Pommier d'Acajou (Candolle, 1882) : Différence entre versions

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'''Pommier d'Acajou'''. — ''Anacardium occidentale'', Linné. — ''Cashew'', des Anglais.  
 
'''Pommier d'Acajou'''. — ''Anacardium occidentale'', Linné. — ''Cashew'', des Anglais.  
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Rheede et Rumphius avaient aussi indiqué cet arbre dans l'Asie méridionale. Le premier le dit commun au Malabar <sup>7</sup>. L'existence d'une même espèce tropicale arborescente en Asie et en Amérique était si peu probable qu'on a soupçonné d'abord quelque différence spécifique ou au moins de variété, qui ne s'est pas confirmée. Divers arguments, historiques et linguistiques, m'avaient démontré une origine étrangère à l'Asie. D'ailleurs Rumphius, toujours exact, parlait d'une introduction  
 
Rheede et Rumphius avaient aussi indiqué cet arbre dans l'Asie méridionale. Le premier le dit commun au Malabar <sup>7</sup>. L'existence d'une même espèce tropicale arborescente en Asie et en Amérique était si peu probable qu'on a soupçonné d'abord quelque différence spécifique ou au moins de variété, qui ne s'est pas confirmée. Divers arguments, historiques et linguistiques, m'avaient démontré une origine étrangère à l'Asie. D'ailleurs Rumphius, toujours exact, parlait d'une introduction  
  
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2. Tussac, ''Flore des Antilles'', 3, p. 55 (où se trouve une excellente figure, pl. 13), dit que c'est une espèce des Indes orientales, aggravant ainsi l'erreur de Linné, qui l'avait crue d'Amérique et d'Asie.  
 
2. Tussac, ''Flore des Antilles'', 3, p. 55 (où se trouve une excellente figure, pl. 13), dit que c'est une espèce des Indes orientales, aggravant ainsi l'erreur de Linné, qui l'avait crue d'Amérique et d'Asie.  
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7. Rheede, ''Malabar'', 3, pl. 54.  
 
7. Rheede, ''Malabar'', 3, pl. 54.  
  
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ancienne, par les Portugais, d'Amérique dans l'archipel asiatique <sup>1</sup>. Le nom malais qu'il cite, ''Cadju'', est américain; celui usité à Amboine signifiait fruit de Portugal ; celui de Macassar était tiré d'une ressemblance avec le fruit du Jambosa. L'espèce, dit Rumphius, n'était pas très répandue dans les îles ; Garcia ab Orto ne l'avait pas trouvée à Goa en 1530, mais Acosta l'avait vue ensuite à Couchin, et les Portugais l'avaient multipliée dans l'Inde et l'Archipel indien. D'après Blume et Miquel, l'espèce est seulement cultivée à Java. Rheede dit il est vrai, qu'elle abonde au Malabar (provenit ubique), mais il cite un seul nom qui paraisse indien, ''Kapa-mava'', et les autres dérivent du nom américain. Piddington n'indique aucun nom sanscrit. Enfin les botanistes anglo-indiens, après avoir hésité sur l'origine, admettent aujourd'hui l'importation d'Amérique à une époque déjà ancienne. Ils ajoutent que l'espèce s'est naturalisée dans les forêts de l'Inde anglaise <sup>2</sup>.  
 
