Eruca vesicaria (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Légume | |
Oléagineux | |
Médicinal | |
Fourrage | |
Sécurité alimentaire | |
Eruca vesicaria (L.) Cav.
- Protologue: Descr. pl. : 426 (1802).
- Famille: Brassicaceae (Cruciferae)
- Nombre de chromosomes: 2n = 22
Synonymes
- Eruca sativa Mill. (1768).
Noms vernaculaires
- Roquette (Fr).
- Garden rocket, rocket salad, rucola, arugula (En).
- Eruca, rúcola (Po).
Origine et répartition géographique
Eruca vesicaria est originaire de la région méditerranéenne et de l’Asie occidentale jusqu’en Afghanistan, où c’est encore une plante sauvage relativement commune. Son aire de répartition est en expansion à cause des plantes échappées de culture, et on peut désormais la trouver comme adventice occasionnelle en Europe occidentale et centrale, en Asie occidentale et centrale, en Amérique du Nord et en Australie, ainsi qu’en Afrique tropicale (par ex. en Ethiopie, au Zimbabwe) et en Afrique du Sud. Sa culture a probablement débuté au nord de l’Afrique et dans l’est de la région méditerranéenne, puis elle s’est étendue à la zone sahélienne. Une seconde région où la culture de la roquette est connue depuis longtemps s’étend de l’Asie occidentale et centrale jusqu’au nord de l’Inde. Actuellement, on cultive la roquette partout dans le monde, mais elle reste surtout importante dans la région méditerranéenne. En Afrique, on la cultive dans toute la zone du Sahel, depuis la Mauritanie jusqu’à l’Ethiopie et l’Erythrée. Elle est particulièrement appréciée au Soudan.
Usages
La roquette est une culture ancienne vénérée par les anciens Grecs, qui utilisaient aussi bien l’huile des graines que les feuilles pour les propriétés aphrodisiaques qu’on leur prêtait. C’est également une culture ancienne en Afghanistan, au Pakistan et au nord de l’Inde où elle est surtout cultivée pour son huile appelée “jamba” ou “taramira”. En région méditerranéenne, elle est devenue une salade. Le goût des feuilles ressemble à celui du cresson, car il est piquant et analogue à la moutarde. Les jeunes feuilles fraîches qui ne sont pas trop piquantes sont de plus en plus appréciées dans la cuisine occidentale et sont consommées crues dans les salades vertes. On les ajoute souvent cuites à la vapeur ou crues à des mets italiens et des pizzas. Dans les pays arabes, des morceaux de viande servis avec des feuilles de roquette sont un mets apprécié ; ces feuilles, localement appelées “gargîr” sont généralement plus adultes et de ce fait plus fortes que celles qu’on consomme en salade en Europe. Les vieilles feuilles et les graines sont utilisées comme condiment et les feuilles adultes peuvent être cuites ou utilisées dans des sauces. Une autre façon d’utiliser ce légume est sous forme de “germes de roquette”, où les plantules sont coupées lorsque les cotylédons sont entièrement ouverts ou lorsque la première paire de vraies feuilles est présente. En Afrique, on utilise la roquette comme légume, comme condiment et comme oléagineux.
La roquette est utilisée comme plante médicinale contre les infections oculaires et pour soigner les problèmes digestifs et rénaux. Elle est considérée comme un excellent stomachique et stimulant, et elle est également utilisée comme diurétique et antiscorbutique. Les feuilles sont utilisées comme rubéfiant de la peau. La roquette a toujours été considérée comme un puissant aphrodisiaque et les gens l’utilisent toujours à cette fin en région méditerranéenne. Son huile peut être utilisée pour les massages et pour adoucir la peau. La roquette peut provoquer des réactions de brûlure.
