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F (Recueil de Dambourney)

E
Recueil de procédés et d'expériences sur les teintures solides
G



[168]

FENOUIL

FENOUIL, (Anethum Fœniculum.) On sait combien cette plante vivace est facile à multiplier, même dans les sables arides, par ses graines & par éclats de ses souches. Trois onces de ses tiges fleuries, hachées & cuites pendant une heure, ont commu- [169] niqué à un gros de laine LF, en un quart-d'heure de bouillon, un beau jaune-citron, solide au savon & non au vinaigre. L'ébullition continuée encore pendant trois heures, le vire en bruniture, ou ombre de jaune, qui résiste aux acides. Le bain, depuis son milieu jusqu'à sa fin, exhale une agréable odeur de compote brûlée ou de caramel.


FERNAMBOUC

FERNAMBOUC (bois de), ou BOIS DU BRÉSIL. C'est encore à M. Giroz, & à ses élèves, que la Teinture eut la première obligation d'obtenir solides quelques-unes des nuances extraites de ce riche colorant. Comme j'ignore le mordant de M. Giroz, j'ai combattu la fugacité du Fernambouc par des moyens différents sans doute, puisque les couleurs solides qui en ont résulté ne sont pas les mêmes. On verra par le détail ci-après combien l'écorce de bouleau joue encore un rôle important dans mes opérations.

Dans une pinte d'eau, j'ai fait cuire un gros de bois de Fernambouc & un demi- [170] gros d'orceille des Canaries. La cuite presque finie, j'ai refroidi le bain pour y projeter un demi-gros de belle garance, puis j'ai ramené & entretenu le tout pendant demi-heure entre chaud & bouillon. Dans ce bain soutiré, j'ai abattu un gros de laine d'apprêt LF qui, en une heure de bouillon, y a contracté un maron-violant-pourpre très-beau, solide au vinaigre, mais un peu bringé.

Dans la même quantité d'eau, j'ai fait cuire trente six grains de bois de Fernambouc réduit en poudre impalpable. Le bain coulé, j'y ai abattu un gros de laine d'apprêt E & O, qui y a acquis un pourpre sérieux, mais très uni & solide au vinaigre.

Dans trois-quarts de pinte d'eau, j'ai fait cuire seulement vingt grains du même bois en poudre, & dans la colature du bain j'ai abattu deux loquets, pesant chacun un demi-gros, de laine d'apprêt E & O, l'un lavé de son apprêt, & l'autre non lavé. Travaillés tous les deux à petit bouillon [171] pendant une heure, ils y ont acquis une belle couleur de giroflée rouge qui a résisté à cinq minutes d'immersion dans le vinaigre. La laine lavée de son apprêt m'a paru moins brillante. Une seconde mise d'un demi-gros de la même laine non lavée, abattue dans le déchet, y a pris encore une jolie nuance de giroflée moins intense, mais également solide.

Mais la dépense de cet apprêt E & O l'excluant des opérations en grand, j'ai fait cuire dans trois-quarts de pinte d'eau, pendant une demi-heure, une once d'écorce sèche de bouleau réduite en poudre grossière. Ce bain calmé entre chaud & bouillon, j'y ai projeté dix-huit grains de poudre impalpable de Fernambouc, & fait bouillir le tout encore pendant trois-quarts d'heure. Le bain soutiré, j'y ai abattu un gros de laine & d'espagnolette d'apprêt E, qui, travaillées pendant une heure & demie à petit bouillon, y ont acquis une nuance incarnate, aimable, rosée & assez intense. Elle tranche la corde de [172] l'espagnolette, s'embellit par l'immersion de douze minutes dans le vinaigre, & résiste sur la laine au savon du feutrage. On m'a nommé cette belle & solide couleur écarlate de Venise, & son principal avantage est de pouvoir être teinte en laine comme en pieces.

En doublant seulement la dose du Fernambouc, j'ai obtenu cette belle couleur assez intense sur le même apprêt pour mériter le nom du passe-velours ou amaranthe, également solide.

Dans trois-quarts de pinte d'eau, j'ai fait cuire dix-huit grains de bois de Fernambouc sans écorce de bouleau. Le bain coulé, j'y ai abattu un gros de laine & lainage d'apprêt E ; mais au lieu du ton écarlate de Venise, je n'ai obtenu qu'une couleur pourprée moins solide au vinaigre. L'écorce assure donc & avive à la fois ces couleurs.

En substituant les brindilles vertes de bouleau à son écorce sèche, trente-six grains de Fernambouc ne m'ont procuré, [173] sur un gros de la même laine, qu'une couleur de grenade aussi assurée, mais moins riche que l'écarlate de Venise.

