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Echalote (Candolle, 1882)

Noms acceptés : Allium oschaninii O. Fedtschenko (échalote commune, échalote grise) ; Allium cepa L. Groupe Aggregatum (oignon-échalote, échalote rose)

Ciboule commune
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Rocambole

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Echalote. — Allium Ascalonicum, Linné.

On croyait, sur le dire de Pline 1, que le nom était tiré de la ville d'Ascalon, en Judée ; mais M. le Dr E. Fournier 2 pense que l'auteur latin s'est trompé sur le sens du mot Askalônion de Théophraste. Quoi qu'il en soit, ce nom s'est conservé dans nos langues modernes sous la forme d'Echalote en français, Chalote en espagnol, Scalogno en italien, Aschaluch ou Eschlauch en allemand, etc.

En 1855, j'avais parlé de cette espèce de la manière suivante 3 : « D'après Roxburgh 4, on cultive beaucoup l' Allium Ascalonicum dans l'Inde. On lui attribue le nom sanscrit de Pulandoo (prononcez Poulandou), mot presque identique avec Palandu, attribué à l'Allium Cepa 5. Evidemment la distinction entre ces deux espèces n'est pas claire dans les ouvrages indiens ou anglo-indiens.

« Loureiro dit avoir vu l' Allium Ascalonicum cultivé en Cochinchine 6, mais il ne cite pas la Chine, et Thunberg n'indique pas cette espèce au Japon. Ainsi, vers la région orientale de l'Asie, la culture n'est pas générale. Ce fait et le doute sur le nom sanscrit me font croire qu'elle n'est pas ancienne dans l'Asie méridionale. Malgré le nom de l'espèce, je ne suis pas persuadé qu'elle existât non plus dans l'Asie occidentale. Rauwolf, Forskal et Delile ne l'indiquent pas en Sibérie, en Arabie et en Egypte. Linné 7 cite Hasselquist comme ayant trouvé l'espèce en Palestine. Malheureusement il ne donne pas de détails sur la localité ni sur la condition de spontanéité. Dans les Voyages de Hasselquist 8, je vois un Cepa montana croissant au mont Thabor et sur une montagne voisine ; mais rien ne prouve que ce soit l'espèce. Dans son article sur les Oignons et Aulx des Hébreux (p. 290), il ne mentionne que l'Allium Cepa, puis les Porrum et sativum. Sibthorp ne l'a pas trouvé en Grèce 9, et Fraas ne l'indique pas comme cultivé actuellement dans ce pays 10. D'après Koch 11, il s'est naturalisé dans les vignes près de Fiume. Toutefois M. de Visiani 12 n'en parle que comme cultivé en Dalmatie.

« D'après l'ensemble des faits, je suis amené à l'idée que l'Al-

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1. Pline, Hist., 1. 19, c. 6.

2. Il doit en parler dans une publication intitulée Cibaria, qui va paraître.

3. Géographie bot. raisonnée, p. 829.

4. Roxburgh, Fl. ind., éd. 1832, vol. 2. p. 142.

5. Piddington, Index.

6. Loureiro, Fl. cochinch., p. 251.

7. Linné, Species, p. 429.

8. Hasselquist, Voy. and trav., 1766, p. 281, 282.

9. Sibthorp, Prodr.

10. Fraas, Syn. fl. class., p. 291.

11. Koch, Synops. fl. Germ., 2e éd., p. 833.

12. Visiani, Flora dalmat., p. 138.


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lium Ascalonicum n'est pas une espèce. Il suffit, pour concevoir des doutes sur son existence primitive, de voir que : 1° Théophraste et les anciens, en général, en ont parlé comme d'un état de l'Allium Cepa, ayant même importance que les variétés cultivées en Grèce, en Thrace et ailleurs ; 2° on ne peut pas prouver qu'il existe à l'état sauvage ; 3° on le cultive peu ou point dans les pays où l'on présume qu'il a pris naissance, comme la Syrie, l'Egypte, la Grèce ; 4° il est ordinairement sans fleurs, d'où venait le nom de Cepa sterilis, donné par G. Bauhin, et la multiplicité des caïeux se lie tout naturellement à ce fait ; 3° lorsqu'il fleurit, les organes de la fleur sont semblables à ceux du Cepa, ou du moins on n'a pas découvert de différence jusqu'à présent, et, d'après Koch 1, la seule différence est d'avoir la hampe et les feuilles moins renflées, quoique fistuleuses. »

Telle était mon opinion 2. Les faits publiés depuis 1855 ne détruisent pas mes doutes. Ils les justifient au contraire. M. Regel, en 1875, dans sa monographie des Allium, déclare qu'il a vu l'échalote seulement à l'état cultivé. Aucher Eloy a distribué une plante de l'Asie Mineure sous le nom d' A. Ascalonicum (n° 2012), mais d'après mon échantillon ce n'est certainement pas cette espèce. M. Boissier me donne l'information qu'il n'a jamais vu l' A. Ascalonicum en Orient et n'en a pas dans son herbier. La plante de Morée portant ce nom dans la flore de Bory et Chaubard est une espèce toute différente, nommée par lui A. gomphrenoides. M. Baker 3 dans sa revue des Allium des Indes, de la Chine et du Japon, cite l' A. Ascalonicum dans des localités du Bengale et du Punjab, d'après des échantillons de Griffîth et d'Aitchison ; mais il ajoute : « Probablement ce sont des plantes cultivées. » Il rapporte à l' Ascalonicum l'Allium Sulvia Ham., du Népaul, plante peu connue et dont la qualité de spontanée est incertaine. L'échalote produit beaucoup de caïeux qui peuvent se propager ou se conserver dans le voisinage des cultures et induire en erreur sur l'origine.

En définitive, malgré le progrès des investigations botaniques en Orient et dans l'Inde, cette forme d'Allium n'a pas été trouvée sauvage d'une manière certaine. Elle me paraît donc plus que jamais une modification du Cepa, survenue à peu près au commencement de l'ère chrétienne, modification moins considérable que beaucoup de celles qu'on a constatées pour d'autres plantes cultivées, par exemple dans les choux.

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1. Koch, Synops. fl. Germ.

2. A. de Candolle, Géogr. bot, raisonnée, p. 829.

3. Baker, dans Journ. of bot., 1874, p. 295.