ancienne, par les Portugais, d'Amérique dans l'archipel asiatique <sup>1</sup>. Le nom malais qu'il cite, ''Cadju'', est américain; celui usité à Amboine signifiait fruit de Portugal ; celui de Macassar était tiré d'une ressemblance avec le fruit du Jambosa. L'espèce, dit Rumphius, n'était pas très répandue dans les îles ; Garcia ab Orto ne l'avait pas trouvée à Goa en 1530, mais Acosta l'avait vue ensuite à Couchin, et les Portugais l'avaient multipliée dans l'Inde et l'Archipel indien. D'après Blume et Miquel, l'espèce est seulement cultivée à Java. Rheede dit il est vrai, qu'elle abonde au Malabar (provenit ubique), mais il cite un seul nom qui paraisse indien, ''Kapa-mava'', et les autres dérivent du nom américain. Piddington n'indique aucun nom sanscrit. Enfin les botanistes anglo-indiens, après avoir hésité sur l'origine, admettent aujourd'hui l'importation d'Amérique à une époque déjà ancienne. Ils ajoutent que l'espèce s'est naturalisée dans les forêts de l'Inde anglaise <sup>2</sup>.  
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L'indigénat en Afrique est encore plus contestable, et il est aisé d'en montrer la fausseté. Loureiro <sup>3</sup> avait vu l'espèce sur la côte orientale de ce continent, mais il la supposait d'origine américaine. Thonning ne l'a pas vue en Guinée, et Brown ne l'indiquait pas au Congo <sup>4</sup>. Il est vrai que l'herbier de Kew a reçu des échantillons de ce dernier pays et des îles du golfe de Guinée, mais M. Oliver parle de l'espèce comme cultivée <sup>5</sup>. Un arbre dont l'habitation est vaste en Amérique, et qui s'est naturalisé dans plusieurs régions de l'Inde depuis deux siècles, existerait dans une grande étendue de l'Afrique intertropicale s'il était indigène dans cette partie du monde.
 
L'indigénat en Afrique est encore plus contestable, et il est aisé d'en montrer la fausseté. Loureiro <sup>3</sup> avait vu l'espèce sur la côte orientale de ce continent, mais il la supposait d'origine américaine. Thonning ne l'a pas vue en Guinée, et Brown ne l'indiquait pas au Congo <sup>4</sup>. Il est vrai que l'herbier de Kew a reçu des échantillons de ce dernier pays et des îles du golfe de Guinée, mais M. Oliver parle de l'espèce comme cultivée <sup>5</sup>. Un arbre dont l'habitation est vaste en Amérique, et qui s'est naturalisé dans plusieurs régions de l'Inde depuis deux siècles, existerait dans une grande étendue de l'Afrique intertropicale s'il était indigène dans cette partie du monde.
  
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1. Rumphius, ''Herb. Amboin.'', 1, p. 177, 178.  
 
1. Rumphius, ''Herb. Amboin.'', 1, p. 177, 178.  
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5. Oliver, ''Flora of tropical Africa'', 1, p. 443.
 
5. Oliver, ''Flora of tropical Africa'', 1, p. 443.
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[[Catégorie:Candolle]]

Version actuelle en date du 19 septembre 2013 à 21:31

Nom accepté : Anacardium occidentale L.

Jujubier de l'Inde
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Manguier

[158]

Pommier d'Acajou. — Anacardium occidentale, Linné. — Cashew, des Anglais.

Les assertions les plus fausses ont été émises autrefois sur l'origine de cet arbre 2, et, malgré ce que j'en ai dit en 1855 3, je les vois reproduites çà et là.

Le nom français de Pommier d'Acajou est aussi ridicule que possible. Il s'agit d'un arbre de la famille des Térébintacées (soit Anacardiacées), très différente des Rosacées et des Méliacées auxquelles appartiennent les Pommiers et l'Acajou. La partie que l'on mange ressemble plus à une poire qu'à une pomme, et, botaniquement parlant, ce n'est pas un fruit, mais le pédoncule ou support du fruit, lequel ressemble à une grosse fève. Les deux noms, français et anglais, dérivent d'un nom des indigènes du Brésil, Acaju, Acajaiba, cité par d'anciens voyageurs 4.

L'espèce est certainement spontanée dans les forêts de l'Amérique intertropicale et même dans une grande étendue de cette région, par exemple au Brésil, à la Guyane, dans l'isthme de Panama et aux Antilles 5. Le Dr Ernst 6 la croit originaire seulement de la contrée voisine du fleuve des Amazones, bien qu'il la connaisse aussi de Cuba, Panama, l'Equateur et la Nouvelle-Grenade. Il se fonde sur ce que les auteurs espagnols du temps de la conquête n'en ont pas parlé, preuve négative, qu'il faut prendre pour une simple probabilité.

