Amaranthus spinosus (PROTA)

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Sécurité alimentaire Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg


1, partie de plante en fleurs ; 2, fleur mâle avec bractéoles ; 3, fruit. Source: PROSEA

Amaranthus spinosus L.


Protologue: Sp. pl. 2 : 991 (1753).
Famille: Amaranthaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 34

Noms vernaculaires

  • Amarante épineuse, épinard malabar, épinard piquant (Fr).
  • Spiny amaranth, prickly amaranth, spiny pigweed (En).
  • Amaranto, bredo (Po).
  • Mchicha (Sw).

Origine et répartition géographique

Amaranthus spinosus est probablement originaire des basses terres tropicales d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale et a été introduit dans d’autres régions chaudes du monde à partir de 1700 après J.-C. Actuellement, il est présent dans toutes les régions tropicales et subtropicales, dont l’Afrique tropicale, souvent de façon grégaire et comme adventice. On le rencontre parfois également dans des zones tempérées. Il est rarement cultivé.

Usages

En Afrique tropicale et ailleurs, les feuilles et les jeunes plantes d’Amaranthus spinosus sont récoltées pour l’auto-consommation comme légume cuit à l’eau, à la vapeur ou frit, en particulier pendant les périodes de sécheresse. On trouve parfois les feuilles en vente sur le marché. En Ouganda et au Kenya, il est vendu à un prix inférieur à celui, par ex., d’Amaranthus dubius Mart. ex Thell. à cause de ses épines et parce qu’il n’est pas très apprécié. Son utilisation est en diminution, et on le considère de plus en plus comme un aliment de famine. Il a un goût amer et est habituellement consommé en petites quantités comme substitut lorsqu’aucun autre légume n’est disponible. Amaranthus spinosus est également utilisé comme fourrage et on dit qu’il améliore le rendement en lait du bétail. Cependant, les épines peuvent provoquer des plaies à la bouche des animaux qui le broutent et des cas d’empoisonnement du bétail ont également été signalés.

En Ouganda, les cendres de plantes brûlées d’Amaranthus spinosus sont utilisées en cuisine pour attendrir des légumes durs tels que les feuilles de niébé et les pois cajans. Les cendres sont également utilisées comme sel végétal et en Afrique australe elles sont utilisées pour priser, seul ou avec du tabac.

Amaranthus spinosus possède de nombreux usages médicinaux. On sait que la racine est un diurétique efficace. En Asie du Sud-Est, une décoction de racine est utilisée pour traiter la gonorrhée et est également appliquée comme emménagogue et antipyrétique. Dans de nombreux pays, dont les pays d’Afrique, les feuilles broyées sont considérées comme un bon émollient et appliquées en externe en cas d’eczéma, de brûlures, de blessures, de furoncles, de mal d’oreille et d’hémorroïdes. Les cendres de la plante sont utilisées en solution pour laver les plaies. Le jus de la plante est utilisé comme lavement oculaire pour traiter l’ophtalmie et les convulsions chez les enfants. En Malaisie, Amaranthus spinosus est utilisé comme expectorant et pour dégager les bronches lors d’une bronchite aiguë. En Asie du Sud-Est continentale, il est également utilisé comme sudorifique, fébrifuge, antidote au venin des serpents, galactagogue, ainsi que pour traiter la ménorrhagie. Quelques tribus en Inde appliquent Amaranthus spinosus pour déclencher l’avortement.

