une température maximale moyenne du mois le plus chaud de 24–35°C, et une température minimale moyenne du mois le plus froid de 18–24°C. Dans son aire naturelle, la pluviométrie annuelle varie de 750 mm à 4500 mm, mais l’optimum se situe autour de 1800–2300 mm de pluviométrie annuelle dans des régions à saison sèche de 3–5 mois, avec une humidité relative d’au moins 40%.

Bien que le gmelina se rencontre sur une grande variété de sols, il préfère les sols profonds et humides riches en éléments nutritifs. La croissance sur des sols acides lessivés est médiocre. Lorsqu’ils sont installés sur des stations médiocres, les arbres restent souvent rabougris ou ne se développent pas au-delà du stade d’arbustes. En plantation, ils exigent un sol fertile bien drainé, et ne tolèrent pas l’asphyxie racinaire. Le gmelina est une essence opportuniste dans la forêt ombrophile, et on l’a qualifié d’essence pionnière longévive. Il a de fortes exigences en lumière. Il est naturalisé dans de nombreux pays africains, où il peut même être plus ou moins envahissant.

Multiplication et plantation

Le gmelina est normalement multiplié par graines. On compte 660–3000 noyaux par kg, chacun renfermant généralement 1–2 graines. Les noyaux provenant de fruits fraîchement récoltés (dont la paroi est encore vert-jaune à jaune) donnent les meilleurs résultats, avec un taux de germination de 65–80%. Les fruits sont ramassés sur le sol. Les fruits verts nécessitent un mûrissage, qui se fait en les emmagasinant en fines couches à l’ombre jusqu’à ce qu’ils deviennent jaunes. Les fruits doivent être dépulpés complètement afin d’éviter une perte de viabilité. Une fermentation dans l’eau courante facilite le dépulpage. Pour des quantités importantes, on peut utiliser un dépulpeur à café modifié, qui peut traiter 50 kg de fruits par minute. Il faut environ 400 kg de fruits frais pour obtenir 50 kg de noyaux dépulpés humides. Il faut un nouveau lavage pour éliminer tout reste de pulpe, qui causerait une rapide invasion de champignons durant l’entreposage. Pour une longue conservation, la teneur en humidité doit être réduite au-dessous de 10% par séchage en étuve à 40–55°C. Il se produit une perte de viabilité considérable dans les 6 mois de conservation à la température ambiante. Les noyaux conservés à la température ambiante doivent être trempés dans l’eau froide pendant 1–2 jours avant le semis, et ceux qui ont une faible teneur en humidité doivent être réimbibés en les maintenant pendant 30 jours à l’obscurité dans du sable humide à 20°C. L’extrémité pointue du noyau doit être enlevée pour accélérer l’humidification des graines.

Les noyaux sont semés en pépinière sur des planches de germination, de préférence dans un mélange de sable et de terre franche. L’extrémité tronquée doit être approximativement au niveau de la surface du sol. L’écartement doit être de 2 cm × 5 cm, et les semences doivent être couvertes d’une fine couche de sable. La germination se produit après 2–3 semaines. Les semis sont repiqués dans des sachets de polyéthylène lorsque la première paire de feuilles est apparue. On peut les transplanter sur le terrain lorsqu’ils atteignent une hauteur de 23–30 cm, soit généralement au bout de 6 mois. La plantation sur le terrain se fait généralement au début de la saison des pluies. L’emploi de stumps est la technique de plantation la plus aisée. Le semis direct après préparation soignée du terrain a parfois été couronné de succès.

La multiplication par boutures prélevées sur des cépées d’arbres d’élite est largement pratiquée. On prélève sur des rejets âgés de 2–3 semaines des boutures apicales de 12 cm de long, avec le bourgeon terminal et 4–6 feuilles réduites au tiers de leur surface. On peut aussi utiliser des boutures à un seul nœud portant une demi-feuille, si on les plante en pépinière ombragée sous brouillard. Un traitement antifongique est nécessaire, mais un traitement hormonal doit être évité car il risque de provoquer une nécrose à la base de la bouture. Cependant, on a aussi rapporté des cas d’enracinement plus précoce et plus vigoureux induit par des hormones. Des boutures placées dans des récipients sous brouillard ont un taux de réussite de plus de 70%. On a mis au point en Inde des méthodes de micropropagation in vitro en utilisant des segments nodaux, mais elles n’ont pas été optimisées pour permettre une multiplication à grande échelle. On peut aussi pratiquer le marcottage (taux de réussite 70%) ou le greffage par approche (55%). En Afrique de l’Ouest, le meilleur moment pour le greffage est fin février ou début mars, avant que les bourgeons axillaires deviennent actifs. Les plantes greffées doivent être maintenues à l’ombre sous brouillard pendant 2–3 semaines. Les greffons peuvent être prélevés sur des arbres adultes, avec un taux de réussite de 45% même en utilisant des arbres âgés de 34 ans.

