Solanum tarderemotum (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Légume | |
Médicinal | |
Fourrage | |
Sécurité alimentaire | |
Solanum tarderemotum Bitter
- Protologue: Feddes Repert. 10 : 547 (1912).
- Famille: Solanaceae
- Nombre de chromosomes: 2n = 48
Synonymes
Solanum eldoretianum auct., Solanum eldoretii auct., Solanum nigrum auct. non L.
Noms vernaculaires
Morelle noire (Fr). Black nightshade, African nightshade, Eldorets nightshade (En). Erva moura (Po). Mnavu (Sw).
Origine et répartition géographique
Solanum tarderemotum est une espèce indigène de l’Afrique centrale et orientale. On la trouve en R.D. du Congo, au Rwanda, au Burundi, en Ethiopie, au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie. Il n’est connu comme légume cultivé que dans une région limitée des hautes terres des Provinces occidentale et centrale, de la vallée du Rift et des hautes terres du sud-ouest du Kenya, ainsi que dans le nord de la Tanzanie qui borde ces régions. Sa présence a récemment été confirmée dans la région du mont Meru en Tanzanie et des populations qui pourraient également appartenir à cette espèce ont été découvertes dans le sud -ouest de la Tanzanie. Il est possible que les types à fruits violets que l’on trouve à l’état sauvage soient les ancêtres des plantes cultivées, qui ont souvent des fruits verts et plus gros.
Usages
Les feuilles et jeunes pousses fines de Solanum tarderemotum sont cuites et utilisées comme épinard ou frites directement sans les faire bouillir, principalement pour accompagner l’aliment de base local. On enlève les fruits et on ajoute habituellement du lait aux feuilles bouillies qu’on laisse ainsi reposer la nuit afin de réduire l’amertume. Les feuilles peuvent être mélangées avec d’autres légumes-feuilles (par ex. l’amarante) pour les rendre plus appétissantes. Les types à fruits violets sont habituellement plus amers que ceux à fruits verts. Les enfants consomment souvent crus les fruits mûrs des types à fruits verts.
Des infusions de feuilles, de racines et de jeunes fruits sont utilisées à des fins médicinales pour traiter les ulcères du duodénum, les troubles de l’estomac, les furoncles, l’inflammation des glandes et les problèmes de dentition. On recommande Solanum tarderemotum cuit aux patients atteints de paludisme. Les plantes sont utilisées comme fourrage lorsqu’il n’y a pas de marché pour le produit frais.
Production et commerce international
Solanum tarderemotum était naguère surtout cultivé dans les jardins potagers en association avec d’autres légumes. On le récolte également dans la nature. Depuis peu, la demande s’est accrue pour ce produit, ce qui a conduit à développer une production commerciale. Sur les marchés locaux, les gens distinguent rarement cette espèce des autres espèces à feuilles de Solanum, que l’on appelle toutes “mnavu”. Il y a peu de données fiables concernant la production et les prix, mais Solanum tarderemotum a probablement dépassé Solanum villosum Mill. en tant que légume-feuilles le plus apprécié dans le genre Solanum au Kenya. Il y a parfois un commerce transfrontalier entre le Kenya et la Tanzanie. Le prix sur les marchés locaux est bas pendant la saison des pluies en avril et haut pendant la période chaude et sèche avant que la pluie revienne.
Propriétés
La composition des feuilles de Solanum tarderemotum est probablement comparable à celle d’autres légumes-feuilles vert foncé.
Falsifications et succédanés
Dans les mets, on peut remplacer Solanum tarderemotum par d’autres espèces de la section Solanum, par ex. Solanum americanum Mill., Solanum scabrum Mill. ou Solanum villosum Mill.
