Dattier (Candolle, 1882)
Nom accepté : Phoenix dactylifera L.
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Dattier. — Phœnix dactylifera, Linné.
Le Dattier existe, depuis les temps préhistoriques, dans la zone sèche et chaude qui s'étend du Sénégal au bassin de l'Indus, principalement entre les 15e et 30e degrés de latitude. On le voit çà et là plus au nord, en raison de circonstances exceptionnelles et du but qu'on se propose en le cultivant. En effet, au delà du point où les fruits mûrissent chaque année, il y a une zone dans laquelle ils mûrissent mal ou rarement, et une dernière limite jusqu'à laquelle l'arbre vit encore, mais sans fructifier ni même fleurir. Le tracé de ces limites a été donné d'une manière complète par de Martius, Carl Ritter et moi-même 4. Il est inutile de les reproduire ici, le but du présent ouvrage étant d'étudier les origines.
En ce qui concerne le Dattier, nous ne pouvons guère nous appuyer sur l'existence plus ou moins constatée d'individus vraiment sauvages ou, comme on dit, aborigènes. Les dattes se transportent facilement ; leurs noyaux germent quand on les sème dans un terrain humide, près d'une source ou d'une rivière, et même dans des fissures de rochers. Les habitants des oasis ont planté ou semé des Dattiers dans des localités favorables où l'espèce existait peut-être avant les hommes, et quand un voyageur rencontre des arbres isolés, à distance des habitations, il ne peut pas savoir s'ils ne viennent pas de noyaux jetés par les caravanes. Les botanistes admettent bien une variété
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4. De Martius, Genera et species Palmarum, in-folio, vol. 3, p. 257 ; G. Ritter, Erdkunde, 13, p. 760 ; Alph. de Candolle, Géographie botanique raisonnée, p. 343.
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sylvestris, c'est-à-dire sauvage, à baies petites et acerbes ; mais c'est peut-être l'effet d'une naturalisation peu ancienne dans un sol défavorable. Les faits historiques et linguistiques auront plus de valeur dans le cas actuel, quoique sans doute, vu l'ancienneté des cultures, ils ne puissent donner que des indications probables.
D'après les antiquités égyptiennes et assyriennes, ainsi que les traditions et les ouvrages les plus anciens, le Dattier existait en abondance dans la région qui s'étend de l'Euphrate au Nil. Les monuments égyptiens contiennent des fruits et des dessins de cet arbre 1. Hérodote, à une époque moins reculée (Ve siècle avant Jésus-Christ), parle des bois de Dattiers qui existaient en Babylonie ; plus tard Strabon s'est exprimé d'une manière analogue sur ceux d'Arabie, par où il semble que l'espèce était plus commune qu'à présent et plus dans les conditions d'une essence forestière naturelle. D'un autre côté Carl Ritter fait la remarque ingénieuse que les livres hébreux les plus anciens ne parlent pas des Dattiers comme donnant un fruit recherché pour la nourriture de l'homme. Le roi David, vers l'an 1000 avant Jésus-Christ, environ sept siècles après Moïse, n'énumère pas le Dattier au nombre des arbres qu'il convient de planter dans ses jardins. Il est vrai qu'en Palestine, sauf à Jéricho, les dates ne mûrissent guère. Plus tard, Hérodote dit des Dattiers de Babylonie, que la majorité seulement des pieds donnait de bons fruits, dont on faisait usage. Ceci paraît indiquer le commencement d'une culture perfectionnée au moyen de la sélection des variétés et du transport des fleurs mâles au milieu des branches de pieds femelles, mais cela signifie peut-être aussi qu'Hérodote ne connaissait pas l'existence des pieds mâles.
A l'occident de l'Egypte, le Dattier existait probablement depuis des siècles ou des milliers d'années quand Hérodote les a mentionnés. Il parle de la Libye. Aucun document historique n'existe pour les oasis du Sahara, mais Pline 2 mentionne les Dattiers des îles Canaries.
Les noms de l'espèce témoignent d'une grande ancienneté soit en Asie, soit en Afrique, attendu qu'ils sont nombreux et fort différents. Les Hébreux appelaient le Dattier Tamar et les anciens Egyptiens Beq 3. L'extrême diversité de ces mots, d'une grande antiquité, fait présumer que les peuples avaient trouvé l'espèce indigène et peut-être déjà nommée dans l'Asie occidentale et en Egypte. La multiplicité des noms persans, arabes et berbères, est incroyable 4. Les uns dérivent du mot hébreu, les autres de sources inconnues. Ils s'appliquent souvent à des états différents du fruit ou à des variétés cultivées différentes, ce qui
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1. Unger, Pflanzen cl. alt. Ægyptens, p. 38.
2. Pline, Hist., 6, c. 37.
3. Unger, l. c.
4. Voir C. Ritter, l. c.
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montre encore d'anciennes cultures dans divers pays. Webb et Berthelot n'ont pas découvert un nom du Dattier dans la langue des Guanches, et c'est bien à regretter. Le nom grec, Phœnix, se rapporte simplement à la Phénicie et aux Phéniciens, possesseurs du Dattier 1. Les noms Dactylus et Datte sont des dérivés de Dachel, dans un dialecte hébreu 2. On ne cite aucun nom sanscrit, d'où l'on peut inférer que les plantations de Dattiers ne sont pas très anciennes dans l'Inde occidentale. Le climat indien ne convient pas à l'espèce 3. Le nom hindustani, Khurma, est emprunté au persan.
Plus à l'est, le Dattier a été longtemps inconnu. Les Chinois l'ont reçu de Perse, au IIIe siècle de notre ère, et plus tard à différentes reprises, mais aujourd'hui ils l'ont abandonné 4. En général, hors de la région aride qui s'étend de l'Euphrate au midi de l'Atlas et aux Canaries, le Dattier n'a pas réussi sous des latitudes analogues, ou du moins il n'est pas devenu un objet important de culture. Il aurait de bonnes conditions d'existence en Australie et au Cap, mais les Européens, qui ont colonisé ces pays, ne se contentent pas, comme les Arabes, de figues et de dattes pour leur nourriture. J'estime, en définitive, que dans les temps antérieurs aux premières dynasties égyptiennes le Dattier existait déjà, spontané ou semé çà et là par des tribus errantes, dans la zone de l'Euphrate aux Canaries, et qu'on s'est mis à le cultiver plus tard jusqu'au nord-ouest de l'Inde, d'un côté, et aux îles du Cap-Vert 5, de l'autre, de sorte que l'habitation naturelle est restée à peu près la même environ 5000 ans. Qu'était-elle à une époque antérieure ? C'est ce que des découvertes paléontologiques apprendront peut-être un jour.
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1. Hehn, Culturpflanzen, ed. 3, p. 234.
2. C. Ritter, l. c., p. 828.
3. D'après Roxburgh, Royle, etc.
4. Bretschneider, On study, etc., p. 31.
5. D'après Schmidt, Flora d. Cap-Verd Inseln, p. 168, le Dattier est rare dans ces îles et n'y est certainement pas sauvage. Au contraire, dans quelques-unes des îles Canaries, il a toutes les apparences d'un arbre indigène, d'après Webb et Berthelot, Hist. nat. des Canaries, Botanique, 3, p. 289.