L’huile des graines a une forte teneur en acide érucique et elle est utilisée comme huile industrielle pour la lubrification et l’éclairage. Les graines sont également utilisées pour produire une sorte de moutarde. Les huiles de “taramira” et “jamba” sont encore utilisées en Inde pour confire des légumes. Son utilisation comme huile de salade ou de cuisson est limitée à cause de son âcreté initiale ; l’âcreté disparaît après 6 mois de conservation et l’huile peut alors être utilisée pour la cuisson. Les feuilles et les résidus de culture sont donnés comme aliment aux chameaux, au bétail et aux moutons. Le tourteau restant après l’extraction d’huile est également utilisé pour alimenter le bétail.
Production et commerce international
La roquette est appréciée en région méditerranéenne et au Soudan. Rien qu’au Soudan environ 3000 ha sont cultivés toute l’année avec irrigation, principalement pour les feuilles. Aucune statistique sur les superficies cultivées n’est disponible pour d’autres pays du Sahel. La roquette est vendue sur les marchés locaux dans tout le nord de l’Afrique. Elle acquiert de plus en plus d’importance comme salade cultivée en Europe occidentale et aux Etats-Unis, mais il n’y a pas de statistiques disponibles sur sa production.
Propriétés
La composition des feuilles de roquette fraîches par 100 g de partie comestible est de : eau 91,8 g, énergie 88 kJ (21 kcal), protéines 2,7 g, lipides 0,2 g, glucides 3,7 g, fibres 0,9 g, Ca 352 mg, P 46 mg, Fe 0,8 mg (Leung, W.-T.W., Busson, F. & Jardin, C., 1968). La teneur en vitamine A est de 4770 UI.
Les feuilles contiennent des glucosinolates, dont le principal est le 4-mercaptobutyl glucosinolate ; le 4-méthylthiobutyl glucosinolate et le 4-méthylsulfinylbutyl glucosinolate sont présents à des concentrations inférieures. Ces composés contribuent à l’odeur et au goût exceptionnels de la roquette. Les glucosinolates prennent de plus en plus d’importance comme précurseurs de saveur, comme agents de prévention du cancer et comme produits protecteurs des cultures.
L’huile des graines a une forte teneur en acides érucique et gadoléique, s’élevant à 33–45% et 7,3–9,8% respectivement. Les graines contiennent également des glucosinolates. Des essais ont montré une amélioration du diabète sucré induit par l’alloxane et un stress oxydatif chez des rats, suite à une administration journalière par voie orale de l’huile de graines.
Falsifications et succédanés
Comme légume épicé, la roquette peut être remplacée par le cresson de fontaine (Nasturtium officinale R.Br.), le radis (Raphanus sativus L.) et dans une moindre mesure par la moutarde à feuilles (Brassica juncea (L.) Czern.) et la moutarde blanche (Sinapis alba L.). En Afrique du Nord et en Europe, elle est fréquemment remplacée par d’autres espèces que l’on appelle également “roquette” et en particulier par Diplotaxis tenuifolia (L.) DC., qui a généralement un goût plus doux. Comme oléagineux ou pour la production de moutarde, on peut la remplacer par plusieurs espèces de Brassica.
Description
- Plante herbacée, annuelle, érigée, atteignant 80(–100) cm de haut, ramifiée ; tige glabre ou légèrement couverte de poils rugueux.
- Feuilles alternes, pétiolées (les supérieures presque sessiles), lyrées pinnatifides, atteignant 12 cm × 4 cm, irrégulièrement dentées en scie.
- Inflorescence : grappe terminale sans bractées.
- Fleurs bisexuées, régulières, 4-mères ; sépales libres, érigés, d’environ 1 cm de long ; pétales libres, spatulés, pourvu d’un onglet distinct, atteignant 2 cm × 1 cm, blancs à jaune pâle ou violet pâle à veines violettes ; étamines 6, libres ; ovaire supère, allongé, 2-loculaire, style simple.
- Fruit : silique ellipsoïde atteignant 4 cm de long, à bec plat distinct, à déhiscence longitudinale, contenant de nombreuses graines.
- Graines de 1,5–2,5 mm de long, lisses, brunâtres.
