Strychnos usambarensis (PROTA)
Introduction |
- Protologue: Abh. Königl. Preuss. Akad. Wiss. Berlin 36 (1894).
- Famille: Loganiaceae
Synonymes
- Strychnos cerasifera Gilg (1895).
Noms vernaculaires
- Blue bitterberry, stipe-fruited strychnos, stipe-fruited monkey orange (En).
Origine et répartition géographique
Strychnos usambarensis est présent de la Guinée au Nigeria, et du Congo jusqu’au Kenya et à l’Afrique du Sud.
Usages
Les Banyambos du Rwanda et de la Tanzanie utilisent l’écorce de racine et les feuilles de Strychnos usambarensis pour produire du poison de flèche, parfois en association avec d’autres plantes. En R.D. du Congo, les Nduyes mélangent la racine en poudre avec de l’eau et en mettent sur le museau des chiens de chasse pour améliorer leur flair.
En R.D. du Congo et à l’ouest du Kenya, le bois est employé à la construction des maisons.
Propriétés
Strychnos usambarensis est l’espèce de Strychnos qui a donné lieu au plus grand nombre de recherches : plus de 60 alcaloïdes indoliques ont été isolés. Ceux qui ont été identifiés jusqu’à maintenant sont avant tout des alcaloïdes indoliques terpénoïdes dimères. En outre, l’écorce de racine contient des alcaloïdes tertiaires et plusieurs importants alcaloïdes quaternaires, ainsi que des bases d’anhydronium. Parmi celles-ci se trouvent les alcaloïdes de la classe de la rétuline, la C-dihydrotoxiférine, la C-curarine et la C-calebassine, ainsi que la C-fluorocurarine monomère, qui sont aussi les principes actifs du curare en calebasse obtenu à partir des Strychnos spp. sud-américains. L’écorce de racine de Strychnos usambarensis contient également de l’afrocurarine (composé moins actif), de l’akagérine (alcaloïde tétracyclique monomère), de l’harmane et de la mélinonine F (alcaloïdes non terpénoïdes), ainsi que de la malindine et de l’isomalindine (alcaloïdes monoquaternaires qui appartiennent au groupe des alcaloïdes triazotés). Quatre alcaloïdes des racines, des usambarensines dimères, font partie de la classe des corynanthéanes.
Les alcaloïdes des feuilles font tous partie de la classe des corynanthéanes et appartiennent au groupe des usambarines et à celui des oxindoles dimères. Le principal composé des feuilles est un oxindole, la strychnofoline. Hormis les alcaloïdes également connus chez d’autres espèces, les feuilles de Strychnos usambarensis contiennent quelques rares alcaloïdes comportant 5 atomes d’azote tels que la strychnopentamine et ses dérivés chrysopentamine et isostrychnopentamine, ainsi qu’un oxindole, la strychnophylline.
L’effet paralysant musculaire, analogue à celui du curare, de l’écorce de racine de Strychnos usambarensis est le fait des alcaloïdes quaternaires, qui bloquent l’excitation des muscles squelettiques. Cet effet peut être antagonisé par l’acétylcholine. A forte dose, ces alcaloïdes ont une série d’effets secondaires : baisse de la tension artérielle, blocage du nerf pneumogastrique, modification du rythme cardiaque et de la fréquence respiratoire. La malindine a aussi une forte activité relaxante musculaire, qui n’est pas antagonisée par l’acétylcholine et qui n’est pas du type curare. L’akagérine et ses dérivés sont de puissants agents convulsifs, mais cent fois moins actifs que la strychnine. Les usambarensines sont sans effet paralysant sur les muscles squelettiques, mais elles ont une activité analogue à celle de l’atropine et une activité spasmolytique sur les muscles lisses. L’harmane produit un enrichissement des amines biogènes tels que la sérotonine dans le cerveau. A petite dose, elle provoque des hallucinations, et à forte dose des convulsions et une paralysie respiratoire. La strychnopentamine et la 5’,6’-dihydro-usambarensine ont manifesté une forte activité contre Plasmodium falciparum in vitro, mais elles sont restées sans effet contre Plasmodium berghei in vivo. Mais l’isostrychnopentamine a une intéressante activité antiplasmodique, aussi bien in vitro sur différentes souches résistantes ou sensibles à la chloroquine de Plasmodium falciparum que in vivo contre des souches de Plasmodium berghei et Plasmodium vinckei infectant des rongeurs et sensibles à la chloroquine. L’usambarine, l’usambarensine et la 18,19-dihydro-usambarine se sont avérées peu actives contre Plasmodium falciparum in vitro, mais extrêmement actives contre Entamoeba histolytica in vitro. L’akagérine n’a qu’une faible activité antiprotozoaire. L’usambarensine et la 5’,6’-dihydro-usambarensine sont actives contre les bactéries gram-positives Staphylococcus aureus, Bacillus subtilis et Mycobacterium smegmatis. L’harmane n’a montré aucune activité antimicrobienne. Nombre des alcaloïdes de Strychnos usambarensis ont manifesté une toxicité considérable sur toutes sortes de lignées de tumeurs. Un extrait au chloroforme des feuilles de Strychnos usambarensis est actif contre la leucémie lymphatique P-388 chez des souris in vivo. Ce sont surtout la strychnopentamine, la chrysopentamine et l’isostrychnopentamine qui sont considérées comme des agents anticancéreux potentiels. Les alcaloïdes du curare ont joué un rôle important dans la réduction des risques liés à l’anesthésie, puisque des quantités de produit anesthésiant bien plus faibles sont nécessaires. Ce sont des médicaments qui ont permis d’arriver à une bonne relaxation musculaire répondant à toutes sortes d’exigences cliniques. Certains alcaloïdes de Strychnos peuvent être synthétisés in vitro dans des cultures de tissus, mais la plupart des synthèses produisent un mélange de stéréoïsomères.
