Triticum aestivum (PROTA)

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Introduction
Liste des espèces


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Répartition mondiale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svg
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Sécurité alimentaire Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg


répartition en Afrique (cultivé)
1, partie inférieure de la plante ; 2, ligule et auricules ; 3, inflorescence ; 4, épillet ; 5, fleur (lemme et paléole enlevées) ; 6, grains. Source: PROSEA
port de la plante
épis immatures
épis
grains

Triticum aestivum L.


Protologue: Sp. pl. 1 : 85 (1753).
Famille: Poaceae (Gramineae)
Nombre de chromosomes: 2n = 42

Synonymes

  • Triticum vulgare Vill. (1787).

Noms vernaculaires

  • Blé tendre, blé, froment (Fr).
  • Bread wheat, common wheat, wheat (En).
  • Trigo mole, trigo (Po).
  • Ngano (Sw).

Origine et répartition géographique

Le blé tendre a pris naissance dans le couloir qui s’étend de l’Arménie, en Transcaucasie, jusqu’aux zones côtières du sud-ouest de la mer Caspienne en Iran. C’est l’hybridation d’une espèce sauvage d’Aegilops (Aegilops tauschii Coss., de génome D) avec l’amidonnier, un type ancien de blé cultivé appartenant à Triticum turgidum L., qui a donné naissance aux blés hexaploïdes, mais on ignore si le premier à apparaître a été le blé tendre ou l’épeautre (Triticum spelta L.). Les restes archéologiques les plus anciens d’épeautre proviennent du sud de la Caspienne vers 5000 avant J.-C. Les restes de blé tendre sont difficiles à distinguer de ceux du blé dur (Triticum turgidum), mais on pense que ceux trouvés dans le Caucase, dans le plateau anatolien (Turquie), en Europe centrale et en Asie centrale à partir du cinquième millénaire sont bien du blé tendre. Le génome D a en effet apporté au blé tendre et à l’épeautre une adaptation aux hivers froids et aux étés humides, ce qui leur a permis de conquérir l’Eurasie tempérée, alors que la Méditerranée restait acquise à l’amidonnier et au blé dur. Vers le troisième millénaire avant J.-C., le blé tendre avait gagné la Chine. En 1529, les Espagnols l’introduisirent dans le Nouveau Monde. Son introduction en Afrique tropicale est le fait de négociants arabes, de missionnaires et de colons. L’époque à laquelle il est parvenu en Ethiopie reste incertaine. Du nord de l’Afrique, il fut apporté en Afrique de l’Ouest, où il était déjà connu vers 1000 après J.-C. Ce n’est qu’au début du XXe siècle qu’il a été introduit au Kenya et à l’est de la R.D. du Congo.

De nos jours, le blé tendre est cultivé dans presque toutes les régions du monde. En Afrique tropicale, il est surtout produit au Nigeria, au Soudan, en Ethiopie, au Kenya, en Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe.

Usages

La farine de blé tendre entre dans la fabrication de nombreux produits, notamment du pain (levé ou non ; cuit au four, à la vapeur ou en friture), mais aussi des pâtisseries, des biscuits sucrés et salés, des bretzels, des pâtes, de l’amidon, des céréales pour le petit déjeuner, des aliments pour bébés et des agents épaississants. Il s’emploie également comme ingrédient de brasserie dans certaines boissons (bière blanche). L’usage de prédilection du blé, presque partout dans le monde, reste la fabrication de pain levé. Une augmentation de la consommation de pain va souvent de pair avec l’urbanisation et l’élévation du niveau de vie. L’utilisation du blé tendre s’est par ailleurs adaptée aux usages culinaires locaux. C’est le cas de l’Ethiopie, où la farine sert à la confection de l’ “injera” (grande crêpe utilisée comme du pain), de bouillies et de soupes. Les grains sont mangés comme amuse-gueule, et lors des fêtes, ils peuvent prendre plusieurs formes : le “nifro” (grains entiers cuits à l’eau, et souvent mélangés à des légumes secs), le “kollo” (grains grillés) et le “dabo-kollo” (une pâte de grains broyés assaisonnée, façonnée et frite).

