Cocos nucifera (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Légume | |
Oléagineux | |
Glucides / amidon | |
Médicinal | |
Bois de feu | |
Ornemental | |
Fourrage | |
Fibre | |
Sécurité alimentaire | |
Changement climatique | |
- Protologue: Sp. pl. 2 : 1188 (1753).
- Famille: Arecaceae (Palmae)
- Nombre de chromosomes: 2n = 32
Noms vernaculaires
- Cocotier (Fr).
- Coconut palm (En).
- Coqueiro (Po).
- Mnazi (Sw).
Origine et répartition géographique
Cocos nucifera est originaire des côtes d’Asie tropicale et du Pacifique, mais son centre d’origine primaire donne lieu à bien des conjectures. Des noix de coco fossiles ont été découvertes dans des endroits aussi éloignés que l’Inde et la Nouvelle-Zélande. La capacité de la noix de coco sauvage, avec sa bourre épaisse et sa germination lente, à rester viable après avoir flotté en mer sur de longues distances a permis une large dispersion naturelle dans la région indo-pacifique bien avant le début de sa domestication en Asie du Sud-Est. Le cocotier domestiqué a un tronc robuste et de gros fruits qui ne peuvent survivre longtemps dans l’eau de mer à cause de leur bourre et de leur coque moins épaisses et de leur germination plus rapide. Le tout début de la dissémination du cocotier domestiqué a coïncidé avec les migrations de populations d’Asie du Sud-Est vers le Pacifique et l’Inde, il y a de cela 3000 ans. Là où les cocotiers sauvages étaient déjà présents, les introgressions avec les types domestiqués ont été possibles, puisqu’ils restaient compatibles. Par la suite, les navigateurs polynésiens, malais et arabes jouèrent un rôle important dans la dispersion du cocotier dans le Pacifique, en Asie et en Afrique de l’Est. Le cocotier est vraiment devenu pantropical au XVIe siècle une fois que les explorateurs européens l’eurent introduit en Afrique de l’Ouest, aux Caraïbes et sur la côte atlantique de l’Amérique tropicale. Il est planté dans toutes les basses terres d’Afrique tropicale, essentiellement sur les côtes dans les zones humides.
Usages
Le cocotier a été surnommé “arbre de vie”, car c’est une source précieuse d’une multitude de produits très utiles. Pour l’extraction familiale de l’huile, on fait bouillir un mélange d’albumen frais râpé et d’eau, puis on écume l’huile qui remonte en surface. Pour la production industrielle, on fait d’abord sécher l’albumen pour obtenir du coprah avant de l’apporter à l’huilerie pour l’extraction. L’huile de première catégorie est utilisée en cuisine ou dans la confection de margarine, de matière grasse, de lait condensé, de crèmes glacées et de sucreries. En revanche, l’huile de seconde catégorie est transformée en savons, détergents, cosmétiques, shampooings, peintures, vernis et produits pharmaceutiques. Le reste, qui se compose d’acides gras, d’alcools et de leurs esters méthyliques, entre dans la fabrication d’émulsifiants et de tensioactifs. Le tourteau ou farine de coprah est un bon produit d’alimentation animale.
Le lait ou crème de coco, obtenu par pression d’un mélange d’albumen frais râpé et d’eau, est un ingrédient traditionnel de nombreux produits alimentaires et pâtisseries, en Afrique et surtout en Asie. Il est désormais également vendu en conserve sous forme pasteurisée et homogénéisée ou bien en poudre. Le lait écrémé en poudre, obtenu après avoir fait bouillir du lait de coco frais et retiré l’huile en surface, contient 25% d’amidon hydrolysé et peut se transformer en boisson, une fois additionné d’eau. Les protéines peuvent être séparées par ultrafiltration et séchées par atomisation, ce qui donne une poudre blanche parfaitement adaptée à l’alimentation des nourrissons. L’albumen frais, râpé ou émincé et déshydraté, constitue un accompagnement très prisé ; il est aussi très utilisé en confiserie, boulangerie et restauration rapide.
L’eau présente dans la cavité des jeunes noix est agréable à boire, rafraîchissante et très appréciée. De nos jours, on la trouve également en conserve dans le commerce sans que son goût si caractéristique en soit altéré. L’albumen des jeunes spécimens, tendre et gélatineux, est une friandise, consommé tel quel ou râpé et mélangé aux aliments. L’haustorium ou “pomme” qui remplit la cavité de la noix de coco en germination est également comestible. L’albumen liquide des noix mûres permet d’obtenir un dessert fermenté gélatineux connu sous le nom de “nata de coco” (crème de coco) aux Philippines.
La coque (endocarpe) qui recouvre la graine peut être transformée en ustensiles pour la maison et en objets décoratifs, en charbon de bois (qui peut être activé) ou utilisée directement comme combustible. Finement moulue, elle sert de mastic pour les colles à la résine et les poudres de moulage. La bourre verte (mésocarpe) donne, après rouissage, un coïr blanc (fibres jaunes) dont on fait des cordages, des tapis, des paillassons et des géotextiles. Le coïr brun issu de la bourre des fruits mûrs sert à la fabrication de brosses (fibres longues), de matelas, de tapisserie d’ameublement et de panneaux de particules (fibres courtes). La poussière de coïr ou tourbe de coco rentre dans la composition de mélanges pour le jardinage (capacité de rétention d’eau de 700–900%), de matériaux légers de construction, d’isolants thermiques, d’adhésifs et de liants.
On entaille les inflorescences encore fermées pour en recueillir un jus sucré qui contient environ 15% de saccharose. Consommé frais, c’est une boisson raffraîchissante (appelée “toddy” en Inde) qui, une fois fermentée, donne un vin légèrement alcoolisé. Le vinaigre est un produit dérivé de ce vin de palme. Si l’on fait bouillir le jus frais, on obtient du sirop de palme ou du sucre. La distillation du vin de palme permet d’obtenir une boisson fortement alcoolisée : l’ “arak”.
