Irvingia wombolu (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Oléagineux | |
Médicinal | |
Bois de feu | |
Fourrage | |
Auxiliaire | |
Sécurité alimentaire | |
Irvingia wombolu Vermoesen
- Protologue: Man. ess. forest. Congo : 136 (1923).
- Famille: Irvingiaceae
Synonymes
Noms vernaculaires
Dika, odika, manguier sauvage, chocolatier, ogbono (Fr). Bitter bush mango, dry season bush mango (En).
Origine et répartition géographique
Irvingia wombolu se rencontre dans la zone forestière depuis la Casamance au Sénégal jusqu’au sud du Soudan et en Ouganda, et vers le sud jusqu’au sud-ouest de la R.D. du Congo et au nord de l’Angola.
Usages
Les amandes des fruits sont un ingrédient important en cuisine et sont préférées à celles d’autres Irvingia spp. Moulues et écrasées, elles servent à épaissir les soupes et les ragoûts. Pour pouvoir les conserver toute l’année et les utiliser facilement, on en fait également des galettes, nommées “pain de dika” ou “pain d’odika”. Une huile alimentaire est extraite des graines et utilisée en cuisine. Comme elle est solide à température ambiante, elle peut remplacer le beurre de cacao et sert à la fabrication de savon. Le tourteau constitue un bon aliment pour le bétail et peut être utilisé dans l’industrie alimentaire. La pulpe du fruit d’Irvingia wombolu, amère et gluante, s’ajoute parfois aux soupes pour les épaissir.
Lorsqu’on défriche des terres pour les cultiver, il est courant d’y laisser Irvingia wombolu, qui procure de l’ombrage aux cultures, en particulier le cacaoyer et le caféier, mais également aux cultures annuelles. Les usages médicinaux d’Irvingia spp. sont nombreux, mais il est difficile de les attribuer à l’une ou l’autre espèce en particulier. Des préparations à base d’écorce pour soulager des douleurs sont utilisées en friction sur le corps, et on les emploie aussi pour soigner les écorchures et les plaies, ainsi que contre les maux de dents. On les prend également pour soigner la diarrhée. Les Igbos utilisent un extrait de feuilles comme fébrifuge. Au Cameroun, les préparations, surtout à base d’écorce, servent à traiter les hernies et la fièvre jaune, et s’emploient comme antipoison. Les amandes sont utilisées pour traiter le diabète. Le bois, qu’on appelle “andok” au Cameroun, sert localement en construction lourde, pour fabriquer des ponts de bateaux, des pavés et des planches. Les jeunes arbres servent à confectionner des perches et des tuteurs, et les branches à fabriquer des cannes de marche ou des étais pour les toits de chaume. Les branches mortes s’utilisent comme bois de feu.
Production et commerce international
Les amandes d’Irvingia wombolu et des espèces apparentées sont couramment vendues dans les divers pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale et entre ces pays ; elles sont aussi exportées vers l’Europe. Le Cameroun est probablement l’exportateur principal. Les exportations d’amandes camerounaises d’Irvingia wombolu et d’Irvingia gabonensis (Aubry-Lecomte ex O’Rorke) Baill. ont été estimées à US$ 260 000 par an pour 107 t. La Côte d’Ivoire exporte également de grandes quantités de noix vers le Nigeria, la Sierra Leone et le Liberia. Le Nigeria est le principal pays importateur. Le bois d’Irvingia wombolu est surtout utilisé localement, et rarement exporté.
Propriétés
La valeur nutritive des amandes d’Irvingia wombolu par 100 g de partie comestible est : eau 4 g, énergie 2918 kJ (697 kcal), protéines 8,5 g, lipides 67 g, glucides 15 g, Ca 120 mg, Fe 3,4 mg, thiamine 0,22 mg, riboflavine 0,08 mg, niacine 0,5 mg (Platt, 1962). La filabilité et la viscosité que les amandes confèrent aux soupes varient selon les arbres dont les amandes sont issues. Les amandes d’Irvingia wombolu ont la réputation d’être meilleures que celles d’autres Irvingia spp. La teneur en lipides des amandes, qui varie aussi selon les arbres, est d’environ 37,5–75 g/100 g ; la composition approximative en acides gras est la suivante : acide laurique 20–59%, acide myristique 33–70%, acide palmitique 2%, acide stéarique 1% et acide oléique 1–11%. Le résidu obtenu après séparation de la matière grasse peut être utilisé dans l’industrie alimentaire.