Autres données botaniques
Eruca comprend environ 5 espèces et est originaire de la région méditerranéenne et d’Asie occidentale. On distingue deux sous-espèces d’Eruca vesicaria : subsp. vesicaria à sépales persistants tous munis d’un sac, et subsp. sativa (Mill.) Thell. à sépales caduques dont seulement les deux extérieurs ont un sac. Cette dernière est souvent considérée comme une espèce distincte : Eruca sativa Mill. Le légume-feuilles appartient à la subsp. sativa.
Croissance et développement
La germination dure environ 1 jour à 25°C, 2–3 jours à des températures inférieures. La première récolte des feuilles de la rosette peut débuter 3–4 semaines après la germination. La roquette peut produire des fleurs dès un mois après le semis et on peut récolter les graines peu de temps après. Les types cultivés spécifiquement pour leurs feuilles fleurissent habituellement environ trois semaines plus tard que ceux qui sont cultivés pour leurs graines oléagineuses.
Ecologie
La roquette pousse spontanément dans des endroits perturbés dont les jardins abandonnés et les bords de routes. Elle préfère un climat chaud et sec et un ensoleillement direct. C’est une plante rustique, qui demande peu de soins. Lorsque les conditions climatiques sont favorables, elle peut être cultivée sur presque n’importe quel type de sol, mais elle préfère les sols sableux et sablo-limoneux. La roquette tolère assez bien la salinité.
Multiplication et plantation
Les graines sont semées sur des planches surélevées en sillons peu profonds écartés de 15–22 cm, ou bien à la volée directement au champ. Une densité de 100 plantes/m2 donne le meilleur rendement, mais en Italie des densités atteignant 300 plantes/m2 sont pratiquées. Il faut environ 20 kg/ha de semences pour une plantation en lignes et 50–80 kg/ha lorsqu’on sème à la volée. Pour la production d’huile, on pratique des espacements plus larges et on utilise de ce fait des quantités de semences inférieures. Dans les régions subtropicales, on sème à la fin de l’hiver ou au début du printemps, par temps frais mais doux dans un sol humide et fertile. Pour favoriser la levée, on recouvre les graines de 1–3 cm de sol léger, tamisé.
Gestion
Bien que la roquette soit relativement tolérante à la salinité, la forte teneur en sel que l’on trouve souvent dans les couches superficielles des sols du désert a un effet négatif sur la germination et sur la croissance ultérieure. Certains paysans irriguent donc d’abord leurs terres afin d’évacuer par lessivage l’excès de sel des couches supérieures du sol. Ensuite, il faut régulièrement irriguer à des intervalles courts de 3–4 jours. Une fois établie, la roquette nécessite peu d’eau. Du fait de sa croissance initiale rapide, seul un léger désherbage est requis. On recommande une fumure organique à la dose de 25–50 t/ha pendant la préparation du sol et un ajout d’urée à la dose de 100 kg/ha 3 semaines après plantation. La fertilisation azotée et l’ombrage donnent des feuilles plus tendres avec un goût plus doux. On recommande moins d’engrais lorsque la roquette est cultivée comme oléagineux.
Maladies et ravageurs
La roquette est très sensible à la hernie (Plasmodiophora brassicae). L’oïdium (Erysiphe cichoracearum) est une des rares autres maladies qui affectent la roquette. Des altises (Phyllotreta cruciferae) grignotent souvent de petits trous dans le feuillage et il est donc important d’effectuer une bonne rotation des cultures. D’autres ravageurs qui affectent la roquette sont des thrips (Caliothrips spp.) et des jassidés (Empoasca lybica).
Récolte
La récolte débute 3–6 semaines après le semis, par la cueillette de feuilles et pousses jeunes et tendres. On doit laisser les feuilles du bas pour permettre la régénération de nouvelles pousses. Si on coupe trop bas, la plante meurt. Un total de 2–3 coupes est habituellement effectué avant que la plante ne commence à fleurir et aucune récolte de feuilles supplémentaire n’est alors possible. Les paysans laissent habituellement leurs plantes au champ pour produire de la semence pour la culture de la saison suivante.