Les feuilles sont utilisées en couverture de toitures ; les folioles sont tressées et permettent la confection de nattes, de paniers, de sacs et de chapeaux ; avec les folioles immatures, on fait des décorations traditionnelles ainsi que de petits sacs ou des récipients alimentaires ; quant aux nervures médianes des folioles, elles se transforment en balais. Le cœur du palmier, qui se compose des tissus blancs et tendres des plus jeunes feuilles non ouvertes à l’apex du tronc, est considéré comme un mets de choix. Ce sont les jeunes cocotiers (âgés de 3–4 ans) qui ont le cœur le plus lourd, pesant 6–12 kg.
Le bois des vieux palmiers est très dur, mais on peut scier un tronc récemment abattu avec une lame de scie spéciale au carbure de tungstène. Il y a lieu d’imprégner le bois de sciage s’il doit être utilisé en construction ou en extérieur. Le bois de cocotier convient aussi pour le mobilier, les ustensiles domestiques et les manches d’outils.
On attribue des usages médicinaux au cocotier. Les racines sont réputées antipyrétiques et diurétiques. Le lait du jeune palmier est diurétique, laxatif, antidiarrhéique et sert de contrepoison. L’huile sert à soigner les maladies cutanées, le mal de dents et, mélangée à d’autres médicaments, à préparer des embrocations.
L’arbre est également utilisé comme ornemental. Avec ses troncs souvent inclinés et ses cimes gracieuses bordant une plage de sable blanc devant une mer bleue, il symbolise les tropiques.
Production et commerce international
Au niveau mondial, la production annuelle moyenne pour 2002–2004 était estimée à environ 58 000 millions de noix de coco, soit l’équivalent de 10,5 millions de t de coprah, pour une superficie de 11,8 millions d’ha dans 93 pays. Le coprah extrait d’environ 55% de l’ensemble des noix est destiné au commerce et produit chaque année quelque 3,3 millions de t d’huile et 1,8 million de t de farine de coco, les noix restantes étant autoconsommées ou encore vendues comme noix de coco vertes pour la boisson. Le cocotier est principalement une culture de petits paysans et seulement près de 6% de la superficie totale provient de grands domaines. L’Asie et le Pacifique représentent 86% de la production mondiale, l’Amérique latine et les Caraïbes 10% et l’Afrique 3% (6% de la superficie cultivée). Les principaux producteurs sont l’Indonésie (30% de la production mondiale), les Philippines (23%) et l’Inde (17%). Selon les estimations, les principaux pays producteurs en Afrique sont : la Tanzanie 310 000 ha, le Mozambique 70 000 ha, le Ghana 55 000 ha, le Nigeria 50 000 ha, Madagascar 33 000 ha et la Côte d’Ivoire 30 000 ha.
Avec près de 2,1 millions de t d’huile commercialisés chaque année, le cocotier est la 7e source d’huile végétale dans le monde. Il occupe une place à part sur le marché à côté de l’huile de palmiste en tant que principale source d’huile laurique. Les Philippines exportent environ 80% de leur production nationale d’huile de coprah contrairement à l’Indonésie, qui n’en exporte que 20–30%, et à l’Inde, qui n’en exporte quasiment pas. Environ 50% de la farine de coco produite chaque année dans le monde est exportée, dont quelque 500 000 t par les Philippines et 300 000 t par l’Indonésie.
Propriétés
Les fruits frais et mûrs pèsent 1,1–2,5 kg et se composent d’une enveloppe fibreuse (exocarpe et mésocarpe) : 30–45%, d’une coque (endocarpe) : 14–16%, d’un albumen : 25–33% et d’eau libre qui remplit la cavité : 13–25%. L’albumen frais contient 35–52% d’eau ; un coprah de bonne qualité renferme 63–68% d’huile, pas plus de 6% d’eau et moins de 1% d’acides gras libres. La composition approximative du coprah séché par 100 g de partie comestible est : eau 3 g, énergie 2761 kJ (660 kcal), protéines 7 g, lipides 65 g, glucides 24 g, fibres 16 g, Ca 26 mg, Mg 90 mg, P 206 mg, Fe 3 mg, Zn 2 mg, vitamine A 0 mg, thiamine 0,06 mg, riboflavine 0,1 mg, niacine 0,6 mg, vitamine B6 0,3 mg, folates 0 mg, acide ascorbique 1,5 mg. La composition en acides gras de l’huile de coprah est : acide caproïque 0,6%, acide caprylique 7,5%, acide caprique 6%, acide laurique 45%, acide myristique 17%, acide palmitique 8%, acide stéarique 3%, acide oléique 6%, acide linoléique 2% (USDA, 2006). Plus de 90% des acides gras sont saturés. L’acide laurique est une source d’énergie facilement digestible et un précurseur de la monolaurine, lipide antimicrobien stimulant du système immunitaire chez l’homme. Il n’est pratiquement pas stocké dans les tissus du corps.
Le lait de coco contient approximativement : lipides 15–35%, protéines 3% et glucides 2% ; le lait de coco en poudre : lipides 60%, protéines 7% et glucides 27% ; le lait écrémé séché en poudre : lipides 6%, protéines 24% et glucides 25% ; la poudre de protéines de noix de coco séchée (par atomisation) : protéines 59%. Le tourteau contient : lipides 6%, protéines 21%, glucides 49% et fibres brutes 12%.
Le bois de cocotier, connu sous le nom de “bois de coco” dans le commerce, a une densité de base de 400–600 kg/m3, la partie périphérique en anneau de la base allant jusqu’à 850 kg/m3. C’est un bois qui convient pour les constructions car il est d’une solidité moyenne à élevée et est dépourvu de nœuds.
Description
- Palmier non ramifié atteignant 30 m de haut, à couronne terminale de feuilles.
