Rheum × hybridum (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Légume | |
Médicinal | |
Sécurité alimentaire | |
Rheum × hybridum Murray
- Protologue: Novi Comment. Regiae Sci. Gott. 2(5) : 50, t. 11 (1775).
- Famille: Polygonaceae
- Nombre de chromosomes: 2n = 44
Synonymes
Rheum ×cultorum Thorsrud & Reisaeter (1948), Rheum rhabarbarum auct. non L.
Noms vernaculaires
Rhubarbe (Fr). Rhubarb (En). Ruibarbo, rabárbaro (Po).
Origine et répartition géographique
La rhubarbe cultivée est d’origine hybride obscure, l’un de ses parents étant probablement Rheum rhabarbarum L. provenant de Mongolie et des territoires voisins. Les usages médicinaux de plusieurs espèces de Rheum en Chine remontent à 4500 ans, et si son emploi culinaire en Europe ne date que du XVIIIe siècle, il est plus ancien en Asie. La rhubarbe est cultivée comme légume dans de nombreuses régions tempérées, mais on la trouve ici et là dans les hautes terres tropicales, par ex. en Afrique orientale et australe.
Usages
Les pétioles charnus sont coupés en morceaux et cuits en compote dans du sucre. Le produit obtenu se mange tantôt comme garniture avec un aliment de base et de la viande, tantôt en dessert sucré, ou sous forme de tartes ou de confitures. Certains y ajoutent de la chaux pour réduire l’acidité, mais cela fait aussi disparaître le goût. Les espèces sauvages de Rheum, mais aussi la rhubarbe, sont utilisées en médecine traditionnelle en Asie pour faire baisser la pression artérielle et le cholestérol, freiner la progression de la néphropathie diabétique et soigner les lésions cérébrales.
Production et commerce international
Bien que la rhubarbe soit un légume assez important dans les régions tempérées, il existe peu de statistiques sur sa production et son commerce. En Afrique tropicale, on la cultive à petite échelle, essentiellement pour une clientèle européenne, le plus souvent au Zimbabwe.
Propriétés
La composition nutritionnelle de la rhubarbe crue, par 100 g de partie comestible, est de : eau 93,6 g, énergie 88 kJ (21 kcal), protéines 0,9 g, lipides 0,2 g, glucides 4,5 g, fibres 1,8 g, Ca 86 mg, Mg 12 mg, P 14 mg, Fe 0,2 mg, Zn 0,1 mg, vitamine A 102 UI, thiamine 0,02 mg, riboflavine 0,03 mg, niacine 0,30 mg, folate 7 μg, acide ascorbique 8 mg (USDA, 2002). Son goût agréablement acidulé est dû à la présence d’acides malique, oxalique et citrique ainsi que d’aldéhydes et d’acides en C6, saturés et insaturés. La rhubarbe contient de l’acide oxalique libre. La teneur en oxalate varie entre les cultivars et les échantillons. Sur 71 génotypes de rhubarbe, la teneur moyenne en oxalate soluble dans l’eau sur la base de la matière sèche était de 3,1% (1,6–6,0%), et celle d’oxalate total de 5,9% (3,2–9,2%) ; la teneur moyenne en malate était de 21,0% (12,2–29,2%). Consommée en quantités modérées, pas plus de quelques fois par semaine, la rhubarbe est sans danger pour la santé. Des anthocyanines dans le jus des pétioles sont responsables de sa coloration rouge. Un composant antinutritionnel commun chez les espèces de Rheum est l’anthraquinone, qui est mutagène, mais on n’a détecté aucune preuve de mutagénicité dans les pétioles de rhubarbe. Les concentrations d’anthraquinone sont plus élevées dans les limbes des feuilles et dans les racines.
Description
Plante herbacée vivace robuste, en touffes, atteignant 1,5 m de haut, à rhizome ligneux et racines charnues. Feuilles en rosette, simples, grandes, alternes et devenant peu à peu plus petites sur la hampe florale ; stipules réunies pour former une grosse gaine blanchâtre et membraneuse ; pétiole atteignant 1 m de long et faisant souvent plus de 2 cm de diamètre, charnu, plat du côté supérieur, obscurément cannelé ou arrondi et à bords aigus du côté inférieur, vert souvent teinté de rouge ou de rose ; limbe largement ovale ou cordé, de 20–50 cm × 15–50 cm, base cordée, apex arrondi obtus, bords ondulés ou crêpés et ciliés de façon irrégulière, à 3–7 nervures palmées, pubescent sur les nervures au-dessous. Inflorescence : grande panicule terminale à nombreuses fleurs. Fleurs bisexuées, petites, blanc verdâtre ; tépales en 2 verticilles de 3, libres ; étamines 9 ; ovaire supère, 1-loculaire, styles 3. Fruit : nucule ovoïde d’environ 1 cm de long, à 3 ailes membraneuses.
