Ipomoea mauritiana (PROTA)

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Ipomoea mauritiana Jacq.


répartition en Afrique (sauvage)
Jacquin, 1797-1804. Plantarum rariorum icones
Protologue : Collectanea 4: 216 (1791).
Famille : Convolvulaceae
Nombre de chromosomes : 2n = 30

Synonymes

  • Ipomoea paniculata (L.) R.Br. (1810).

Noms vernaculaires

  • Giant potato, Natal cotton plant, giant forest ipomoea, palmate morning glory (En).

Origine et répartition géographique

L’origine d’Ipomoea mauritiana est incertaine. La description originale est basée sur des spécimens d’herbier en provenance de Maurice, mais l’espèce est présente désormais dans toutes les régions tropicales et subtropicales. Il a été répertorié dans la plupart des pays en Afrique tropicale, et également en Afrique du Sud.

Usages

La décoction des racines et des feuilles se prend couramment pour traiter la diarrhée, comme purgatif et diurétique. Au Sénégal, la macération des racines réduites en poudre est aussi absorbée comme abortif, alors que l’extrait de racine se prend comme galactagogue. En Côte d’Ivoire, la décoction des racines séchées est administrée en lavement pour soigner les douleurs rénales, la stérilité féminine, pour assurer une bonne grossesse et éviter les fausses couches. Au Bénin, la décoction des feuilles, mélangées à celles de Croton lobatus L., se donne aux bébés souffrant de coliques, alors que la décoction des rameaux feuillés s’administre pour donner des forces à des enfants émaciés. La macération des racines, en combinaison avec celles d’Ampelocissus bombycina (Baker) Planch., se boit pour soigner les œdèmes. En R.D. du Congo, les jeunes pousses broyées sont appliquées sur des ulcères immatures gangreneux et nécrotiques. Au Gabon, les racines tubérisées écrasées et macérées dans l’eau s’utilisent en lotion contre les maladies vénériennes. Au Nigeria, la décoction de racine est absorbée comme altératif et tonique aphrodisiaque. La racine, mélangée à du vin de palme, est considérée comme galactagogue.

En Inde, les racines tubérisées sont très prisées en médecine traditionnelle. Elles entrent dans de nombreuses formulations avec d’autres plantes, mais s’utilisent aussi seules. Des préparations différentes servent d’aphrodisiaque, de cardiotonique, d’émollient, de diurétique, de réfrigérant, de galactagogue et de tonique général. On les utilise contre l’émaciation, la fièvre typhoïde et la spermatorrhée.

En Inde, les graines ont été utilisées pour coaguler le lait. Au Sénégal et en Inde, la plante est broutée par le bétail. Il est occasionnellement planté comme ornemental.

Production et commerce international

Ipomoea mauritiana est une importante denrée du commerce dans certaines parties de l’Asie continentale. En Afrique, il n’a qu’une importance locale.

Propriétés

L’extrait au méthanol des racines tubérisées contient du taraxérol, de l’acétate de taraxérol, du β-sitostérol, de la scopolétine et de la 7-O-β-D-glucopyranosyl scopolétine (la scopoline). La racine contient aussi de l’umbelliférone. On a répertorié que des racines d’origine indienne contenaient 1,3% d’une huile constituée de glycérides d’acide oléique (60%), d’acide linoléique (19%), d’acide palmitique (8%) et d’acide linolénique (1%). Les graines contiennent une gomme qui pourrait être utile dans la préparation de médicaments. Les grains d’amidon des graines sont de dimensions irrégulières et l’amidon provoque moins de viscosité dans l’eau que la fécule de pomme de terre.

La poudre de la racine tubérisée, lorsque ajoutée aux régimes des rats pendant 28 jours, a provoqué une diminution significative et dose-dépendante du cholestérol total et des triglycérides du sérum. Elle a aussi mené à une augmentation significative et dose-dépendante du cholestérol HDL (lipoprotéine de haute densité) du sérum. On a observé en outre des diminutions significatives dans le taux de glucose du sérum et le taux du cholestérol LDL (lipoprotéine de basse densité) du sérum aux différentes doses de la poudre (0,01, 0,033 et 0,1% du poids du régime). Les résultats suggèrent que la consommation régulière de la poudre de la racine tubérisée peut être bénéfique aux gens qui souffrent de maladies coronaires et de diabète ou qui y sont prédisposés. En Inde, des protocoles et des normes phytochimiques et microscopiques ont été mis au point pour servir dans le contrôle de la qualité de la poudre brute de la racine tubérisée d’Ipomoea mauritiana. Les analyses de l’extrait au méthanol ont montré des teneurs en scopolétine de 0,029–0,034%. Parmi les caractéristiques microscopiques typiques des tubercules d’Ipomoea mauritiana, on a la présence de cristaux groupés, de grains d’amidon simples et composés avec des dimensions de 10–50 μm, et des fragments cellulaires de canaux laticifères orange-brun.

Un essai de criblage en Inde a montré qu’Ipomoea mauritiana a une activité antifongique assez forte contre Rhizoctonia solani.

Description

Grande liane pérenne, glabre, à grandes racines tubérisées ; tiges volubiles, parfois prostrées, cylindriques. Feuilles alternes ; pétiole de 3–11 cm de long ; limbe à contour circulaire, entier ou 3–9-palmatilobé, de 6–24 cm × 6–18 cm, base cordée ou tronquée, lobes lancéolés à ovales avec apex acuminé. Inflorescence : cyme axillaire, portant quelques fleurs ou de nombreuses fleurs ; pédoncule jusqu’à 20 cm de long. Fleurs bisexuées, régulières, 5-mères ; boutons floraux globuleux ; pédicelle de 1–2,5 cm de long ; sépales nettement convexes, enfermant le tube de la corolle, orbiculaires ou elliptiques, de 6–12 mm de long ; corolle en entonnoir, le tube étant étroit en bas, de 5–7 cm de long, s’étalant à l’apex, plus ou moins 5-lobé, de 6–9 cm de diamètre, rose à violet rougeâtre avec un centre plus foncé ; étamines incluses ; ovaire supère, style mince, stigmate capité. Fruit : capsule ovoïde, de 1,2–1,4 cm de long, contenant 4 graines. Graines de 6–7 mm de long, noires, couvertes de poils soyeux d’environ 7 mm de long. Plantule à germination épigée.