- Racines situées principalement dans le premier 1,5 m du sol, atteignant normalement environ 6 m × 1 cm mais jusqu’à 30 m de long dans des conditions de sol optimales.
- Tronc cylindrique, érigé, souvent courbé ou incliné, jusqu’à 40 cm de diamètre mais à base renflée atteignant 60 cm, gris pâle, nettement cerné par les cicatrices des bases foliaires.
- Feuilles disposées en spirale, composées pennées, de 4,5–6(–7) m de long, avec 25–35 feuilles déroulées par plante ; pétiole trapu à base fibreuse et engainante, faisant environ un quart de la longueur totale de la feuille, cannelé au-dessus, arrondi au-dessous ; folioles 200–250, linéaires-lancéolées, de 50–120 cm × 1,5–5 cm, plissées une fois longitudinalement à la base, à apex aigu, disposées régulièrement sur un seul plan.
- Inflorescence de 1–2 m de long, à l’aisselle des feuilles, enserrée par une grande bractée lorsque jeune, composée de 40 épis disposés en spirale, portant chacun 200–300 fleurs mâles et 1 à quelques fleurs femelles à la base.
- Fleurs unisexuées, régulières, 3-mères ; fleurs mâles par 1–3, sessiles, de 0,5–1,5 cm de diamètre, jaune pâle, à 3 petits sépales, 3 pétales plus grands, 6 étamines en 2 verticilles et à pistil rudimentaire ; fleurs femelles solitaires, beaucoup plus grandes que les fleurs mâles, globuleuses en bouton, ovoïdes à l’anthèse, de 2–3 cm de diamètre, enveloppées par 2 petites bractéoles écailleuses, sépales 3 et pétales 3, presque orbiculaires, presque égaux, persistants et se dilatant dans le fruit, à gros ovaire 3-loculaire, à 3 stigmates triangulaires sessiles et 3 nectaires près de la base de l’ovaire.
- Fruit : drupe globuleuse, ovoïde ou ellipsoïde, légèrement 3-gone, de 20–30 cm de long, pesant jusqu’à 2,5 kg, monosperme ; exocarpe très fin, de 0,1 mm d’épaisseur, lisse, vert, d’un orange éclatant, jaune à ivoire à maturité, virant au gris-brun chez les fruits âgés ; mésocarpe (“bourre”) fibreux, de 4–8 cm d’épaisseur, brun pâle ; noyau (appelé “noix”) ovoïde, de 10–15 cm de diamètre, endocarpe (“coque”) de 3–6 mm d’épaisseur, ferme, pierreux, brun foncé, légèrement 3-gone à 3 stries longitudinales et à 3 grands pores, légèrement enfoncés (“yeux”) à la base.
- Graines à fin testa marron étroitement apprimé à l’endocarpe et adhérant fermement à l’albumen ferme, blanc, huileux (“chair”), de 1–2 cm d’épaisseur, embryon de 0,5–1 cm de long, avec une grande cavité au centre de la graine.
Autres données botaniques
Cocos nucifera est la seule espèce du genre Cocos. Il n’existe pas de classification universellement reconnue pour la grande variabilité du cocotier. Les types dont on pense qu’ils sont d’origine naturelle sont désignés sous le nom de “Niu kafa” (à fruits longs, anguleux, à mésocarpe épais, flottant facilement, de grande viabilité et à germination lente) ; ceux qui, pense-t-on, se sont développés en culture sont les types “Niu vai” (à fruits globuleux, à mésocarpe plus fin, ne flottant pas facilement, à albumen épais et à germination rapide). Ces expressions, “Niu kafa” et “Niu vai”, sont polynésiennes. Là où ces 2 types rentrent en contact, il y a introgression.
Jusqu’ici, les cocotiers cultivés ont été classés en 2 groupes : les types grands et les types nains. Plus de 95% de la cocoteraie mondiale appartiennent au premier groupe, dans lequel on peut citer les cultivars suivants : ‘Malayan Tall’, ‘Rennell Island Tall’, ‘Vanuatu Tall’, ‘Jamaican Tall’, ‘West African Tall’ et ‘East African Tall’. Quant au second groupe, il est rare mais il en existe différents écotypes. Il se caractérise par une croissance plus faible et un lent accroissement en hauteur ; un tronc mince presque sans épaississement de la base ; des feuilles, des inflorescences et des fruits plus petits ; une précocité des inflorescences et leur succession rapide ; enfin un taux élevé d’autogamie. On a du mal à comprendre l’hérédité du nanisme mais les hybrides sont généralement des intermédiaires entre les parents grands et les nains, quant à l’augmentation en hauteur et à d’autres caractéristiques. Il existe trois types différents de cultivars nains : le “Niu leka” originaire de Fiji qui diffère des types grands uniquement par ses entre-nœuds très courts de même que par ses feuilles courtes et rigides ; les types de taille moyenne comme ‘Malayan Dwarf’ originaire d’Indonésie, ‘Gangabondam’ d’Inde et ‘King’ du Sri Lanka ; enfin, les petits cultivars nains que l’on trouve dans plusieurs pays. Les types nains se distinguent aussi par la couleur du pétiole de la feuille chez les jeunes individus : vert, jaune et rouge (orangé ou doré).
Les fruits de ‘Makapuno’ originaire des Philippines et de ‘Kelapa Kopjor’ d’Indonésie ont un albumen qui remplit presque entièrement la cavité de la graine. L’albumen est mou, a une saveur particulière et est considéré comme une friandise. Les fruits ne germent pas, mais les embryons peuvent être cultivés in vitro. Ce caractère peut apparaître chez tous les cultivars grands.