Chez Irvingia gabonensis et Irvingia wombolu, le bois de cœur est d’un brun verdâtre pâle ou jaune-orangé se fondant en un brun grisâtre ; l’aubier est de couleur plus claire, mais pas toujours nettement différencié. Le bois est contrefil ou à fil droit, le grain est fin à moyen.
Le bois est relativement lourd. La densité est de 930–1002 kg/m3 à 12% de teneur en humidité. Les taux de retrait du bois vert au bois anhydre sont élevés, de 6, 5–7,1% radialement et de 10,2–12,6% tangentiellement. Pour éviter les gerçures de surface aux extrémités, il faut scier les grumes rapidement après l’abattage, de préférence sur quartier.
A 12% de teneur en humidité, le module de rupture est de 163–217 N/mm2, le module d’élasticité de 18 700–21 700 N/mm2, la compression axiale de 69–79 N/mm2, la dureté de flanc Chalais-Meudon de 5, 7–12,7, le cisaillement de 15 N/mm2, le fendage de 19–34 N/mm. Le bois d’œuvre est moyennement difficile à scier ou à raboter, et le fil des outils doit être constamment aiguisé. Il donne un beau fini lisse et se colle bien. Le clouage est difficile. Le bois d’œuvre est durable et relativement résistant aux termites, mais il est sensible aux bostryches et aux térébrants marins. Le bois de cœur ne peut se traiter, et l’aubier résiste aux produits d’imprégnation.
Falsifications et succédanés
Les amandes de toutes les espèces d’Irvingia servent indifféremment d’épaississant pour les soupes et les ragoûts. L’arachide et le gombo sont utilisés de la même manière en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.
Description
Arbre de taille petite à moyenne atteignant 25 m de haut ; fût légèrement incliné, atteignant 80 cm de diamètre, à contreforts de 2 m de hauteur ; écorce brun grisâtre ; cime sphérique, relativement dense. Feuilles alternes, simples et entières ; stipules grandes, inégales, formant un cône qui protège le bourgeon, caduques, laissant une cicatrice annulaire sur les branches ; pétiole atteignant 10 mm de long ; limbe elliptique à obovale, de (6,5–)10,5–14(–18) cm × 4–6(–8,5) cm, base obtuse à légèrement cunéiforme, apex arrondi ou finement acuminé, coriace, pennatinervé. Inflorescence : panicule axillaire atteignant 9 cm de long. Fleurs bisexuées, régulières, 5-mères, petites ; pédicelle atteignant 6 mm de long ; sépales libres, d’environ 1 mm de long ; pétales libres, de 3–4 mm de long, blanchâtres ; étamines 10, insérées sous le disque, libres, égales, filets d’environ 5 mm de long ; disque de 2–3 mm de diamètre, jaune vif, nectarifère ; ovaire supère, 2-loculaire, style d’environ 1,5 mm de long. Fruit : drupe ellipsoïde, légèrement comprimée latéralement, de 4,5–8 cm × 4,5–5 cm × 4,5–5 cm, verte, virant souvent au jaune vif puis noire, pulpe jaune, tendre, juteuse, très amère, à fibres assez nombreuses, noyau ligneux, à 1 graine. Graines de 3,5–5 cm × 1,5–2,5 mm × environ 1 cm.
Autres données botaniques
Le genre Irvingia comprend 7 espèces, dont 6 en Afrique tropicale et 1 en Asie du Sud-Est. Irvingia wombolu s’apparente étroitement à Irvingia gabonensis, dont il se distingue difficilement. Irvingia gabonensis possède un fruit dont la pulpe est comestible, tandis qu’Irvingia wombolu a une pulpe amère et immangeable. Certaines autorités considèrent qu’Irvingia wombolu n’est autre qu’une variété d’Irvingia gabonensis. En raison d’un long passé de culture et de protection, d’autres les considèrent comme des cultivars d’une seule et même espèce. Mais la composition de leur ADN indique que les 2 taxons sont distincts sur le plan génétique et ne se croisent pas (ou difficilement), même lorsqu’elles sont sympatriques. Les analyses ont également fait ressortir des différences prononcées entre les peuplements d’Irvingia wombolu du sud-est du Nigeria et ceux du Cameroun.
