Daucus carota (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


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Répartition mondiale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svg
Légume Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svg
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Fourrage Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Sécurité alimentaire Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svg


répartition en Afrique (cultivé)
1, port de la plante cultivée ; 2, partie d’une feuille ; 3, inflorescence ; 4, infrutescence ; 5, fruit. Redessiné et adapté par Achmad Satiri Nurhaman
type ‘Chantenay’, marché à Maurice
type ‘Nantes’
production commerciale, Kenya
port de la plante en fleurs
fleurs

Daucus carota L.


Protologue: Sp. pl. 1 : 242 (1753).
Famille: Apiaceae (Umbelliferae)
Nombre de chromosomes: 2n = 18

Noms vernaculaires

  • Carotte (Fr).
  • Carrot (En).
  • Cenoura (Po).
  • Karoti (Sw).

Origine et répartition géographique

Il est généralement admis que la carotte orientale, à racine violette, est originaire de l’Afghanistan, dans la région où les chaînes de l’Himalaya et de l’Hindu Kush se rencontrent, et qu’elle a été domestiquée en Afghanistan et dans les régions adjacentes de Russie, d’Iran, de l’Inde, du Pakistan et de l’Anatolie. La carotte violette, en même temps qu’une variante jaune, s’est répandue dans la région méditerranéenne et en Europe occidentale du XI–XIVe siècles, et en Chine, Inde et Japon au XIV–XVIIe siècles.

La carotte occidentale, orange, est apparue probablement en Europe ou dans la région méditerranéenne occidentale par sélection graduelle dans des populations de carotte jaune. Les variétés locales hollandaises ‘Long Orange’ et le type ‘Horn’, plus fin, décrites pour la première fois en 1721, ont été une base importante pour les cultivars de carottes occidentales aujourd’hui cultivés dans le monde entier. Ils ont maintenant largement remplacé les types orientaux, en raison de leur goût et de leur valeur nutritive supérieurs, et on les trouve également dans toute l’Afrique.

Usages

La racine pivotante renflée de Daucus carota est un important légume commercial, y compris dans les régions tropicales. Les racines sont consommées crues ou cuites, seules ou associées à d’autres légumes, comme ingrédient de soupes, de plats (par ex. le couscous), de sauces, de jus et de préparations diététiques. Les grosses racines grossières sont également utilisées comme fourrage. Les jeunes feuilles sont parfois consommées crues, ou utilisées comme fourrage. En Ethiopie, les fruits sont employés contre le ténia. Une huile essentielle extraite des graines est utilisée comme condiment. Le carotène extrait des racines est utilisé pour colorer la margarine et ajouté à la nourriture des poules pondeuses pour modifier la couleur du jaune d’œuf.

Production et commerce international

La production mondiale de carottes s’est accrue de 13 millions de t en 1992 à 21 millions en 2002. La superficie totale de cultures de carottes en 2002 était d’environ 990 000 ha, dont : Chine 370 000 ha, Union des Etats indépendants (comprenant la Fédération de Russie) 171 000 ha, Union européenne 76 000 ha, Europe orientale et Balkans 58 000 ha, Amériques 104 000 ha, Afrique 80 000 ha (y compris Afrique du Nord 38 000 ha). Les carottes sont largement cultivées durant la saison sèche dans les zones arides et semi-arides d’Afrique occidentale et centrale et les hautes terres d’Afrique orientale et australe. La superficie estimée au Nigeria est de 27 000 ha, au Kenya de 5000 ha ; on ne dispose pas de statistiques pour les autres pays. On trouve occasionnellement des carottes importées d’Europe (Belgique) sur les marchés des grandes villes d’Afrique occidentale, par ex. à Abidjan (Côte d’Ivoire).

