Trichilia emetica (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
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Trichilia emetica Vahl




Protologue: Symb. bot. 1 : 31 (1790).
Famille: Meliaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 50

Synonymes

Trichilia roka Chiov. (1932).

Noms vernaculaires

Mafura (Fr). Mafura butter, Natal mahogany, Ethiopian mahogany, Christmas bells (En). Mafurreira (Po). Mkungwina, mafura, mti maji, muwamaji, musikili, mgolimazi (Sw).

Origine et répartition géographique

Trichilia emetica est très largement réparti dans toute l’Afrique tropicale, et on le rencontre du Sénégal à l’Erythrée vers l’est et à l’Afrique du Sud vers le sud. Il est spontané également au Yémen, et on l’a introduit comme ornemental au Cap-Vert.

Usages

Les graines de Trichilia emetica fournissent deux sortes de matières grasses : l’ “huile de mafura” extraite de l’enveloppe charnue de la graine (sarcotesta), et le “beurre de mafura”, encore appelé “suif de mafura”, extrait de l’amande. Dans le procédé traditionnel d’extraction, ils peuvent être extraits séparément, tandis que dans l’extraction commerciale ils sont combinés en un seul produit. L’huile de mafura est comestible, tandis que le beurre de mafura est impropre à la consommation en raison de son goût amer. On l’emploie dans la fabrication de savon et de bougies, comme onguent pour le corps, huile de bois, et à des fins médicinales. Le tourteau n’est employé que comme engrais. Dans certaines régions, l’enveloppe de la graine est mâchée comme substitut de la noix de cola.

Les feuilles sont consommées par les bovins et les chèvres, et on les utilise comme substitut du savon. Le bois est l’un des principaux bois d’œuvre employés en sculpture du bois en Afrique australe. Il est également employé pour les meubles, les articles ménagers, les instruments de musique, les pirogues, les bâtons à mâcher, ainsi que comme combustible. Trichilia emetica est utilisé en plantations agroforestières comme arbre d’ombrage dans les jardins et pour lutter contre l’érosion. Dans les jardins, les parkings et en bord de routes, on le plante comme arbre d’ombrage à croissance rapide. En Afrique du Sud, on extrait de l’écorce une teinture rosée.

En médecine traditionnelle, diverses parties de Trichilia emetica sont employées contre une large gamme d’affections. L’écorce macérée dans l’eau est employée comme émétique, pour le traitement des affections intestinales et comme purgatif. On ne l’emploie qu’à petites doses car ses effets peuvent être violents. Une décoction de l’écorce et des racines est un remède contre les rhumes, la pneumonie et une variété de troubles intestinaux y compris l’hépatite. Au Sénégal, l’écorce des racines macérée dans l’eau sert à traiter l’épilepsie et la lèpre, tandis qu’au Mali on administre des racines réduites en poudre pour traiter la cirrhose, l’onchocercose, l’ascaridiose et la dysménorrhée. Une décoction des racines est également employée pour traiter la stérilité chez les femmes et provoquer l’accouchement. Au Sud Sénégal, on prend des feuilles contre la blennorragie. Au Zimbabwe, l’écorce est employée pour provoquer l’avortement et comme poison de pêche. L’huile est consommée pour soulager les rhumatismes et pour traiter la lèpre et les fractures.

Production et commerce international

Le beurre de mafura a été depuis longtemps exporté d’Afrique de l’Est. Le principal exportateur était le Mozambique, d’où les exportations se poursuivent à petite échelle. La production du Mozambique dans la période 2000–2004 était estimée à 100–300 t/an. On manque d’information à jour sur la production commerciale et le commerce pour les autres pays.

Propriétés

La composition nutritive approximative des graines de Trichilia emetica par 100 g de matière sèche (58% du poids frais) est la suivante : énergie 1897 kJ (453 kcal), protéines brutes 17 g, lipides 23 g, fibres 8 g, glucides 48 g, Mg 110 mg, P 316 mg, Fe 4,3 mg (Saka & Msonthi, 1994). L’enveloppe de la graine contient par 100 g 35–60 g d’huile, et l’amande 60–65 g de matières grasses. La composition en acides gras de cette matière grasse est la suivante : acide palmitique 34%, acide stéarique 3%, acide oléique 51%, acide linoléique 11%, acide linolénique 1% ; une autre analyse indique : acide myristique 1%, acide palmitique 53%, acide stéarique 2%, acide oléique 28%, acide linoléique 16%, acide linolénique 0,3%. Les graines sont toxiques, et les composés toxiques semblent être concentrés dans l’enveloppe de la graine. On sait peu de chose sur les composés chimiques associés aux usages médicinaux des différentes parties de la plante. Un extrait aqueux des feuilles a montré des propriétés antifongiques marquées contre un certain nombre d’agents pathogènes des plantes. Des graines broyées ont presque totalement protégé des semences de niébé contre les ravageurs de greniers à une dose de mélange de 1%.