Description
Plante herbacée annuelle ou vivace à vie courte, jusqu’à 150 cm de haut, s’étalant souvent largement et à rameaux érigés ou prostrés, inerme ; tige étroitement ailée à ailes finement dentées, glabre ou peu pubescente, verte à violet-verdâtre avec des nœuds violacés. Feuilles disposées en spirale, parfois presque opposées, simples ; stipules absentes ; pétiole d’environ 2 cm de long, ailé ; limbe ovale à lancéolé, jusqu’à 10(–18) cm × 6(–7) cm, cunéiforme à la base et décurrent le long du pétiole, aigu à acuminé à l’apex, entier à ondulé, légèrement pubescent, vert pâle à vert moyen. Inflorescence : cyme racémiforme simple, extra-axillaire, à 7–12 fleurs ; pédoncule d’environ 2 cm de long. Fleurs bisexuées, régulières, 5-mères ; pédicelle de 3–8 mm de long, s’allongeant jusqu’à 10 mm chez le fruit ; calice en coupe, d’environ 3 mm de diamètre, jusqu’à 6 mm chez le fruit, à lobes lancéolés à ovales ou largement triangulaires, réfléchis ou adhérents chez le fruit ; corolle étoilée, de 6–11 mm de diamètre, blanche à violet pâle, à étoile basale jaune, à lobes de 3–6 mm × 1–2 mm ; étamines insérées sur le tube de la corolle, filets de 0,5–1 mm de long, avec des poils sur la face intérieure, anthères conniventes, de 1,5–2 mm de long, jaunes, s’ouvrant par des pores terminaux ; ovaire supère, style de 2–3 mm de long, velu à la partie inférieure, stigmate capité. Fruit : baie globuleuse de 4–6 mm de diamètre, vert pâle à violacée à maturité, terne, contenant de nombreuses graines. Graines lenticulaires, d’environ 1,5 mm de long. Plantule à germination épigée.
Autres données botaniques
Solanum tarderemotum appartient au sous-genre Solanum et à la section Solanum, précédemment connue comme la section Maurella, ou section ou sous-section Morella. Cette section compte actuellement environ 30 espèces dont 10–12 sont présentes en Afrique. Il faut encore mener des recherches afin de mieux comprendre les espèces et leur diversité au sein de la section Solanum. Solanum tarderemotum est proche de Solanum florulentum Bitter, sauf que cette dernière espèce a une inflorescence fourchue et composée d’un grand nombre de fleurs. On a nommé les plantes cultivées Solanum eldoretianum ou Solanum eldoretii dans la littérature, mais ces noms n’ont pas été validement publiés. Cependant, la section Solanum contient un certain nombre d’espèces qui sont très diversifiées, et il pourrait en être de même pour cette espèce. Ceci pourrait être le cas en particulier si elle a été cultivée depuis longtemps, ce qui semble le cas, contrairement à Solanum villosum, qui a probablement été mis en culture plus récemment. Solanum scabrum est une espèce diversifiée de façon similaire, qui a dû être cultivée depuis longtemps.
Croissance et développement
La germination a habituellement lieu au bout de 5–7 jours. La croissance initiale des plantes est rapide. La floraison débute lorsque les plantes ont environ 6 semaines, mais on peut poursuivre la récolte des feuilles au-delà. Lorsque la plante meurt après plusieurs mois, les paysans récoltent les fruits tombés au sol afin d’en extraire les graines pour la saison suivante.
Ecologie
On trouve Solanum tarderemotum se rencontre dans des habitats très divers, du niveau de la mer jusqu’à 3000 m d’altitude. Il semble tolérer des conditions plus sèches que les espèces proches Solanum villosum et Solanum scabrum. Il pousse bien dans des sols riches en N et P, à forte teneur en matière organique. On a signalé qu’il pousse à l’état sauvage dans des zones perturbées ou comme adventice sur des terres agricoles, probablement souvent comme plante échappée de cultures.
Multiplication et plantation
La plupart des paysans produisent leurs propres semences plutôt que de les acheter au marché. La germination des graines peut parfois poser problème à cause d’une vigueur réduite due à une mauvaise extraction des graines et donc une mauvaise élimination des sucres et des inhibiteurs de germination présents dans les fruits. Cette germination problématique peut aussi être due au fait que les graines n’ont pas été bien séchées et entreposées, ou qu’elles sont dormantes. Les graines peuvent rester viables pendant plusieurs années lorsqu’on les maintient dans un lieu sec et frais.
On sème couramment les graines en pépinière et on repique les plants lorsqu’ils font 10–15 cm de haut et ont au moins 5 vraies feuilles. De nombreux producteurs mélangent les minuscules graines avec de la terre fine, des cendres ou du fumier sec avant le semis. Les planches de semis sont paillées, et on les irrigue chaque jour. Lorsqu’il est disponible, on incorpore du fumier de ferme bien fait dans les planches, car cela donne de meilleurs résultats que lorsqu’on ne met que de l’engrais. La plupart des paysans plantent au hasard avec un écartement entre les plantes de 15–20 cm. D’autres paysans plantent en lignes avec un espacement de 10–12 cm sur la ligne et de 30–45 cm entre les lignes. L’espacement est habituellement plus large pendant la saison des pluies que pendant la saison sèche.