Propriétés

La valeur nutritionnelle d’Amaranthus spinosus est comparable à celle d’autres amarantes-légumes. Les feuilles d’Amaranthus contiennent par 100 g de partie comestible : eau 84,0 g, énergie 176 kJ (42 kcal), protéines 4,6 g, lipides 0,2 g, glucides 8,3 g, fibres 1,8 g, Ca 410 mg, P 103 mg et Fe 8,9 mg (Leung, W.-T.W., Busson, F. & Jardin, C., 1968). Des cas d’empoisonnement spontané du bétail par Amaranthus spinosus ont été signalés, particulièrement après de fortes périodes de sécheresse, lorsque peu d’autres fourrages étaient disponibles. On suppose qu’Amaranthus spinosus provoque des dysfonctionnements rénaux. Les racines contiennent de l’α-spinastérol et quelques saponines. On a découvert des stérols, des n-alkanes, des acides gras et des alcools libres dans des extraits à l’éther de pétrole de la plante. La rutine, un flavonoïde, a été découverte dans les parties aériennes dans des concentrations atteignant 1,9%, ainsi que des traces d’acide cyanhydrique dans les feuilles. La quantité considérable de potassium dans les feuilles pourrait expliquer les propriétés diurétiques. Une lectine a été isolée à partir des graines. Sa réaction a été non-spécifique en général : elle a réagi avec des érythrocytes d’origine humaine et animale. Sa spécificité unique vis-à-vis des glucides s’avérera utile en biochimie.

Amaranthus spinosus possède un effet phagocytique important. Aucune activité antibactérienne n’a été démontrée, mais des extraits aqueux bruts montrent une activité fongicide contre Cercospora cruenta, qui provoque une maladie des taches foliaires chez le haricot mungo (Vigna radiata (L.) Wilczek). Ils ont montré une activité antivirale contre le virus de la maladie d’Aujeszky (ADV) dans des cultures de cellules porcines IB-RS-2 et contre le virus de la diarrhée virale bovine (BVDV) dans des lignées de cellules bovines GBK. L’activité antivirale contre le BVDV a cependant été perdue lors du chauffage de l’extrait.

Des produits allélochimiques ont été isolés à partir des parties aériennes de la plante et identifiés. Ce sont des composés aliphatiques volatils qui inhibent la germination des graines de plantes telles que la carotte, la tomate et l’oignon.

Description

  • Plante herbacée annuelle, érigée, monoïque, atteignant 100(–130) cm de haut, fortement ramifiée ; tige cylindrique ou obtusement anguleuse, glabre ou légèrement pubescente, verte ou variablement lavée de pourpre.
  • Feuilles alternes, simples ; stipules absentes ; pétiole environ aussi long que le limbe de la feuille ; limbe ovale-lancéolé à rhomboïde, de 3,5–11 cm × 1–4,5 cm, aigu et souvent légèrement décurrent à la base, obtus, arrondi ou légèrement rétus et souvent brièvement mucroné à l’apex, entier, glabre ou à nervures légèrement pubescentes à l’état jeune.
  • Inflorescence constituée de glomérules denses, les inférieurs axillaires, les supérieurs souvent rassemblés en épi axillaire et terminal souvent ramifié dans sa partie inférieure ; glomérules axillaires habituellement épineux avec (1–)2(–3) épines très pointues atteignant 2 cm de long.
  • Fleurs unisexuées, solitaires à l’aisselle d’une bractée, sous-tendues par 2 bractéoles ; bractées et bractéoles scarieuses, mucronées à partir d’une large base, plus courtes ou aussi longues que le périanthe ; fleurs mâles habituellement disposées en épi terminal au-dessus de la base de l’inflorescence, vertes ; tépales 5 ou chez les fleurs mâles souvent 3, libres, subégaux, ovales-oblongs à oblongs-spatulés, atteignant 2,5 mm de long, très convexes, membraneux, à bords transparents avec une bande médiane verte ou violette ; fleurs mâles avec 5 étamines presque aussi longues que les tépales ; fleurs femelles à ovaire supère, oblong, 1-loculaire, styles 2–3, recourbés à la fin.
  • Fruit : capsule oblongue à styles persistants, à déhiscence circulaire un peu en dessous du milieu ou indéhiscente, contenant 1 graine.
  • Graines d’environ 1 mm de diamètre, noir brillant ou noir brunâtre à bord fin.
  • Plantule à germination épigée ; cotylédons foliacés, glabres, apex arrondi à légèrement aigu ; hypocotyle atteignant 12 mm de long, épicotyle absent.