Le bois de cœur est rouge pâle, brun rosé ou vert grisé, et fonce à l’exposition. Il n’est pas nettement distinct de l’aubier qui est blanc à jaune. Le bois sèche rapidement et facilement, avec des taux de retrait faibles à modérés. A 12% de teneur en humidité, sa densité est de 560–600 kg/m3. Le module de rupture est de 50–85 N/mm2, le module d’élasticité d’environ 8500 N/mm2, et le cisaillement de 9–13 N/mm2. Le bois est relativement tendre et facile à travailler. Il se scie assez lentement, et l’usure des lames de scie est modérée. Les caractéristiques de déroulage et de moulurage sont bonnes. Le bois n’est pas durable, et il est sujet aux attaques de champignons, de térébrants et de termites. Le bois de cœur est moyennement rebelle aux produits de préservation, tandis que l’aubier est perméable.

Description

Arbuste ou arbre de petite à moyenne taille sempervirent ou décidu, dioïque, atteignant 30 m de haut ; fût cylindrique, jusqu’à 80 cm de diamètre, épaissi à la base, devenant parfois cannelé avec l’âge ; écorce externe gris foncé ou brune, lisse à légèrement rugueuse, irrégulièrement fissurée. Feuilles alternes, composées imparipennées avec (2–)3–6 paires de folioles ; stipules absentes ; pétiole et rachis jusqu’à 28 cm de long ; pétiolules jusqu’à 5 mm de long ; folioles opposées, elliptiques à oblongues ou obovales, jusqu’à 15 cm × 6 cm, base arrondie ou cunéiforme, apex arrondi ou légèrement émarginé, entières, généralement poilues sur le dessous, pennatinervées à (7–)10–16(–22) paires de nervures latérales. Inflorescence : panicule axillaire ou terminale, dense ou lâche, jusqu’à 9(–14) cm de long, portant en général de nombreuses fleurs. Fleurs unisexuées, les fleurs mâles et femelles ayant une apparence très similaire, régulières, 5-mères, vert pâle à jaune pâle, odorantes ; pédicelle jusqu’à 5 mm de long ; calice en coupe, lobé presque jusqu’à la base avec des lobes de 2–6 mm de long, poilus ; pétales libres, étraitement obovales ou étraitement oblongs, de 9–18(–20) mm de long, poilus ; étamines 10, de 8–12 mm de long, unies en un tube sur la moitié inférieure, densément poilues à l’intérieur ; ovaire supère, densément poilu, 3-loculaire, style de 4–8 mm de long, stigmate capité ou discoïde ; fleurs mâles avec un ovaire rudimentaire, fleurs femelles avec des anthères indéhiscentes. Fruit : capsule obovoïde à globuleuse, de 2–4 cm de long, légèrement 3-lobée, avec un stipe jusqu’à 1 cm de long, déhiscente, renfermant jusqu’à 6 graines. Graines de 15–20 mm de long, presque noires, presque entièrement encloses dans le sarcotesta écarlate. Plantule à germination épigée ; hypocotyle jusqu’à 8 mm de long, épicotyle de 2–4 cm de long ; cotylédons sessiles, charnus.

Autres données botaniques

Le genre Trichilia comprend quelque 90 espèces, dont la plupart en Amérique tropicale. En Afrique continentale, on en trouve 18 espèces, et à Madagascar 6 espèces. Trichilia emetica est étroitement apparenté et très semblable à Trichilia dregeana Sond. Les deux espèces sont souvent confondues. La seconde se rencontre dans des localités plus humides, et on peut la distinguer par l’absence de stipe sous le fruit. Trichilia emetica comprend deux sous-espèces : subsp. emetica et subsp. suberosa J.J.de Wilde. Subsp. suberosa se rencontre du Sénégal à l’Ouganda ; subsp. emetica de l’Erythrée et de l’Ethiopie à l’Afrique du Sud. Les deux sous-espèces coexistent autour du lac Victoria, où elles peuvent s’hybrider. Subsp. suberosa tend à être plus petite, et même arbustive, et elle a des rameaux à écorce liégeuse et des inflorescences plus lâches.

Croissance et développement

Trichilia emetica a une croissance rapide. On a enregistré des taux de croissance de 1 m/an en climat frais, et jusqu’à 2 m/an en conditions optimales. Dans les conditions les plus favorables, les arbres commencent à produire des fruits à l’âge de 6–8 ans, mais au Zimbabwe un âge de 10 ans est plus courant, et même 20 ans pour des arbres poussant dans des conditions ombragées. En Afrique australe, la période de floraison se situe en août–octobre, la fructification en décembre–mars ; en Tanzanie, la période de floraison est en juillet–novembre, les fruits mûrissent en février–avril et sont récoltés en avril–juillet. La production de graines varie fortement d’une année à l’autre. L’arbre rejette bien.

Ecologie

Trichilia emetica pousse dans les ripisylves et dans divers types de forêts claires. Subsp. suberosa se rencontre en savanes boisées sujettes aux feux d’herbes, tandis que subsp. emetica pousse sur des sols plus fertiles de berges de rivière et de plaines inondables. L’espèce pousse dans des zones de température moyenne modérée à élevée. Elle tolère des températures annuelles moyennes de 19–31°C. On la trouve depuis le niveau de la mer jusqu’à 1800(–2100) m d’altitude. Elle ne tolère pas le gel. Elle exige une pluviométrie annuelle d’au moins (500–)1000 mm ; les chiffres les plus bas ne valent que là où les arbres disposent d’eau souterraine. Elle est capable de résister à une longue période de sécheresse. Elle préfère des sols alluviaux ; en Tanzanie, elle est commune sur vertisols. Le sol doit être bien drainé et avoir une nappe phréatique haute.