Les usages industriels des produits dérivés du blé sont centrés sur la fabrication de colles, d’alcool, d’huile et de gluten. Les sous-produits de minoterie, en particulier le son, servent presque intégralement à l’alimentation du bétail, de la volaille ou des crevettes. Le germe de blé (qui vient de l’embryon) se vend comme complément alimentaire pour l’homme. La paille sert aussi bien d’aliment pour les ruminants qu’à leur litière, à confectionner des toits de chaume, des objets de vannerie, du papier journal, du carton, des matériaux d’emballage ; elle s’emploie aussi comme combustible et sert de substrat en culture de champignons. Dans de nombreuses régions arides du monde, on la hache et on la mélange à l’argile pour produire un matériau de construction.

Production et commerce international

Selon des estimations de la FAO, en 1999–2003, la production mondiale moyenne de blé en grain (blé tendre et blé dur confondus) s’est élevée à 576 millions de t/an sur 209 millions d’ha. Au niveau mondial, le blé tendre représente plus de 90% des superficies cultivées en blé. Les principaux pays producteurs sont la Chine (96,8 millions de t/an sur 25,2 millions d’ha), l’Inde (71,0 millions de t/an sur 26,4 millions d’ha), les Etats-Unis (56,9 millions de t/an sur 20,6 millions d’ha), la Russie (39,4 millions de t/an sur 21,7 millions d’ha) et la France (35,1 millions de t/an sur 5,0 millions d’ha). La production de blé en Afrique tropicale s’élevait en 1999–2003 à 2,5 millions de t/an sur 1,6 million d’ha, les principaux pays producteurs étant l’Ethiopie (1,4 million de t/an sur 1,1 million d’ha), le Kenya (272 000 t/an sur 137 000 ha), le Soudan (254 000 t/an sur 124 000 ha), le Zimbabwe (237 000 t/an sur 43 000 ha), la Zambie (87 000 t/an sur 13 000 ha), la Tanzanie (82 000 t/an sur 60 000 ha) et le Nigeria (75 000 t/an sur 53 000 ha). En Ethiopie, près de 50% de la production de blé est constituée de blé tendre, les 50% restants de blé dur. De 1961–1965 à 1999–2003, la production mondiale de blé est passée de 248 à 576 millions de t/an, tandis que les superficies récoltées demeuraient stables, aux alentours de 210 millions d’ha. Au cours de la même période, la production annuelle de blé en Afrique tropicale augmentait de 960 000 à 2,5 millions de t/an, et la superficie de récolte de 1,2 à 1,6 million d’ha.

La moyenne des exportations mondiales de blé se montait à 115 millions de t/an en 1998–2002, les principaux exportateurs étant les Etats-Unis (26,7 millions de t/an), le Canada (16,5 millions de t/an), l’Australie (15,9 millions de t/an), la France (15,9 millions de t/an) et l’Argentine (10,0 millions de t/an). Les principaux importateurs sont l’Italie, le Brésil, le Japon et l’Iran, chacun en important plus de 5 millions de t/an. Tous les pays d’Afrique tropicale sont des importateurs nets. Le principal importateur d’Afrique tropicale est le Nigeria (1,9 million de t/an en 1998–2002), suivi par l’Ethiopie (770 000 t/an), le Soudan (710 000 t/an) et le Kenya (570 000 t/an). Dans certains pays, la part de l’aide alimentaire en importations de blé représente parfois jusqu’à 80%.

Propriétés

Le grain de blé est composé de 7–8% d’enveloppe, 90% d’albumen et 2–3% d’embryon. L’embryon contient surtout de l’huile et des protéines, et peu d’amidon. L’albumen est amylacé et entouré d’une couche d’aleurone riche en protéines. Lors de la mouture du grain, les couches externes et l’embryon sont séparées de l’albumen. L’albumen réduit en poudre devient de la farine, les autres parties quant à elles formant le son. Tant la friabilité que la vitrosité de l’albumen varient : le blé tendre à albumen résistant (non friable) riche en gluten tend à être vitreux, tandis que le grain à albumen friable pauvre en gluten a tendance à être opaque. Le blé le plus indiqué pour la panification est le blé résistant ou blé de force, tandis que le blé friable convient davantage aux biscuits, aux gâteaux et aux pâtisseries. La couleur de la farine va du blanc au jaune pâle.