Il est bon de répéter ici ce que j'ai annoncé à l'article BOIS DE CAMPÊCHE, que de toutes les solutions E, celle qui opère la fixation la plus unie de la fécule colorante du Fernambouc, sur la laine en flocons, est la suivante.

Dans un gros d'acide marin, un gros d'acide nitreux & dix-huit grains d'eau, faites dissoudre, à l'aide du tems & de la chaleur, dix-huit grains d'étain fin, puis usez-en à l'ordinaire dans vos apprêts.

Dans trois-quarts de pinte d'eau, j'ai fait cuire pendant une heure & demie une once d'écorce de bouleau & trente-six grains de Fernambouc. Un gros de laine & lainage d'apprêt 1/2 AN, 1/2 AME à 1/8 ci-dessus désigné, a contracté dans la colature de ce bain une superbe couleur de giroflée rouge très solide. La laine en flocons n'y a nullement bringé, ce qui mérite la préférence à cette solution, quoique son [174] action moins vive exige un séjour un peu plus long dans le bain colorant.

Répétons encore que pour le Fernambouc, comme pour le Campêche, la meilleure proportion est de quatre fois le poids du sujet à teindre, en écorce sèche de bouleau grossièrement pulvérisée.

Le haut prix, & notamment la rareté actuelle du bois de Fernambouc, m'a fait désirer de lui trouver un supplément dans le bois de Sainte-Marthe dont les produits pourprés & fugaces m'indiquaient la grande analogie. Comme les opérations ont aussi beaucoup de rapport aux précédentes, je crois devoir les faire suivre ici plutôt que d'en transporter l'article à la lettre M, & donner à l'attention du lecteur la peine de se reporter en arrière.

Dans trois-quarts de pinte d'eau, j'ai fait cuire trois gros d'écorce sèche de bouleau pulvérisée, & un gros de bois de Sainte-Marthe haché. Après une heure & demie de bouillon, le bain coulé s'est trouvé d'un assez beau rouge, & j'y ai abattu :

[175]

  • Un demi-gros de laine d'apprêt AT, qui n'y a pris qu'un rouge-violant, pâle & bringé, lequel n'a que très peu résisté aux épreuves du savon & du vinaigre.
  • Un demi-gros de laine LF... un rouge sale & bringé, mais solide.
  • Un demi-gros de laine 1/2 AN, 1/2 AME à 1/8... un rouge-violent & bringé, solide.

Dans une pinte d'eau, j'ai fait cuire pendant une heure & demie trois gros d'écorce sèche de bouleau & trois gros de bois de Sainte-Marthe haché. Il en est résulté un bain semblable à celui du Fernambouc, dans la colature duquel un gros de laine d'apprêt E, ci-dessus désigné, a contracté en trois-quarts d'heure, entre chaud & bouillon, & deux minutes d'ébullition, un joli rouge-cramoisi-clair, très uni, qui résiste au savon du feutrage & à cinq minutes d'immersion dans le vinaigre, mais y fléchit en dix minutes.

Un gros de nouvelle laine du même apprêt, abattu dans le déchet, & travaillé entre chaud & bouillon pendant une demi- [176] heure, y a pris un rose-cramoisi qui ne le cède guère au premier, & même est plus solide au vinaigre.

Dans une pinte d'eau, j'ai fait cuire pendant une heure & demie trois gros d'écorce sèche de bouleau, & deux gros de bois de Sainte-Marthe. Le bain coulé, j'y ai abattu un gros de laine d'apprêt E ci-dessus. Je l'y ai travaillé pendant une heure sans bouillon & une heure de bouillon, & l'y ai laissé séjourner pendant la nuit sans feu. Le lendemain je l'ai enlevé teinte en un beau rosé-cramoisi très uni & très solide.

D'après beaucoup d'autres Essais, que je ne citerai point, ces proportions m'ont paru les meilleures pour suppléer au Fernambouc, mais seulement dans le cas où ce bois viendrait à manquer, car la quantité nécessaire de bois de Sainte-Marthe ne laisse aucune économie à espérer. Néanmoins, cette expérience m'a flatté, parce que jusqu'à présent, je crois qu'on n'avoit point obtenu du bois de Sainte-Marthe des [177] nuances rouges ni rosés, solides au savon & au vinaigre.

[Le bois de Sainte-Marthe doit être un arbre exotique proche, comme Biancaea sappan. A vérifier. MC.]

Après le bois de Sainte-Marthe, on admet encore pour supplément au Fernambouc, dans les Ateliers de Petit-teint, le bois de Brézillet (Nom accepté : Haematoxylum brasiletto, le plus faux de tous les colorants. Le prix excessif des deux premiers m'a fait désirer de fixer celui-ci.