Rheede et Rumphius avaient aussi indiqué cet arbre dans l'Asie méridionale. Le premier le dit commun au Malabar 7. L'existence d'une même espèce tropicale arborescente en Asie et en Amérique était si peu probable qu'on a soupçonné d'abord quelque différence spécifique ou au moins de variété, qui ne s'est pas confirmée. Divers arguments, historiques et linguistiques, m'avaient démontré une origine étrangère à l'Asie. D'ailleurs Rumphius, toujours exact, parlait d'une introduction

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2. Tussac, Flore des Antilles, 3, p. 55 (où se trouve une excellente figure, pl. 13), dit que c'est une espèce des Indes orientales, aggravant ainsi l'erreur de Linné, qui l'avait crue d'Amérique et d'Asie.

3. Géographie botanique raisonnée, p. 873.

4. Piso et Marcgraf, Historia rerum naturalium Brasiliæ, 1648, p. 57.

5. Voir Piso et Marcgraf, l. c. ; Aublet, Guyane, p. 392 ; Seeman, Botany of the Herald, p. 106 ; Jacquin, Amériq., p. 124 ; Mac Fadyen, Pl. Jamaïc., p. 119 ; Grisebach, Fl. of brit. W. India, p. 176.

6. Ernst, dans Seemann, Journal of bot., 1867, p. 273.

7. Rheede, Malabar, 3, pl. 54.


[159]

ancienne, par les Portugais, d'Amérique dans l'archipel asiatique 1. Le nom malais qu'il cite, Cadju, est américain; celui usité à Amboine signifiait fruit de Portugal ; celui de Macassar était tiré d'une ressemblance avec le fruit du Jambosa. L'espèce, dit Rumphius, n'était pas très répandue dans les îles ; Garcia ab Orto ne l'avait pas trouvée à Goa en 1530, mais Acosta l'avait vue ensuite à Couchin, et les Portugais l'avaient multipliée dans l'Inde et l'Archipel indien. D'après Blume et Miquel, l'espèce est seulement cultivée à Java. Rheede dit il est vrai, qu'elle abonde au Malabar (provenit ubique), mais il cite un seul nom qui paraisse indien, Kapa-mava, et les autres dérivent du nom américain. Piddington n'indique aucun nom sanscrit. Enfin les botanistes anglo-indiens, après avoir hésité sur l'origine, admettent aujourd'hui l'importation d'Amérique à une époque déjà ancienne. Ils ajoutent que l'espèce s'est naturalisée dans les forêts de l'Inde anglaise 2.

L'indigénat en Afrique est encore plus contestable, et il est aisé d'en montrer la fausseté. Loureiro 3 avait vu l'espèce sur la côte orientale de ce continent, mais il la supposait d'origine américaine. Thonning ne l'a pas vue en Guinée, et Brown ne l'indiquait pas au Congo 4. Il est vrai que l'herbier de Kew a reçu des échantillons de ce dernier pays et des îles du golfe de Guinée, mais M. Oliver parle de l'espèce comme cultivée 5. Un arbre dont l'habitation est vaste en Amérique, et qui s'est naturalisé dans plusieurs régions de l'Inde depuis deux siècles, existerait dans une grande étendue de l'Afrique intertropicale s'il était indigène dans cette partie du monde.

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1. Rumphius, Herb. Amboin., 1, p. 177, 178.

2. Beddone, Flora sylvatica, t. 163; Hooker, Flora of brit. India, 2, p. 20.

3. Loureiro, Fl. cochinch., p. 304.

4. Brown, Congo, p. 12 et 49.

5. Oliver, Flora of tropical Africa, 1, p. 443.