Propriétés

Les carottes (oranges, jeunes, crues, bouts coupés, proportion comestible 87%) contiennent par 100 g de partie comestible : eau 88,8 g, énergie 126 kJ (30 kcal), protéines.0,7 g, lipides 0,5 g, glucides 6,0 g, fibres alimentaires 2,4 g, Ca 34 mg, Mg 9 mg, P 25 mg, Fe 0,4 mg, Zn 0,2 mg, carotène 5,33 mg, thiamine 0,04 mg, riboflavine 0,02 mg, niacine 0,2 mg, folate 28 μg, acide ascorbique 4 mg (Holland, B., Unwin, I.D. & Buss, D.H., 1991). La carotte orange est une riche source de caroténoïdes (provitamine A).

La couleur des carottes orientales violettes est due à des anthocyanines dans la racine ; dans la carotte occidentale orange les anthocyanines sont remplacées par le carotène et les caroténoïdes. Certains cultivars japonais à chair rouge sont riches en lycopène. Les sucres, esters, terpénoïdes et autres composés volatils influent sur la saveur des carottes crues. Les carottes cultivées en climat frais sont en général plus douces que celles cultivées sous de hautes températures. Le goût parfois astringent des carottes résulte d’une teneur élevée en terpolène associée à un faible pourcentage de sucres. Le goût amer pris par les carottes après une longue conservation est causé par la conversion des phénols en isocoumarines (principalement 6-méthoxymelléine) sous l’influence d’éthylène exogène. Ces composés sont souvent une raison du rejet par les consommateurs des produits à base de carottes, et constituent un problème majeur pour les transformateurs de légumes. La graine contient une huile essentielle qui a des notes comparables à celles de la racine. Les principaux composants de cette huile sont le sesquiterpène alcool carotol, le daucol et le sesquiterpène β-bisabolène.

Description

  • Plante herbacée érigée annuelle ou bisannuelle jusqu’à 50 cm de hauteur au stade de maturité végétative, et jusqu’à 150 cm au moment de la floraison ; racine pivotante charnue, droite, conique à cylindrique, de 5–50 cm de long et de 2–5 cm de diamètre au sommet, orange (le plus souvent), violet rougeâtre, jaune ou blanche.
  • Feuilles en rosette à la base de la plante, mais alternes sur les tiges en fleurs, 2–3-pennées ; stipules absentes ; pétiole long, gainé à la base, pétiole et rachis poilus ; segments divisés en lobes terminaux oblongs à lancéolés ou linéaires.
  • Inflorescence : ombelle composée terminale avec de nombreux rayons inégaux, fortement contractés au stade fruit ; bractées de l’involucre 7–13, pinnatipartites ou pinnatiséquées avec des lobes linéaires.
  • Fleurs principalement bisexuées, mais fleurs mâles présentes en plus des fleurs bisexuées, souvent une ou quelques fleurs stériles violet foncé présentes au centre de l’ombelle, d’environ 2 mm de diamètre, 5-mères ; pédicelle de 0,5–1,5 cm de long ; calice à dents petites ou absent ; pétales libres, blancs ou rosés, souvent élargis dans les fleurs extérieures de l’ombelle ; étamines libres ; ovaire infère, à poils hérissés, à 2 loges, 2 styles.
  • Fruit : schizocarpe oblong-ovoïde de 2–4 mm de long, se séparant à maturité en deux méricarpes à graine unique, à côtes primaires ciliées et côtes secondaires portant des épines crochues.
  • Plantule à germination épigée ; racine pivotante longue, fine ; hypocotyle de 0,5–1,5 cm de long, épicotyle absent ; cotylédons linéaires, foliacés ; premières vraies feuilles pennées.

Autres données botaniques

Daucus comprend une vingtaine d’espèces, que l’on trouve principalement dans la région méditerranéenne. L’espèce Daucus carota est très répandue à l’état sauvage en Europe et en Asie occidentale, et se trouve également en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie) et localement en Afrique tropicale (Erythrée, Ethiopie), à plus haute altitude. Ailleurs en Afrique tropicale elle est occasionnellement naturalisée après s’être échappée de cultures ; c’est aussi le cas dans d’autres parties du monde, par ex. en Amérique du Nord, où elle est maintenant localement une mauvaise herbe commune et nuisible.