Rendement
Un bon rendement en feuilles est de 12–16 t/ha, dont la majeure partie est récoltée lors de la première récolte. En Inde, les rendements en graines sont de 350–1000 kg/ha.
Traitement après récolte
Les feuilles peuvent être conservées dans des boîtes en plastique pendant 2–3 jours à 0°C.
Ressources génétiques
Il existe de nombreuses variétés-populations, ce qui constitue une bonne base pour la sélection. Les plus grandes collections de ressources génétiques d’Eruca sont maintenues à l’Institute of Germplasm à Bari (Italie), au NBPGR, New Delhi et à la Haryana Agricultural University (Inde), et à l’Institut Vavilov à St Pétersbourg (Russie). En 1985, 25 échantillons d’Eruca vesicaria ont été collectés dans le nord-est du Soudan.
Sélection
Une grande variabilité a été observée dans la teneur en acide érucique et en glucosinolates. Cependant, la création de cultivars à faible teneur en glucosinolates ne semble pas être un objectif d’amélioration car cela diminuerait le goût caractéristique. On a essayé d’utiliser Eruca vesicaria comme ressource génétique pour améliorer d’autres crucifères. C’est ainsi que des hybrides intergénériques ont été obtenus avec Raphanus sativus L., Brassica rapa L. et Brassica oleracea L. Des hybrides somatiques ont été obtenus par fusion de protoplastes avec Brassica napus L. et Brassica juncea (L.) Czern. Il existe des types de roquette qui sont résistants au puceron du navet et peuvent tolérer plusieurs types de stress ainsi que Fusarium oxysporum.
Perspectives
La roquette est un légume nutritif et bien que tout le monde n’apprécie pas son goût piquant caractéristique, il faut porter plus d’attention à sa production et à son amélioration. Il existe suffisamment de variabilité génétique pour pouvoir modifier son goût. Elle mérite également des recherches supplémentaires comme culture oléagineuse pour les pays du Sahel et autres régions sensibles à la sécheresse, car elle tolère des conditions de faibles précipitations.
Références principales
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Autres références
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- El Missiry, M.A. & El Gindy, A.M., 2000. Amelioration of alloxan induced diabetes mellitus and oxidative stress in rats by oil of Eruca sativa seeds. Annals of Nutrition and Metabolism 44(3): 97–100.
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- Leung, W.-T.W., Busson, F. & Jardin, C., 1968. Food composition table for use in Africa. FAO, Rome, Italy. 306 pp.
- Marais, W., 1970. Cruciferae. In: Codd, L.E., de Winter, B., Killick, D.J.B. & Rycroft, H.B. (Editors). Flora of southern Africa. Volume 13. Botanical Research Institute, Department of Agricultural Technical Services, Pretoria, South Africa. pp. 1–118.
- Rich, C.G., 1991. Crucifers of Great Britain and Ireland. Handbook No 6. Botanical Society of the British Islands, Kirkby Stephen, United Kingdom. 336 pp.
- Zeven, A.C. & Zhukovsky, P.M., 1975. Dictionary of cultivated plants and their centres of diversity. Pudoc, Wageningen, Netherlands. 219 pp.
Sources de l'illustration
- Gómez-Campo, C., 1993. Eruca Mill. Flora Iberica. Volume IV: Cruciferae-Monotropaceae. Real Jardín Botánico, Madrid, Spain. pp. 390–392.
- Coste, H., 1901. Flore descriptive et illustrée de la France. Tome premier. Librairie des Sciences Naturelles, Paris, France. 416 pp.
Auteur(s)
- H.S. Ibn Oaf, Department of Horticulture, Faculty of Agricultural Sciences, University of Gezira, P.O. Box 20, Wad Medani, Sudan
Consulté le 3 avril 2025.