Amaranthus comprend environ 70 espèces, dont environ 40 sont originaires des Amériques. Il comprend au moins 17 espèces à feuilles comestibles. Il est presque impossible de distinguer Amaranthus spinosus et Amaranthus dubius Mart. ex Thell. sur la base des caractéristiques morphologiques ; Amaranthus spinosus possède des épines axillaires qui ne sont pas présentes chez Amaranthus dubius. Des plantes d’Amaranthus spinosus inermes à 2n = 34 ont été observées à plusieurs endroits. Au Nigeria, un spécimen d’Amaranthus dubius à 2n = 32 a été répertorié ; il pourrait s’agir d’un Amaranthus spinosus inerme. D’autres différences plus ou moins fiables sont le nombre plus élevé de fleurs mâles terminales dans les inflorescences d’Amaranthus spinosus et les pores plus petits du pollen.

Les graines mûrissent environ un mois après floraison. Elles sont disséminées autour des plantes mères ou répandues grâce aux animaux qui se nourissent des plantes. On a observé que de grandes quantités de plantules lèvent dans les déjections de bétail en décomposition. Les graines sont consommées par les oiseaux.

Ecologie

Amaranthus spinosus s’adapte à différentes conditions climatiques et édaphiques. Il pousse bien au soleil ou sous une légère ombre ; une intensité lumineuse de moins de 30% supprime complètement la floraison. La floraison est plus précoce et plus abondante dans les régions où la longueur du jour est de 11–12 heures. L’amarante épineuse est nitrophile et préfère des sols à forte teneur en matière organique, mais peut également pousser sur sols sableux. On obtient une croissance optimale sur les sols moyennement humides, mais Amaranthus spinosus est capable de pousser sur des sols humides également. Il est résistant à la sécheresse et peut même pousser en conditions arides.

L’amarante épineuse est une adventice très nuisible dans de nombreuses régions du monde. Elle est, par exemple, gênante pour le maïs, le manioc et l’arachide au Ghana, pour le coton au Mozambique, et pour la canne à sucre en Afrique du Sud. En général, elle est très commune aux abords des routes, dans les terrains vagues, les zones de chemins de fer, les terres cultivées et les jardins, jusqu’à 1400 m d’altitude.

Gestion

Amaranthus spinosus est multiplié par graines. On sait que certains types produisent 235 000 graines par plante. Le poids de 1000 graines est de 140–250 mg. Les graines fraîchement récoltées peuvent germer à des températures aussi élevées que 40°C, avec un taux de germination atteignant 95%. Après stockage, les besoins en température sont cependant inférieurs. Les graines conservées pendant un mois à température ambiante ont un taux de germination de presque 100%, et après 5 mois elles ont un taux de germination d’environ 90%. Lorsqu’elles sont conservées pendant un an à 20°C, le taux de germination tombe à environ 50%, mais le stockage à des températures plus basses donne un taux plus élevé. Les plantules ont souvent un degré de mortalité élevé. Lorsqu’on les utilise comme légume, les plantes sont le plus souvent récoltées à l’état jeune avant que les épines aient durcies.

On lutte efficacement contre l’amarante épineuse, en tant qu’adventice des cultures de tomate en Inde, en appliquant du géraniol, qui empêche complètement la germination de l’adventice sans affecter la culture de tomate. Un extrait à l’éthanol de graines de Coffea arabica L. (avec la 1,3,7-triméthylxanthine comme principe actif) à une concentration de 1,2 g/l, inhibe complètement la germination de l’amarante épineuse dans une culture de haricot urd (Vigna mungo (L.) Hepper) sans effets négatifs sur cette culture de légume sec.

Amaranthus spinosus est une plante hôte, entre autres, pour le virus de la mosaïque du tabac, le virus de la rosette de l’arachide, le virus de la mosaïque du concombre et les nématodes à galles (Meloidogyne spp.), qui attaquent certaines cultures commerciales. Lorsqu’on classe les pires adventices au monde sur la base du nombre de ravageurs qu’elles hébergent, Amaranthus spinosus se situe en 6e position, étant la plante-hôte de 15 ravageurs qui peuvent infester les cultures. Certains insectes attaquant Amaranthus spinosus ont été répertoriés au Mexique : la pyrale Herpetogramma bipunctalis et le charançon Conotrachelus seniculus. Ceux-ci pourraient être utilisés en lutte biologique.