Falsifications et succédanés
Plusieurs autres espèces de plantes tropicales africaines telles que Strychnos icaja Baill., Acokanthera schimperi (A.DC.) Schweinf. et Strophanthus spp. peuvent remplacer Strychnos usambarensis pour produire du poison de flèche.
Description
Grande liane atteignant 70 m de long, grimpant grâce à des vrilles solitaires, ou arbuste à petit arbre atteignant 10(–15) m de haut ; tige atteignant 25 cm de diamètre ; écorce gris pâle, gris foncé ou gris-brun à taches plus sombres, lisse, écorce interne orange ; branches lenticellées, habituellement brun très foncé, souvent avec une peau pâle qui se fend et pèle, rameaux brun pâle, glabres ou brièvement poilus. Feuilles opposées, simples et entières ; stipules absentes ; pétiole de 2–6 mm de long, glabre ; limbe ovale à elliptique, de 3–8(–16) cm × 1–3,5(–7) cm, base cunéiforme à arrondie, apex acuminé, à 3–5 nervures partant de la base. Inflorescence : thyrse axillaire lâche à congestionné, solitaire ou groupés, de 1–2,5 cm de long, ne comportant que quelques fleurs. Fleurs bisexuées, régulières, 4–5-mères ; sépales fusionnés à la base, ovales à triangulaires, atteignant 1 mm de long ; tube de la corolle atteignant 1,5 mm de long, lobes oblongs à ovales ou triangulaires, d’environ 1 mm de long, aigus, recourbés juste sous la moitié, glabres ou finement poilus à l’extérieur, intérieur garni d’un anneau de poils dans la gorge, blancs, jaunes ou parfois oranges ; étamines insérées à la gorge de la corolle, exsertes ; ovaire supère, ovoïde, de 0,5–1 mm de long, glabre, 2-loculaire, style atteignant 1,5 mm de long, stigmate petit, capité ou parfois vaguement 2-lobé. Fruit : baie globuleuse de 1–2 cm de diamètre, souvent comprimée latéralement, molle, orange ou jaune orangé à maturité, souvent glauque, contenant 1 graine. Graines déprimées-globuleuses ou ellipsoïdes, de 9–12 mm × 7–11 mm × 5–8 mm, à poils courts et denses, lisses.
Autres données botaniques
Le genre Strychnos comprend environ 200 espèces : une soixantaine d’espèces en Asie, 65 en Amérique et 75 en Afrique. Strychnos usambarensis appartient à la section Rouhamon.
Strychnos variabilis
Strychnos variabilis De Wild., présent au Congo et en R.D. du Congo, appartient également à cette section, et contient au moins 20 alcaloïdes indoliques. Des extraits à l’acétate d’éthyle et au méthanol de la racine ont montré une activité antipaludique significative in vitro.
Croissance et développement
Strychnos usambarensis est une espèce très adaptable, dont le port va de l’arbuste à la liane ou à l’arbre.
Ecologie
Strychnos usambarensis est présent dans la forêt pluviale des basses et des hautes terres, dans les forêts secondaires, dans les forêts-galeries et la brousse tant semi-sempervirente que sempervirente côtière, depuis le niveau de la mer jusqu’à 2000 m d’altitude.
Récolte
L’écorce de racine, l’écorce de tige et les feuilles destinées à être commercialisées se récoltent habituellement sur des plantes sauvages. La meilleure période de récolte se situe après la floraison.
Rendement
La teneur totale des feuilles en alcaloïdes est d’environ 1% du poids sec. Le rendement des feuilles en isostrychnopentamine est de 0,2% (g/g).
Traitement après récolte
L’écorce de racine, l’écorce de tige ou les feuilles sont généralement séchées pour être utilisées plus tard.
Ressources génétiques
Strychnos usambarensis est répandu et se rencontre dans de nombreux milieux ; il est donc peu probable qu’il soit menacé d’érosion génétique.
Perspectives
Strychnos usambarensis n’est pas utilisé à des fins médicinales en Afrique à cause de sa toxicité. Plusieurs de ses alcaloïdes ont des activités anticancéreuses et antipaludiques prometteuses, et un approfondissement des recherches sur les activités pharmacologiques des composés semble justifié.
Références principales
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Autres références
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Sources de l'illustration
- Leeuwenberg, A.J.M., 1969. The Loganiaceae of Africa 8. Strychnos 3. Revision of the African species with notes on the extra-African. Mededelingen Landbouwhogeschool Wageningen 69–1. Wageningen, Netherlands. 316 pp.
Auteur(s)
- N.S. Alvarez Cruz, Unidad de Medio Ambiente, Delegación del CITMA, Cor. Legon 268 / Henry Reeve y Carlos Roloff, Sancti Spiritus 60100, Cuba
Citation correcte de cet article
Alvarez Cruz, N.S., 2007. Strychnos usambarensis Gilg ex Engl. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 1 avril 2025.
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