Le grain de blé tendre (type de printemps rouge de force) contient, par 100 g de partie comestible : eau 12,8 g, énergie 1377 kJ (329 kcal), protéines 15,4 g, lipides 1,9 g, glucides 68,0 g, fibres alimentaires 12,2 g, Ca 25 mg, Mg 124 mg, P 332 mg, Fe 3,6 mg, Zn 2,8 mg, vitamine A 9 UI, thiamine 0,50 mg, riboflavine 0,11 mg, niacine 5,7 mg, vitamine B6 0,34 mg, folates 43 μg et acide ascorbique 0 mg. La composition en acides aminés essentiels, par 100 g de partie comestible, est : tryptophane 195 mg, lysine 404 mg, méthionine 230 mg, phénylalanine 724 mg, thréonine 433 mg, valine 679 mg, leucine 1038 mg et isoleucine 541 mg. Les principaux acides gras, par 100 g de partie comestible, sont : acide linoléique 727 mg, acide palmitique 283 mg et acide oléique 236 mg. Le grain de blé tendre blanc friable contient, par 100 g de partie comestible : eau 10,4 g, énergie 1423 kJ (340 kcal), protéines 10,7 g, lipides 2,0 g, glucides 75,4 g, fibres alimentaires 12,7 g, Ca 34 mg, Mg 90 mg, P 402 mg, Fe 5,4 mg, Zn 3,5 mg, vitamine A 9 UI, thiamine 0,41 mg, riboflavine 0,11 mg, niacine 4,8 mg, vitamine B6 0,38 mg, folates 41 μg et acide ascorbique 0 mg (USDA, 2005). Le grain de blé tendre est déficitaire en certains acides aminés, la lysine et la thréonine, et dans une certaine mesure en isoleucine et valine. C’est une bonne source de vitamines du groupe B et de minéraux. Le grain de blé possède un complexe unique de protéines de réserve viscoélastiques et insolubles dans l’eau connues sous le nom de gluten, qui constitue 78–85% des protéines totales de l’albumen. Le gluten se compose principalement de gluténines (polymériques) et de gliadines (monomériques). Ce sont les gluténines qui confèrent à la pâte son élasticité et sa ténacité, les gliadines quant à elles contribuant surtout à la viscosité et à l’extensibilité du gluten. La farine de blé contient des quantités à peu près égales de gluténines et de gliadines, et un changement de proportions peut affecter ses propriétés viscoélastiques.

Description

  • Graminée annuelle, en touffe, atteignant 150 cm de haut, à 2–5(–40) talles ; tige (chaume) cylindrique, lisse, creuse sauf aux nœuds.
  • Feuilles alternes distiques, simples et entières ; gaine arrondie, auriculée ; ligule membraneuse ; limbe linéaire, de 15–40 cm × 1–2 cm, à nervures parallèles, plat, glabre ou pubescent.
  • Inflorescence : épi terminal distique de 4–18 cm de long, à épillets sessiles, solitaires sur un rachis en zigzag.
  • Epillet de 10–15 mm de long, comprimé latéralement, à 3–9 fleurs bisexuées dont les 1–2 supérieures sont généralement rudimentaires, mais parfois 1 seule fleur bisexuée ; glumes presque égales, oblongues, plus courtes que l’épillet, finement coriaces, carénées vers l’extrémité, apiculées à aristées ; lemme à dos arrondi mais caréné vers l’extrémité, coriace, aristée ou obtuse ; paléole 2-carénée, carènes poilues ; lodicules 2, ciliées ; étamines 3 ; ovaire supère, se terminant par un petit appendice charnu et poilu et 2 stigmates plumeux.
  • Fruit : caryopse (grain) ellipsoïde, muni d’un sillon central sur l’une des faces, brun rougeâtre à jaune ou blanc.

Autres données botaniques

Le genre Triticum est un exemple classique d’allopolyploïdie, car il est constitué d’espèces diploïdes (2n = 14), tétraploïdes (2n = 28) et hexaploïdes (2n = 42). La sélection aux niveaux diploïde et tétraploïde s’est opérée à partir des espèces sauvages à grain vêtu et à rachis fragile pour arriver aux formes à grain nu et à rachis solide ; mais les blés hexaploïdes sont inconnus à l’état sauvage, et sont apparus en culture. La classification du genre Triticum et des autres genres apparentés au sein de la tribu Triticeae a fait l’objet de nombreuses discussions. La polyploïdie et la différenciation biphylétique des génomes (génome B par rapport à G) sont des mécanismes qui isolent et délimitent bien les espèces. Selon cette approche, Triticum ne comprend que 5–6 espèces, dont font partie le diploïde Triticum monococcum L. (l’engrain ou petit épeautre, cultivé sporadiquement dans le sud de l’Europe et en Asie occidentale), le tétraploïde Triticum turgidum L. et l’hexaploïde Triticum aestivum L. (qui comprend tous les hexaploïdes cultivés). On sépare parfois l’épeautre (Triticum spelta L.) de Triticum aestivum ; c’est un hexaploïde à grain vêtu, qui n’a que 2–3 fleurs par épillet, et qui est cultivé en petites quantités en Europe, en Afrique et sur les plateaux de l’Iran occidental. L’épeautre peut se cultiver dans des conditions extrêmes, n’exige pas de sols fertiles, résiste relativement bien aux maladies, a un bon goût et de bonnes qualités alimentaires et boulangères. Avant 1850, c’était un blé très important en Europe ; il a connu un déclin par la suite, en particulier parce qu’il demande à être décortiqué avant la mouture, mais il est aujourd’hui de plus en plus apprécié en agriculture biologique.