L’espacement habituel sur le terrain varie de 2,5 m × 2,5 m à 3,5 m × 3,5 m. On pratique souvent des cultures intercalaires telles que maïs, manioc ou igname, avec un espacement large (4–5 m × 4–5 m) pour le gmelina, qui bénéficie des façons culturales pratiquées pour la culture agricole. Pour la production de bois à pâte ou de bois de feu, un espacement de 2 m × 2 m est recommandé. Il peut être nécessaire, sur les sols en pente, de prendre des mesures contre l’érosion. La régénération naturelle n’est généralement pas abondante dans les plantations, du fait que les semis exigent de la lumière.

Gestion

Il importe de choisir les meilleures provenances et d’adopter un espacement compatible avec l’obtention d’une bonne forme de fût. Un espacement initial serré, associé à des éclaircies précoces et régulières, améliore la forme de fût. L’élagage est essentiel pour réduire les grosses branches et les fourches et obtenir de longs fûts exempts de branches. Le gmelina étant exigeant en lumière et supportant mal la concurrence, il faut une bonne préparation du terrain et des désherbages pour assurer une bonne installation et une bonne croissance. Les jeunes arbres doivent être protégés contre le bétail.

Au Ghana, on adopte une révolution de 6 ans pour la production de bois à pâte, tandis que pour les sciages elle est en général de 10 ans. La deuxième révolution est obtenue par rejets de souche. Pour une troisième coupe, on fait une nouvelle plantation. Des désherbages sont pratiqués 3–4 fois au cours des 2 premières années. Dans les plantations denses, les arbres éliminent les adventices par leur ombrage. Avec une révolution de 10 ans, les peuplements sont éclaircis à 50% après 5 ans, et à nouveau après 7 ans. Une fumure abondante est nécessaire pour maintenir une croissance satisfaisante à la deuxième révolution.

Le gmelina peut être planté en peuplements mélangés avec Triplochiton scleroxylon K.Schum., qui a des exigences sylvicoles analogues. Une plantation âgée de 22 ans en Côte d’Ivoire renfermait 94 pieds de Triplochiton scleroxylon par ha avec un diamètre moyen de fût de 38 cm, et 60 pieds de gmelina avec un diamètre moyen de fût de 34 cm. Le gmelina peut aussi être planté en mélange avec Acacia auriculiformis A.Cunn. ex Benth., qui est une essence fixatrice d’azote utilisée pour le bois de feu et comme arbre d’agrément, que l’on plante en sous-étage pour améliorer le sol et le protéger contre l’érosion, et pour améliorer l’élagage naturel du gmelina.

Maladies et ravageurs

On a observé en divers endroits une sérieuse infestation cryptogamique. En Afrique, les maladies cryptogamiques sont principalement des maladies des racines sur les jeunes plants de pépinière, causées par Gibberella fujikuroi et Sclerotium rolfsii en Afrique de l’Ouest. En Côte d’Ivoire et au Nigeria, Armillaria mellea, Chaetophoma sp., Polyporus sp. et Thanatephorus cucumeris ont également été observés comme maladies cryptogamiques.

Les insectes défoliateurs sont très communs, tant sur les jeunes plants que sur les arbres adultes. Parmi les plus communs dans les plantations de gmelina au Nigeria, on trouve des espèces d’Achaea et d’Apophylia et Zonocerus variegatus. Dans l’aire naturelle de l’espèce, les problèmes de maladies et de ravageurs sont souvent plus graves, et ont même entraîné l’échec total des plantations. En Inde, en Thaïlande et en Malaisie, le foreur Acalolepta cervina (synonyme : Dihammus cervinus) a tué ou sérieusement endommagé des plantations entières.

Récolte

Le moment de l’exploitation dépend de l’objectif de la plantation : bois d’œuvre, bois à pâte ou bois de feu. On peut couper toute l’année, mais la production est plus élevée durant les mois secs.

Rendement

Dans des conditions favorables, le gmelina est susceptible d’atteindre un accroissement annuel de 20–25 m³/ha, avec des rendements exceptionnels impressionnants, de plus de 30 m³/ha. Sur des sols sableux pauvres, on a noté un rendement de seulement 84 m³/ha à 12 ans, tandis que sur des sols très favorables on peut atteindre une production de 304 m³/ha à 10 ans. Dans un très bon peuplement de Côte d’Ivoire, l’accroissement annuel moyen en volume a été de 42 m³/ha jusqu’à l’âge de 5 ans et de 27,5 m³/ha jusqu’à l’âge de 21 ans.

