Champlain, Des sauvages, 1603
Champlain, Samuel de, 1603. Des sauvages, ou Voyage de Samuel de Champlain de Brouage, fait en la France nouvelle. en ligne en format texte sur le projet Gutenberg
Réédité dans Laverdière C.-H., 1870. Œuvres de Champlain. Tome 2. 2nde édition. Québec. en ligne en pdf à la BN du Québec
Extraits mentionnant des plantes. Ont été omises quelques phrases où il est fait une mention laconique d'arbres. La double pagination correspond à la pagination originale de 1603, suivie de celle de Laverdière de 1870.
Sommaire
- 1 CHAPITRE PREMIER. Depuis Honfleur en Normandie jusques au port de Tadousac en Canadas
- 2 CHAPITRE III. La rejouissance que font les Sauvages après qu'ils ont eu victoire sur leurs ennemis
- 3 CHAPITRE V. de Tadousac... à Québec
- 4 CHAPITRE VI. De la poincte Saincte Croix... jusques aux Trois-Rivieres
- 5 CHAPITRE VII. Longueur, largeur & profondeur d'un lac, & des rivieres qui entrent dedans...
- 6 CHAPITRE VIII. Arrivée au Sault.
- 7 CHAPITRE IX. Retour du Sault à Tadousac, avec la confrontation du rapport de plusieurs sauvages touchant la longueur & commencement de la riviere de Canadas.
CHAPITRE PREMIER. Depuis Honfleur en Normandie jusques au port de Tadousac en Canadas
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Ledict port de Tadousac est petit, où il ne pourroit que dix ou douze vaisseaux; mais il y a de l'eau assés à l'Est, à l'abry de la ditte riviere de Sagenay, le long d'une petite montaigne qui est presque coupée de la mer. Le reste, ce sont montagnes haultes élevées, où il y a peu de terre, sinon rochers & sable remplis de bois de pins, cyprez16, sapins, & quelques manières d'arbres de peu.
Note 16: Comme il n'y a pas de vrai cyprès en Canada, on pourrait croire d'abord que Champlain veut parler ici du pin gris, que nos Canadiens appellent vulgairement cyprès, et que l'on trouve surtout dans les environs du Saguenay, mais, outre que Champlain mentionne ici le pin d'une manière générale, si l'on compare les différents endroits où il parle du cyprès, on en viendra à la conclusion qu'il a voulu par ce terme désigner notre cèdre (thuja), qui est un arbre très-commun dans toutes les parties du pays; tandis que le pin gris ne s'y rencontre pas partout. La chose devient évidente, si l'on fait attention que les feuilles du thuja ont beaucoup de ressemblance avec celles du cyprès. «Ses feuilles, dit Du Hamel, en parlant du thuja (Traité des Arbres et Arbustes), sont petites, comme articulées les unes aux autres, et elles ressemblent à celles du cyprès.»
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[près de Tadoussac]
Ayans mis pied à terre, nous fusmes à la cabanne de leur grand Sagamo, qui s'appelle Anadabijou, où nous le trouvasmes avec quelque quatre-vingts ou cent de ses compagnons qui faisoient tabagie (qui veut dire festin), lequel nous receut fort bien selon la coustume du pays, & nous feit asseoir auprés de luy, & tous les sauvages arrangez les uns auprés des autres des deux costez de la ditte cabanne...
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Or, après qu'il eut achevé sa harangue, ledict grand Sagamo Anadabijou l'ayant attentivement ouy, il commença à prendre du Petun, & en donner audict Sieur du Pont-Gravé de Sainct Malo & à moy, & à quelques autres Sagamos qui estoient auprés de luy. Avant bien petunné, il commença à faire sa harangue à tous...
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Leurs canots ont quelques huict ou neuf pas de long, & large comme d'un pas ou pas & demy par le milieu, & vont tousjours en amoindrissant par les deux bouts. Ils sont fort subjects à tourner
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si on ne les sçait bien gouverner, car ils sont faicts d'escorce d'arbres appellée bouille22, renforcez par le dedans de petits cercles de bois bien & proprement faicts, & sont si légers qu'un homme en porte un aisément, & chaqu'un canot peut porter la pesanteur d'une pipe. Quand ils veulent traverser la terre, pour aller à quelque riviere où ils ont affaire, ils les portent avec eux.
Note 22: Écorce de bouleau.
Leurs cabannes sont basses, faictes comme des tentes, couvertes de laditte escorce d'arbre, & laissent tout le haut descouvert comme d'un pied, d'où le jour leur vient, & font plusieurs feux droit au millieu de leur cabanne, où ils sont quelques fois dix mesnages ensemble.
