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Orge (Candolle, 1882)

Nom accepté : Hordeum vulgare L.

Epeautre et formes ou espèces voisines
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Seigle

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Orge à deux rangs. — Hordeum distichon, Linné.

Les Orges sont au nombre des plus anciennes plantes cultivées. Comme elles ont à peu près la même manière de vivre et les mêmes emplois, il ne faut pas s'attendre à trouver chez les auteurs de l'antiquité et dans les langues vulgaires la précision qui permet de reconnaître les espèces admises par les botanistes. Dans beaucoup de cas, le nom Orge a été pris dans un sens vague

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1. Heldreich, Nutzpflanzen d. Grichenlands.

2. M. Bieberstein, Flora tauro-caucasica, vol. 1, p. 85.

3. Steven, Verzeichniss taur. Halbinseln Pflanzen, p. 354.

4. Bull. Soc. bot. de France, 1860, p. 30.

5. Boissier, Diagnoses,. série 1, vol. 2, fasc. 13, p. 69.

6. Balansa, 1854, n. 137, dans l'Herbier Boissier, où l'on voit aussi un échantillon trouvé dans les champs en Servie et une variété à barbes brunes envoyée par M. Pancic, croissant dans les prés de Servie. Le même botaniste de Belgrade vient de m'envoyer des échantillons spontanés de Servie que je ne saurais distinguer du Tr. monococcum. Il me certifie qu'on ne cultive pas celui-ci en Servie. M. Bentham m'écrit que le Tr. bæoticum, dont il a vu plusieurs échantillons d'Asie Mineure, est, selon lui. la monococcum.


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ou générique. C'est une difficulté dont nous devons tenir compte. Par exemple, les expressions de l'Ancien Testament, de Bérose, de Moïse de Chorène, Pausanias, Marco Polo, et plus récemment d'Olivier, qui indiquent « l'orge spontanée ou cultivée » dans tel ou tel pays, ne prouvent rien, parce qu'on ne sait pas de quelle espèce il s'agit. Même obscurité pour la Chine. Le Dr Bretschneider 1 dit que, d'après un ouvrage publié en l'an 100 de notre ère, les Chinois cultivaient une « Orge », mais il n'explique pas laquelle. A l'extrémité occidentale de l'ancien monde les Guanches cultivaient aussi de l'Orge dont on connaît le nom, pas l'espèce.

L'Orge à deux rangs, sous sa forme ordinaire dans laquelle les grains sont couverts à maturité, a été trouvée sauvage dans l'Asie occidentale, savoir : dans l'Arabie Pétrée 2, autour du mont Sinaï 3, sur les ruines de Persépolis 4, près de la mer Caspienne 5 entre Lenkoran et Baku, dans le désert de Chirvan et Awhasie, également au midi du Caucase 6 et en Turcomanie 7. Aucun auteur ne l'indique en Grimée, en Grèce, en Egypte ou à l'orient de la Perse. Willdenow 8 l'indique à Samara, dans le sud-est de la Russie ; ce que les auteurs plus récents ne confirment pas. La patrie actuelle est donc de la mer Rouge au Caucase et à la mer Caspienne.

D'après cela l'Orge à deux rangs devait être une des formes cultivées par les peuples sémitiques et touraniens. Cependant on ne l'a pas trouvée dans les monuments d'Egypte. Il semble que les Aryas ont dù la connaître, mais je n'en vois pas de preuve dans les noms vulgaires ou dans l'histoire.

Théophraste 9 parle de l'Orge à deux rangs. Les lacustres de la Suisse orientale la cultivaient avant de posséder des métaux 10 ; mais l'Orge à six rangs était plus commune chez eux.

La race dans laquelle le grain est nu à maturité (H. distichon nudum, Linné), qu'on appelle en français de toutes sortes de noms absurdes, Orge à café, O. du Pérou, etc., n'a jamais été trouvée sauvage.

L'Orge en éventail (Hordeum Zeocriton, Linné) me paraît une forme cultivée de l'Orge à deux rangs. On ne la connaît pas à l'état

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1. Bretschneider, On the study, etc., p. 8.

2. Herbier Boissier, échantillon bien déterminé, par Reuter.

3. Figari et de Notaris, Agrostologiæ ægypt. fragm., p. 18.

4. Plante très maigre, recueillie par Kotschy, n° 290, dont je possède un échantillon. M. Boissier l'a déterminée comme H. distichon, varietas.