Daucus carota est une espèce complexe, très variable. Ce complexe a été subdivisé en une douzaine de sous-espèces, dont l’une est la carotte cultivée (subsp. sativus (Hoffm.) Arc.). Toutefois, pour les taxons cultivés il est préférable de les classer en groupes de cultivars directement en dessous du niveau de l’espèce. Il existe deux groupes principaux de carottes cultivées, basés sur la morphologie de la racine et de la feuille :

– La carotte orientale (à anthocyanine) : racine ramifiée, jaune, violet rougeâtre à violet-noir, rarement orange jaunâtre ; feuilles légèrement disséquées, vert grisâtre, pubescentes ; elle fleurit la première année.

– La carotte occidentale (à carotène) : racine non ramifiée, jaune, orange ou rouge, parfois blanche ; feuilles fortement disséquées, vert brillant, à poils clairsemés ; normalement bisannuelle, mais souvent annuelle dans les régions tropicales.

A l’heure actuelle la carotte occidentale est de loin la plus importante, bien que la carotte orientale soit encore cultivée dans certains pays d’Asie. Trois groupes principaux de cultivars occidentaux (à carotène) sont apparus par sélection au XIXe siècle et au début du XXe en Europe et aux Etats-Unis :

– “Early Short” : racine de forme globuleuse de 3–8 cm de long, feuillage fin ; ses cultivars comprennent ‘Grelot’, ‘French Forcing’, ‘Parisian Market’.

– “Early Half-Long” : racine cylindrique à conique de 10–20 cm de long, feuillage fin à moyen ; ses cultivars comprennent ‘Amsterdam Forcing’, ‘Nantes’, ‘Vertou’, ‘Touchon’, ‘Sitan’.

– “Late Half-Long” : racine de 12–25 cm de long, conique et à collet épaulé, obtuse ou pointue, feuillage moyen à grand, productive ; ses types de cultivars comprennent ‘Chantenay’ (courte), ‘Royal Chantenay’ (longue), ‘Danver’, ‘Autumn King’, ‘Berlicum’ et ‘Imperator’. ‘Kuroda’, mis au point vers 1950, appartient également à ce groupe ; il combine une couleur interne orange avec une tolérance à la chaleur.

Dans tous les groupes, de nombreux cultivars, que ce soit des variétés-populations ou des hybrides F1, ont été mis au point, principalement par des sociétés semencières privées en Europe, aux Etats-Unis et au Japon. La majorité des cultivars de carottes sont sélectionnés pour des climats tempérés. Lorsqu’on les cultive dans des conditions de hautes températures, ils sont moins productifs, souvent plus sujets aux maladies, et ont une couleur interne moins bonne que des cultivars mis au point spécialement pour des climats chauds, tels que ‘Kuroda’, ‘Brasilia’, ‘Tropical Nantes’, et certaines sélections locales en Afrique et en Asie. Des cultivars appréciés en Afrique sont ‘Nantes’, ‘Chantenay’ et ‘Kuroda’. Dans les hautes terres du Kenya, on cultive des cultivars qui produisent des carottes naines (par ex. ‘Minicor’, ‘Orange Finger’ et ‘Sucrum’) en vue du marché d’exportation.

La carotte cultivée se croise aisément avec la carotte sauvage, qui pousse à l’état spontané en Europe, en Asie occidentale et en Afrique du Nord, et qui est naturalisée dans d’autres régions, telles que l’Amérique du Nord. Les carottes sauvages doivent être rigoureusement éliminées des parcelles de production de semences afin d’éviter d’avoir dans les cultures de carottes des plantes à racine blanche ou montant à graines prématurément (les racines blanches et le caractère annuel sont dominants par rapport aux racines oranges et au caractère bisannuel). La plupart des autres espèces sauvages de Daucus peuvent se croiser avec la carotte cultivée.

