Argemone mexicana (PROTA)

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Argemone mexicana L.


Protologue: Sp. pl. 1: 508 (1753).
Famille: Papaveraceae
Nombre de chromosomes: 2n = 28, 42, 56

Synonymes

  • Argemone ochroleuca Sweet (1828).

Noms vernaculaires

  • Argémone, pavot épineux, pavot du Mexique, tache de l’œil, chardon du pays (Fr).
  • Mexican poppy, prickly poppy, yellow thistle, Mexican thistle (En).
  • Papoila mexicana, papoula do México, cardo santo (Po).
  • Mtunguja bonde (Sw).

Origine et répartition géographique

Argemone mexicana est originaire du Mexique et des Antilles, mais il est devenu pantropical suite à son introduction soit accidentelle soit comme plante ornementale. Il s’est naturalisé dans la plupart des pays africains, depuis le Cap-Vert jusqu’en Somalie et en Afrique du Sud.

Usages

Dans toutes les régions tropicales, Argemone mexicana est couramment utilisé comme plante médicinale. Il a une réputation d’analgésique, de diurétique, de cholagogue et d’anti-inflammatoire. L’huile des graines s’utilise comme purgatif et comme pommade. L’huile des graines et les infusions de feuilles se boivent l’une comme l’autre pour soulager la toux. On applique des décoctions de racine et de feuilles sur la peau pour soigner les œdèmes, les inflammations, les douleurs musculaires, les ulcères, le pian, pour faire disparaître les verrues, tuer le ver de Guinée et aider à la cicatrisation. La décoction de racine s’emploie comme bain de bouche et comme bain d’œil pour traiter les infections. Le jus des feuilles sert en gouttes dans l’oreille pour soigner les inflammations. Les fleurs, les feuilles et les graines sont utilisées dans des boissons alcoolisées ou non pour leurs propriétés psychotropes.

Au Nigeria, l’huile des graines s’emploie pour protéger le bois des attaques de termites, alors qu’en Inde, au Mexique et aux Antilles, elle sert parfois à fabriquer du savon, au graissage et à l’éclairage. L’huile des graines d’Argemone mexicana, appelée “huile d’argémone” ou “huile de katkar”, est parfois ajoutée à l’huile de moutarde en Inde pour en augmenter le piquant. De grandes quantités sont parfois utilisées pour falsifier l’huile de moutarde ou l’huile de sésame, ce qui peut entraîner des œdèmes et des glaucomes chez les personnes qui la consomment.

Les vaches évitent la plante à cause de ses épines, mais la consommation de son foin ou de sa balle provoque des intoxications. Les moutons et les chèvres n’en mangent que lorsque les autres végétaux sont peu abondants, mais les autruches en raffolent. La laine perd de la valeur lorsqu’elle est contaminée par les fruits épineux.

Argemone mexicana est parfois cultivé comme plante ornementale.

Production et commerce international

Argemone mexicana n’est utilisé qu’à l’échelle locale, et il n’y a pas de commerce international. En Afrique, sa culture comme oléagineux pour les marchés intérieurs est signalée au Mali et en Erythrée.

Propriétés

Argemone mexicana contient de nombreux alcaloïdes isoquinoléiques de type protoberbérine et de types apparentés comme la sanguinarine. La fraction alcaloïde totale des tiges et des racines séchées est de 0,25% et consiste principalement en protopine et berbérine. L’alcaloïde 6-acétonyldihydrochélérythrine, isolé récemment à partir d’extraits de la plante entière, s’est avéré avoir une activité anti-VIH significative. Plusieurs alcaloïdes, berbérine, protopine, hydrochlorure de protopine, sanguinarine et dihydrosanguinarine, ont été isolés des graines. La protopine, considérée comme un narcotique, diminue de façon importante les effets du retrait de la morphine. La protopine et la sanguinarine ont manifesté des propriétés molluscicides contre Lymnaea acuminata et Biomphalaria glabrata. La berbérine à petite dose améliore la circulation sanguine et possède également des propriétés hallucinogènes. Mais une overdose entraîne la mort par paralysie du système nerveux central. Elle a d’autres effets pharmacologiques, notamment une activité spasmolytique, une activité antibactérienne, et dans une certaine mesure une activité antifongique et antiprotozoaire. Pour l’essentiel, la berbérine se forme dans les fleurs. La fraction alcaloïde des racines a montré une activité anti-inflammatoire chez des lapins et des rats. Des extraits de feuilles font ressortir une activité antiplasmodique in vitro.

