Solanum anguivi (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Légume | |
Médicinal | |
Ornemental | |
Sécurité alimentaire | |
Solanum anguivi Lam.
- Protologue: Tabl. encycl. 2 : 23 (1794).
- Famille: Solanaceae
- Nombre de chromosomes: 2n = 24
Synonymes
Solanum distichum Schumach. & Thonn. (1827), Solanum indicum auct. non L., Solanum anomalum auct. non Thonn.
Noms vernaculaires
Origine et répartition géographique
Solanum anguivi est originaire d’Afrique et largement répartie sur le continent africain et ses îles voisines ainsi qu’en Arabie. Elle a été signalée en Afrique de l’Ouest, aussi bien qu’en Afrique centrale, Afrique de l’Est, Afrique australe et Madagascar, mais elle est probablement présente dans les régions non arides de toute l’Afrique tropicale. Elle croît le plus souvent à l’état sauvage, mais elle est parfois un légume semi-cultivé, comme en Ouganda et en Côte d’Ivoire.
Usages
Les fruits verts de Solanum anguivi sont récoltés et consommés comme légume. Au Ghana, ils sont consommés comme amuse-gueule. Au Cameroun, les petits fruits amers sont un ingrédient important d’un plat appelé “nkwi”. Les fruits sont utilisés frais ou séchés et moulus comme remède contre l’hypertension artérielle. Dans les jardins, les plantes avec leurs masses de baies rouges sont appréciées pour leur valeur ornementale.
Production et commerce international
Les fruits de Solanum anguivi sont vendus sur les marchés locaux. Comme ils sont ramassés dans la nature ou semi-cultivés au jardin, les données sur leur production ou leur commerce ne sont pas disponibles.
Propriétés
La valeur nutritionnelle des fruits de Solanum anguivi n’est pas connue, mais elle est probablement comparable à celle des fruits de l’espèce apparentée, Solanum aethiopicum L. La solamargine et deux glyco-alcaloïdes stéroïdiens, l’anguivine et l’isoanguivine, ont été isolés des racines, et trois hétérosides stéroïdiens (anguiviosides A–C) des fruits.
Falsifications et succédanés
Comme médicament contre l’hypertension artérielle, elle peut être remplacée par les fruits séchés de l’aubergine écarlate (Solanum aethiopicum groupe Shum).
Description
Arbuste jusqu’à 3 m de haut avec des rameaux étalés ; tige souvent épineuse, munie de petits poils étoilés sessiles à 4–8 branches. Feuilles alternes, simples ; stipules absentes ; pétiole de 2–6 cm de long, densément couvert de poils étoilés ; limbe elliptique-ovale, de 10–20 cm × 5–10 cm, sinueux à distinctement lobé, avec 2–4 paires de lobes de 2–3 cm de long, à base oblique, cunéiforme ou parfois tronquée ou subcordée, apex aigu à obtus, avec sur les deux faces des poils étoilés plus ou moins sessiles à 6–10 branches plus ou moins égales. Inflorescence : cyme racémiforme, extra-axillaire, à 5–15 fleurs, ou parfois fleurs solitaires. Fleurs habituellement bisexuées, régulières, habituellement 5-mères ; fleurs distales parfois à style court et fonctionnellement mâles ; pédicelle de 4–15 mm de long ; calice densément poilu, à lobes d’environ 3 mm de long ; corolle étoilée, de 6–12 mm de diamètre, blanche, parfois avec des veines violet pâle sur la face extérieure, à poils étoilés à l’extérieur, plus ou moins glabre à l’intérieur ; étamines alternes avec les lobes de la corolle, à filets courts et épais, anthères conniventes, jaunes, s’ouvrant par des pores terminaux ; ovaire supère, 2–6-loculaire, style à peu près aussi long que les étamines, stigmate petit. Fruit : baie subglobuleuse de 7–18 mm de diamètre, lisse, verte ou blanche au stade jeune, rouge à maturité, en grappes pouvant atteindre 20 fruits ; pédoncule de 8–15 mm de long, habituellement érigé, parfois recourbé. Graines subréniformes, de 2–3 mm de long. Plantule à germination épigée ; cotylédons minces, foliacés.