Croissance et développement

Les semences de carotte restent viables (70–80% de germination) pendant 6–7 ans lorsqu’elles sont conservées au sec (taux d’humidité 9%) à des températures inférieures à 18°C. Les premières plantules apparaissent 9–12 jours après le semis. Les 4 premières vraies feuilles se forment à 4–5 jours d’intervalle, à partir de 3–4 semaines après le semis ; pour les feuilles suivantes l’intervalle s’accroît progressivement jusqu’à 15–18 jours. Une fine racine pivotante pousse verticalement vers le bas jusqu’à 20–25 cm, et 30–40 jours après la germination elle commence à se renfler et vire progressivement à l’orange (s’il s’agit du type à carotène) à partir de la région de l’hypocotyle vers le bas. Environ 80% de tous les glucides produits dans la plante sont détournés vers la racine lors de cette phase du développement.

Les racines atteignent leur maturité 60–120 jours après le semis, selon le type de cultivar et les conditions de croissance. La phase générative est induite par de basses températures. Les plantes de carottes deviennent sensibles à la vernalisation après la formation d’au moins 8 feuilles. Les cultivars de latitudes plus élevées, résistants à la montée à graines, exigent 5–12 semaines à 2–6°C pour provoquer la montée à graines. Les cultivars locaux cultivés sous les tropiques commencent à monter à graines lorsque les températures nocturnes tombent en dessous de 16°C. Lorsque le déclenchement de la floraison s’est produit, la phase reproductive est accélérée par des jours longs. Il se forme tout d’abord une nouvelle rosette de feuilles, suivie par un allongement de la hampe florale et une première floraison après 3 mois. La floraison peut durer un mois à partir de l’ombelle primaire.

La carotte est essentiellement allogame, en raison de la protandrie. Les insectes tels qu’abeilles et mouches, attirés par le nectar abondant, effectuent une pollinisation croisée. Le stigmate devient réceptif 2–3 jours après la déhiscence du pollen. Les pétales tombent peu après la fécondation, et les fruits atteignent leur maturité 40–50 jours plus tard.

Ecologie

Des plantes supposées sauvages (ou naturalisées) de Daucus carota se rencontrent en Erythrée et en Ethiopie à 1800–2100 m d’altitude.

Au cours de leur adaptation aux latitudes septentrionales de l’Europe, les carottes sont devenues bisannuelles. Les jours longs durant la phase végétative avant la vernalisation n’entraînent pas une montée à graines. Il faut une vernalisation à basses températures pour induire la floraison. Les carottes adaptées à des latitudes tropicales ou subtropicales répondent aux jours longs en montant à graines même avant que les racines ne soient convenablement épaissies.

Les carottes sont cultivées principalement comme légume de saison fraîche. Des températures élevées du sol, excédant 25°C, ont pour conséquence un taux de croissance faible, des racines fibreuses et une faible teneur en carotène. Pour un bon rendement économique, il faut cultiver les carottes, dans les régions tropicales, à des altitudes supérieures à 1200 m ou durant les mois frais d’hiver dans les régions subtropicales. Des cultivars de carottes à maturation précoce peuvent pousser dans les basses terres, mais les rendements seront faibles et les racines auront une couleur médiocre. Les températures optimales de l’air sont de 16–24°C. Les sols doivent être bien drainés, fertiles et de texture sableuse. Un sol lourd argileux peut donner des racines mal formées et tordues, et la récolte sera difficile. Le pH optimal est de 6,0–6,5. Un apport d’eau régulier est essentiel pour obtenir des racines lisses et régulières. La floraison et la formation des graines ne sont satisfaisantes que dans des climats suffisamment secs avec des températures journalières moyennes inférieures à 20°C.

Multiplication et plantation

Le principe de la multiplication des semences aux hautes latitudes avec des hivers froids consiste à repiquer au printemps en plein champ des racines matures vernalisées que l’on a conservées l’hiver, ou de jeunes racines (méthode racine-semence). Dans les régions à hiver doux et neige précoce, on sème les graines à la fin de l’été et on laisse les plantes passer l’hiver dans les champs. Ils montent à graines au printemps, et le cycle semence-semence est bouclé en 12–13 mois. Les cultivars de carottes adaptés aux régions tropicales ont de faibles exigences de vernalisation, et peuvent être reproduits dans les hautes terres au-dessus de 1200 m, ou durant la saison fraîche dans les régions arides et semi-arides. Les producteurs de carottes de ces régions peuvent maintenir leurs cultivars en sélectionnant les meilleures racines à maturité et en les replantant dans un coin de leur champ, où ils monteront à graines et produiront bientôt des semences.