Dans quarante pouces cubes, ou 5/6 de pinte d'eau, j'ai fait cuire pendant une demi-heure trois gros d'écorce de bouleau. Alors j'y ai ajouté un gros de bois de brézillet en poudre grossière, & je l'ai laissé cuire au bouillon pendant une heure & demie. Le bain au lieu d'être pourpre était d'un beau rouge-vif. Un peu refroidi, j'y ai fait fondre trente-six grains d'alun qui l'on troublé & mordoré. Après l'avoir coulé, j'y ai plongé un gros de laine de l'apprêt ci-dessus indiqué propre pour les bois. Travaillée entre chaud & bouillon pendant un quart-d'heure, elle y a pris également, mais en deux heures & demie d'ébullition, un beau rouge-rosant qui résiste [178] pendant cinq minutes au vinaigre, & que le savon chaud du feutrage a fort peu tourné au cramoisi.

J'ai répété cette opération en supprimant les trois gros d'écorce de bouleau, & en n'ajoutant que les trente-six grains d'alun après la cuite du brézillet. La laine du même apprêt, au poids d'un gros, y a contracté une couleur aussi solide, mais plus foncée & moins aimable.

J'ai fait cuire ensemble dans vingt-quatre pouces cubes d'eau un gros d'écorce de bouleau & trente-six grains de brézillet pendant une heure & demie. J'ai projeté dans ce bain bouillant neuf grains de crème de tartre qui l'ont décomposé & viré en jaune. Après l'avoir coulé, j'y ai plongé & travaillé un gros de laine du même apprêt, qui, en deux heures de bouillon, [179] n'y a pris qu'une couleur de rose-sèche.

Pendant cette teinture j'avais préparé un nouveau bain semblable, excepté l'addition de la crème de tartre. J'y ai réabattu la laine rose sèche encore imprégnée du premier bain, & l'ai travaillée & laissé bouillir pendant deux heures. Elle en est sortie très uniment teinte d'un rouge portant au cramoisi, parfaitement solide au savon & au vinaigre. Un demi-gros de laine du même apprêt, abattue dans le déchet de ce bain, y acquiert encore une jolie nuance plus gaie, très unie & aussi solide.

Un de nos Capitaines, pour la Traite des Noirs, vient de rapporter de la Côte d'Angole dix milliers d'un nouveau bois, qui, par la forme de ses bûches & la couleur de son intérieur, approche beaucoup du bois de Fernambouc. Le propriétaire m'a prié d'en essayer, & ses produits par les moyens divers, ci-dessus déduits sont bien plus riches que ceux du brézillet. Ils égalent ceux du bois de Sainte-Marthe, [180] avec l'avantage d'une économie d'un tiers dans le prix & de moitié dans la quantité, puisque la plus forte dose que j'en ai employé a été en poids égal de la laine à teindre, tandis que je n'ai pu obtenir des nuances généreuses qu'avec poids double de celui de Sainte-Marthe. La laine d'apprêt AT y acquiert même des pourpres & des cramoisis à très-peu-près solides. Faute de connaissances plus particulières & d'indications botaniques, je ne puis encore, non plus que le propriétaire, désigner ce nouvel ingrédient que par le titre vague & indéterminé de Bois d'Angole : mais il sera d'une ressource inestimable pour nos teintures en laine à mesure qu'il deviendra plus commun.


FÈVE DE MARAIS

FÈVE DE MARAIS, (Vicia Faba.) Une poignée des gousses ou cosses fraîches, vides de leurs fruits, le 15 Juin, ayant été broyée dans le mortier de marbre, je l'ai fait cuire dans trois-quarts de pinte d'eau pendant une heure. Il en est résulté un bain dans lequel la laine LF n'a pu [181] acquérir, même au long bouillon, qu'une nuance olivâtre, terne & sale.

Je me suis longtemps occupé à traiter les feuilles de cette plante par la macération & fermentation usitée en Amérique pour l'anil ou indigo. La fécule abondante & ardoisée que l'action du battage en séparoit, m'a donné de grandes espérances ; mais elle se sont toujours évanouies à la dessication, qui ne me laissoit entrevoir aucunes particules bleues, & la seconde fermentation en cuves n'y en a point développé.