Autres données botaniques
Solanum anguivi est une espèce variable. Elle présente une énorme variation au niveau de sa spinescence, de sa pubescence et de son inflorescence. Cette variation est probablement due en partie à la domestication et à la sélection. Il s’est produit une évolution depuis des types épineux, à nombreuses fleurs et à petits fruits vers des types sans épines, à peu de fleurs et à gros fruits. Les plantes entièrement sauvages ou adventices présentent des feuilles et des tiges très épineuses ; de telles plantes sont habituellement éliminées au désherbage et ne se trouvent donc pas dans les jardins. Solanum anguivi se trouve souvent à l’état semi-cultivé. Elle est dispersée par les oiseaux, qui laissent tomber les graines après s’être nourris des baies.
Plusieurs sous-espèces et variétés de Solanum anguivi ont été distinguées. Solanum anguivi est très probablement l’ancêtre sauvage de l’aubergine écarlate (Solanum aethiopicum L.), couramment cultivée en Afrique tropicale, peut-être via Solanum distichum Schumach. & Thonn, taxon semi-domestiqué qui est considéré ici comme faisant partie de Solanum anguivi, et qui peut aussi bien être traité comme un groupe de cultivars. Solanum anguivi se croise avec tous les groupes appartenant au complexe Solanum aethiopicum, et le groupe entier peut être considéré comme une seule espèce biologique. Les plantes hybrides F1 sont cependant moins fertiles, et les différences morphologiques sont considérables ; c’est pourquoi elles sont considérées ici comme deux espèces distinctes. Parfois, Solanum anguivi est confondue avec Solanum torvum Sw., qui possède de plus grandes grappes de fruits.
Croissance et développement
La floraison débute 2–3 mois après la germination. Les fleurs s’ouvrent tôt le matin lorsqu’il fait encore nuit. Solanum anguivi est principalement autogame, mais une pollinisation croisée peut survenir par l’intermédiaire des abeilles. Le stigmate est réceptif quelques heures avant que les fleurs ne s’ouvrent et reste réceptif pendant environ deux jours. La plupart des plantes vivent pendant une saison des pluies et meurent à la saison sèche, mais on peut parfois trouver de grandes plantes d’environ deux ans d’âge.
Ecologie
Solanum anguivi préfère des milieux relativement humides, et est rare en milieux arides. Habituellement, on la trouve comme adventice dans les jardins et les terrains perturbés. Des types primitifs très épineux et poilus se rencontrent dans des milieux forestiers, allant de la forêt primaire à la forêt légèrement perturbée.
Multiplication et plantation
Les graines sont souvent dispersées par les oiseaux dans les champs où les plantes poussent comme adventices, mais ces plantes sont souvent épargnées par les paysans qui en cueillent et consomment les fruits. La levée de la plantule intervient une semaine environ après le semis. Dans les jardins, les plantes sont espacées à 100–150 cm de distance pour permettre une ramification horizontale vigoureuse. L’espacement peut être plus large si on laisse quelques plantes pousser dans le jardin parmi d’autres cultures.
Gestion
Comme les quelques plantes se trouvent normalement isolées dans d’autres cultures, il n’y a pas de technique spéciale de conduite de Solanum anguivi. Parfois, quelques rameaux sont taillés pour empêcher la plante de devenir trop buissonnante. La culture est rarement pratiquée, mais on peut employer les mêmes pratiques culturales que pour Solanum aethiopicum.
Maladies et ravageurs
Solanum anguivi est sensible à la rouille Puccinia substriata var. indica, mais en général, elle récupère bien et est très résistante aux maladies et ravageurs qui affectent de nombreuses autres espèces de Solanum, comme le flétrissement bactérien.
Récolte
La récolte des fruits commence 2,5–3 mois après l’installation de la plante. Les fruits sont bons à cueillir 2–3 semaines après la nouaison, c’est-à-dire quand ils ont atteint une taille raisonnable mais qu’ils sont toujours immatures et verts. Seule la quantité nécessaire pour la consommation immédiate est cueillie. La plante continue à produire pendant un an ou plus. Lorsqu’on a besoin de semences, on laisse les fruits mûrir complètement et ils virent alors à la couleur rouge-orange, soit environ 4–6 semaines après la nouaison.
Rendement
Une plante donne par mois plusieurs poignées de fruits de la taille du pois.
Traitement après récolte
Les fruits frais de Solanum anguivi sont facilement transportables et peuvent se garder dans de bonnes conditions pendant un certain temps, en particulier à l’ombre ou dans un endroit frais. Pour les conserver, on peut les sécher au soleil après cuisson. Les fruits séchés sont réduits en poudre et ajoutés à la soupe lorsque le besoin s’en fait sentir.
