Solanum aculeatissimum (PROTA)
Introduction |
Solanum aculeatissimum Jacq.
- Protologue: Icon. pl. rar. 1: 5, pl. 41 (1781).
- Famille: Solanaceae
- Nombre de chromosomes: 2n = 24
Synonymes
- Solanum khasianum C.B.Clarke (1883),
- Solanum angustispinosum De Wild. (1914).
Noms vernaculaires
- Pomme d’amour (Fr).
- Cockroach berry, love apple, devil’s apple, soda-apple nightshade (En).
- Unisca, jurubeba, gogoia (Po).
Origine et répartition géographique
Solanum aculeatissimum est originaire du Brésil. Il a été introduit en Afrique il y a des siècles et on le trouve aujourd’hui dans toute l’Afrique tropicale, mais pas encore sur les îles de l’océan Indien. En Asie, il est également très répandu.
Usages
Au Liberia et au Nigeria, la décoction de fruits de Solanum aculeatissimum est administrée en lavement pour soigner la constipation. En R.D. du Congo, on broie les feuilles chaudes dans de l’eau et on administre l’extrait en lavement comme abortif ou purgatif. En Ouganda, le jus des fruits sert en collyre pour traiter le trachome, et celui des fruits grillés se prend pour déclencher l’accouchement. Les fruits ont la réputation d’être toxiques et la plante est utilisée en sorcellerie. Au Kenya, le jus des feuilles et du fruit est appliqué sur les verrues. En Afrique du Sud, la racine se prend en décoction pour soigner les douleurs dorsales et l’impuissance masculine, et la macération de racine pour traiter les morsures de serpent ; la fumée de fruits en train de se consumer s’inhale pour soigner les maux de dents, le fruit pressé contre le front sert à remédier aux maux de tête, et s’il est pressé sur la peau à soigner les infections cutanées. L’extrait de racine se prend comme purgatif et pour arrêter les flatulences. Les racines et les fruits sont des ingrédients de potions pour traiter la toux et la dysménorrhée. En Chine, la plante sert à traiter la bronchite et les rhumatismes. Aucun cas d’empoisonnement n’est signalé pour le bétail pâturant en liberté, mais si on l’oblige à manger des fruits, mûrs ou verts, il en meurt. A Porto Rico, on appâte les blattes avec des tranches de fruit.
En Asie, Solanum aculeatissimum sert de porte-greffe pour la tomate et l’aubergine.
Propriétés
La solasonine est le principal glycoalcaloïde des feuilles, des tiges, des fruits et des graines de Solanum aculeatissimum, et les alcaloïdes secondaires isolés sont la solamargine, la solanine et la solasodine. C’est dans les graines que l’on trouve la plus forte concentration d’alcaloïdes (4,4%). Les fruits mûrs ont une teneur en solasodine de 2,8–3,8%. Ils contiennent en outre des stéroïdes : la diosgénine, le β-sitostérol et le lanostérol. Les racines contiennent des saponines stéroïdiques, l’aculéatiside A et B, qui sont des précurseurs d’hormones stéroïdes. Les racines contiennent de la solasodine et de l’aculéatiside B en grandes quantités (3,8% et 3,0% respectivement).
L’extrait à l’éthanol des feuilles inhibe la germination de spores de l’alternariose du chou (Alternaria brassicicola). Des extraits de feuilles et de fruits ont démontré leur efficacité comme répulsif, mais non comme insecticide, sur le puceron cendré du chou (Brevicoryne brassicae).
La production in vitro des saponines stéroïdiques présente un intérêt économique ; elle a donné lieu à des études approfondies et des protocoles ont été mis au point.
Description
Plante herbacée vivace ou petit arbuste atteignant 120(–200) m de haut ; tiges densément couvertes d’aiguillons jaunâtres minces atteignant 18 mm de long, poils généralement simples, certains étoilés. Feuilles alternes, simples ; stipules absentes ; pétiole de 1–9,5 cm de long ; limbe largement ovale, de 2,5–16 cm × 2,5–19 cm, base inégale, cunéiforme à cordée, apex habituellement aigu, bord grossièrement denté ou plus ou moins profondément lobé, aiguillons présents sur les nervures principales. Inflorescence : cyme, insérée au-dessus de l’aisselle des feuilles, de 2–3,5 cm de long, à 2–7 fleurs. Fleurs bisexuées ou fonctionnellement mâles, régulières, 5(–6)-mères ; calice campanulé ou en coupe, de 4–10 mm de diamètre, lobes inégaux, triangulaires, acuminés, réfléchis ; corolle étoilée, atteignant 22 mm de diamètre, blanche à mauve ou violette ; étamines alternes avec les lobes de la corolle, filets de 1–2 mm de long, anthères lancéolées, d’environ 6 mm de long, s’ouvrant par des pores apicaux ; ovaire supère, à glandes stipitées et à courts poils près de la base, style glabre, de 6–10 mm de long. Fruit : baie globuleuse de 2–3 cm de diamètre, glabre, verte marbrée de blanc ou d’ivoire, jaunâtre à maturité, contenant de nombreuses graines. Graines ovoïdes, comprimées, de 2,5–4,5 mm de diamètre, bord épaissi. Plantule à germination épigée ; cotylédons fins, foliacés.