Croissance et développement
Les fruits mûrs de la plupart des cultivars commencent à germer peu de temps après la récolte. L’embryon grossit et la partie apicale émerge de la coque. Parallèlement, le cotylédon se transforme en haustorium. La racine primaire se dégage de la masse apicale, suivie de la plumule. Au fur et à mesure de la croissance, elles transpercent l’enveloppe fibreuse de deux côtés opposés. La levée de la pousse se fait 8 semaines environ après que les noix de coco ont été placées en lit de semis, puis 5 semaines plus tard, les premières feuilles commencent à s’ouvrir. Elles augmentent de taille mais restent entières jusqu’à ce que la jeune plante compte 7–10 feuilles, ce qui demande un an en général. Les feuilles suivantes deviennent peu à peu composées pennées.
Les cultivars grands produisent une dizaine de feuilles au cours de la première année, contre 14 pour les nains. Les années suivantes, des feuilles plus grandes et plus nombreuses sont formées jusqu’à ce que la taille maximale ait été atteinte et le taux de production annuelle se stabilise alors à 12–18 feuilles pour les grands et les hybrides et à 20–22 feuilles pour les nains. Etant donné qu’une feuille de cocotier grand reste sur l’arbre environ 2,5 ans après son apparition, le nombre des feuilles de la couronne plafonne à 30–35 au bout de 6 ou 7 ans. La période entre l’initiation foliaire et la sénescence est de près de 4 ans.
Le système racinaire compte 2000–4000 racines adventives par individu. Les racines pourries sont remplacées régulièrement, les nouvelles sortent de la partie supérieure de la base renflée du tronc.
Le développement régulier à la fois de la canopée et du système racinaire est bien adapté à l’environnement constant des basses terres tropicales humides. Les longues périodes de croissance des organes importants privent l’arbre d’une certaine flexibilité vis-à-vis du stress à court terme. En conditions défavorables, la floraison et la fructification sont considérablement affectées, ce qui induit de petites inflorescences et un nombre réduit de fleurs femelles, des inflorescences avortées, une réduction de la fructification, de la taille et du contenu des noix, de même qu’une chute prématurée des fruits et un rétrécissement du tronc. On l’aura compris, le stress modifie bien plus le rendement que la croissance. La taille des nouvelles feuilles et des racines a été fixée bien à l’avance et ne peut s’adapter aux périodes de stress à court terme. Après un stress de longue durée, la sortie des feuilles marque le pas, ce qui réduit encore le rendement, puisque l’apparition des inflorescences suit celle des feuilles qui les sous-tendent.
Au stade de la rosette, le bourgeon terminal continue à grossir jusqu’à ce que la taille des initiations foliaires reflète les conditions de croissance du moment ; ensuite débute la formation du tronc. Lorsque l’espacement est réduit, la croissance en hauteur augmente au détriment de la floraison et de la fructification. Précocité et rendement vont de pair avec la formation foliaire annuelle, puisque une inflorescence apparaît à l’aisselle de chaque feuille. De là vient que les types nains aient un rendement supérieur et plus précoce que les types grands. Chez ces derniers, la première floraison a lieu au bout de 5–7 ans, contre 2 ans chez les types nains, et chez les hybrides nains × grands 3–4 ans après la germination. Les conditions de croissance ont une grande incidence dans ce domaine. Les cocotiers peuvent vivre plus de 100 ans, mais les rendements les plus élevés sont généralement obtenus à l’âge de 10–20 ans chez les types grands et quelques ans plus tôt chez les types nains et hybrides. Dans les cocoteraies du littoral tanzanien, les rendements s’élèvent lentement jusqu’à ce que les arbres aient atteint 20 ans, pour s’accélérer jusqu’à ce qu’ils en aient 40 et enfin décliner lorsqu’ils ont atteint 50 ans. Il est recommandé de replanter lorsque les arbres ont 60–70 ans.
Durant la première phase de l’anthèse, qui s’étale sur 16–22 jours, seules les fleurs mâles s’ouvrent progressivement du sommet jusqu’à la base des épis supérieurs et vers le bas jusqu’aux épis les plus bas. Chaque fleur mâle s’ouvre, répand son pollen et tombe en l’espace de 2 jours. La première fleur femelle au sommet du spadice devient réceptive environ 3 semaines (chez les types grands) ou 1 semaine (chez les types nains) après l’ouverture de la bractée engainante, et les stigmates de la dernière fleur femelle brunissent 5–12 jours plus tard. Les fleurs femelles sont nectarifères et odorantes. La pollinisation est à la fois entomophile et anémophile. Chaque fleur femelle demeure réceptive pendant 2–3 jours.
Les types grands sont généralement allogames car les phases mâles et femelles ne se chevauchent pas, alors que chez les types nains l’autogamie est fréquente car elles se superposent fortement. L’autofécondation peut aussi se produire lorsque la phase femelle d’une inflorescence empiète sur la phase mâle d’une seconde inflorescence du même individu. Entre 50–70% des fleurs femelles avortent au cours des deux premiers mois à cause d’une faible fécondation ou pour des raisons physiologiques. Les fruits sont mûrs 11–12 mois après l’anthèse, mais peuvent rester sur l’arbre jusqu’à 15 mois.
Ecologie
Le cocotier est essentiellement une culture des tropiques humides. Il s’adapte relativement facilement à la température et à l’apport d’eau et est tellement apprécié qu’on le trouve encore fréquemment aux confins de sa zone écologique. Ses besoins en soleil dépassent les 2000 heures/an, avec une limite inférieure probable de 120 heures/mois. La température annuelle moyenne optimale est estimée à 27°C avec des variations diurnes moyennes de 5–7°C. Pour obtenir de bons rendements, une température mensuelle moyenne minimale de 20°C est nécessaire. Des températures inférieures à 7°C peuvent nuire gravement aux jeunes arbres, mais les cultivars diffèrent dans leur tolérance aux basses températures. S’il est vrai que la plupart des cocotiers sont plantés dans des zones où l’altitude ne dépasse pas 500 m, ils peuvent toutefois prospérer au-dessus de 1000 m, bien que des températures basses compromettent leur croissance et leur rendement.