Les graines d’Argemone mexicana contiennent 35–40% d’une huile jaune orangé constituée principalement d’acide linoléique (54–61%) et d’acide oléique (21–33%). Elle contient aussi de la sanguinarine, un composé toxique, à des concentrations pouvant atteindre 10 g/l. Des mélanges accidentels de graines d’Argemone mexicana avec des céréales ou des oléagineux ont provoqué des décès dans plusieurs pays, dont l’Afrique du Sud. L’huile des graines a des effets nématicides significatifs sur les larves du genre Meloidogyne. Un mélange aqueux d’huile (0,2%) épandu sur le sol de gombo (Abelmoschus esculentus (L.) Moench) a entraîné une diminution importante des infections aux nématodes et des concentrations de nématodes dans les racines et dans le sol, favorisant ainsi la croissance de la plante. Une pulvérisation sur les feuilles a eu un effet encore plus surprenant, qui en démontre l’efficacité systémique.

Des extraits de feuilles font ressortir une activité anti-appétente sur les insectes, dont la pyrale du chou (Crocidolomia binotalis), le ver du tabac (Spodoptera litura), le puceron du cotonnier (Aphis gossypii) et également les larves du moustique tropical (Culex quinquefasciatus). Des extraits de plante séchée ont diminué significativement les dégâts des nématodes sur des semis de tomate ou d’aubergine. La pourriture des fruits provoquée par Aspergillus niger a été sensiblement réduite sur des tomates traitées avec un extrait de feuilles. Un extrait de fleurs a conféré un niveau élevé de résistance au virus × de la tomate chez Chenopodium album L. Des extraits ont aussi manifesté une activité antibactérienne in vitro contre Bacillus subtilis, Escherichia coli et Streptococcus faecalis.

Les extraits aqueux de feuilles et de fleurs inhibent la germination et la croissance de nombreuses plantes cultivées telles que tomate, concombre, moutarde, radis et mil à chandelle. Les effets allélopathiques des résidus sur le voandzou et le sorgho ont été observés au champ.

Description

Plante herbacée annuelle, dressée, ramifiée, atteignant 50(–100) cm de haut, glabre, contenant un latex jaune ; racine pivotante solide ; tige à aiguillons épars. Feuilles inférieures disposées en rosette et à court pétiole, feuilles de la tige alternes, sessiles, auriculées, à contour obovale, de 5–22 cm × 3–7 cm, bord ondulé à plus ou moins profondément lobé, brusquement denté, lobes retroussés vers le haut, d’un blanc panaché le long des nervures principales, bleu-vert ailleurs, aiguillons disséminés sur le bord et en dessous des nervures. Fleurs solitaires, régulières, 3-mères ; bractées 3, foliacées ; sépales cintrés, cylindriques, à aiguillons peu nombreux, avec une corne juste en dessous de l’apex, caducs ; pétales 6, obovales, de 1,5–3 cm de long, jaune pâle à jaune vif ; étamines nombreuses, de 7–12 mm de long, libres ; ovaire supère, ovoïde, de 8–10 mm de long, à longues soies souples, style très court, stigmate 3–6-lobé, rouge foncé. Fruit : capsule ellipsoïde, 3–6-lobée, de 2,5–4 cm de long, valves 3–6, déhiscente à partir de l’apex sur 1/3 environ, couverte d’aiguillons acérés, contenant de nombreuses graines. Graines globuleuses, de 1,5–2 mm de diamètre, à fines nervures réticulées, brun-noir, hile proéminent, pâle. Plantule à germination épigée ; cotylédons linéaires, atteignant 2 cm de long.

Autres données botaniques

Le genre Argemone comprend 6–9 espèces, toutes originaires d’Amérique tropicale. Certains auteurs considèrent Argemone ochroleuca Sweet comme une espèce à part qui se distingue par ses pétales plus pâles, ses feuilles plus épaisses et ses fruits plus étroits. Mais on admet couramment qu’il s’agit de la forme tétraploïde (ou parfois triploïde) d’Argemone mexicana.

