Goyavier (Candolle, 1882)
Nom accepté : Psidium guajava L.
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Goyavier. — Psidium Guayava, Raddi.
Les anciens auteurs, Linné et après lui quelques botanistes ont admis deux espèces dans cet arbre fruitier de la famille des Myrtacées, l'une ayant les fruits ellipsoïdes ou sphériques à chair rouge, Psidium pomiferum ; l'autre à fruit pyriforme et chair blanche ou rosée, plus agréable au goût. De semblables diversités sont analogues à ce que nous voyons dans les poires, les pommes et les pêches ; aussi a-t-on soupçonné de bonne heure qu'il valait mieux considérer tous ces Psidium comme une seule espèce. Raddi a pour ainsi dire constaté l'unité lorsqu'il a vu, au Brésil, des fruits pyriformes et d'autres presque ronds sur le même arbre 3. Aujourd'hui, la majorité des botanistes, surtout de ceux qui ont observé les Goyaviers dans les colonies, suit l'opinion de Raddi 4, vers laquelle j'inclinais déjà, en 1855, par des raisons tirées de la distribution géographique 5.
Low 6, qui a conservé dubitativement, dans sa flore de Madère, la distinction en deux espèces, assure que chacune se conserve par les graines. Ce sont, par conséquent, des races, comme dans nos animaux domestiques et dans beaucoup de plantes cultivées. Chacune de ces races comprend des variétés 7.
Les Goyaviers, lorsqu'on veut étudier leur origine, présentent au plus haut degré une difficulté qui existe dans beaucoup d'arbres fruitiers de cette nature : leurs fruits charnus, plus ou moins aromatiques, attirent les animaux omnivores, qui rejettent leurs graines dans les endroits les plus sauvages. Celles des Goyaviers germent rapidement et fructifient dès la troisième ou quatrième année. La patrie s'est donc étendue et s'étend encore par des naturalisations, principalement dans les contrées tropicales qui ne sont pas très chaudes et humides.
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3. Raddi, Di alcune specie di Pero indiano, in-4, Bologna, 1821, p. 1.
4. Martius, Syst. mat. medicæ bras., p. 32 ; Blume, Museum Lugd.-Bat., 1, p. 71 ; Hasskarl, dans Flora, 1844, p. 589 ; sir J. Hooker, Flora of brit. India, 2, p. 468.
5. Géogr. bot. raisonnée, p. 893.
6. Low, A manual flora of Madeira, p. 266.
7. Voir Blume, l. c. ; Descourtilz, Flore médicale des Antilles, 2, p. 20, où se trouve une figure du Goyavier pyriforme ; Tussac, Flore des Antilles, 2, p. 92, qui contient une bonne planche de la forme arrondie. Ces deux derniers ouvrages renferment des détails intéressants sur la manière d'employer les goyaves, sur la végétation de l'espèce, etc.
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Pour simplifier la recherche des origines, j'éliminerai d'abord l'ancien monde, car il est assez évident que les Goyaviers sont venus d'Amérique. Sur une soixantaine d'espèces du genre Psidium, toutes celles qu'on peut regarder comme suffisamment étudiées sont américaines. Les botanistes, depuis le xvie siècle, ont trouvé, il est vrai, des Psidium Guayava (variétés pomiferum et pyriferum), plus ou moins spontanés dans les îles de l'Archipel Indien et l'Asie méridionale 1, mais tout fait présumer que c'était le résultat de naturalisations peu anciennes. On admettait pour chaque localité une origine étrangère ; seulement on hésitait sur la provenance asiatique ou américaine. D'autres considérations justifient cette idée. Les noms vulgaires en malais sont dérivés du mot américain Guiava. Les anciens auteurs chinois ne parlent pas des Goyaviers, bien que Loureiro les ait dits sauvages en Cochinchine il y a un siècle et demi. Forster ne les mentionne pas comme cultivés dans les îles de la mer Pacifique lors du voyage de Cook, ce qui est assez significatif quand on pense à la facilité de cultiver ces arbres et à leur dispersion inévitable. Aux îles Maurice et Seychelles, personne ne doute de leur introduction et naturalisation récentes 2. Nous aurons plus de peine à découvrir de quelles parties de l'Amérique les Goyaviers sont sortis. Dans le siècle actuel, ils sont certainement spontanés, hors des cultures, aux Antilles, au Mexique, dans l'Amérique centrale, le Venezuela, le Pérou, la Guyane et le Brésil 3, mais depuis quelle époque ? Est-ce depuis que les Européens en ont répandu la culture ? Est-ce antérieurement, à la suite des transports par les indigènes et surtout par les oiseaux ? Ces questions ne paraissent avoir fait aucun progrès depuis que j'en ai parlé en 1835 4. Cependant, aujourd'hui, avec un peu plus d'expérience dans ces sortes de problèmes, et l'unité spécifique des deux Goyaviers étant reconnue, j'essayerai d'indiquer ce qui me paraît le plus vraisemblable.
