Vernonia hymenolepis (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


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Vernonia hymenolepis A.Rich.




Protologue: Tent. fl. Abyss. 1 : 378 (1848).
Famille: Asteraceae (Compositae)
Nombre de chromosomes: 2n = 20

Synonymes

Vernonia calvoana (Hook.f.) Hook.f. (1868), Vernonia leucocalyx O.Hoffm. (1901), Baccharoides calvoana (Hook.f.) M.A.Isawumi (1993).

Noms vernaculaires

Vernonie douce, vernonie, ndole (Fr). Sweet bitterleaf, bitterleaf (En).

Origine et répartition géographique

Vernonia hymenolepis est présent par endroits à l’état sauvage dans les régions montagneuses et les hauts plateaux de l’Afrique occidentale, orientale, centrale et australe. On ne le connaît à l’état cultivé qu’au Nigeria et au Cameroun.

Usages

Vernonia hymenolepis est surtout apprécié au Cameroun, où il est connu sous le nom de “vernonie bayangi” ou “ndole”. Les feuilles se consomment fraîches ou séchées, en garniture, comme herbe potagère ou en salade. On installe parfois la plante en haie vive autour des maisons et des jardins, aussi bien pour son emploi comme légume que pour la valeur ornementale de ses grosses fleurs blanches ou violettes. La plante aide également à stabiliser les sols, en particulier sur les pentes. Vernonia hymenolepis est utilisé en médecine comme remède à la pneumonie, et la feuille chauffée appliquée sur une blessure a la réputation d’arrêter le saignement. Le jus des feuilles broyées sert à traiter la diarrhée chez les bébés, ainsi que la jaunisse. Au Kenya, la décoction de racines s’emploie comme purgatif et pour traiter les douleurs abdominales. Les tiges et les branches sèches servent de combustible.

Production et commerce international

La production de ce légume se fait essentiellement dans les exploitations de polyculture et les jardins familiaux. A l’ouest du Cameroun, on trouve des exploitations spécialisées qui font principalement de la vernonie douce et il semble que ce genre de production soit en augmentation. Pendant la saison sèche, une culture irriguée de vernonie douce pourra atteindre un prix élevé sur les marchés, surtout parce qu’à cette époque, elle n’est pas aussi amère que Vernonia amygdalina Delile. Le produit est vendu aussi bien sur les marchés locaux que dans les grandes villes. Les feuilles congelées ou séchées de Vernonia hymenolepis, de Vernonia amygdalina et de Vernonia colorata (Willd.) W.F.M.Drake sont exportées du Nigeria et du Cameroun à destination des principaux marchés de légumes africains en Europe.

Propriétés

La composition nutritionnelle des feuilles de Vernonia hymenolepis est comparable à celle de la vernonie commune (Vernonia amygdalina). Son amertume est moins prononcée que celle des autres espèces de Vernonia. On a isolé une lactone sesquiterpène, la vernolépine, de Vernonia hymenolepis récolté en Ethiopie. Cette substance a présenté une activité antitumorale et des propriétés antiplaquettaires.

Falsifications et succédanés

Dans les plats, Vernonia hymenolepis peut être remplacé par Vernonia amygdalina ou d’autres espèces de Vernonia .