En règle générale, le cocotier pousse dans des régions où les précipitations sont de 1000–2000 mm, uniformément réparties sur l’année et où l’humidité relative est élevée, mais il peut survivre en zones plus sèches pourvu que l’humidité du sol soit suffisante. Grâce à ses feuilles demi-xérophiles, il est capable de réduire ses pertes en eau, ce qui lui permet de tolérer la sécheresse pendant plusieurs mois.
Le cocotier pousse sur une grande variété de terrains, allant des sols grossièrement sablonneux aux sols argileux, à condition qu’ils soient bien drainés et aérés. C’est une plante halophyte qui tolère bien la salinité du sol. Il peut se développer sur des sols ayant des pH très variés, mais c’est au pH de 5,5–7 qu’il pousse le mieux.
Multiplication et plantation
Le cocotier se multiplie par graines, et celles-ci sont récalcitrantes. Le coefficient de multiplication est faible, un arbre ne produisant en général pas plus de 100–150 noix de semence par an. Bien que les plantes puissent être régénérées par embryogenèse somatique, les différences génotypiques des taux de formation d’embryon et les difficultés rencontrées dans l’endurcissement des plantes cultivées in vitro ont freiné jusqu’à présent la pratique de méthodes de multiplication clonale à grande échelle. La culture in vitro d’embryons excisés est également possible. Elle permet de résoudre les restrictions dues à la quarantaine végétale et trouve des applications dans les échanges internationaux de ressources génétiques.
On laisse généralement les noix de semence se reposer un mois après la récolte. Elles sont conservées dans des planches de germination d’où sont extraits des plants de même taille qui sont ensuite repiquées dans des sacs de polyéthylène ou en planches de pépinière. La méthode du sac en polyéthylène et l’apport régulier d’engrais ont largement remplacé les plants à racines nues élevés en planches. Les plants qui ont entre 5–8 mois sont transplantés au champ. Ils pourraient très bien rester plus longtemps en planche de pépinière, mais souffriraient alors d’un choc plus grand lors de la transplantation. Le cocotier est planté le plus souvent selon un espacement de 8–10 m × 8–10 m, en triangle ou en carré. Les cultivars nains sont plantés à un espacement de 6–7 m × 6–7 m. On peut avoir recours à la plantation en haies pour faciliter la culture associée mais la symétrie radiale de la disposition des feuilles ne tolère pas les formes extrêmes de culture en lignes. Nombre d’agriculteurs préfèrent un plus grand espacement afin d’éviter la concurrence entre les arbres. La couronne ouverte laissant également filtrer une bonne partie de la lumière incidente, le cocotier convient bien à la culture associée. Il est parfois cultivé en association avec le cacao et le café. Même si une telle pratique se fait en général au détriment des rendements en coprah, le revenu provenant à la fois des cocotiers bien fumés et de la culture associée dépasse largement celui qu’engendreraient les seuls palmiers. Ceux-ci se trouvent également en culture mixte avec par exemple l’hévéa, le manguier, l’anacardier, les agrumes et le bananier. Des pâturages sont quelquefois établis sous les palmiers pour être utilisés en gestion combinée (cultures et élevage). On cultive aussi parfois des engrais verts. Néanmoins, pâturages et plantes de couverture ne peuvent être cultivés et conservés que si les pluies sont suffisamment abondantes. Les cultures dérobées comme le riz, le maïs, l’éleusine, la patate douce, le manioc, les légumes et les épices sont souvent pratiquées jusqu’à ce que les palmiers entrent en production. Il ne faut pas les installer à moins de 2 m des cocotiers.
Gestion
Le désherbage est essentiel, surtout pour les jeunes individus. L’épandage d’engrais est nécessaire, en particulier sur les sols cultivés depuis longtemps, mais c’est une chose que les petits exploitants font rarement en raison du manque de moyens financiers. Si les carences en éléments nutritifs réduisent nettement la croissance et le rendement, on peut constater en l’espace d’un an les effets positifs non seulement de l’apport d’engrais organique et inorganique mais aussi d’autres pratiques culturales telles que les plantes de couverture et les engrais verts. En tête des éléments nutritifs nécessaires au cocotier, on trouve le potassium et le chlore, suivis par l’azote, le phosphore et le soufre. L’analyse foliaire est un procédé reconnu et rapide permettant de déterminer les besoins en engrais de l’arbre. L’exportation annuelle d’éléments nutritifs d’un ha de cocotiers, produisant 7000 noix (1,0–1,3 t de coprah), est d’environ 49 kg N, 16 kg P2O5, 115 kg K2O, 5 kg Ca, 8 kg Mg, 11 kg Na, 64 kg Cl et 4 kg S. Les engrais organiques présentent l’avantage supplémentaire d’améliorer la texture du sol, la capacité de rétention en eau, la capacité d’échange cationique et la microflore du sol, sans toutefois pouvoir d’ordinaire compenser convenablement l’exportation d’éléments nutritifs, de K notamment. A titre d’exemple, on recommande comme apport d’engrais inorganique par an et par cocotier un mélange composé de 0,4 kg N, 0,3 kg P2O5, 1,2 kg K2O, 0,2 kg S et 0,9 kg Cl, répandu en cercle autour de l’arbre (à 1,0–1,5 m du tronc) et fractionné en 2 applications, au début et à la fin de la saison des pluies. Les doses d’engrais dépendent des conditions locales. Tant l’analyse foliaire que pédologique aident à déterminer les besoins en éléments nutritifs des arbres. L’irrigation est pratiquée de temps en temps en zone sèche lorsqu’on dispose d’eau ; on peut aussi employer de l’eau de mer occasionnellement pour autant que la teneur en sel du sol ne devienne pas excessive.