Mais trouvant au mois de Février des gousses mûres & sèches de l'an passé dont on retiroit les fèves pour les planter, je pris deux onces de ces gousses que je hachai & fis cuire pendant une heure dans trois-quarts de pinte d'eau. Cela me procura un bain très semblable à celui des baies sèches de bourdaine, & un gros de laine d'apprêt LF y acquit, en deux heures & demie de bouillon, un beau vert olive foncé, peu bringé ; espece d'olive natif [182] qui résistoit au vinaigre & au savon du feutrage. Mais l'éclat de cette couleur s'est malheureusement terni dans l'intervalle d'une année, tant sur les feutres exposés à l'air, que sur ceux que je conservois enveloppés de papier. Sans doute qu'une réaction intérieure & spontanée aura causé une combinaison nouvelle, qui n'a laissé subsister qu'un ton de boue de Paris, espèce d'ardoise olivâtre peu recommandable. C'est bien dommage, puisque cet ingrédient seroit à la fois peu dispendieux & facile à conserver. La laine E y prend un olive franc assez beau.


FIGUIER

FIGUIER, (Ficus Carica.) Trois onces des jeunes branches fraîches hachées, cuites pendant une heure & demie dans trois-quarts de pinte d'eau, ont formé un bain qui exhalait vivement l'odeur de la tubéreuse. Un gros de laine LF y a pris, au long bouillon, une jolie couleur de vigogne tendre.

Un bain du même poids des feuilles vertes hachées a répandu dans la chambre [183] une odeur de tubéreuse si violente, qu'il a été nécessaire d'ouvrir une fenêtre pour n'en être point incommodé. Un gros de laine LF y a contracté, en deux à trois heures de bouillon, une brillante couleur de merd'oie dorée, & a conservé jusque après le feutrage une odeur douce telle que celle de la tubéreuse en plein air.


FILARIA

FILARIA, (Phillyrea Media.) Ses brindilles en feuilles donnent un bain jaune, presque aussi beau que celui de l'alaterne ; mais la laine LF n'y prend, même au bouillon, qu'un citron, ou jaune tendre, qui fléchit au vinaigre. La laine simplement bouillie en léger alunage y acquiert un jaune assez intense, mais qui disparoît au vinaigre.


FOIN SEC

FOIN SEC. Une poignée de foin de haut-pré médiocre, un peu chargé de jacée noire, m'a donné, en deux heures de cuite, un bain fauve-musc, qui, en trois heures de bouillon, a communiqué à un gros de laine LF une nuance faible de carmélite très solide. Un nouveau bain du quart du [184] poids de la laine en garance, l'a amenée au ton désiré.

Dans un bain acidulé de garance, la laine déjà teinte en foin a pris le ton noisette que produit le gros bois de bouleau. Une dose plus forte de garance donne divers marons & mordorés. Enfin, on peut tirer bon parti de ce foin pour piéter toutes les laines que l'on destine à ces couleurs sérieuses à plat, & brillantes en reflet par les dernières teintes dont on les glace.


FOUGÈRE

FOUGÈRE femelle, (Pteris Aquilina.) Trois onces de ses racines fraîches, broyées dans un mortier, cuites pendant deux heures dans une pinte d'eau, m'ont procuré un bain gris très mucilagineux. Un gros de laine LF y a pris, en trois heures de bouillon, un jaune-gris-olivâtre, nuance indéfinissable, mais qui n'a guère d'autre mérite que sa solidité. Je regrette de n'avoir pas essayé de la racine de polypode.


FRAISIER

FRAISIER, (Fragaria Vesca.) Deux onces de ses racines fraîches, bien lavées, broyées dans un mortier, & cuites dans [185] une demi-pinte d'eau pendant une heure à très petit bouillon, m'ont donné un bain couleur de canelle, mais trouble. Un gros de laine LF y a pris lentement, & en trois heures de bouillon, une bonne nuance de canelle bien solide.

Trois cuillerées de fraises de jardin bien mûres, cuites dans une demi-pinte d'eau, m'ont donné un bain qui, en dépouillant ces fruits de toute leur couleur, n'a pourtant acquis que celle du vin rosé d'Aï.

Un demi-gros de laine d'apprêt LF n'y a pris qu'un jaune-terne.

Autant de laine d'apprêt E. La même couleur un peu plus animée, & tirant au musc.

Vers sa fin ce bain exhale une odeur de déjections d'ivrogne, fort désagréable.


FRAMBOISIER DE CANADA

FRAMBOISIER DE CANADA (Rubus Odoratus.) Trois onces de ses sarments séchés au mois de Décembre, hachés & cuits pendant une heure, dans trois-quarts de pinte d'eau, ont produit un beau bain canelle. Un gros de laine & étoffe d'ap- [186] prêt LF y a pris, au premier bouillon, un jaune-doré, que la longue ébullition a tourné en couleur de vigogne-noisette, agréable & solide. Rien n'est plus vivace que cet arbrisseau-buisson qui, dans toutes sortes de terrains, peut être beaucoup multiplié par ses drageons. Il serait bon aussi de l'essayer frais & en sève.