J. Acosta 5, un des premiers auteurs sur l'histoire naturelle du nouveau monde, s'exprime sur le Goyavier pomiforme de la manière suivante : « Il y a en Saint-Domingue et ès autres îles, des montagnes toutes pleines de Goyavos, et disent, qu'il n'y avait point de telle sorte d'arbres avant que les Espagnols y arrivassent, mais qu'on les y a apportés de je ne sais où. » Ce serait donc plutôt du continent que l'espèce serait originaire. Acosta dit bien qu'elle croît en terre ferme, et il ajoute que les goyaves du Pérou ont une chair blanche bien préférable à
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1. Rumphius, Amboin., 1, p. 141, 142 ; Rheede, Hort. malab., 3, t. 34.
2. Bojer, Hortus mauritianus ; Baker, Flora of Mauritius, p. 112.
3. Toutes les flores, et Berg, dans Flora brasiliensis, vol. 14, p. 196.
4. Géogr. bot. raisonnée, p. 894 et 895.
5. Acosta, Hist. nat. et morale des Indes orient. et occid., traduction française, 1598, p. 175, au verso.
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celle des fruits rouges. Ceci fait présumer une culture ancienne sur le continent. Hernandez 1 avait vu les deux formes spontanées au Mexique, dans les endroits chauds des plaines et des montagnes, près de Quauhnaci. Il donne une description et une figure très reconnaissable du Ps. pomiferum. Pison et Marcgraf 2 avaient aussi trouvé les deux Goyaviers sauvages au Brésil dans les plaines ; mais ils notent qu'ils se répandent facilement. Marcgraf dit qu'on les croyait originaires du Pérou, ou de l'Amérique septentrionale, ce qui peut s'entendre des Antilles ou du Mexique. Evidemment l'espèce était spontanée dans une grande partie du continent lors la découverte de l'Amérique. Si l'habitation a été une fois plus restreinte, il faut croire que c'était à une époque bien plus ancienne.
Les noms vulgaires différaient chez les peuples indigènes. Au Mexique, on disait Xalxocotl ; au Brésil, l'arbre s'appelait Araca-Iba et le fruit Araca-Guacu; enfin le nom Guajavos ou Guajava est cité par Acosta et Hernandez à l'occasion des Goyaviers du Pérou et de Saint-Domingue, sans que l'origine en soit indiquée exactement. Cette diversité de noms confirme l'hypothèse d'une très ancienne et vaste habitation.
D'après ce que disent les premiers voyageurs d'une origine étrangère à Saint-Domingue et au Brésil, — assertion dont il est permis cependant de douter, — je soupçonne que l'habitation la plus ancienne était du Mexique à la Colombie et au Pérou, et qu'elle s'est peut-être agrandie du côté du Brésil avant la découverte de l'Amérique, et dans les îles Antilles après cette époque. L'état de l'espèce le plus ancien, qui se montre le plus à l'état sauvage, serait la forme à fruit sphérique, âpre et fortement coloré. L'autre forme est peut-être un produit de la culture.
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1. Hernandez, Novæ Hispaniæ Thesaurus, p. 85.
2. Pison, Hist. brasil., p. 74 ; Marcgraf, ibid., p. 105.