Maladies et ravageurs
De nombreuses maladies touchent le cocotier. Parmi les menaces graves qui pèsent sur la production mondiale de noix de coco, citons le jaunissement mortel dans les Caraïbes et les maladies de type jaunissement mortel, comme les flétrissements de Kalimantan et de Natuna et le jaunissement de Sulawesi (Indonésie), le flétrissement de Malaisie, le flétrissement de Socorro (Philippines), la maladie et le flétrissement racinaire de Tatipaka (Inde), la brûlure foliaire (Sri Lanka), la maladie d’Awka (Nigeria), le flétrissement du Cap St. Paul (Ghana), la maladie de Kaincopé (Togo), la maladie de Kribi (Cameroun) et la maladie mortelle (Kenya, Tanzanie et Mozambique). Dans tous les cas, les responsables sont bien des phytoplasmes apparentés mais différents, comme les tests de diagnostic moléculaire le confirment. D’une manière générale, les symptômes des maladies du jaunissement sont les suivantes : brunissement et effondrement des feuilles de la flèche (complètement développées, mais encore pliées), jaunissement des feuilles arrivées à maturité, effondrement des racines, chute prématurée des noix, mort du bourgeon et enfin de l’arbre. Le vecteur probable de la maladie du jaunissement mortel est une cicadelle (Myndus crudus), mais dans tous les autres cas les insectes incriminés en tant que vecteurs n’ont pas encore été déterminés de façon catégorique. Il se peut que le brunissement et la pourriture sèche du bourgeon dans les pépinières de cocotiers de Tanzanie soient également dues à un phytoplasme. Pour lutter contre ces maladies, il faut notamment éliminer les arbres contaminés, placer les végétaux en quarantaine et développer la résistance de l’hôte. Les palmiers grands sont généralement sensibles. ‘Malayan Dwarf’ est particulièrement résistant au jaunissement mortel, tandis que ‘Pemba Red Dwarf’ s’avère résistant à la maladie mortelle d’Afrique de l’Est.
Le flétrissement du Kerala, probablement causé par un virus, est une maladie grave en Inde. Le cadang-cadang, provoqué par le viroïde du cadang-cadang (CCVD), est une maladie dévastatrice notamment des palmiers en fleurs aux Philippines. Sur l’île de Guam, le cocotier est infesté par une maladie semblable au cadang-cadang, également provoquée par un viroïde.
La pourriture du bourgeon se rencontre partout dans le monde et est provoquée par Phytophthora palmivora, un champignon transmis par le sol qui apprécie la forte humidité. Il entraîne le pourrissement des feuilles de la flèche et du bourgeon terminal. On peut l’endiguer en plantant les palmiers selon un espacement plus grand, en aérant et en drainant mieux le sol et en désherbant. La pourriture du bulbe basal du tronc quant à elle est provoquée par une infection due au champignon Ganoderma boninense. Dans un premier temps, celui-ci attaque et détruit les racines, après quoi la base du tronc devient brun rougeâtre, libérant un exsudat gommeux de couleur marron. On peut prévenir cette maladie en améliorant les conditions de croissance, les techniques de production et en ayant recours à des mesures d’assainissement adaptées. Les mesures de lutte sont l’élimination des arbres infectés et l’application de fongicide. L’écoulement de sève ou le suintement d’un liquide brun rougeâtre à partir du tronc crevassé est dû à Ceratocystis paradoxa (Thielaviopsis paradoxa). Les techniques culturales jointes à un traitement du sol avec une bouillie fongicide permettent de lutter efficacement contre la maladie. La brûlure des feuilles provoquée par Pestalotia palmarum et la pourriture des feuilles ou la maladie des taches foliaires causée par Drechslera halodes (Drechslera incurvata) sont des maladies fongiques très répandues. Les maladies des taches foliaires dues à Cercospora spp. et Helminthosporium spp. en pépinière et dans les jeunes cocoteraies d’Afrique de l’Est peuvent être combattues avec des fongicides à base de cuivre ou avec du mancozèbe (par ex. le Dithane M45).
De nombreux insectes ravageurs attaquent le cocotier. Plusieurs espèces d’oryctes rhinocéros sont des ravageurs de la noix de coco, l’espèce prédominante en Afrique étant Oryctes monoceros. Ses larves creusent des galeries à travers le bourgeon apical, laissant des entailles triangulaires caractéristiques dans les feuilles déployées. Une fois que le bourgeon terminal est attaqué, le palmier meurt. Pour en venir à bout, on peut notamment éliminer les coléoptères des tunnels nourrisseurs, débarrasser la plantation des troncs morts qui servent de lieu de ponte aux insectes, et les capturer au moyen d’une phéromone d’agrégation de façon à réduire les populations. D’autres Coleoptera infligent de sérieux dégâts au cocotier dont Promecotheca spp., Brontispa longissima et Rhynchophorus spp. d’Asie et du Pacifique. Bien des chenilles se nourrissent des feuilles, comme Hidari irava, Tirathaba spp., Setoria nitens, Parasa lepida et Artona catoxantha (Brachartona catoxantha) d’Asie et Latoia pallida et Latoia viridissima d’Afrique de l’Ouest. Des solutions de Bacillus thuringiensis peuvent se révéler efficaces dans certains cas. Les punaises Coreidae (Pseudotheraptus wayi d’Afrique de l’Est et Pseudotheraptus devastans d’Afrique équatoriale) attaquent les fleurs et les jeunes fruits, provoquant la chute prématurée des noix ou l’apparition de noix déformées. Les fourmis tisserandes (Oecophylla longinoda d’Afrique et Oecophylla smaragdina d’Asie et du Pacifique) étant leur pire ennemi naturel, si l’on favorise leur colonisation des palmiers, on met ainsi en place une lutte biologique efficace contre ce ravageur. Il faut prévenir les dégâts causés par les termites (Macrotermes bellicosus d’Afrique de l’Ouest, Allodontermes morogorensis d’Afrique de l’Est) sur les plants des pépinières ou des jeunes cocoteraies en détruisant les nids à temps ou en luttant chimiquement avec de l’endosulfan ou du carbosulfan.