Ressources génétiques

La variabilité génétique d’Amaranthus spinosus est importante parce qu’il est très répandu et qu’il s’adapte à différentes situations écologiques. Une collection d’amarantes est conservée au Rodale Organic Gardening and Farming Research Center (OGFRC) à Kutztown, Pennsylvanie (Etats-Unis) ; du matériel provenant d’Asie du Sud-Est est maintenu à l’Asian Vegetable Research and Development Center (AVRDC) à Tainan (Taïwan). Des cultivars africains et des introductions en provenance de l’OGFRC sont conservés au National Horticultural Research Institute (NHR) au Nigeria et des cultivars africains au centre AVRDC à Arusha (Tanzanie). Des collections indiennes sont conservées au National Bureau of Plant Genetic Resources (NBPGR), à New Delhi (Inde). De nombreux instituts nationaux ont de petites collections de travail de cultivars locaux. Il faudrait mener des évaluations et des études de variabilité pour déterminer la quantité de variation génétique exploitable.

Perspectives

Bien qu’elle soit réputée pour la forte valeur nutritionnelle de ses feuilles, Amaranthus spinosus restera probablement un légume et un fourrage de famine à cause de son goût relativement médiocre et de ses épines. Les propriétés médicinales d’Amaranthus spinosus ont reçu peu d’attention. Les propriétés diurétiques et anti-inflammatoires en particulier méritent davantage de recherche, puisqu’elles sont appréciées dans différentes régions du monde.

Références principales

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  • Lemmens, R.H.M.J. & Bunyapraphatsara, N., 1999. Amaranthus spinosus L. In: de Padua, L.S., Bunyapraphatsara, N. & Lemmens, R.H.M.J. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 12(1). Medicinal and poisonous plants 1. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 110–113.
  • Maundu, P.M., Ngugi, G.W. & Kabuye, C.H.S., 1999. Traditional food plants of Kenya. Kenya Resource Centre for Indigenous Knowledge (KENRIK), Nairobi, Kenya. 270 pp.
  • Ruffo, C.K., Birnie, A. & Tengnäs, B., 2002. Edible wild plants of Tanzania. Technical Handbook No 27. Regional Land Management Unit/ SIDA, Nairobi, Kenya. 766 pp.

Autres références

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  • CSIR, 1985. The wealth of India. A dictionary of Indian raw materials and industrial products. Raw materials. Revised Edition. Volume 1. Publications and Information Directorate, New Delhi, India. 513 pp.
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  • Schippers, R.R., 2000. African indigenous vegetables. An overview of the cultivated species. Natural Resources Institute/ACP-EU Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation, Chatham, United Kingdom. 214 pp.
  • Stevels, J.M.C., 1990. Légumes traditionnels du Cameroun: une étude agrobotanique. Wageningen Agricultural University Papers 90–1. Wageningen Agricultural University, Wageningen, Netherlands. 262 pp.
  • Townsend, C.C., 1985. Amaranthaceae. In: Polhill, R.M. (Editor). Flora of Tropical East Africa. A.A. Balkema, Rotterdam, Netherlands. 136 pp.
  • Townsend, C.C., 1988. Amaranthaceae. In: Launert, E. (Editor). Flora Zambesiaca. Volume 9, part 1. Flora Zambesiaca Managing Committee, London, United Kingdom. pp. 28–133.

Sources de l'illustration

  • Lemmens, R.H.M.J. & Bunyapraphatsara, N., 1999. Amaranthus spinosus L. In: de Padua, L.S., Bunyapraphatsara, N. & Lemmens, R.H.M.J. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 12(1). Medicinal and poisonous plants 1. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 110–113.

Auteur(s)

  • P.C.M. Jansen, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands

Consulté le 14 février 2019.