Sur le plan commercial, on classe le blé en catégories distinctes selon la friabilité du grain (“soft” ou friable, “medium-hard” ou peu friable, “hard” ou résistant) et sa couleur (rouge, blanc, ou ambré). Suivant le cycle cultural, on distingue deux sous-catégories, blé d’hiver et blé de printemps, mais il existe des types alternatifs. Ces sous-catégories peuvent à leur tour être divisées en diverses qualités, qui servent généralement à fixer les prix, sur des critères tels que l’état sanitaire du grain (effets de la pluie, de la chaleur, du gel, dégâts causés par les insectes et les moisissures), la propreté, le taux de protéines et l’activité α-amylase. En Afrique tropicale, on cultive surtout des blés de printemps.

Des hybrides de blés (tétraploïdes ou hexaploïdes) et de seigle, appelés triticale (× Triticosecale) ont été créés, qui présentent un mélange des caractéristiques de leurs parents, combinant la rusticité du seigle avec la forte productivité et la qualité du blé. Le triticale n’est pour le moment cultivé que très localement en Afrique tropicale, par ex. en Ethiopie, au Kenya, en Tanzanie et à Madagascar, ainsi qu’au nord de l’Afrique et en Afrique du Sud. Cette nouvelle plante alimentaire n’a pas été à la hauteur des attentes, mais elle est de plus en plus appréciée comme plante fourragère.

Croissance et développement

La germination du blé a lieu à des températures comprises entre 4–37°C, la fourchette optimale se situant entre 12–25°C. La radicelle apparaît en premier, suivie par le coléoptile 4–6 jours après la germination. Les racines primaires peuvent demeurer fonctionnelles à vie, à moins d’être détruites par une maladie ou blessées par une machine, mais elles ne constituent qu’une petite partie de l’ensemble du système racinaire. Du coléoptile émerge la première vraie feuille de la plantule. Les racines secondaires commencent à se développer environ deux semaines après la levée de la plantule. Elles sortent des nœuds de la base pour former le système racinaire permanent, qui s’étale et peut pénétrer jusqu’à 2 m de profondeur, la norme toutefois étant d’un mètre au plus. La production de feuilles et de talles augmente rapidement peu après la levée. La durée du stade végétatif est variable, entre 20–150 jours, en fonction de la température et de la réponse du cultivar à la vernalisation et à la longueur du jour. Pour permettre l’initiation florale, les types de printemps ont généralement besoin de températures situées entre 7°C et 18°C pendant 5–15 jours, tandis que les types d’hiver réclament des températures comprises entre 0°C et 7°C pendant 30–60 jours. La floraison démarre dans le tiers médian de l’épi et se poursuit vers les parties basales et apicales en 3–5 jours. Toutes les talles portant des épis fleurissent presque au même moment. Le blé est habituellement autogame ; il a un taux de pollinisation croisée de 1–4%. Le pollen se répand largement dans la fleur. Les stigmates demeurent réceptifs pendant 4–13 jours. Mais le pollen n’est viable que pendant 30 minutes au plus. Les grains situés au centre de l’épi et ceux formés dans les fleurs proximales tendent à être plus gros que les autres. La maturité physiologique est atteinte lorsque la feuille étendard (la feuille la plus haute) et l’épi virent au jaune et que la teneur en humidité du grain totalement formé est tombée à 25–35%. Le cycle cultural complet du blé tendre varie de 50–200 jours en Afrique tropicale.