Croissance et développement
Irvingia wombolu commence à fleurir à l’âge de 6–10 ans. Sa saison de floraison n’est pas clairement délimitée, mais son pic de floraison se situe à la fin de la saison des pluies ou au début de la saison sèche, tandis que son pic de fructification se situe à la fin de la saison sèche. Les fleurs sont pollinisées par les insectes.
Ecologie
Irvingia wombolu est présent dans les forêts sèches où la pluviométrie annuelle est supérieure à 1500 mm. Dans certains endroits, il pousse dans les forêts régulièrement inondées et sur les berges des rivières. Il est adapté à une pluviométrie plus variable que d’autres Irvingia spp. Les arbres constituent une proie pour les incendies.
Multiplication et plantation
Irvingia wombolu est surtout multiplié par graines, mais on a mis au point des méthodes de multiplication végétative. La graine perd sa viabilité en un mois et il faut la planter peu après la collecte.
Gestion
Irvingia wombolu est habituellement conservé et protégé dans les plantations de cacaoyers et de caféiers, dans les champs de cultures vivrières annuelles et dans les jardins familiaux. Mais dans certaines régions, notamment la région du Mamfé au sud-ouest du Cameroun, la plupart des arbres sont plantés, surtout dans des plantations de cacaoyers et de caféiers. Leur densité avoisine alors les 100 arbres/ha. Les soins consistent dans la taille, la fertilisation et la récolte (cueillette sur pied ou ramassage à terre).
Maladies et ravageurs
Aucune maladie ou ravageur n’est connu pour Irvingia wombolu en tant qu’arbre. Les graines sont attaquées par les larves du sylvain des oléagineux (Oryzaephilus mercator). Il pond ses œufs entre le tégument et les cotylédons ou dans des fissures des cotylédons. Le fait de prévenir ces fissures aide à empêcher l’infestation.
Récolte
C’est surtout sur le sol autour de l’arbre que se ramassent les fruits d’Irvingia wombolu. L’étape suivante consiste à extraire l’amande de la graine, que l’on fend avec un coutelas avant d’ôter l’amande à l’aide d’un canif. On les fait ensuite sécher au soleil ou sur des claies de bambou placées dans la cuisine au-dessus de l’âtre.
Rendement
On estime que 100 kg d’amandes par arbre est un bon rendement.
Traitement après récolte
La préparation du pain de dika consiste à faire sécher les amandes, les griller et les moudre. La pâte ainsi obtenue est déposée dans un récipient ou une boîte en fer blanc où on la laisse refroidir pendant quelques heures. Une fois solide, on sort cette galette du récipient, et elle est prête à l’emploi. Bien séchée, elle se conserve plus d’une année. Les femmes mettent parfois une boîte de conserve sous la grille sur laquelle est conservée la galette de dika, pour recueillir l’huile qui s’en égoutte. Au Gabon, ce pain de dika est commercialisé sous la forme de galettes de 100–5000 g. L’huile s’extrait en faisant bouillir les amandes broyées et en recueillant l’huile à la louche.
Ressources génétiques
On a identifié des centres de diversité génétique chez Irvingia wombolu : le sud du Cameroun et le sud-est du Nigeria. L’ICRAF et ses partenaires dans la région ont établi des collections de ressources génétiques in situ dans l’aire de répartition naturelle d’Irvingia wombolu au Cameroun et au Nigeria. Irvingia wombolu est répandu et il ne semble pas être menacé d’érosion génétique.