Ressources génétiques
Comme c’est une espèce surtout adventice et largement répartie en Afrique, Solanum anguivi n’est pas menacée. Les paysans maintiennent l’espèce en épargnant les types désirés dans leurs champs lors du désherbage. Plus de 50 échantillons de Solanum anguivi récoltés dans les années 1980 ont été conservés à l’Université de Birmingham (Royaume-Uni), mais la plupart du matériel a été repris par l’Université de Nimègue (Pays-Bas).
Sélection
Aucune amélioration génétique de Solanum anguivi n’a été signalée. Cependant elle a été utilisée dans la sélection d’autres espèces. En Ouganda, Solanum anguivi a été croisée avec Solanum aethiopicum pour obtenir des générations F1, F2, BC1 et BC2 pour évaluer 15 caractères quantitatifs et qualitatifs. Des niveaux élevés de vigueur hybride ont été détectés au niveau de la date de récolte, du nombre de fruits par plante, de la taille du fruit et de son poids, et de l’indice foliaire. Des caractères tels que pédoncule charnu et fermement attaché ou bien pédoncule fin et facilement enlevé, couleur verte ou blanche des fruits immatures, et présence ou absence d’épines se sont révélés être d’hérédité monogénique.
Perspectives
Solanum anguivi est un légume indigène semi-domestiqué intéressant dans de nombreuses régions, et qui a le potentiel pour devenir un légume cultivé pour le marché. La sélection pour le port de la plante, la précocité, la qualité du fruit et le rendement mérite l’attention.
Solanum anguivi est un géniteur potentiel dans des programmes de sélection destinés à améliorer la résistance de Solanum aethiopicum aux maladies, par ex. au flétrissement bactérien (Ralstonia solanacearum), et à accroître le nombre de fruits par infrutescence.
Références principales
- Bukenya-Ziraba, R., 1980. Studies in the taxonomy of Solanum L. in southern Ghana. MSc thesis. University of Ghana, Ghana. 194 pp.
- Bukenya-Ziraba, R., 1993. Studies in the taxonomy of genus Solanum in Uganda. PhD thesis. Makerere University, Kampala, Uganda. 456 pp.
- Schippers, R.R., 2000. African indigenous vegetables. An overview of the cultivated species. Natural Resources Institute/ACP-EU Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation, Chatham, United Kingdom. 214 pp.
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Autres références
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- Anaso, H.U., Okerere, G.U. & Uzo, J.O., 1990. Breeding for high yield of berries and improved yield attributes in Solanum aethiopicum L. Tropical Agriculture 67(4): 371–375.
- Bitter, G., 1923. Solana Africana 4. Feddes Repertorium, Beihefte, 16: 1–320.
- Bukenya-Ziraba, R. & Carasco, J.F., 1999. Ethnobotanical aspects of Solanum L. (Solanaceae) in Uganda. In: Nee, M., Symon, D.E., Lester, R.N. & Jessop, J.P. (Editors). Solanaceae 4: Advances in biology and utilization. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. pp. 345–360.
- Bukenya-Ziraba, R. & Hall, J.B., 1988. Solanum (Solanaceae) in Ghana. Bothalia 18(1): 79–88.
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- Lester, R.N., Jaeger, P.M.L., Bleijendaal-Spierings, B.H.M., Bleijendaal, H.P.O. & Holloway, H.L.O., 1990. African eggplants - a review of collecting in West Africa. Plant Genetic Resources Newsletter 81/82: 17–26.
- Leung, W.-T.W., Busson, F. & Jardin, C., 1968. Food composition table for use in Africa. FAO, Rome, Italy. 306 pp.
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- USDA, ARS & National Genetic Resources Program, 2001. Germplasm Resources Information Network - (GRIN). [Internet] National Germplasm Resources Laboratory, Beltsville, Maryland, United States. http://www.ars-grin.gov/. June 2003.
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- Zhu, X.H., Ikeda, T. & Nohara, T., 2000. Studies on the constituents of solanaceous plants. 46. Steroidal glycosides from the fruits of Solanum anguivi. Chemical and Pharmaceutical Bulletin 48(4): 568–570.
Sources de l'illustration
- Nabakooza, J., 2003. Illustration Solanum anguivi. Unpublished.
Auteur(s)
- R. Bukenya-Ziraba
Department of Botany, Makerere University, P.O. Box 7062, Kampala, Uganda
Consulté le 23 décembre 2024.
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