Multiplication et plantation

Trichilia emetica se régénère naturellement par graines ou par rejets après une blessure. Les graines peuvent être dispersées par l’eau mais aussi par les oiseaux, notamment les calaos. Il n’apparaît une régénération suffisante que sous le couvert ; elle est insuffisante s’il ne reste que quelques arbres semenciers dans de larges trouées. Les jeunes arbres peuvent pousser dans une ombre épaisse sous les arbres plus âgés, et on peut les rencontrer en petits groupes de différentes tailles.

Les graines sont périssables, et il ne faut pas les laisser sécher, mais les semer le plus rapidement possible. Pour extraire les graines, on étale les fruits mûrs à l’ombre sur un filet jusqu’à ce que tous soient ouverts. On sépare alors les graines, et on enlève l’enveloppe charnue en les faisant macérer dans l’eau, ce qui accroît considérablement le taux de germination. Les graines sont ensuite étalées pour leur permettre de sécher en surface. Des semences bien préparées germent dans les 10–20 jours suivant le semis. Un kg de fruit contient environ 250 g de graines ; le poids de 1000 graines est de 1–2 kg. Les semis peuvent être transplantés lorsqu’ils sont âgés de 6–8 mois, et ils requièrent initialement un ombrage. Le mieux est de les planter sous un peuplement existant d’une trentaine d’arbres à l’hectare pour les ombrager. L’espacement recommandé en peuplement pur pour la production de fruits est de 3 m × 3 m. On peut aussi planter à 6 m × 6 m en systèmes agroforestiers. La multiplication par boutures est possible. Les boutures peuvent être prélevées sur des branches marcottées, sur des racines ou sur des pousses de taillis âgées de 1 an. On peut les planter au soleil, mais de préférence sous un certain ombrage.

Gestion

Il faut lutter contre les adventices dans les plantations, les jeunes plants étant sensibles à la concurrence. Il faut les éliminer avant la plantation, et effectuer plusieurs nettoiements dans les premières années.

Maladies et ravageurs

De nombreux mammifères se nourrissent des feuilles, de même que les chenilles du papillon charaxes à bandes blanches (Charaxes spp.). On a également observé sur les feuilles des cochenilles brunes, qui laissent en tombant des trous circulaires jusqu’à 7 mm de diamètre.

Récolte

Il vaut mieux récolter les fruits mûrs sur les arbres ; les fruits tombés sont souvent de qualité médiocre.

Rendement

Les rendements individuels en graines sont très variables selon les arbres et selon l’année, et sont de 20–180 kg/an, avec une moyenne de 45–65 kg.

Traitement après récolte

L’huile et le beurre de mafura peuvent être extraits des graines séparément ou simultanément. Dans le procédé traditionnel, les graines sont immergées dans de l’eau chaude. L’enveloppe de la graine est macérée, et l’huile flotte à la surface et est écopée. Ensuite les graines sont broyées et la matière grasse solide est exprimée ou encore séparée par ébullition. Son extraction par solvants est également possible. Dans l’extraction commerciale, l’huile et le beurre de mafura sont extraits en même temps en une seule opération.

Les grumes doivent être traitées peu après l’abattage pour éviter les pertes dues au bleuissement.

Ressources génétiques

Les graines de Trichilia emetica sont récalcitrantes, et ne peuvent être entreposées pendant de longues périodes. On étudie actuellement la possibilité de conserver des embryons excisés de Trichilia dregeana, ce qui pourrait offrir des possibilités pour Trichilia emetica. On ne connaît pas de collections de ressources génétiques au champ. Etant donné que Trichilia emetica est répandu, il n’est pas menacé d’érosion génétique.

Perspectives

Trichilia emetica peut être planté en plantations classiques ou dans des systèmes agroforestiers destinés à fournir divers biens et services. Il a une croissance rapide et peut atteindre sa taille de production en un temps relativement court. La possibilité de production de médicaments à partir de l’huile, de l’écorce ou des racines mérite l’attention de la recherche, de même que les possibilités d’emploi de l’espèce comme pesticide écologique. L’emploi du beurre de mafura dans les cosmétiques mérite d’être promue.

Références principales

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Sources de l'illustration

  • de Wilde, J.J.F.E., 1986. A revision of the species of Trichilia P. Browne (Meliaceae) on the African continent. Mededelingen van de Landbouwhogeschool Wageningen 68–2. Wageningen, Netherlands. 207 pp.

Auteur(s)

  • G.N. Mashungwa

Botswana College of Agriculture, Private Bag 0027, Gaborone, Botswana

  • R.M. Mmolotsi

Botswana College of Agriculture, Private Bag 0027, Gaborone, Botswana

Consulté le 9 juillet 2021.


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