Ecologie

S’il est possible de cultiver le blé tendre depuis le cercle arctique jusqu’à proximité de l’équateur, les latitudes où il pousse le mieux se situent entre 30–60°N et 27–40°S. La fourchette optimale de températures pour sa croissance est de 10–24°C, avec des minima de 3–4°C et des maxima de 30–32°C. Une température moyenne d’environ 18°C est optimale en termes de rendement. Des températures supérieures à 35°C interrompent la photosynthèse et la croissance, et à 40°C la chaleur tue la plante. Le blé ne pousse pas très bien sous des climats très chauds où l’humidité relative est élevée, et dans les régions tropicales sa culture est préférable en altitude (1200–3000 m) ou au cours des mois les moins chauds de l’année. Pour produire une bonne récolte, le blé tendre exige au moins 250 mm d’eau pendant la saison de croissance ; on peut le cultiver dans des régions recevant entre 250–750 mm de pluie par an. La sensibilité à la longueur du jour diffère d’un génotype à l’autre, mais la plupart sont des plantes de jours longs à réaction quantitative ; la floraison est plus précoce en jours longs, mais aucune longueur de jour spécifique n’est requise pour l’initiation florale.

Les sols qui conviennent le mieux à la production de blé tendre sont ceux qui sont bien aérés, bien drainés, profonds et comportant au moins 0,5% de matière organique. Le pH optimal du sol se situe entre 5,5 et 7,5. Le blé est sensible à la salinité du sol.

Multiplication et plantation

Le blé tendre se reproduit par graines. Le poids de 1000 graines est de 30–50 g. Bien qu’il soit recommandé d’employer des semences certifiées et traitées aux fongicides contre les maladies transmises par le sol et par les semences, cela reste une pratique rare en Afrique tropicale. Le semis est effectué à la main ou à la machine. S’il est effectué à la volée, on enfouit les semences dans le sol à l’aide d’une charrue tirée par des bêtes ou d’un disque tracté par une machine. Les semences peuvent également être semées dans un sillon derrière une charrue puis recouvertes de terre, ou encore en lignes au semoir mécanique. Les densités de semis sont souvent de 150–200 kg/ha pour un semis à la volée, et de 75–120 kg/ha pour un semis en lignes. L’espacement optimal est de 10–25 cm entre les lignes, mais il peut aller jusqu’à 35 cm. La profondeur de semis est de 2–5(–12) cm, et doit être plus importante lorsque le temps est sec. Mais au-delà de 10–12 cm de profondeur, les plantules ne lèvent pas bien. Si l’on a recours à un semoir à semis direct sans labour, le semis peut être effectué directement dans les chaumes laissés par la culture précédente. Pour le blé pluvial, les graines peuvent être semées à sec, avant le début de la saison des pluies, ou lorsque le sol est humide. Le blé tendre se cultive généralement en culture pure.

Gestion

L’homogénéité du peuplement et la précocité de la vigueur sont un frein à la croissance des mauvaises herbes dans le blé tendre. A cet égard, le tallage permet à la plante de pallier à une densité suboptimale et à de mauvaises conditions météorologiques. Les pertes de rendements imputables aux mauvaises herbes sont dues à une concurrence précoce dans les 4–5 premières semaines. Le désherbage à la main, les pratiques de travail du sol, la gestion des chaumes, l’irrigation avant le semis, une bonne rotation des cultures ainsi que les herbicides permettent de lutter contre les adventices. Mais le recours aux herbicides dans de nombreux pays d’Afrique tropicale est faible voire nul (c’est le cas du Soudan, du Rwanda, du Burundi, de Madagascar), tandis qu’au Kenya, en Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe on les utilise presque partout.

En Afrique tropicale, la production de blé tendre est essentiellement pluviale, sauf au Malawi, en Zambie et au Zimbabwe où c’est une culture d’ “hiver” irriguée (par submersion et par aspersion). Au Nigeria, la production de blé est restreinte aux réseaux d’irrigation des bassins fluviaux mis en place dans les régions du nord. Il existe un fort potentiel pour augmenter la production de blé au Soudan et en Somalie par l’irrigation. Il faut toutefois veiller à ne pas trop irriguer, car le blé est sensible à l’asphyxie racinaire en début de croissance. Le calendrier d’irrigation est basé sur des stades de croissance prédéfinis ou des évaluations de la diminution de l’humidité du sol.