Traitement après récolte

Après la coupe, les grumes ne doivent pas être laissées trop longtemps en forêt, à moins qu’elles n’aient été traitées avec des produits d’imprégnation.

Ressources génétiques

Gmelina arborea ne semble pas être menacé d’érosion génétique, étant donné que c’est une essence pionnière très répandue dans son aire naturelle, bien que se rencontrant généralement à l’état disséminé dans la forêt. En outre, il est largement planté, et il en existe de nombreuses “variétés locales” bien adaptées.

Plus de 60 essais de provenances ont été mis en place au milieu des années 1970 dans un projet conjoint entre 20 pays. Les objectifs étaient de déterminer l’ampleur et la structure de la variabilité parmi les différentes populations, et d’identifier des provenances supérieures. Les semences ont été fournies par des instituts de l’Inde, de Thaïlande, du Ghana, de Tanzanie, du Malawi, de la Côte d’Ivoire et du Brésil, et les essais ont été mis en place par de nombreux instituts de recherche à travers les tropiques, comme au Cameroun, en République centrafricaine, en Gambie, au Ghana, au Malawi, au Nigeria et au Sénégal.

Sélection

Le gmelina se prête relativement bien à la sélection en raison de sa croissance rapide, de sa floraison précoce et de sa bonne réponse à la sélection. Dans les essais de provenances, les plantes de gmelina provenant de plantations ont souvent donné de meilleurs résultats que celles provenant de forêts de son aire naturelle. Cela peut s’expliquer par la sélection positive pratiquée lors des éclaircies dans les plantations, une consanguinité moins forte dans les plantations, ou l’adaptation aux conditions locales. Cela permet de penser que des gains importants peuvent être obtenus par des programmes d’amélioration génétique du gmelina car il répond fortement à la domestication par une sylviculture de plantation. Dans des essais menés dans divers pays, une provenance (“Bamoro”) originaire de la Côte d’Ivoire a montré de bons résultats en ce qui concerne l’adaptabilité, la production ligneuse en volume et la forme du fût. Cette provenance, multipliée par boutures, a été utilisée pour créer des plantations industrielles.

Perspectives

En 1969, les experts de la FAO ont attribué une haute priorité au gmelina pour en améliorer l’utilisation et la conservation. Il était considéré comme très prometteur en raison de la facilité et du faible coût des plantations, de sa croissance rapide et donc de la perspective d’une bonne rentabilité, ainsi que des bonnes caractéristiques du bois. Cependant, plus récemment l’enthousiasme initial a fait place à un relâchement d’intérêt dû à des résultats décevants. La forme généralement médiocre du fût et son fort défilement limitent son emploi pour le sciage. En outre, l’essence donne des résultats très différents selon les types de sols. Une sélection génétique pourrait surmonter ces problèmes, et les résultats d’essais de provenances laissent espérer de bonnes perspectives pour les programmes d’amélioration, qui devraient être accompagnés de méthodes optimisées de multiplication végétative. Cela offre des possibilités de plantations à grande échelle de gmelina pour une diversité d’objectifs (bois d’œuvre, bois à pâte, bois de feu), et dans des actions de conservation de l’environnement où le couvert végétal doit être restauré dans le temps le plus court possible. Le gmelina offre aussi des perspectives pour être planté plus largement comme arbre d’ombrage, brise-vent et pare-feu.

Références principales

  • Boulet-Gercourt, M., 1977. Monographie du Gmelina arborea. Revue Bois et Forêts des Tropiques 172: 3–23.
  • Burkill, H.M., 2000. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 5, Families S–Z, Addenda. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 686 pp.
  • Chudnoff, M., 1980. Tropical timbers of the world. USDA Forest Service, Agricultural Handbook No 607, Washington D.C., United States. 826 pp.
  • Hossain, M.K., 1999. Gmelina arborea: a popular plantation species in the tropics. FACT 99-05. Forest Farm and Community Network, Winrock International, Morrilton AR, United States. 3 pp.
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Sources de l'illustration

  • Yap, S.K., Sosef, M.S.M. & Sudo, S., 1993. Gmelina L. In: Soerianegara, I. & Lemmens, R.H.M.J. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 5(1). Timber trees: Major commercial timbers. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 215–221.

Auteur(s)

  • K.A. Adam, Forestry Research Institute of Ghana (FORIG), University P.O. Box 63, KNUST, Kumasi, Ghana
  • E. Krampah, Kumasi, Ghana

Citation correcte de cet article

Adam, K.A. & Krampah, E., 2005. Gmelina arborea Roxb. ex Sm. In: Louppe, D., Oteng-Amoako, A.A. & Brink, M. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 6 février 2019.


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