Le poids de 1000 graines est de 0,6–2,2 g. On sème les graines, souvent mélangées à du sable, à 1 cm de profondeur en sillons à faible écartement, sur des planches finement préparées de sol travaillé à une profondeur d’au moins 30 cm. Les densités de plantation vont de 100 par m2 pour les carottes de transformation à grandes racines à 175 par m2 pour la plupart des carottes vendues fraîches sur les marchés, et 250 par m2 pour les carottes naines à petites racines (4–8 kg de semences par ha). Des densités plus faibles de 10–50 plantes par m2 sont adoptées dans les champs de production de semences. Pour la production de semences hybrides, on alterne 8 lignes d’une lignée consanguine d’un parent femelle avec 2 lignes d’un parent mâle. Les rendements en semences sont fortement accrus en plaçant des ruches près du champ durant la floraison. La multiplication in vitro de carottes est aisée, et bien que les chercheurs aient expérimenté l’emploi de “semences artificielles” enrobées de gel, cette méthode est trop coûteuse pour une application pratique.

Gestion

Une rotation des cultures est essentielle pour réduire l’incidence des maladies et ravageurs transmis par le sol. Un paillage après le semis est recommandé pour favoriser la germination. Les plantes peuvent être buttées lorsque les racines commencent à se renfler pour les tenir au frais et éviter les collets verts. Par temps chaud, un léger ombrage est bénéfique. L’irrigation lors des périodes sèches est nécessaire pour prévenir un développement irrégulier des racines.

L’exportation d’éléments nutritifs d’une récolte de 20 t de carottes fraîches est de : N 85 kg, P 20 kg, K 110 kg, Ca 60 kg et Mg 15 kg. Les doses optimales d’engrais dépendent des réserves du sol en éléments nutritifs et du niveau de rendement escompté, mais il est clair que les carottes exigent des doses relativement élevées d’engrais potassique. Une dose de N 75–150 kg/ha, P 50–100 kg/ha et K 50–200 kg/ha est généralement appropriée. Des doses élevées de N tendent à provoquer un développement excessif de feuillage. Les carottes sont sensibles à des concentrations élevées de Cl, et très sujettes aux maladies avec un bas pH. Un chaulage, ou l’emploi d’engrais contenant du Ca, est recommandé lorsque le pH est inférieur à 5,5. Un fumier organique bien décomposé est bénéfique lorsqu’il est appliqué avec modération (10–20 t/ha). La matière organique fraîche, provenant d’une culture de légumineuse par exemple, peut être nuisible pour la culture de carottes.

Maladies et ravageurs

Les principales maladies dans les cultures de carottes sous les tropiques sont l’alternariose et la cercosporiose (Alternaria dauci et Cercospora carotae) et les nématodes à galles (Meloidogyne hapla et autres Meloidogyne spp.). ‘Kuroda’ a un feuillage vigoureux et une remarquable tolérance en culture à l’alternariose, qui peut détruire complètement le feuillage de cultivars introduits d’Europe. Les pertes de récolte dues aux nématodes à galles peuvent être réduites par la rotation des cultures, par ex. avec des céréales, et par l’application de fumure organique. Les sols infestés par les nématodes peuvent être traités par solarisation, ou par fumigation du sol, bien que ce procédé soit coûteux et hasardeux.