Autres données botaniques
Le genre Rheum comprend environ 50 espèces ; en Asie, plusieurs espèces sauvages sont utilisées de la même manière que la rhubarbe et sont parfois cultivées comme légume, mais plus souvent pour des usages médicinaux. Le nom Rheum ×hybridum désigne toutes les rhubarbes hybrides cultivées commercialement, car l’identité des parents est inconnue. Parmi les cultivars connus figurent ‘Early Red’, ‘Prince Albert’, ‘Victoria’, ‘Linneus’, ‘Oregon Red Giant’ et ‘Crimson’.
Croissance et développement
La rhubarbe est une plante à croissance rapide et normalement sans dormance sous les tropiques. Elle reste au stade végétatif et produit sans cesse de nouvelles feuilles. Il ne faut pas récolter au cours des 6 premiers mois, pour permettre aux plantes de bien s’établir et d’accumuler des réserves. La rhubarbe peut se récolter pendant de nombreuses années, mais elle a besoin d’une période de repos après chaque saison de récolte. Environ tous les 5 ans, on divise les touffes de la plante pour les repiquer dans une nouvelle terre afin d’empêcher le développement d’une trop grande proportion de petits pétioles sans valeur commerciale.
Ecologie
Sous des climats tempérés, la plante connaît une période de dormance pendant l’hiver, mais sous les tropiques, cette dormance n’a habituellement pas lieu. Elle est provoquée par des jours très courts (< 10 heures) plutôt que par de basses températures. L’allongement de la durée du jour, associé à des températures plus élevées et des arrosages après une sécheresse, interrompt la dormance. La rhubarbe est bien adaptée à des conditions de fortes précipitations, pourvu que le drainage soit bon. Elle ne supporte pas l’asphyxie racinaire. Sa culture sous les tropiques se pratique le plus souvent au-dessus de 800 m d’altitude. La température optimale pour la croissance est de 10–25ºC. Une variation des températures diurnes est bénéfique pour sa croissance.
Pour fleurir, la rhubarbe a besoin d’une température de vernalisation inférieure à 6ºC pendant plusieurs mois. Par conséquent, la rhubarbe fleurit rarement sous les tropiques. La plupart des cultivars sont sensibles à des températures supérieures à 30ºC, qui leur font produire des pétioles chétifs grêles et faibles et qui diminuent la coloration rouge recherchée. Les sols doivent être riches en matières organiques et en nutriments pour que les rendements soient satisfaisants. Un sol retenant l’eau, mais bien drainé, est préférable. Bien que la rhubarbe tolère l’acidité du sol, sa croissance est optimale avec un pH de 6,5–7,0.
Multiplication et plantation
On multiplie la rhubarbe en divisant le rhizome en morceaux avec au moins un bourgeon bien formé. Il faut choisir uniquement des plantes mères vigoureuses et saines. Il est préférable de diviser les rhizomes et de les replanter pendant la phase de dormance, en automne sous climats tempérés, et au début de la saison des pluies sous les tropiques. La multiplication par graines n’est recommandée que pour quelques cultivars du commerce ; chez les autres cultivars, les plantes risquent d’être variables et la bonne qualité n’est pas garantie.
Avant de planter, le sol doit être travaillé en profondeur. On dépose les végétaux à planter dans des tranchées ou des sillons d’environ 30 cm de profondeur, espacés de 75–100 cm, en laissant 1,5–2 m entre les rangs ; les tranchées sont partiellement remplies de fumure organique ou de compost et on laisse juste dépasser les bourgeons à la surface du sol. Dans des conditions favorables, les plantes pourront s’étaler sur 1,5 m de diamètre. Si nécessaire, on peut améliorer le drainage en plantant sur des planches surélevées ou des billons.
Gestion
La rhubarbe doit être constamment arrosée et débarrassée des mauvaises herbes, particulièrement quand la plantation est jeune. Les hampes florales, rares sous les tropiques, doivent être ôtées, car elles affaiblissent la plante. L’absorption de minéraux étant assez élevée, des applications de NPK sont nécessaires pour stimuler la croissance.
Maladies et ravageurs
La rhubarbe est sensible aux maladies virales, par ex. le virus de la mosaïque de l’arabette (ArMV), le virus de la mosaïque du navet (TuMV) et le virus latent des taches en anneau du fraisier (SRLSV), qui provoquent une dégénérescence progressive. La rhubarbe peut être source d’infection permanente pour d’autres plantes. Dans les régions tempérées, un matériel végétal exempt de virus est obtenu par culture de méristème. Une pourriture des racines causée par des champignons (Pythium, Phytophthora) ou des bactéries constitue un problème important, qui empire si le drainage est insuffisant. Ramularia rhei et Cercospora peuvent s’attaquer aux limbes des feuilles et provoquer des taches foliaires. Au Zimbabwe, des chrysomèles (Altica sp.) et des pucerons (Macrosiphum euphorbiae, Myzus persicae) ont été observés s’attaquant à la plante. La rhubarbe est modérément sensible aux nématodes à galles (Meloidogyne spp.)
Récolte
La récolte se fait en tirant et en tordant les pétioles vers le haut, de façon à les séparer proprement du rhizome. Les plantes adultes peuvent être récoltées toutes les semaines ou chaque fois que suffisamment de nouvelles feuilles se sont formées, en laissant au moins 4 feuilles pour la photosynthèse et une nouvelle production. D’ordinaire, on laisse les vieilles feuilles dures et les petites feuilles jeunes. Après une période de récolte de quelques mois, on recommande d’observer une période de repos afin de ne pas épuiser les plantes.