5. C.-A. Meyer, Verzeichniss, p. 26, d'après des échantillons vus aussi par Ledebour, Fl. ross., 4, p. 327.

6. Ledebour, l. c.

7. Regel, Descr. plant. nov., 1881, fasc. 8, p. 37.

8. Willdenow, Sp. plant., 1, p. 473.

9. Theophrastes, Hist. plant., 1. 8, c. 4.

10. Heer, Pflanzen der Pfahlhauten, p. 13 ; Messicommer, Flora bot. Zeilung, 1869, p. 320.


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spontané. Elle n'a pas été trouvée dans les monuments égyptiens, ni dans les débris lacustres de Suisse, Savoie et Italie.


Orge commune. — Hordeum vulgare, Linné.

L'Orge commune, à quatre rangs, est mentionnée par Théophraste 1, mais il paraît que dans l'antiquité on la cultivait moins que celles à deux et surtout à six rangs.

Elle n'a pas été trouvée dans les monuments égyptiens, ni dans les débris des lacustres de Suisse, Savoie et Italie.

Willdenow 2 dit qu'elle croît en Sicile et dans le sud-est de la Russie, à Samara ; mais les flores modernes de ces pays ne le confirment nullement. On ne sait pas quelle Orge Olivier avait vue sauvage en Mésopotamie ; par conséquent, l'Hordeum vulgare n'a pas encore été trouvé à l'état spontané, d'une manière certaine.

La multitude des noms vulgaires qu'on lui attribue ne signifie rien comme indication d'origine, car il est impossible de savoir dans la plupart des cas si ce sont des noms de l'Orge, en général, ou d'une Orge en particulier cultivée dans tel ou tel pays.


Orge à six rangs, Escourgeon.— Hordeum hexastichon, Linné.

C'était l'espèce le plus souvent cultivée dans l'antiquité. Non seulement les Grecs en ont parlé, mais encore elle a été trouvée dans les monuments les plus anciens de l'Egypte 3 et dans les restes des lacustres de Suisse (âge de pierre), de Savoie et d'Italie (âge de bronze) 4. Hcer a même distingué deux variétés dans l'espèce cultivée jadis en Suisse. L'une d'elles répond à l'orge à six rangs figurée sur les médailles de Métaponte, ville de l'Italie méridionale, six siècles avant J.-C.

D'après Roxburgh 5, c'était la seule Orge cultivée dans l'Inde à la fin du siècle dernier. Il lui attribue le nom sanscrit Yuva, devenu en bengali Juba. Adolphe Pictet 6 a étudié avec soin les noms sanscrits et des langues indo-européennes qui répondent au mot générique Orge, mais il n'a pas pu suivre dans les détails ce qui concerne chacune des espèces.

L'Orge a six rangs n'a pas été vue dans les conditions d'une plante spontanée dont un botaniste aurait constaté l'espèce. Je ne l'ai pas trouvée dans l'herbier de M. Boissier, si riche en

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1. Théophraste, Hist., 1. 8, c. 4.

2. Willdenow, Species plant., 1, p. 472.

3. Unger, Pflanzen des alten Ægyptens, p. 33 ; Ein Ziegel der Dashur Pyramide, p. 109.

4. Heer, Pflanzen der Pfahlbautcn, p. 5, fig. 2 et 3 ; p. 13, fig. 9 ; Flora bot. Zeitung, 1869, p. 320 ; de Mortillet, d'après Perrm, Etudes préhistoriques sur la Savoie, p. 23 ; Sordelli, Sulle piante delta torbiera di Lagozza, p. 3.').

5. Roxburgh, Fl. ind., ed. 1832, v. 1, p. 338.

6. Ad. Pictet, Origines indo-européennes, ed. 2, vol. 1, p. 333.


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plantes d'Orient. Il est possible que les Orges sauvages mentionnées par d'anciens auteurs et par Olivier aient été l'Hordeum hexastichon, mais on n'en a aucune preuve.

Sur les Orges en général.

Nous venons de voir que la seule forme trouvée aujourd'hui spontanée est la plus simple, la moins productive, l’Hordeum distichon, dont la culture est préhistorique, comme celle de l'H. hexastichon. Peut-être l'H. vulgare est-il moins ancien de culture que les deux autres ?

On peut tirer de ces données deux hypothèses : 1° Une dérivation des Orges à quatre et à six rangs de celle à deux rangs, dérivation qui remonterait aux cultures préhistoriques, antérieures à celles des anciens Egyptiens constructeurs des monuments. 2° Les Orges à quatre et à six rangs seraient des espèces jadis spontanées, éteintes depuis l'époque historique. Il serait singulier, dans ce cas, qu'il n'en restât aucune trace dans les flores de la vaste région comprise entre l'Inde, la mer Noire et l'Abyssinie, où l'on est à peu près assuré de la culture, au moins de l'Orge à six rangs.