D’autres maladies sont l’oïdium (Erysiphe polygoni et Erysiphe heraclei), le feu bactérien (Xanthomonas campestris pv. carotae), la pourriture noire (Alternaria radicina), et le rhizoctone violet (Helicobasidium brebisonii). Diverses pourritures des racines interviennent avant ou durant le stockage, souvent après un dommage mécanique ou en tant que pathogènes secondaires (Botrytis cinerea, Fusarium spp., Sclerotinia sclerotiorum,Pythium violae et espèces voisines, Erwinia carotovora). Les maladies des racines sont plus graves dans les sols lourds de structure médiocre. Au total, 14 maladies virales ont été reconnues chez les carottes, la plus importante étant le virus des feuilles rouges de la carotte (CaRLV). La carotte peut être attaquée par le jaunisse de la reine-marguerite (ou asters yellows), qui est due à un phytoplasme.

Le ravageur le plus nocif de la carotte dans les régions tempérées est la mouche de la carotte (Psila rosae), à laquelle on trouve un certain degré de résistance chez le cultivar ‘Sitan’ et dans l’espèce sauvage Daucus capillifolius Gilli, de Libye. Les punaises (Lygus hesperus et Lygus elisus) sur les cultures semencières, les pucerons (par ex. Cavariella aegopodii) en tant que vecteurs de maladies virales, la cicadelle Macrosteles fascifrons en tant que vecteur de la jaunisse de la reine-marguerite, le charançon de la carotte (Listronotus oregonensis) et autres parasites du feuillage ont tous été observés sur les carottes, mais le seul sans doute qui causes de graves pertes de récolte en Afrique est la noctuelle (Spodoptera spp.).

Récolte

La carotte est le plus souvent récoltée par arrachage en tirant sur les feuilles avec les mains, ce qui exige un feuillage vigoureux et sain. La récolte mécanique (en Europe, aux Etats-Unis) se fait également en tirant par le feuillage, ou bien en équeutant d’abord les feuilles puis en soulevant les racines comme pour la récolte des pommes de terre. En Afrique, les carottes sont généralement prêtes à récolter 60–85 jours après le semis. Les racines à maturité doivent être de couleur orange à l’intérieur jusqu’à la pointe. Dans les champs de production de semences, les ombelles primaires sont parfois récoltées avant le gros de la production de graines, parce qu’elles mûrissent avant et produisent les graines les plus grosses.

Rendement

Le rendement moyen mondial a été en 2002 de 21 t/ha de racines fraîches de carottes. En Afrique tropicale, les rendements varient de 8–12 t/ha ; les rendements les plus élevés étant obtenus en Afrique de l’Est au-dessus de 1500 m d’altitude. En Europe et aux Etats-Unis, on peut récolter 30–120 t/ha, selon le type de cultivar et le mode de conduite de la culture. Le rendement marchand est également fortement influencé par la densité des plants et l’époque de la récolte. Le poids des racines et leur uniformité sont en rapport étroit avec la taille et la qualité des graines.

Les rendements en semences sont de 800–2000 kg/ha en cas de pollinisation libre et de 700–1200 kg/ha pour des cultivars hybrides F1.

Traitement après récolte

Les carottes bottelées avec leurs feuilles se conservent jusqu’à 3 semaines dans un endroit frais, mais elles peuvent rester en bonne condition pendant 100–150 jours si les feuilles sont éliminés et si les racines sont conservées à 1–4°C à 95–100% d’humidité relative. Les carottes doivent être emmagasinées à part des autres légumes afin d’éviter l’apparition d’un goût amer induit par l’éthylène. D’une manière générale, les carottes se conservent mieux lorsque leur teneur en matière sèche est élevée, lorsqu’elles ont poussé sur des sols à faible teneur en matière organique, et lorsqu’elles sont mûres et récoltées par temps humide, non endommagées et exemptes de maladies et ravageurs. Les carottes peuvent être classées par catégories de poids : A (< 50 g), B (50–200 g), C (200–400 g) et D (> 400 g). Les carottes destinées au marché d’exportation sont soigneusement lavées après enlèvement des racines endommagées, classées en différentes tailles selon les exigences du marché, et emballées dans des sacs de polyéthylène perforé. Les petits agriculteurs d’Afrique emballent simplement les carottes équeutées dans des sacs pour les transporter vers les marchés locaux. Il peut en résulter des pertes après récolte importantes.