Gestion
On maintient les parcelles propres grâce au binage, mais ceci devient superflu lorsque la canopée se referme. Les paysans dans l’ouest du Kenya pulvérisent souvent des solutions liquides contenant des macro- et des micronutriments sur les feuilles. Lorsque celles-ci ne sont pas disponibles, une apport superficiel d’engrais azoté est effectué après chaque récolte. Ces apports réguliers d’engrais permettent au paysan de rallonger considérablement la période de récolte. Il faut irriguer pendant la saison sèche et c’est souvent le facteur limitant pour la production. On recommande une rotation des cultures avec par ex. du maïs ou de l’amarante pour lutter contre les nématodes.
Maladies et ravageurs
Solanum tarderemotum semble être plus sensible aux maladies que Solanum scabrum et Solanum villosum. Le flétrissement bactérien (Ralstonia solanacearum) et le champignon Cladosporium oxysporum sont les maladies principales, mais plusieurs autres maladies fongiques peuvent également être constatées telles que le mildiou (Phytophthora infestans), qui peuvent devenir problématiques lorsque les paysans continuent de planter densément pendant la saison des pluies. Certains paysans utilisent un fongicide, par ex. un mélange Ridomil-cuivre, pour lutter contre les maladies. Les principaux ravageurs sont les pucerons noirs (Aphis fabae), les altises (Epilachna hirta), les vers gris et les nématodes. On lutte parfois contre les pucerons, les altises et les vers gris avec des produits chimiques.
Récolte
On commence à récolter les jeunes pousses de 10–15 cm de long 3–4 semaines après le repiquage ou 5–6 semaines après le semis. La méthode préférée est la culture de repousses : la pousse principale est alors cueillie lors de la première récolte, permettant à des pousses latérales de se développer. Les récoltes suivantes sont effectuées à intervalles de 1–2 semaines pendant les 8–12 semaines qui suivent. La période de récolte pour une culture en saison des pluies sans fertilisation supplémentaire est de 4–6 semaines, mais on peut récolter une culture bien conduite pendant 4 mois. La récolte régulière des jeunes pousses donne une période végétative prolongée, alors que des plantes non récoltées peuvent fleurir dès 8 semaines après la levée.
Rendement
La taille moyenne d’une parcelle est d’environ 1000 m2, et la première récolte y sera d’environ 7 sacs de 90 kg, l’équivalent de 6 t/ha. La seconde récolte peut donner 11 t/ha, la troisième 14 t/ha ou plus. La récolte à intervalles d’environ 2 semaines peut se poursuivre pendant 3 mois ou plus tant que l’on assure une lutte adéquate contre les ravageurs et les maladies, et une fertilisation et une irrigation régulières. Les paysans peuvent donc obtenir jusqu’à 80 t/ha, mais ceux qui n’utilisent pas ces intrants peuvent s’attendre à un rendement moyen cumulé de feuilles par saison de 12–20 t/ha.
Traitement après récolte
Les pousses récoltées de Solanum tarderemotum sont très périssables et doivent être vendues aussi vite que possible avant qu’elles ne se fanent. Le meilleur moment pour récolter est soit tard dans l’après-midi pour une commercialisation le jour suivant, ou en début de matinée pour une vente le jour même. Les pousses peuvent être trempées dans l’eau pour les maintenir fraîches, mais elles sont le plus souvent emballées dans des feuilles de polyéthylène ou des feuilles de bananier en petites bottes pour les tenir au frais quelques temps.
Ressources génétiques
Au Kenya, des ressources génétiques de Solanum tarderemotum sont conservées à l’université de Maseno. D’autres collections, maintenues au National Seedbank et à l’université de Nairobi, ne sont pas correctement étiquetées et représentent les 4–5 espèces de morelles à feuilles comestibles connues au Kenya. Quelques entrées sont également maintenues au jardin botanique et expérimental de l’université de Nimègue (Pays -Bas). La plus grande diversité génétique est maintenue chez les communautés qui se servent de Solanum tarderemotum comme légume. Il est nécessaire de collecter, d’étudier et de documenter les aspects ethnobotaniques, agronomiques et écologiques de cette espèce et d’effectuer davantage d’enquêtes pour avoir une vision plus complète de sa répartition dans toute Afrique de l’Est.
