Clémentine (Trabut, 1902)

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  • L'hybridation des Citrus : une nouvelle Tangérine « la Clémentine ». Rev. horticole, Paris, 1902. pp. 232-234. 1 planche. sur Hortalia

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Nom accepté : Citrus clementina


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L'HYBRIDATION DES CITRUS : UNE NOUVELLE TANGÉRINE « LA CLÉMENTINE »


R. Guillot, Mandarinier hybride Clémentine

Le genre Citrus présente un grand nombre de variétés qui, pour un observateur un peu expérimenté, doivent être considérées comme des hybrides ; mais leur hybridation est parfois douteuse, incertaine, elle s'est produite spontanément et l'expérimentation seule nous permettra de préciser le rôle si important de la fécondation entre espèces ou variétés bien tranchées.

Ce sont les travaux do MM. Webber et Swingle sur l'hybridation des Orangers qui ont jeté un peu de lumière sur cette question encore obscure de l'origine de nos Aurantiacées cultivées.

Nous examinerons dans cette note le cas de deux hybrides do Mandarinier (Citrus nobilis) observé à Misserghin, près d'Oran.

La Culture du Mandarinier est relativement récente sur les bords de la Méditerranée. Les premiers Mandariniers introduits à Misserghin dans les pépinières de l'Orphelinat venaient d'Espagne.

Les premiers fruits obtenus donnèrent abondamment des graines qui furent semées en assez grande quantité pour obtenir des Mandariniers aptes à être greffés.

C'est dans les sujets provenant de ces semis que j'ai pu observer deux pieds qui avaient manifestement subi une modification autrement importante que celle qui se produit dans un semis de graines légitimes.

Le premier est un Mandarinier par son feuillage, mais le fruit est de la grosseur d'une


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Orange, jaune clair, la peau est épaisse, la pulpe est acidulée, peu parfumée, mais agréable. Ce premier type rappelle tout de suite le Pamplemousse par son volume, sa forme et sa saveur. Cet Oranger est, à n'en pas douter, un hybride de Citrus nobilis et de Citrus Decumana (Pamplemousse). Le fruit est bon, mais ne présente pas d'avantages sérieux ; il est surtout curieux ; je propose de lui donner le nom de Pomeline, dérivé de Pomelo, dénomination très pratique des Pamplemousses comestibles, récemment introduits dans les cultures en Floride et en Californie.

On peut le définir :

Arbre moyen à feuillage léger du Mandarinier avec des fruits de la grosseur d'une Orange, généralement pyriformes, déprimés, à peau épaisse, pulpe acidulée, agréable, peu parfumée.

Le deuxième type est beaucoup plus intéressant ; c'est une Mandarine à teinte très rouge surtout à maturité complète ; la saveur est plus douce, musquée,

Cette Orange rentre dans la catégorie des Tangérines, c'est-à-dire des Mandarines présentant des caractères très particuliers qui les font, à juste titre, regarder comme des hybrides.

On connaît déjà un certain nombre de ces Tangérines ; elles ont soit le feuillage de l'Oranger doux comme la Dancy Tangerine, le King Siam ; ou le feuillage du Mandarinier, comme la Mandarine sanguine de nos horticulteurs ; ou un feuillage très particulier, comme le Satsuma et le Unschiu du Japon que nous avons depuis peu en Algérie.

Le caractère du fruit est d'avoir une peau se détachant très facilement.

La Tangérine observée à Misserghin se distingue très facilement, de toutes les Tangérines décrites, par le feuillage ; certaines feuilles sont très longues, étroites, acuminées, d'autres sont plus courtes et rappellent celles du Mandarinier.

En visitant la collection de Citrus de l'Orphelinat de Misserghin, il est facile de reconnaître la variété qui a du hybrider un Mandarinier pour produire le type nouveau qui fait l'objet de cette note. C'est un Bigaradier à feuilles étroites et longues, reçu d'Espagne sous le nom de « Granito ». Ce Bigaradier donne un fruit petit, rouge, très agréablement parfumé, mais amer. C'est le frère Clément, directeur des pépinières de l'Orphelinat, qui a distingué dans les semis de Mandariniers cette forme anormale. Aussi ce nouveau fruit reçut d'abord le nom de « Mandarine du frère Clément ».