Rendement
Dans les régions tempérées, on obtient un rendement annuel de 1,5–3 kg de pétioles par plante, mais sous les tropiques, la plante est généralement moins vigoureuse et produit moins.
Traitement après récolte
Une fois les feuilles récoltées, on ôte le limbe et on peut soit laisser la gaine à la base du pétiole, soit la couper. Le produit se conserve jusqu’à 3 semaines à 0–2ºC et à une humidité relative >90%.
Ressources génétiques
Une collection de ressources génétiques d’espèces de Rheum est maintenue au Nordic Gene Bank, à la Swedish University of Agricultural Sciences d’Uppsala. La rhubarbe que l’on trouve en Afrique est généralement le résultat d’introductions anciennes et elle a souvent une croissance médiocre et de petits pétioles, ce qui pourrait être dû à une dégénérescence par infections virales.
Sélection
La sélection est relativement facile car les différentes espèces s’hybrident facilement et des sélections prometteuses peuvent être multipliées par voie végétative. Les firmes semencières s’intéressent peu à la rhubarbe, mais on trouve quand même des cultivars multipliés par graines. Les critères de sélection pour les cultivars adaptés aux tropiques sont la vigueur, de gros pétioles dépourvus de fils, une coloration rouge, une acidité et une teneur en oxalate faibles et une tolérance aux températures élevées, à la sécheresse et à l’asphyxie racinaire.
Perspectives
En Afrique tropicale, il est probable que la rhubarbe continuera à n’avoir qu’une importance locale et il n’est pas urgent de procéder à des travaux de recherche ou de sélection. Il faudrait pouvoir disposer de matériel végétal exempt de virus, ou de semences issues de cultivars adaptés. Les propriétés médicinales de la rhubarbe demandent davantage d’attention.
Références principales
- Choudhury, B., 1967. Vegetables. India, the land and the people. National Book Trust, New Delhi, India. 214 pp.
- Commonwealth Bureau of Horticulture and Plantation Crops, 1970. Annotated bibliography on rhubarb: uses, composition and biochemistry, 1935–1969. Query file No 5641. East Malling, United Kingdom. 4 pp.
- Huibers-Govaert, I.I.M., 1993. Rheum ×cultorum Thorsrud & Reisaeter. In: Siemonsma, J.S. & Kasem Piluek (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 8. Vegetables. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 237–239.
- Rubatzky, V.E. & Yamaguchi, M., 1997. World vegetables: principles, production and nutritive values. 2nd Edition. Chapman & Hall, New York, United States. 843 pp.
- Tindall, H.D., 1968. Commercial vegetable growing. Oxford University Press, United Kingdom. 300 pp.
- USDA, 2002. USDA nutrient database for standard reference, release 15. [Internet] U.S. Department of Agriculture, Beltsville Human Nutrition Research Center, Beltsville Md, United States. http://www.nal.usda.gov/fnic/foodcomp. June 2003.
Autres références
- Dregus, M., Barta, J. & Engel, K.H., 2003. Investigation of volatile constituents of rhubarb (Rheum rhabarbarum L.). In: Le Quéré, J.L. & Etievant, P.X. (Editors). Flavour research at the dawn of the twenty first century. Proceedings of the 10th Weurman flavour research symposium, Beaune, France, 25–28 June, 2002. Editions Tec & Doc, Paris, France. pp. 580–583.
- Hiller, L.K., Kossowski, M. & Kelly, W.C., 1974. Factors influencing flowering of rhubarb. Journal of the American Society for Horticultural Science 99(2): 125–127.
- Libert, B. & Englund, R., 1989. Present distribution and ecology of Rheum rhaponticum (Polygonaceae). Willdenowia 19: 91–98.
- Marshall, D.E., 1988. A bibliography of rhubarb and Rheum species. United States Department of Agriculture, National Agricultural Library and Agricultural Research Service Bibliographies and Literature of Agriculture No 62, Beltsville, United States. 377 pp.
- Paneitz, A. & Westendorf, J., 2000. Anthranoid contents of rhubarb (Rheum undulatum L.) and other Rheum species and their toxicological relevance. European Food Research and Technology 210(2): 97–101.
- Rumpunen, K. & Henriksen, K., 1999. Phytochemical and morphological characterization of seventy-one cultivars and selections of culinary rhubarb (Rheum spp.). Journal of Horticultural Science and Biotechnology 74(1): 13–18.
- Wells, P.D. & Going, W.D., 1983. Rhubarb. Zimbabwe Agricultural Journal 80(4): 165–167.
Sources de l'illustration
- Huibers-Govaert, I.I.M., 1993. Rheum ×cultorum Thorsrud & Reisaeter. In: Siemonsma, J.S. & Kasem Piluek (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 8. Vegetables. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 237–239.
Auteur(s)
- G.J.H. Grubben
Boeckweijdt Consult, Prins Hendriklaan 24, 1401 AT Bussum, Netherlands
Consulté le 3 avril 2025.
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