Récolte
Les fruits du cocotier peuvent être récoltés 11–12 mois après la floraison. Un palmier peut être récolté tous les 2–3 mois, mais il faut récolter plus souvent pour les types à germination rapide. Les cultivars nains germent en 45–60 jours et doivent être récoltés chaque mois. Pour la récolte, la méthode encore la plus employée consiste à grimper au cocotier et à couper les régimes mûrs. Le ramassage des noix tombées à terre est chose aisée, mais il y a énormément de pertes en raison des attaques des rats et des vols. Il peut arriver que des noix de coco germent sur l’arbre, ce qui a pour effet d’entraîner la dégradation de l’amande et de l’huile. Dans certains pays, on utilise des cannes en bambou (longues de 25 m) au sommet desquelles est attaché un couteau destiné à couper les régimes mûrs, ailleurs ce sont des singes (Macacus nemestrina) que l’on dresse à la récolte des noix mûres.
Rendement
Les petites cocoteraies ont des rendements généralement de 0,5–1 t de coprah/ha (30–50 fruits/arbre). Des plantations bien gérées de cocotiers grands locaux sélectionnés peuvent atteindre des rendements de 3–4 t de coprah/ha (90–130 fruits/arbre). En Malaisie, des plantations de cocotiers nains produisent environ 1,5–2 t de coprah/ha, voire 3,5 t de coprah/ha dans des conditions favorables. Les hybrides nain × grand combinent à la fois le grand nombre de fruits des premiers avec le gros calibre des fruits des seconds et ont habituellement un potentiel de rendement supérieur à celui des parents. Des rendements expérimentaux dépassant les 6 t/ha de coprah ont été obtenus en Côte d’Ivoire et aux Philippines.
Traitement après récolte
Les noix récoltées sont entreposées à l’abri jusqu’au séchage complet de la bourre. Les noix séchées sont décortiquées manuellement en les cognant et en les tordant sur une pointe d’acier fichée fermement au sol. Des machines à décortiquer ont été mises au point mais sans réel succès. Après le décorticage, les noix sont fendues en deux d’un coup de machette et l’eau s’en écoule. Les moitiés de noix sont placées dans une étuve ou dans un séchoir à air chaud indirect pendant 1–2 jours, après quoi la coque est évidée et l’albumen est séché à nouveau jusqu’à ce que sa teneur en eau soit inférieure à 6%. Le séchage au soleil est également possible mais le risque d’altération du produit est important, notamment durant les périodes humides et pluvieuses. Les moisissures qui produisent de l’aflatoxine peuvent en altérer la qualité lorsque la teneur en eau du coprah séché dépasse 12%.
L’huile de coprah est extraite du coprah (rendement environ 60%) par des méthodes à sec comme le pressage mécanique ou l’emploi de solvants. On peut aussi l’extraire de l’amande fraîche par plusieurs méthodes humides. L’huile crue est ensuite filtrée, raffinée (chimiquement ou à la vapeur) afin de réduire sa teneur en acides gras libres, décolorée (à l’aide de terres décolorantes) afin d’éliminer les pigments et enfin totalement désodorisée (neutralisation à la vapeur) pour donner une huile de cuisine incolore. Le tourteau, qui contient encore 6–10% d’huile, est réduit en farine ou transformé en granulés pour l’exportation. En cas d’extraction traditionnelle, la crème de coco obtenue en râpant l’amande fraîche est mise à bouillir doucement jusqu’à ce que l’huile remonte à la surface.
Les noix de coco entières ou décortiquées sont également vendues à des usines de dessiccation. Pour obtenir de la noix de coco déshydratée, on élimine la coque et le testa marron, puis on lave l’albumen blanc, on l’étuve, on le pasteurise, on le coupe en petits morceaux de toutes tailles et formes, on le sèche et enfin on l’empaquette.
Ressources génétiques
Les cultivars locaux (écotypes) de cocotiers sont généralement des populations hétérogènes ayant quelques caractéristiques prédominantes. Des cultivars ayant des noms différents et poussant dans des endroits différents sont parfois assez similaires et peuvent avoir la même origine. Des collections de ressources génétiques sont détenues par plusieurs stations de recherche dans le monde. En 1978, le Bureau international des ressources phytogénétiques (IBPGR, maintenant IPGRI) a adopté une liste minimum de descripteurs à utiliser lors de la collecte de ressources génétiques au champ. En 1980, il a financé l’inventaire et la collecte de ressources génétiques du cocotier dans des zones prioritaires d’Asie du Sud-Est et a fourni les moyens financiers pour la collecte de cocotiers en Indonésie, pour l’installation d’un centre de ressources génétiques du cocotier aux Philippines et pour la collecte de ressources génétiques dans le Pacifique qui doivent être plantées sur l’une des îles Andaman afin de dépister la résistance à la maladie du flétrissement du Kerala pour l’Inde continentale.
Le Réseau des ressources génétiques du cocotier (COGENT), dont le secrétariat est assuré par l’IPGRI, coordonne la conservation de plus de 700 entrées dans 15 pays. Les plus importantes collections de ressources génétiques de cocotier sont celles de la PCA (Philippine Coconut Authority), du RDCIC (Research and Development Centre for Industrial Crops) d’Indonésie, de l’IPGRI (Asie, Pacifique et Océanie) de Serdang, Malaisie, du CPCRI (Central Plantation Crop Institute) d’Inde, de l’INIA (Instituto Nacional de Investigaciones Agrícolas) d’Irapa au Venezuela, du CNRA (Centre national de la recherche agronomique) de Côte d’Ivoire et du NCDP (National Coconut Development Programme) de Tanzanie.
La conservation de ressources génétiques en collections au champ suppose des surfaces considérables, du personnel et des frais d’entretien, et demeure tributaire des catastrophes naturelles et des maladies. La cryoconservation d’embryons et de pollen permettra un stockage à long terme sûr et peu coûteux des ressources génétiques.