Autres données botaniques

Ipomoea est un grand genre complexe de 500–600 espèces de lianes et d’arbustes, largement réparti dans toutes les régions tropicales et subtropicales. Ipomoea mauritiana a été placé d’un point de vue taxinomique dans le sous-genre Eriospermum, section Eriospermum, dans laquelle aussi se trouve Ipomoea batatas (L.) Lam.

Plusieurs autres Ipomoea spp. ont des usages médicinaux à Madagascar et en Afrique tropicale.

Ipomoea desmophylla

Ipomoea desmophylla Bojer ex Choisy est une petite liane endémique de Madagascar, présente aux endroits secs dans les herbages, sur des sites rocheux ou des terrains boisés, depuis le niveau de la mer jusqu’à 2500 m d’altitude. Les tubercules sont purgatifs si on les consomme en grandes quantités, mais en dépit de ce fait ils sont consommées en périodes de disette. Les parties aériennes constituent un bon fourrage.

Ipomoea longituba

Ipomoea longituba Hallier f. est un petit arbuste à branches rampantes, se rencontrant au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie et à Madagascar. Les femmes en Tanzanie prennent l’infusion du tubercule pour stimuler la lactation. Partout en Afrique de l’Est, l’infusion du tubercule est administrée au bétail pour augmenter la production laitière et comme laxatif. Le tubercule s’applique en cataplasme contre les tiques. Les tubercules sont aussi cuits et consommés comme aliment.

Ipomoea rubens

Ipomoea rubens Choisy est une grande liane pérenne, répandue en Afrique tropicale, sur les îles de l’océan Indien, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud. En Afrique de l’Ouest, les feuilles broyées s’appliquent sur les morsures de serpent ou se frictionnent sur le corps entier. La macération de feuilles s’utilise en bain pour éviter les fausses couches, pour traiter l’éclampsie et pour les soins post-partum. La décoction de feuilles sert en lotion contre les plaies syphilitiques, et se donne aux enfants au cours des éruptions dentaires. La poudre de racine se consomme pour traiter l’asthénie sexuelle.

Ipomoea verbascoidea

Ipomoea verbascoidea Choisy est un petit arbuste à pubescence laineuse, qui se rencontre en Afrique de l’Ouest et Afrique australe et à Madagascar. Au Zimbabwe et en Namibie, l’infusion de racine ou la pulpe de racine cuite dans du lait est administrée aux bébés qui n’ont pas d’appétit, pour les faire forcir. Une bouillie de tubercules se prend pour traiter la stérilité féminine.

Ipomoea wightii

Ipomoea wightii (Wall.) Choisy est une plante herbacée vivace à tiges volubiles ou prostrées, qui se rencontre depuis le Soudan et l’Ethiopie jusqu’en Afrique du Sud et à Madagascar, mais également en Asie tropicale. En R.D. du Congo, les cendres de plantes brûlées s’appliquent sur la peau pour soigner la lèpre. Au Rwanda, on prend l’extrait de feuilles pour traiter les problèmes du foie, et les racines ont été utilisées en mélanges dans la production de poisons de flèche, alors qu’en Afrique de l’Est des préparations de racine se prennent contre la toux, et la décoction de feuilles contre les maux d’estomac. En Ethiopie, on ramasse les plantes par endroits pour servir de fourrage.

Croissance et développement

Les fleurs d’Ipomoea mauritiana ne sont ouvertes pour les insectes visiteurs que pendant une très courte période. Dans la végétation des plages au Brésil, l’anthèse a lieu entre 5 h 30 et 6 h, et vers 11 h les fleurs sont complètement fermées.

Ecologie

Ipomoea mauritiana pousse en forêt dense et forêt ouverte, en ripisylve, en savane arborée, en forêt naine à proximité de la côte, sur les berges de rivière et dans les marécages, souvent sur des sols sablonneux, depuis le niveau de la mer jusqu’à 2500 m d’altitude. On le trouve aussi sur les terrains vagues et dans les plantations de Tectona et de Gmelina.

Multiplication et plantation

Ipomoea mauritiana se multiplie par graines. Des protocoles ont été mis au point en Inde pour la micropropagation du matériel végétal pour la plantation à des fins médicinales.

Ressources génétiques

Ipomoea mauritiana est répandu, commun et parfois adventice ; il n’est pas menacé d’érosion génétique.

Perspectives

Ipomoea mauritiana restera probablement un laxatif utile, mais ses autres usages médicinaux doivent être étudiés en détail avant qu’on puisse déterminer son potentiel. Une évaluation de sa toxicité s’impose aussi pour la sécurité de son usage.

Références principales

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Auteur(s)

  • M. Lamidi, Institut de Pharmacopée et de Médecine Traditionnelle (IPHAMETRA, CENAREST), B.P. 842, Libreville, Gabon

Citation correcte de cet article

Lamidi, M., 2013. Ipomoea mauritiana Jacq. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editeurs). Prota 11(2): Medicinal plants/Plantes médicinales 2. PROTA, Wageningen, Pays Bas. Consulté le 12 avril 2019.


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