Description

Plante herbacée vivace, arbuste ou petit arbre atteignant 12 m de haut ; jeunes rameaux densément tomenteux. Feuilles alternes, simples, sessiles ; limbe elliptique à lancéolé, de 5,5–34 cm × 1–9,5 cm, cunéiforme à long-atténué et parfois auriculé à la base, acuminé à l’apex, bord denté finement à grossièrement, pubescent en dessous, à nervures pennées. Inflorescence : capitules disposés en cymes terminales, composées, ombelliformes ; involucre ovoïde à hémisphérique, de 1,5–4 cm de long, bractées 2–6-sériées, atteignant 3,5 cm de long, pourvues d’appendices verts ou blancs, recourbées ou non. Fleurs bisexuées, régulières, 5-mères, fortement exsertes de l’involucre ; pappus constitué de soies multisériées, atteignant 1,5 cm de long, brun pâle ; corolle tubulée, de 1–2 cm de long, blanchâtre à violette, glanduleuse, à courts lobes érigés ; étamines et anthères réunies en tube, pourvues d’appendices à l’apex ; ovaire infère, 1-loculaire, glabre à pubescent, style poilu, à 2 branches. Fruit : akène côtelé de 3–6,5 mm de long, glabre à légèrement pubescent, brun foncé, surmonté par les soies caduques du pappus, beaucoup plus longues. Plantule à germination épigée ; hypocotyle de 1–3 cm de long, épicotyle de 2–6 mm de long ; cotylédons elliptiques, de 0,5–1,5 cm de long, verts.

Autres données botaniques

Avec près de 1000 espèces, le genre Vernonia est le plus important de la tribu des Vernonieae ; il est présent surtout en Amérique du Sud et en Afrique. Plus de 300 espèces ont été décrites en Afrique, dont environ un tiers se trouvent à Madagascar.

On considère ici Vernonia calvoana comme un synonyme de Vernonia hymenolepis. Cependant, il est souvent traité comme une espèce distincte, qui diffère par ses feuilles souvent plus grandes, à la pubescence moins dense, ses bractées involucrales habituellement plus larges et recourbées et ses fruits plus souvent glabres. Ces caractères se recoupent largement dans ces espèces.

Croissance et développement

La levée des plantules débute environ 5 jours après le semis. La croissance initiale pendant la saison des pluies est si rapide que les plantes atteignent 40–50 cm en seulement 4 semaines. Cette croissance rapide se poursuit aussi longtemps que le sol reste bien humide. L’initiation florale commence avec le début de la saison sèche ou lors de périodes de sécheresse. Le degré de fertilité du sol influence énormément la taille de la feuille.

Ecologie

Vernonia hymenolepis se rencontre le long des rivières et aux bords des routes, à la lisière des forêts, sur les emplacements d’anciennes cultures et dans la savane arbustive, mais aussi dans les forêts de montagne. Il se trouve souvent dans les milieux perturbés. Les plantes se développent bien à des températures inférieures à 30°C, à des altitudes de (600–)1400–3000 m. La pluviosité minimale requise est de 840 mm/an. En général, la plante pousse bien sur un sol meuble et humide, riche en humus.

Multiplication et plantation

On récolte les graines sur les capitules secs par friction, suivie d’un vannage. Le poids de 1000 graines est de 2,4 g. Le semis se fait généralement à la volée ou en lignes sur des planches surélevées. On ombrage les planches pour empêcher une évaporation excessive. Lorsque les semis ont 2–3 semaines et possèdent 4–6 feuilles, on les taille en pinçant leur extrémité puis on les repique avec une motte de terre. A ce stade, on élimine les plants amers en goûtant une de leurs feuilles. Ce procédé de sélection assure non seulement un produit de meilleure qualité, mais il sert aussi à réduire l’amertume des générations suivantes. En monoculture, on repique les plants à l’espacement de 20 cm × 30 cm, voire à un espacement moindre ; mais en association avec d’autres plantes dans les jardins familiaux, l’espacement est d’environ 75 cm × 75 cm. Certains paysans sèment directement en lignes écartées de 30 cm, et au stade de 3–4 semaines ils éclaircissent en espaçant les plantes de 20–25 cm. Les plantes éliminées peuvent être vendues à d’autres paysans pour repiquage, ou bien consommées. La multiplication se fait parfois par boutures pour augmenter le nombre des plantes que l’on préfère. On utilise alors des boutures présentant 4 bourgeons et prélevées sur des plantes adultes ; puis on les met en terre de biais. L’enracinement des boutures ne réussit pas toujours et la croissance de la plante est bien plus lente qu’avec le semis. C’est pourquoi on utilise cette méthode seulement dans les jardins familiaux lorsqu’on apprécie un type particulier de plante.