L’absorption moyenne en nutriments pour 1 t/ha de grain est de 40–43 kg de N, 5–8 kg de P, 25–35 kg de K, 2–4 kg de S, 3–4 kg de Ca, 3–3,5 kg de Mg, avec des quantités moindres de micronutriments. Les valeurs exactes dépendent des nutriments et de l’eau disponibles dans le sol, des températures et du cultivar. Les quantités moyennes d’engrais en Afrique tropicale vont de 9 kg de N et 10 kg de P sur blé pluvial en Ethiopie à 180 kg de N, 84 kg de P et 50 kg de K sur blé irrigué au Zimbabwe. L’épandage d’engrais commercial va de moins de 1% de la superficie cultivée au Burundi à 100% au Kenya et au Zimbabwe. Les fumures organiques et le compost sont rarement utilisés sur blé, sauf au Rwanda. Sur certains sols, on peut observer une carence en bore, qui fait avorter le grain ; on applique du bore sur blé irrigué en Zambie, au Zimbabwe et à Madagascar. Sur la majeure partie du blé pluvial au Kenya, on procède à des apports de cuivre, et dans certains endroits de Tanzanie, c’est le manganèse qui fait défaut. L’acidité du sol peut constituer une contrainte, par ex. dans certaines régions de production de blé de basse altitude en Zambie. Un chaulage peut parfois élever le pH, mais le retour sur investissement est médiocre sur le blé pluvial.

Les rotations qui conviennent le mieux au blé sont celles avec des espèces autres que des graminées, particulièrement des légumes secs. Dans les hautes terres de l’Afrique de l’Est, le blé est cultivé en continu ou en rotation avec d’autres céréales, des légumes secs ou des Brassica oléagineux comme le colza. Dans d’autres régions, les systèmes de double récolte sont courants : on produit du blé irrigué pendant la saison sèche fraîche, et des plantes comme le coton, le sorgho, le maïs, le soja ou l’arachide pendant la saison des pluies chaude. Au Zimbabwe, par exemple, la double récolte de blé irrigué et de soja pluvial est largement adoptée, car ce sont les mêmes équipements qui servent pour semer et récolter les deux cultures.

En Afrique tropicale, on produit du blé dans des systèmes agraires qui vont de la culture pluviale à petite échelle où l’on emploie beaucoup de main-d’œuvre (par ex. au Kenya et dans le sud de la Tanzanie), à des exploitations agricoles hautement mécanisées comme il en existe au Nigeria, au Soudan, dans le nord et le centre de la Tanzanie et au Zimbabwe.

Maladies et ravageurs

Le blé tendre est affecté par plusieurs maladies et ravageurs. En Afrique tropicale, la rouille jaune (Puccinia striiformis), transmise par les urédospores portées par l’air, et les septorioses, notamment Septoria tritici (synonyme : Mycosphaerella graminicola), sont les principales maladies des hautes terres. La rouille noire (Puccinia graminis) peut faire de gros dégâts en Ethiopie, au Kenya et dans certaines régions du Soudan ; comme la rouille jaune, elle se propage par voie aérienne grâce à des urédospores. D’autres maladies importantes certaines années sont la carie (Tilletia spp.), le charbon nu (Ustilago tritici, synonyme : Ustilago nuda f.sp. tritici), le virus de la jaunisse nanisante de l’orge (BYDV) et la maladie des striures des feuilles et des glumes noires (Xanthomonas translucens). Le recours à des cultivars résistants est la mesure de lutte la plus efficace contre ces maladies. Cependant, pour la rouille jaune, le contournement de la résistance est très fréquent. On emploie des fongicides pour lutter contre la rouille jaune au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.

Les insectes ravageurs les plus importants en Afrique tropicale sont les pucerons, qui peuvent également transmettre des virus. Le criquet migrateur africain (Locusta migratoria) est un ravageur périodique qui provoque des dégâts sur les cultures dans le nord et l’est de l’Ethiopie. La mouche de Hesse (Mayetiola destructor) est depuis longtemps un ravageur important des régions situées au bord de la Méditerranée en Afrique du Nord, en Europe méridionale et en Asie occidentale. Le recours aux insecticides commerciaux en Afrique tropicale est rare, sauf au Soudan, en Zambie et au Zimbabwe contre les pucerons. Les oiseaux (en particulier Quelea quelea) sont d’importants ravageurs sur le blé irrigué.

Parmi les insectes importants des denrées stockées, par ex. en Ethiopie, figurent Sitophilus spp. sur les grains entiers, ainsi que Tribolium spp. et Ephestia cautella (synonyme : Cadra cautella, une pyrale) sur la farine de blé. La propreté des lieux de stockage et le maintien du grain à une humidité et une température suffisamment basses inhibent l’activité et le développement des insectes. Les rongeurs, principalement le rat noir (Rattus rattus), font également des dégâts sur les grains stockés.