Autres données botaniques
Le genre Solanum comprend environ 1000 espèces et a une répartition cosmopolite, sauf dans les milieux boréaux, alpins et aquatiques. On en trouve environ 110 espèces en Afrique tropicale. Le principal centre de diversité est situé en Amérique du Sud et en Amérique centrale, avec des centres secondaires en Afrique et en Australie. Solanum a été subdivisé en 7 sous-genres et en nombreuses sections et séries.
La section Acanthophora du sous-genre Leptostemonum, à laquelle appartient Solanum aculeatissimum, comprend une vingtaine d’espèces, toutes originaires d’Amérique tropicale. Le nom Solanum aculeatissimum est parfois attribué à tort à Solanum capsicoides All., espèce originaire de la région côtière du Brésil. Solanum capsicoides est relativement répandu dans les Caraïbes et ses fruits sont utilisés pour faire du jus. Il est également introduit en Afrique tropicale comme plante ornementale. Le synonyme Solanum khasianum reste souvent utilisé dans les publications scientifiques en Inde, mais à ce titre il désigne souvent par erreur Solanum viarum Dunal, autre espèce de la section Acanthophora. Des observations morphologiques ont permis de conclure que Solanum aculeatissimum, Solanum viarum et Solanum myriacanthum Dunal sont étroitement apparentés et les études moléculaires indiquent qu’ils appartiennent à un complexe d’hybrides. Les erreurs dans l’identification de Solanum macrocarpon L. (synonyme : Solanum dasyphyllum Schumach. & Thonn.) constituent une autre source de confusion, probablement surtout en Afrique de l’Ouest.
Croissance et développement
En Afrique de l’Est, Solanum aculeatissimum fleurit d’octobre à février, en R.D. du Congo toute l’année et en Afrique du Sud de novembre à mars.
Ecologie
Solanum aculeatissimum est présent dans les milieux ouverts et perturbés, par ex. au bord des routes, dans les clairières de forêts, et comme adventice dans les pâturages, les terres agricoles et les plantations forestières, depuis le niveau de la mer jusqu’à 2400 m d’altitude.
Multiplication et plantation
Solanum aculeatissimum se multiplie facilement par graines ou par boutures de tiges. On peut produire des pousses à partir d’explants de feuille et de nœuds de tige sur un milieu de Murashige et Skoog enrichi en cytokinines.
Gestion
La culture commerciale de Solanum aculeatissimum n’a pas été tentée en Afrique tropicale. En Asie, il sert de porte-greffe à la tomate et à l’aubergine, aussi bien dans les systèmes traditionnels que les cultures hors-sol.
Maladies et ravageurs
Solanum aculeatissimum est l’hôte du virus de l’enroulement de la pomme de terre (PLRV). Il est très sensible aux nématodes à galles (Meloidogyne spp.).
Récolte
Dans une production en grande culture au Japon, le poids sec de ses racines avait atteint son maximum en novembre et contenait plus de 10% de saponines stéroïdiques.
Ressources génétiques
Au Brésil, il faudrait se pencher sur la diversité génétique de Solanum aculeatissimum, eu égard à sa teneur en alcaloïdes. Les spécimens cultivés dans les jardins botaniques d’Europe sont très homogènes et descendent probablement d’une introduction unique issue d’Afrique du Sud.
Sélection
Solanum aculeatissimum offre une haute résistance à la verticilliose (Verticillium dahliae), caractéristique qu’il serait utile d’introduire dans l’aubergine (Solanum melongena L.) et l’aubergine gboma (Solanum macrocarpon L.) ; il arrive que les croisements de Solanum aculeatissimum avec ces 2 espèces réussissent, mais ils donnent parfois des graines stériles.
Perspectives
Les perspectives de la culture de Solanum aculeatissimum en vue de l’extraction de saponines stéroïdiques nécessitent des études plus poussées. L’évaluation du potentiel de Solanum aculeatissimum se heurte à l’important problème de sa confusion très fréquente dans la littérature avec plusieurs autres espèces de Solanum.
Références principales
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Sources de l'illustration
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- Welman, W.G., 2003. The genus Solanum (Solanaceae) in southern Africa: subgenus Leptostemonum, the introduced sections Acanthophora and Torva. Bothalia 33(1): 1–18.
Auteur(s)
- M.J. Nicholson, Plants for Life, P.O. Box 617, Limuru, Kenya
Citation correcte de cet article
Nicholson, M.J., 2008. Solanum aculeatissimum Jacq. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 31 mars 2025.
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