Gestion

Très sensible à la sécheresse, la vernonie douce doit par conséquent être arrosée tous les jours. Le désherbage est pratiquement inutile dans une monoculture dense. On procède parfois au paillage. Pour favoriser la repousse de nouvelles feuilles après récolte, on applique de l’urée en surface. Au sud-ouest du Cameroun, on pratique une culture de repousses : les pousses sont récoltées environ 10 cm au-dessus du sol, ce qui permet à de nouvelles pousses de se développer. Certains paysans ne font qu’une seule récolte et ressèment tout de suite après, parce que les jeunes plantes poussent plus vite que les pousses latérales. Dans ce cas, la distance de semis choisie peut être de seulement 20 cm × 20 cm.

Maladies et ravageurs

Les principales maladies de la vernonie douce sont un potyvirus entraînant une mosaïque, des bandes vertes près des nervures (“vein banding”) et la déformation des feuilles, et le flétrissement provoqué par Fusarium sp., qui peut faire mourir les plantes. Parmi les ravageurs, on peut citer des escargots, des grillons et le criquet puant (Zonocerus variegatus), qui coupe les jeunes feuilles et tiges. La lutte se fait au moyen de méthyle-paraffine.

Récolte

La récolte des feuilles débute 4–6 semaines après le semis ou 6–8 semaines après le repiquage. La récolte s’effectue soit en coupant les jeunes pousses ou en ne ramassant que les feuilles. Bien que la récolte des seules feuilles soit souvent préférée, ce système peut avoir des effets négatifs sur le développement de la plante. On obtient de meilleurs résultats pendant la saison des pluies en coupant les pousses à 5–10 cm au-dessus du sol, celles-ci étant ensuite remplacées par une ou deux pousses latérales. Ces dernières pourront être récoltées 3–4 semaines plus tard et, selon le degré d’humidité du sol et sa fertilité, on pourra répéter cette opération deux ou trois fois. Pendant la saison sèche, lorsque les nouvelles pousses ne se développent que lentement ou pas du tout, les producteurs ne ramassent que les feuilles. Avec un arrosage adéquat, la pratique des repousses est possible même pendant la saison sèche.

Rendement

Les rendements les plus élevés sont obtenus pendant la saison des pluies. Au Cameroun, le pic de récolte se situe entre mai et août, et une botte de 15–20 tiges de 40–50 cm (et jusqu’à 90 cm parfois) peut alors atteindre près de 1 kg. Le poids des tiges, leur quantité et leur qualité sont bien moindres pendant la saison sèche. La récolte initiale donne environ 1 kg/m2, mais ce poids tombe à 500 g/m2 à la troisième récolte. On ne dispose d’aucune donnée concernant le rendement en feuilles.

Traitement après récolte

Le produit de la récolte est placé dans un endroit frais et lorsque c’est nécessaire, on l’asperge d’eau pour retarder le fanage. Les feuilles sont découpées, lavées et pressées. Pour diminuer l’amertume, on peut frotter les feuilles ou les faire cuire pendant 5 minutes dans de l’eau bouillante additionnée de chaux. La congélation ou le séchage et l’emballage peuvent intervenir ensuite. Les feuilles séchées peuvent être réduites en poudre mais ce procédé change le goût. Les feuilles sèches doivent être mises à tremper dans l’eau avant consommation.

Ressources génétiques

Vernonia hymenolepis est répandu et se rencontre souvent dans les milieux perturbés et il n’est pas menacé d’érosion génétique. Sa diversité à l’état sauvage est vaste, mais jusqu’à présent elle n’a pratiquement fait l’objet d’aucune étude ou exploitation. Les plantes sauvages, à fleurs souvent violettes, sont très amères.