Récolte

En Afrique tropicale, le blé tendre se récolte généralement à l’aide de faucilles ou de couteaux, et sur les grosses exploitations, à la moissonneuse-batteuse. Une récolte moissonnée à la maturité physiologique (teneur en humidité du grain de 25–35%) doit être bien séchée avant le battage. Un temps pluvieux au moment de la moisson peut entraîner d’importantes pertes de qualité du grain, parce que celui-ci se met immédiatement à germer. Après les avoir récoltés à la faucille, on met les plantes en meules ou on les étale afin de les faire sécher au soleil. Le battage est effectué par piétinement à l’aide de bêtes de somme, en frappant sur des sacs pleins d’épis, ou directement à la moissonneuse-batteuse. Dans la plupart des régions d’Afrique tropicale, le bétail broute le chaume de blé.

Rendement

Très variables, les rendements de blé tendre en Afrique tropicale vont de 400 kg/ha en Somalie ou 700 kg/ha en Angola à 5 t/ha en Zambie ou 6,3 t/ha au Zimbabwe. Le rendement moyen de blé en Afrique tropicale est estimé à environ 1,5 t/ha. Des rendements inférieurs s’expliquent par des températures élevées, une forte humidité, la pression des maladies et la faible quantité d’engrais appliqués. Les maxima de rendements enregistrés pour le blé d’hiver irrigué sont de 14 t/ha, et de 9,5 t/ha pour le blé de printemps ; sur la base du potentiel génétique, on estime à 20 t/ha le rendement maximum absolu.

Traitement après récolte

Une fois battu, le grain de blé tendre est vanné, nettoyé et préparé à être stocké ou vendu. Pour garantir un stockage sans risque, les grains doivent être séchés à 13–14% d’humidité. Des températures élevées et la présence d’humidité peuvent entraîner des pertes. Il peut être nécessaire de répéter régulièrement le séchage pour maintenir la viabilité des semences, si celles-ci ne sont pas stockées dans un récipient hermétique.

Ressources génétiques

Le Centre international pour l’amélioration du maïs et du blé (CIMMYT) de Mexico, au Mexique (60 400 entrées) et le Centre international de recherche agricole sur les régions arides (ICARDA), à Alep, en Syrie (9700 entrées) conservent de vastes collections de ressources génétiques de Triticum aestivum. D’importantes collections sont également détenues aux Etats-Unis (à l’USDA-ARS National Small Grains Germplasm Research Facility, à Aberdeen dans l’Idaho, 42 000 entrées), en Chine (Institute of Crop Germplasm Resources (CAAS), à Pékin, 35 900 entrées), et en Russie (Institut Vavilov, à St. Petersbourg, 25 900 entrées). En Afrique tropicale, c’est l’Institute of Biodiversity Conservation (à Addis Abeba, en Ethiopie) qui possède la plus importante collection de blé tendre (3400 entrées). Le blé est une espèce prioritaire en matière de collection et de conservation. Mais pour les futurs programmes d’amélioration, il est nécessaire de poursuivre les prospections des espèces apparentées sauvages et adventices dans les régions où elles sont indigènes, des variétés traditionnelles dans les régions où elles n’ont jamais été collectées auparavant, et la mise en collection de cultivars améliorés nouveaux ou obsolètes possédant des caractères spécifiques et issus des programmes d’amélioration génétique du monde entier.

Sélection

Le CIMMYT et l’ICARDA mènent d’importants programmes d’amélioration génétique et ont pour mission à l’échelle internationale de diffuser les ressources génétiques de blé tendre aux programmes des divers pays qui en font la demande. En Afrique tropicale, ce sont l’Ethiopie et le Kenya qui conduisent de vigoureux programmes d’amélioration génétique dans le secteur public. Au Zimbabwe, il existe une recherche privée, et dans une certaine mesure au Kenya et en Zambie également. Un rendement élevé en grain et une résistance aux maladies, surtout à la rouille jaune et à la septoriose, en sont les principaux objectifs. En Afrique tropicale, on a recours principalement à des méthodes d’amélioration classiques. Un certain nombre de cultivars à haut rendement, en particulier des types de printemps dérivés de ressources génétiques du CIMMYT, ont été commercialisés dans les pays d’Afrique tropicale. Leur utilisation a été estimée pour 1995 à 5% au Malawi, et à 100% en Zambie et au Zimbabwe.