Sélection
Les méthodes de sélection communes aux espèces allogames s’appliquent au cocotier. La longue durée d’une génération dans le cycle de sélection (plus de 10 ans), le taux de multiplication très bas (1 : 50/100), les graines à la fois grosses et récalcitrantes, ainsi que la nécessité de disposer de surfaces considérables pour les essais au champ, sont les principaux obstacles qui s’opposent à un progrès rapide de la sélection. Près de 95% de la cocoteraie mondiale plantée sont peuplés de populations issues d’une sélection massale à l’intérieur d’écotypes locaux, souvent pratiquée empiriquement par les paysans eux-mêmes.
Les critères de sélection importants sont les suivants : rendement en coprah et ses composants (nombre de fruits, teneur en coprah par fruit), précocité de la production, résistance aux maladies et tolérance à la sécheresse. L’épaisseur de l’albumen est un facteur de sélection secondaire, tandis que la quantité et la qualité de l’huile sont des facteurs relativement constants. La longueur des fibres de l’enveloppe est un critère de sélection au Sri Lanka uniquement. Le goût de l’eau de coco immature varie en fonction de l’écotype, mais n’a pas été retenu comme critère de sélection formelle jusqu’à présent.
La variance génétique du rendement et de ses composants est principalement due aux effets génétiques additifs et les hybrides supérieurs sont le fruit de l’aptitude à la combinaison générale des parents. Des méthodes de sélection récurrente (réciproque) avec des sous-populations génétiquement diverses (types nains et grands) sont désormais utilisées dans certains programmes d’amélioration génétique afin d’accroître considérablement la vigueur hybride transgressive pour le rendement chez les nouveaux cultivars. Des marqueurs moléculaires (par ex. des microsatellites) ont été récemment mis au point chez le cocotier afin d’évaluer avec précision les relations génétiques entre les sous-populations.
Les hybrides nains × grands font preuve d’une grande hétérosis en ce qui concerne le rendement et la précocité, ce qui explique pourquoi plusieurs stations de recherche axent leurs programmes de sélection sur ces hybrides depuis 1960. Quelque 400 hybrides ont fait l’objet d’essais aux quatre coins du monde au cours des 35 dernières années ; environ 10 d’entre eux au niveau international à divers endroits. Le centre de recherche sur le cocotier de Port Bouet en Côte d’Ivoire a testé 123 hybrides, dont 35 produisaient 65% de plus que le cultivar standard ‘West African Tall’. Le rendement de quatre hybrides était même plus de deux fois supérieur (3,4–4,5 t/ha de coprah), y compris le ‘PB121’ (‘Malayan Yellow Dwarf’ × ‘West African Tall’) qui a été largement planté en Asie du Sud-Est également. La résistance de l’hôte aux principales maladies est une priorité dans certaines régions, mais les sources de résistance, par ex. à la maladie de cadang-cadang aux Philippines, ne sont pas toujours disponibles.
Les croisements destinés à la sélection s’effectuent par fécondation manuelle après castration et ensachage des inflorescences. Le pollen récolté sur le parent mâle peut être conservé (sec et sous vide) pendant longtemps. La production de graines à grande échelle repose sur la fécondation d’inflorescences préalablement castrées (non ensachées) dans des jardins à graines isolés, plantés exclusivement avec le parent femelle du cultivar hybride (généralement un type nain). Un hectare de ce type de jardin produit chaque année suffisamment de graines pour replanter 50–60 ha. La production de graines hybrides est relativement onéreuse et nécessite de vastes étendues de terre. On estime que 15% de tous les cocotiers plantés au cours des dix dernières années sont des hybrides. Parmi les cultivars hybrides largement plantés, on trouve les séries ‘KB’ et ‘KHINA’ d’Indonésie, la série ‘PCA 15’ des Philippines et la série ‘PB’ (comme ‘PB121’) de Côte d’Ivoire.
Perspectives
Certains des plus récents cultivars hybrides nains × grands pourraient produire plus de 6 t/ha de coprah par an (3,7 t d’huile), mais il ne semble pas qu’un bel avenir soit promis à long terme au cocotier en tant que culture de plantation. En effet, l’huile de coprah se heurte d’ores et déjà à la concurrence de plus en plus forte de l’huile de palmiste au niveau mondial ; en outre, il se pourrait bien que l’une comme l’autre soit tôt ou tard en partie remplacée par les huiles lauriques issues de soja et de Brassica génétiquement modifiés. Cela étant dit, en tant que culture de petits paysans sur les côtes tropicales, le cocotier continuera d’être une source très importante de nombreux aliments et d’autres produits. Parfois, il constitue presque la seule espèce à pouvoir être cultivée dans l’écosystème local (par ex. dans certaines îles du Pacifique). Le marché mondial qui se développe rapidement en faveur de produits sains et respectueux de l’environnement devrait offrir de nouveaux débouchés au commerce d’exportation. Toutefois, il faudrait pour cela mettre en œuvre une commercialisation avisée, approfondir les recherches sur la viabilité économique des systèmes de production des petits paysans (par ex. renouvellement de la plantation, culture en association ainsi que lutte biologique contre les maladies et les ravageurs) et sur des technologies de transformation innovantes qui permettraient aux industries locales de confectionner, à partir du cocotier, des produits diversifiés adaptés au marché international.
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Sources de l'illustration
- Ohler, J.G. & Magat, S.S., 2001. Cocos nucifera L. In: van der Vossen, H.A.M. & Umali, B.E. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 14. Vegetable oils and fats. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 76–84.
Auteur(s)
- H.A.M. van der Vossen, Steenuil 18, 1606 CA Venhuizen, Netherlands
- G.S.E. Chipungahelo, Mikocheni Agricultural Research Station, P.O. Box 6226, Dar-Es-Salaam, Tanzania
Consulté le 18 décembre 2024.
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