FRÊNE

FRÊNE, (Fraxinus Excelsior.) Trois onces de son écorce verte hachées, cuites pendant deux heures dans trois-quarts de pinte d'eau, communiquent au long bouillon, à un gros de laine LF, un petit jaune-verdâtre, ou vert-pomme, très-joli, qui résiste à toutes les épreuves.

Le même poids du bois frais écorcé, traité de même, donne sur la laine dudit apprêt, en trois à quatre heures de bouillon, la vraie nuance de vigogne, franche & bien solide. J'ai depuis appris que les Morlaques obtiennent une belle & solide teinture noire de l'écorce du frêne longtemps infusée & macérée dans un acide quelconque, & de la limaille ou de la [187] rouille de fer ; mais je n'ai point eu le temps de le vérifier.


FUMETERRE

FUMETERRE, (Fumaria Officinalis.) Cette plante annuelle qui croît spontanément dans les jardins & les champs, peut être multipliée à volonté par ses graines dans un lieu circonscrit pour en faciliter la récolte. Trois mois suffisent à son accroissement, de sorte qu'on la peut semer & recueillir deux fois au moins chaque année. C'est un des riches présents que la nature ait fait à notre Art, & je me félicite d'en avoir le premier constaté l'utilité. Une poignée de fumeterre fraîche prête à fleurir, hachée & cuite doucement pendant une heure dans une demi-pinte d'eau, m'a procuré un bain citron dans lequel un gros de laine LF a pris, en demi-heure sans bouillir, un beau jaune franc aussi riche, mais beaucoup plus assuré que celui de la gaude. Il est également propre à être viré en vert dans la cuve-d'Inde ; & ce vert ne deviendrait point bleu par l'usage, [188] puisque la ténacité de ce jaune est égale à celle du bleu.

Pour rendre ce bon ingrédient disponible en hiver, j'ai essayé d'en faire sécher à l'ombre des plantes cueillies entre fleur & graine à la fin de Juillet. Elle se sont bien conservées d'une année sur l'autre dans un grenier sain & aéré. Leur propriété tinctoriale s'est trouvé pareille à celle des plantes fraîches, en observant toujours de ne pas faire bouillir la laine dans le bain de teinture, & d'extraire ce bain par une décoction lente & douce. La laine E acquiert dans le bain de fumeterre fraîche un jaune bien plus doré que la laine LF, mais je n'ai point éprouvé s'il contractoit également le vert franc dans la cuve-d'Inde.

La gaude reste onze mois en terre, & les gelées tardives du printemps en anéantissent quelquefois l'accroissement. Il est beaucoup de pays où elle ne peut pas profiter. J'ai au contraire rencontré la fumeterre presque par-tout. D'ailleurs, elle [189] n'exige aucune culture & n'est exposée à aucune intempéries des saisons. Je ne puis donc trop inviter à la faire cueillir pour l'employer fraîche ou sèche, ainsi qu'à ramasser & semer sa graine. La teinture sur laine y gagneroit beaucoup quant à la solidité des jaunes purs, & de toutes les nuances de la composition desquelles il fait partie.


FUSTET

FUSTET, (Rhus Cotinus.) On connaît dans tous les Ateliers ce bois colorant jaune, & son peu de solidité. L'apprêt LF le fixe à-peu-près, mais on obtient particulièrement cet avantage sur la laine E, avec un peu d'écorce de bouleau. Trois onces de jeunes branches en feuilles vertes du fustet, hachées & cuites pendant une heure dans trois-quarts de pinte d'eau, produisent un bain jaune-clair. La laine LF y acquiert, au premier bouillon, un jaune-terne que la longue ébullition amène jusqu'au musc-doré très riche & solide.


FUSAIN

FUSAIN, (Evonymus Europœus.) Cet [190] arbrisseau présente peu de ressources en teinture. L'écorce de son bois de neuf ans, séchée, hachée & cuite long-tems, communique à la laine LF, au très long bouillon, une nuance de noisette tendre.

Le bain de ses fruits mûrs lui donne un olive-clair, que le savon du feutrage réduit à un petit citron-verdâtre.

La pellicule aurore qui enveloppe chacune des semences du fusain m'ayant paru avoir quelque rapport avec celle qui couvre les grains de l’Achiote, ou Roucou de Caïenne, j'ai tenté de la travailler de même, & quoique je n'aie pas réussi, je ne crois pas qu'il y faille renoncer.