Le blé tendre est l’une des plantes cultivées qui a le plus bénéficié du transfert de gènes d’autres espèces, comme Aegilops, Hordeum et Secale spp., par hybridation artificielle, principalement pour augmenter la résistance aux maladies, aux rouilles surtout. Les progrès en génétique moléculaire et en génie génétique ont été plus lents pour le blé que pour des céréales telles que le riz et le maïs en raison du niveau de ploïdie du blé, de la taille et de la complexité de son génome, de son faible degré de polymorphisme et de la relative inefficacité des systèmes de transformation. En conséquence, il existe beaucoup moins de cartes pour le blé et très peu d’études sur les QTL (locus de caractères quantitatifs) ont été répertoriées. En revanche, la nature hexaploïde du blé tendre et sa souplesse vis-à-vis des manipulations cytogénetiques ont offert des outils uniques aux chercheurs en génétique moléculaire. On peut citer notamment l’utilisation de lignées aneuploïdes pour attribuer des marqueurs moléculaires à des bras chromosomiques spécifiques, de lignées de délétion chromosomique pour la cartographie physique et de lignées de substitution chromosomique qui servent à dresser la cartographie des gènes d’une zone chromosomique connue. La création d’agents d’hybridation chimiques améliorés, qui permettent aux sélectionneurs de surmonter les problèmes liés à la stérilité mâle cytoplasmique, a fait énormément progresser les travaux pour produire des cultivars de blé hybrides économiquement acceptables. Il a récemment été mis au point un système de transformation efficace au moyen d’Agrobacterium, destiné à la production à grande échelle de plantes transgéniques de blé. Des laboratoires privés ont quant à eux créé des cultivars transgéniques de blé tendre résistants aux herbicides, mais la production à des fins commerciales n’a pas encore commencé.

Perspectives

Comme le blé tendre est la céréale la plus importante en alimentation humaine, on ne saurait trop insister sur le besoin d’en augmenter constamment la production. En Afrique tropicale, la consommation de pain de blé est faible, et elle varie d’un pays à l’autre ; elle va de 2,5 kg de blé par personne et par an en Ouganda à 43,3 kg par personne et par an au Soudan. Cependant, comme l’urbanisation et les revenus ne cessent de croître, il est probable qu’il y aura en même temps une demande pour des produits de blé traditionnels mais aussi pour des produits transformés nouveaux et pratiques. Comme aucun pays d’Afrique tropicale n’est autosuffisant à 100% pour le blé, cette partie du monde doit faire face à des importations en rapide augmentation. Dans nombre de ces pays, la production de blé subit la contrainte de n’avoir qu’un accès limité aux cultivars à haut rendement, aux engrais, aux autres intrants et à l’irrigation. L’augmentation de la production de blé pourra provenir de l’expansion des superficies cultivées aux régions non traditionnelles, associée à des incitations sociales et économiques, et de l’accroissement des rendements dus à la recherche agronomique et à la sélection. Depuis les années 1990, on a noté une augmentation des superficies cultivées de blé tendre au Soudan, en Ethiopie, au Kenya, en Tanzanie et en Zambie. Parmi les travaux de recherche destinés à améliorer les rendements en blé à l’échelle mondiale, on procède aussi à un nouveau brassage de ressources génétiques grâce à l’hybridation éloignée et aux hexaploïdes synthétiques, on recourt aux biotechnologies et au blé hybride, et on mène des études de base sur la physiologie du blé et ses relations en tant que plante hôte avec diverses maladies et ravageurs. Les tolérances à la sécheresse, à la chaleur, à l’acidité des sols aluminiques et à l’asphyxie racinaire sont quelques-uns des facteurs abiotiques qui réclament l’attention permanente des chercheurs.

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Sources de l'illustration

  • van Ginkel, M. & Villareal, R.L., 1996. Triticum L. In: Grubben, G.J.H. & Partohardjono, S. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 10. Cereals. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 137–143.

Auteur(s)

  • G. Belay, Ethiopian Agricultural Research Organization, Debre Zeit Center, P.O. Box 32, Debre Zeit, Ethiopia

Citation correcte de cet article

Belay, G., 2006. Triticum aestivum L. In: Brink, M. & Belay, G. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 16 avril 2019.


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