Sélection
L’ICRAF a démarré un programme de domestication d’Irvingia wombolu. Ce programme utilise la variabilité de l’espèce en sélectionnant les arbres possédant les caractères désirables et en les multipliant, tout en conservant une base génétique large. Une approche visant à créer des cultivars par clonage a été adoptée. On a procédé à une évaluation de la variabilité des caractères des fruits et des amandes, et des arbres ont été sélectionnés sur la base des caractéristiques de fruit désirées.
Perspectives
Les amandes d’Irvingia wombolu font l’objet d’un commerce important tant au niveau national qu’entre les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, qu’à l’export à destination de l’Europe, ce qui indique que la demande est susceptible d’augmenter. La domestication de cette espèce offre une chance importante de voir s’installer une production durable. La mise au point de méthodes de transformation et de conservation du produit contribuera encore davantage à élargir ce marché.
Références principales
- Asaah, E.K., Tchoundjeu, Z. & Atangana, A.R., 2003. Cultivation and conservation status of Irvingia wombolu in humid lowland forest of Cameroon. Journal of Food, Agriculture and Environment 1(3-4): 251–256.
- World Agroforestry Centre, undated. Agroforestree Database. [Internet] World Agroforestry Centre (ICRAF), Nairobi, Kenya. http://www.worldagroforestry.org/ Sites/TreeDBS/ aft.asp. March 2006.
- Harris, D.J., 1993. A taxonomic revision and an ethnobotanical survey of the Irvingiaceae in Africa. PhD thesis, Linacre College, University of Oxford, Oxford, United Kingdom. 276 pp.
- Harris, D.J., 1996. A revision of the Irvingiaceae in Africa. Bulletin du Jardin Botanique National de Belgique 65: 143–196.
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- Leakey, R.R.B., Fondoun, J-M., Atangana, A. & Tchoundjeu, Z., 2000. Quantitative descriptors of variation in the fruits and seeds of Irvingia gabonensis. Agroforestry Systems 50: 47–58.
- Leakey, R.R.B., Greenwell, P., Hall, M.N., Atangana, A.R., Usoro, C., Anegbeh, P.O., Fondoun, J M. & Tchoundjeu, Z., 2005. Domestication of Irvingia gabonensis: 4. Tree-to-tree variation in food-thickening properties and in fat and protein contents of dika nut. Food Chemistry 90: 365–378.
- Lowe, A.J., Gillies, A.C.M., Wilson, J. & Dawson, I.K., 2000. Conservation genetics of bush mango from central/west Africa, implications from RAPD analysis. Molecular Ecology 9: 831–841.
- Richter, H.G. & Dallwitz, M.J., 2000. Commercial timbers: descriptions, illustrations, identification, and information retrieval. [Internet]. Version 18th October 2002. http://delta-intkey.com/wood/index.htm. March 2006.
Autres références
- Harris, D.J., 1999. Part 1. Irvingiaceae. In: Orchard, A.E. (Editor). Species plantarum. Flora of the World. Australian Biological Resources Study, Canberra, Australia. 25 pp.
- Ladipo, D.O., 1999. The development of quality control standards for ogbono (Irvingia gabonensis and Irvingia wombolu) kernels: efforts towards encouraging organized and further international trade in a NWFP of West and Central Africa. In: Sunderland, T.C.H., Clark, L.E. & Vantomme, P. (Editors). Non-wood forest products of Central Africa: current research issues and prospects for conservation and development. FAO, Rome, Italy. pp. 245–250.
- Lowe, A.J., Russell, J.R., Powell, W. & Dawson, I.K., 1998. Identification and characterization of nuclear, cleaved amplified polymorphic sequence (CAPS) loci in Irvingia gabonensis and Irvingia wombolu, indigenous fruit trees of west and central Africa. Molecular Ecology 7: 1771–1788.
- Tchoundjeu, Z., Atangana, A.R. & Degrande, A., 2005. Indigenous methods of preserving bush mango kernels in Cameroon. American Journal of Applied Sciences 2(9): 1337–1342.
Sources de l'illustration
- Harris, D.J., 1996. A revision of the Irvingiaceae in Africa. Bulletin du Jardin Botanique National de Belgique 65: 143–196.
Auteur(s)
- L.P.A. Oyen
PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
Consulté le 18 décembre 2024.
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