CHAPITRE III. La rejouissance que font les Sauvages après qu'ils ont eu victoire sur leurs ennemis
[récit de Sagamo, un Algoumequin]
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Il me dict aussy qu'une autre fois il y avoit un homme qui avoit quantité de tabac (qui est une herbe dequoy ils prennent la fumée), & que Dieu vint à cet homme, & luy demanda où estoit son petunoir; l'homme print son petunoir, & le donna à Dieu, qui petuna beaucoup. Après avoir bien petuné, Dieu rompit ledict petunoir en plusieurs pièces, & l'homme luy demanda: «Pourquoy as-tu rompu mon petunoir? eh tu vois bien que je n'en ay point d'autre.» Et Dieu en print un qu'il avoit, & le luy donna, luy disant: «En voilà un que je te donne, porte-le à ton grand Sagamo, qu'il le garde, & s'il le garde bien, il ne manquera point de chose quelconque, ny tous ses
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compagnons.» Le dict homme print le petunoir, qu'il donna à son grand Sagamo; lequel tandis qu'il l'eut, les sauvages ne manquèrent de rien du monde; mais que du depuis le dict Sagamo avoit perdu ce petunoir, qui est l'occasion de la grande famine qu'ils ont quelques fois parmy eux.
CHAPITRE V. de Tadousac... à Québec
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Nous vinsmes mouiller l'ancre à Québec, qui est un destroict de laditte riviere de Canadas, qui a quelque trois cens pas de large. Il y a à ce destroict, du costé du Nort, une montaigne assez haulte, qui va en abaissant des deux costez; tout le reste
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est pays uny & beau, où il y a de bonnes terres pleines d'arbres, comme chesnes, cyprès, boulles, sapins & trembles, & autres arbres fruictiers sauvages, & vignes, qui faict qu'à mon opinion, si elles estoient cultivées, elles seroient bonnes comme les nostres.
CHAPITRE VI. De la poincte Saincte Croix... jusques aux Trois-Rivieres
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Nous vinsmes mouiller l'ancre jusques à Saincte Croix, distante de Québec de quinze lieues; c'est une poincte basse, qui va en haulsant des deux costez. Le pays est beau & uny, & les terres meilleures qu'en lieu que j'eusse veu, avec quantité de bois, mais fort peu de sapins & cyprès. Il s'y trouve en quantité des vignes, poires, noysettes, cerises, groiselles rouges & vertes, & de certaines petites racines de la grosseur d'une petite noix ressemblant au goust comme truffes, qui sont très-bonnes rôties & bouillies.
Note MC. Il s'agit du topinambour.
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Il y a une autre petite isle, à trois lieues de Saincte Croix, proche de la terre du Su. Nous partismes le jeudi ensuyvant dudict costeau, & passasmes prés d'une petite isle, qui est proche de la bande du Nort, où je fus, à quelques six petites rivieres, dont il y en a deux qui peuvent porter bateau assez avant, & une autre qui a quelques trois cens pas de large, à son entrée il y a quelques isles; elle va fort avant dans la terre, est la plus creuse de toutes les autres; lesquelles sont fort plaisantes à veoir, les terres estans pleines d'arbres qui ressemblent à des noyers, & en ont la mesme odeur, mais je n'y ay point veu de fruict, ce qui me met en doubte. Les sauvages m'ont dict qu'il porte son fruict comme les nostres.
CHAPITRE VII. Longueur, largeur & profondeur d'un lac, & des rivieres qui entrent dedans...
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... il y a trente petites isles60. Selon ce que j'ay pu veoir, les unes sont de deux lieues, d'autres de lieue & demye, & quelques unes moindres, lesquelles sont remplies de quantité de noyers, qui ne sont gueres differens des nostres, & croy que les noix en sont bonnes à leur saison; j'en veis en quantité sous les arbres, qui estoient de deux façons, les unes petites, & les autres longues comme d'un pouce; mais elles estoient pourries. Il y a aussi quantité de vignes sur le bord desdittes isles;
Note 60: Les îles de Sorel, que l'on a appelées aussi îles de Richelieu.
CHAPITRE VIII. Arrivée au Sault.
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Partant de la riviere des Iroquois, nous fusmes mouiller l'ancre à trois lieues de là, à la bande du Nort...
Le premier jour de juillet, nous costoyasmes la bande du Nort, où le bois y est fort clair, plus qu'en aucun lieu que nous eussions encore veu auparavant, & toute bonne terre pour cultiver. Je me meis dans un canot à la bande du Su, où je veis quantité d'isles, lesquelles sont fort fertilles en fruicts, comme vignes, noix, noysettes, & une manière de fruict qui semble à des chastaignes, cerises, chesnes, trembles, pible, houblon, fresne, érable, hestre, cyprez, fort peu de pins & sapins. Il y a aussi d'autres arbres que je ne cognois point, lesquels sont fort aggreables. Il s'y trouve quantité de fraises, framboises, groizelles rouges, vertes & bleues, avec force petits fruicts qui y croissent parmy grande quantité d'herbages.
CHAPITRE IX. Retour du Sault à Tadousac, avec la confrontation du rapport de plusieurs sauvages touchant la longueur & commencement de la riviere de Canadas.
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[Vers les chutes du Niagara]
Que la terre des Irocois est quelque peu montaigneuse, neantmoins fort fertile, où il y a quantité de bled d'Inde, & autres fruicts qu'ils n'ont point en leur terre.
Note MC. C'est le récit d'un Algonquin.