Croissance et développement

Sous les tropiques, Argemone mexicana fleurit et fructifie toute l’année. Les fleurs s’ouvrent tôt le matin, et durent de 2–3 jours. Les principaux pollinisateurs sont de petites abeilles sans dard, mais Argemone mexicana est avant tout autogame. La plupart des graines tombent à la base de la plante mère, où elles forment parfois un tapis de semis. La graine est légère, son tégument est cireux et ponctué, elle peut être dispersée par le vent et l’eau, et elle est connue pour la rapidité avec laquelle elle se propage dans les systèmes d’irrigation. La dispersion a lieu aussi par adhésion de terre aux machines agricoles, ainsi que par l’homme et le bétail. Les graines peuvent rester dormantes pendant de nombreuses années.

Ecologie

Argemone mexicana est présent principalement dans les régions à saison sèche marquée, sur les terrains vagues ouverts, le long des routes et des voies ferrées, dans les champs comme mauvaise herbe, la plupart du temps au niveau de la mer, mais parfois jusqu’à 3000 m d’altitude. Il est abondant par endroits, mais disséminé dans l’ensemble. Il tend à bien pousser dans des sols peu fertiles.

Multiplication et plantation

Argemone mexicana est multiplié par graines. La production de graines peut atteindre 18 000–36 000 graines par plante. Les graines germent bien dans un sol humide à une température jusqu’à 25°C. Dans certaines régions, elles germent toute l’année s’il y a assez d’humidité.

Gestion

Argemone mexicana n’est pratiquement pas cultivé et on la considère généralement comme une adventice. En tant qu’adventice dans les champs, elle ne constitue pas un compétiteur agressif. On l’a signalé comme tel dans les légumes secs, les céréales, le tabac, le thé, la canne à sucre, les tomates, le cotonnier et la pomme de terre. Les récoltes faites à la main peuvent être pénibles en présence d’Argemone mexicana dans les champs. Dans les régions où son introduction est récente, son impact potentiel comme adventice est souvent sous-estimé. Un programme de lutte biologique a été lancé en Australie. Au Mexique, plusieurs insectes prédateurs ont été identifiés, dont une espèce extrêmement virulente de charançon qui se développe dans les racines et se nourrit des feuilles.

Maladies et ravageurs

Dans certaines régions, Argemone mexicana est attaqué par la maladie des taches foliaires provoquée par Xanthomonas campestris pv. papavericola. Argemone mexicana est un hôte de la pourriture du collet (Aspergillus niger), du nématode réniforme (Rotylenchulus reniformis) et de la noctuelle orientale du tabac (Helicoverpa assulta).

Récolte

Les parties végétales d’Argemone mexicana qu’on souhaite récolter se ramassent au fur et à mesure des besoins.

Rendement

Dans des conditions favorables, Argemone mexicana peut donner 6–9 t/ha de matière fraîche.

Traitement après récolte

La récolte d’Argemone mexicana s’emploie soit fraîche soit séchée en vue d’un usage ultérieur.

Ressources génétiques

Argemone mexicana n’est pas menacé d’érosion génétique car il a une vaste répartition comme adventice.

Perspectives

Plusieurs composés d’Argemone mexicana présentent des effets pharmacologiques intéressants lorsqu’ils sont purifiés, ce qui rendrait souhaitable un approfondissement des recherches. Argemone mexicana pourrait avoir de l’intérêt comme source naturelle de berbérine. Les effets toxiques de l’huile des graines, des fleurs et dans une moindre mesure du jus des feuilles rendent son utilisation à des fins médicinales risquée, mais cela n’empêchera probablement pas ces produits de continuer à être largement utilisés.

Références principales

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Sources de l'illustration

  • Tran Cong Khanh, 2001. Argemone mexicana L. In: van Valkenburg, J.L.C.H. & Bunyapraphatsara, N. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 12(2): Medicinal and poisonous plants 2. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 82–85.

Auteur(s)

  • C.H. Bosch, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands

Citation correcte de cet article

Bosch, C.H., 2007. Argemone mexicana L. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 7 février 2019.


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