La Société d'horticulture d'Alger a adopté le nom de « Clémentine ».

La Clémentine n'a pas sur la Mandarine des avantages qui permettraient de la classer au-dessus ; mais on peut cependant reconnaître à ce fruit des mérites qui doivent lui assurer une place importante dans les Orangeries.

La Clémentine est aussi fertile que la Mandarine, elle mûrit plus tôt ; on peut récolter de novembre en fin décembre. Le fruit de la Clémentine est beaucoup plus décoratif, il est d'un beau rouge qui plaît. La pulpe est très juteuse et toujours très douce ; elle a un parfum spécial agréable.

La Clémentine cueillie avant maturité complète peut supporter un long voyage. Ce fruit pourrait donc être transporté à grandes distances.

Description : Arbre de la taille et de l'apparence d'un Mandarinier, mais avec un feuillage plus ample et plus foncé ; feuilles très variables, très inégales sur les rameaux à fruits, en moyenne de 8 à 12 centimètres de long sur 3 à 4 de large, oblongues-lancéolées dans leur pourtour ; elles présentent le plus souvent une pointe effilée et rétuse ; sur le même rameau on peut observer des feuilles n'atteignant pas 5 centimètres et des feuilles de 14 centimètres, le contour est très lâchement et très irrégulièrement crénelé ; la face supérieure est foncée brillante, la face inférieure vert clair. Le limbe est articulé sur un pétiole présentant sur les grandes feuilles un rudiment d'ailes.

L'odeur de la feuille froissée rappelle celle du Bigaradier et non du Mandarinier. Le fruit est généralement abondant, de la taille d'une Mandarine, mais moins déprimé, souvent un peu pyriforme. La peau se détache facilement, elle contient de grosses glandes à essence ; elle a une coloration rouge vif très particulière. La pulpe est colorée, très douce même avant maturité ; elle a un parfum de Mandarine légèrement musqué. Les graines sont assez nombreuses, oblongues, fusiformes ; l'embryon est vert pistache.

La culture de la Clémentine ne présente rien de particulier ; la greffe sera faite sur Bigaradier ou sur Mandarinier franc. L'arbre sera traité absolument comme le Mandarinier.

Par semis, j'ai obtenu des sujets tous semblables qui ont la plus grande analogie avec le Mandarinier ; ils n'ont que trois ans et n'ont pas encore de fruits.

Il serait intéressant de multiplier la Clémentine par semis en vue d'obtenir de nouvelles variations.

Ces hybrides spontanés du Mandarinier donnent l'indication de procéder par fécondation artificielle en vue d'obtenir d'autres formes. Les Citrus s'hybrident facilement, et bien que le nombre des races utilisées soit déjà très considérable, il est possible d'obtenir encore des variétés de grande valeur.


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Un certain nombre d'Aurantiacécs ont des étamines stériles : à la Station botanique de Rouïba, il existe une Lime acide sans pépin, qui a des étamines absolument dépourvues de pollen. L'Orange Washington Navel est aussi dans le même cas. Je ne pense pas que ces races soient absolument stériles, car j'ai obtenu deux fois des graines de la Lime acide.

Après la fécondation artificielle que l'on peut pratiquer chez les Citrus, il arrive que dans la même graine il se développe plusieurs embryons donnant des plantes très différentes, car les Citrus présentent souvent une polyembryonie qui est due au développement d'embryons adventices. Dans le cas d'hybridation, l'embryon normal est seul hybride, les embryons adventices sont identiques à la plante mère.

Dans la région méditerranéenne, la culture de l'Oranger semble subir une crise. Cependant le nombre des consommateurs qui accepteraient avec plaisir ces beaux fruits est considérable. Pour donner à la culture des Orangers l'extension qu'elle doit avoir, il est indispensable d'augmenter le nombre des types admis sur nos marchés. Les Tangérines précoces y sont encore inconnues ; les Pomelos, qui jouissent d'une si grande faveur en Amérique, sont encore plus ignorés des producteurs comme des consommateurs.

C'est pour répondre à çe besoin que je crois devoir attirer l'attention sur la Clémentine, qui doit prendre place dans nos orangeries, à côté de la Mandarine, qu'elle précédera de quelques semaines.


Dr TRABUT