Ressources génétiques

La base génétique des cultivars modernes de carotte orange est assez étroite, si l’on considère qu’ils sont pour la plupart dérivés de quelques cultivars hollandais du XVIIIe siècle. L’exploitation de la variation génétique existante dans les ressources génétiques des Daucus sauvages des régions méditerranéenne et sud-ouest asiatique n’a débuté que récemment. Des collections de ressources génétiques de Daucus carota et espèces voisines, comptant au total quelque 5600 entrées, sont disponibles en Europe (Royaume-Uni, France, Pays-Bas), en Russie, aux Etats-Unis et au Japon.

Sélection

Jusqu’à 1960, les méthodes de sélection étaient basées sur la sélection massale dans des populations en pollinisation libre, mais des hybrides F1 de plus grande uniformité remplacent maintenant de plus en plus les anciens cultivars, en particulier en Europe, aux Etats-Unis et au Japon. La production de semences de cultivars hybrides F1 est basée sur la stérilité mâle cytoplasmique de l’une des lignées parentes consanguines. Deux types sont employés : le type anthères brunes, dans lequel les anthères dégénèrent avant l’anthèse, basé sur le cytoplasme S et au moins deux gènes récessifs ayant une action complémentaire, et le type pétaloïde, dans lequel les anthères sont remplacées par 5 pétales supplémentaires, basé sur le cytoplasme S et au moins deux gènes dominants ayant une action complémentaire. L’élaboration et le maintien des lignées consanguines sont compliqués par une sérieuse perte de vigueur après quelques générations de consanguinité.

Les principaux objectifs de la sélection sont des améliorations dans le rendement total en racines fraîches mais aussi en semences (notamment hybrides F1), la vitesse de croissance et la précocité, l’uniformité de taille et de forme des racines, des collets peu épaulés et sans partie verte, un cœur réduit et pas de verdissement interne, une couleur externe et interne orange foncé, une peau lisse et une absence de grosses racines latérales, la résistance de la racine aux craquelures et à la rupture lors des manipulations pendant et après récolte, le goût, l’arôme, la texture, la teneur en carotène, la vigueur du feuillage, l’absence de montée à graines, la résistance aux maladies et ravageurs, et la tolérance à la chaleur pour les climats chauds. Les cultivars les plus appréciés sont légèrement coniques, du fait qu’ils se brisent moins facilement lors de la récolte.

Perspectives

La carotte aura une importance croissante en Afrique tropicale. C’est un légume intéressant à promouvoir dans les régions qui connaissent une déficience en vitamine A dans la nutrition humaine (là où l’on n’utilise pas l’huile de palme rouge pour la cuisine). L’adaptation aux climats tropicaux de basses terres restera limitée. La transformation génétique est relativement facile à réaliser avec la carotte, et offre des possibilités intéressantes de développer des cultivars résistants aux maladies et ravageurs importants, ce qui est difficile à réaliser par la sélection génétique classique. Les plantes de carottes transgéniques s’avèrent aussi capables de produire des protéines recombinantes, que l’on peut utiliser à des fins médicinales en grandes quantités et à faible coût.

Références principales

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Autres références

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  • Shinohara, S. (Editor), 1984. Vegetable seed production technology of Japan. Volume 1. Shinohara's Authorized Agricultural Consulting Engineer Office, Tokyo, Japan. 432 pp.

Sources de l'illustration

  • van der Vossen, H.A.M. & Sambas, E.N., 1993. Daucus carota L. In: Siemonsma, J.S. & Kasem Piluek (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 8. Vegetables. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 167–171.

Auteur(s)

  • H.A.M. van der Vossen, Steenuil 18, 1606 CA Venhuizen, Netherlands
  • E. Kahangi, Department of Horticulture, Jomo Kenyatta University of Agriculture and Technology, P.O. Box 62000, Nairobi, Kenya

Consulté le 11 août 2022.