Sélection
Parmi les caractéristiques à rechercher et à améliorer, on doit absolument inclure la tolérance aux maladies et une meilleure aptitude à la conservation du produit. Actuellement, on ne connaît aucun effort en cours pour améliorer Solanum tarderemotum.
Perspectives
Compte tenu de l’augmentation récemment observée de l’intérêt pour les légumes indigènes d’Afrique de l’Est, et du fait qu’il est déjà apprécié par certaines communautés, il y a de bonnes perspectives pour que Solanum tarderemotum devienne un légume-feuilles économiquement important dans les régions d’altitude moyenne ainsi que sur les hautes terres. Des travaux de biosystématique sur Solanum tarderemotum et sur les espèces voisines du complexe Solanum nigrum sont nécessaires pour comprendre les relations entre les plantes sauvages et cultivées et pour mettre en place une nomenclature scientifique claire et efficace.
Références principales
- Bukenya-Ziraba, R. & Carasco, J.F., 1995. Solanum (Solanaceae) in Uganda. Bothalia 25(1): 43–59.
- Edmonds, J.M., 1977. Taxonomic studies on Solanum section Solanum (Maurella). Botanical Journal of the Linnean Society 75: 141–178.
- Edmonds, J.M. & Chweya, J.A., 1997. Black nightshades. Solanum nigrum L. and related species. Promoting the conservation and use of underutilized and neglected crops 15. Institute of Plant Genetics and Crop Plant Research, Gatersleben, Germany/International Plant Genetic Resources Institute, Rome, Italy. 113 pp.
- Gray, J.M., 1968. The taxonomy of the Morella section of the genus Solanum L. within South America. PhD thesis, University of Birmingham, United Kingdom.
- Schippers, R.R., 2002. African indigenous vegetables, an overview of the cultivated species 2002. Revised edition on CD-ROM. National Resources International Limited, Aylesford, United Kingdom.
Autres références
- Bukenya-Ziraba, R. & Carasco, J.F., 1999. Ethnobotanical aspects of Solanum L. (Solanaceae) in Uganda. In: Nee, M., Symon, D.E., Lester, R.N. & Jessop, J.P. (Editors). Solanaceae 4: Advances in biology and utilization. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. pp. 345–360.
- Chirchir, J.K., 2001. Survey of Solanum species in the highland regions of central and western Kenya, 31 May–4 June 2001. KENRIK, National Museums, Kenya.
- Imbumi, M., 2001. Cultivation of Solanum eldoretti in Kisii-Kilgoris areas of Western Kenya. Records of a field trip during a workshop on indigenous vegetables held at Maseno from 14–16 August 2001, organised by the Kenyan Ministry of Agriculture and by DFID/ASSC project No ZX0099.
- Mwai, G.N., 2001. Preliminary report on collaborative taxonomic study of the African nightshades (Solanum L. section Solanum) at the Botanical Garden. University of Nijmegen, Netherlands.
- Mwai, G.N., 2002. Collection of Solanum leafy vegetables germplasm in the Western Kenya region. Student report for Nijmegen University, Netherlands.
- Onyango, M.A., 1993. Effect of plant density and harvesting frequency on the yield and vegetable quality of four variants of black nightshade (Solanum nigrum L.). MSc thesis, University of Nairobi, Kenya.
- Schippers, R.R., 2002. The Solanum nigrum complex in East Africa. Progress report for IPGRI's African Leafy Vegetables Programme.
- West, C.E., Pepping, F. & Temaliwa, C.R. (Editors), 1988. The composition of foods commonly eaten in East Africa. Wageningen Agricultural University, Netherlands. 84 pp.
Sources de l'illustration
Auteur(s)
- G.N. Mwai
Department of Botany, Maseno University, Kenya, P.O. Box 333, Maseno, Kenya
- R.R. Schippers
De Boeier 7, 3742 GD Baarn, Netherlands
Consulté le 3 avril 2025.
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