Sélection

La pollinisation croisée est effectuée à la fois par les insectes et le vent. Il est par conséquent important d’isoler les plantes au stade de la reproduction, sachant que les croisements entre plantes sauvages et cultivées donnent souvent des plantes amères.

Perspectives

Vernonia hymenolepis est un légume très apprécié mais relativement peu abondant. La multiplication végétative serait la meilleure façon de maintenir une homogénéité, mais la médiocrité de l’enracinement et la lenteur de la repousse restent un problème. Une fois que des cultivars nouveaux et homogènes seront créés et que des semences de bonne qualité seront disponibles, il est possible que cette espèce vienne à dominer l’ensemble du marché de la vernonie, y compris la vernonie commune (Vernonia amygdalina). La transformation des feuilles avant leur commercialisation pourrait devenir une nouvelle source de revenus, en évitant au consommateur d’avoir à passer trop de temps à cuisiner, ce qui est important pour les citadins.

Références principales

  • Beentje, H.J., 2000. Compositae (part 1). In: Beentje, H.J. (Editor). Flora of Tropical East Africa. A.A. Balkema, Rotterdam, Netherlands. pp. 1–313.
  • Besong, B.F. & Abia, C., 1998. The production of bayangi bitterleaf in S.W. Cameroon. Unpublished paper produced for the Natural Resources Institute, Chatham, United Kingdom. 11 pp.
  • Biholong, M., 1986. Contribution à l’étude de la flore du Cameroun. Les Asteraceae. Thèse de Doctorat d’Université de Bordeaux III, Bordeaux, France. 354 pp.
  • Dupriez, H. & De Leener, P., 1989. African gardens and orchards, growing vegetables and fruits. MacMillan Press, London, United Kingdom. 333 pp.
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  • Kalanda, K. & Lisowski, S., 1995. Le genre Vernonia (Asteraceae) dans la flore d’Afrique Centrale (Zaïre, Rwanda, Burundi). Fragmenta Floristica et Geobotanica 40(2): 547–717.
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  • Schippers, R.R., 2000. African indigenous vegetables. An overview of the cultivated species. Natural Resources Institute/ACP-EU Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation, Chatham, United Kingdom. 214 pp.
  • Stevels, J.M.C., 1990. Légumes traditionnels du Cameroun: une étude agrobotanique. Wageningen Agricultural University Papers 90–1. Wageningen Agricultural University, Wageningen, Netherlands. 262 pp.

Autres références

  • Burkill, H.M., 1985. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 1, Families A–D. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 960 pp.
  • Fidelia, U.F., 2000. Morphological variation and the effects of processing on edible Vernonia spp. (bitterleaf). Students dissertation. Dschang University, Menoua, Cameroon.
  • Isawumi, M.A., 1993. New combinations in Baccharoides Moench (Vernoniae; Compositae) in West Africa. Feddes Repertorium 104(5–6): 309–326.
  • Jeffrey, C., 1988. The Vernonieae in East Tropical Africa. Notes on Compositae 5. Kew Bulletin 43(2): 195–277.
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  • Numfor, F.A., 1997. Post-harvest processing and preservation of indigenous vegetables in Cameroon: problems and constraints. In: Schippers, R.R. & Budd, L. (Editors). Proceedings of a workshop on African indigenous vegetables, Limbe, Cameroon, 13–18 January 1997. Natural Resources Institute/IPGRI, Chatham, United Kingdom. p. 64.

Sources de l'illustration

  • Stevels, J.M.C., 1990. Légumes traditionnels du Cameroun: une étude agrobotanique. Wageningen Agricultural University Papers 90–1. Wageningen Agricultural University, Wageningen, Netherlands. 262 pp.

Auteur(s)

  • F. Ucheck Fomum

c/o Cheten Louis Bernard, P.O. Box 219, Bafoussam, Cameroon

Consulté le 5 mars 2020.


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