Carline (Cazin 1868)
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Nom accepté : Carlina acaulis
Carlina acaulos magno flore. Bauh., Tourn. — Chamæleon albus. Clus. Offic.
Chardonnette, — chardousse, — loque.
Synanthérés. — Carduacées. Fam. nat. — Syngénésie polygamie égale. L.
Cette plante (Pl. XII) croît dans les climats chauds et les lieux élevés. On la trouve en France dans le Languedoc, la Provence, sur les collines sèches de l'Auvergne. Les chèvres la recherchent, les vaches et les autres bestiaux la négligent.
Description. — Racine épaisse, oblongue, subfusiforme, garnie de quelques fibres éparses, rousse extérieurement, blanche jaunâtre à l'intérieur, pénétrant dans le sol jusqu'à la profondeur de 20 à 25 centimètres. — Tige presque nulle. — Feuilles partant immédiatement de la racine, blanchâtres, cotonneuses, étalées sur la terre en une large rosace de 30 centimètres de rayon, simples, dentées, épineuses en leurs bords, laciniées, presque ailées. — Fleur composée-flosculeuse, très-remarquable par sa largeur de 10 à 15 centimètres et par sa position ; solitaire, sessile au centre de la rosette formée par les feuilles. — Calice commun, ventru, imbriqué, composé d'écailles lâches, pointues, dont les intérieures fort longues, lancéolées, légèrement purpurines vers leur base, blanches supérieurement, imitant une couronne radiée, tandis que les extérieures sont courtes et épineuses. — Corolle : fleurons hermaphrodites, tubulés, quinquéfides, réguliers, posés sur un réceptacle épais chargé de paillettes et entourés par le calice commun. — Fruit consistant en plusieurs akènes subcylindriques, couronnés d'une aigrette plumeuse et environnés par le calice persistant.
Parties usitées. — La racine.
[Culture. — La carline sans tiges, ainsi que la variété avec tiges, demande une terre légère et sèche. On les reproduit par graines.]
Récolte. — La racine se récolte en automne et demande quelques soins pour empêcher sa moisissure.
Propriétés physiques et chimiques ; usages économiques. — La racine de carline, d’une saveur piquante non désagréable et d’une odeur aromatique, contient une huile essentielle assez pesante, combinée à une substance résineuse. On se sert des feuilles sèches pour cailler le lait. Dans certaines contrées, on mange les réceptacles, qui sont très-charnus, comme ceux des artichauts et des cardons. On en fait aussi une sorte de confiture avec le miel ou le sucre, et on la sert sur les meilleures tables.
A L'INTÉRIEUR. — Infusion, 15 à 25 gr. pour 1 kilogramme d'eau. |
Poudre, 4 à 8 gr. dans un véhicule, en bols, pilules, etc. |
La racine de carline entre dans la thériaque, l’orviétan, l'essence alexipharmaque de Stahl et autres préparations surannées.
La carline a été considérée comme tonique, sudorifique et diurétique. Elle doit son nom à sa propriété alexipharmaque, révélée, dit-on, par un ange à Charlemagne, qui préserva et guérit ainsi de la peste une grande partie de son armée. « Administrée par des mains profanes et vulgaires, dit Chaumeton, la carline mérite à peine d'occuper un des derniers rangs parmi les plantes médicamenteuses.. » Gilibert, au contraire, en fait un grand éloge. Il dit que l'infusion vineuse de cette plante s'est montrée utile dans le rhumatisme, les dartres, la gale, l’anorexie, les flatuosités, l’aménorrhée ; elle a, suivant ce médecin, ranimé les malades et accéléré la crise des fièvres intermittentes atoniques. Ces opinions contradictoires sont également exagérées. En les ramenant aux limites de la raison et de la vérité, on trouvera que la carline n'est point inerte, qu'elle peut être utile dans tous les
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cas où une action tonique et excitante est indiquée. Quelques médecins ont prétendu même que cette plante, administrée à dose un peu élevée, avait une action purgative. Ses principes chimiques, en effet, semblent annoncer une certaine énergie.