Indigofera longiracemosa (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
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Médicinal Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg


Indigofera longiracemosa Boiv. ex Baill.


Protologue: Bull. Mens. Soc. Linn. Paris 1 : 399 (1883).
Famille: Papilionaceae (Leguminosae - Papilionoideae, Fabaceae)

Noms vernaculaires

  • Indigotier (Fr).
  • Indigo (En).
  • Anileira (Po).
  • Mnili (Sw).

Origine et répartition géographique

Indigofera longiracemosa est indigène des régions côtières du Kenya, de Tanzanie, des Comores, de Madagascar et d’Inde méridionale. On l’a parfois cultivé à Madagascar et introduit ailleurs, par ex. en Indonésie.

Usages

Dans son aire de répartition, Indigofera longiracemosa est une source secondaire d’indigo, utilisé pour teindre les textiles en bleu. Dans l’histoire des teintures, il a probablement eu le plus d’importance à Madagascar, où la teinture qui en est tirée est considérée comme supérieure à celle d’Indigofera tinctoria L. ou d’Indigofera suffruticosa Mill. La teinture était extraite tant à échelle familiale qu’à échelle industrielle. Les techniques traditionnelles de teinture à l’indigo à Madagascar utilisaient principalement les feuilles d’Indigofera local tant fraîches qu’après compostage. La teinture à l’indigo y est restée importante jusqu’à une date récente, notamment pour les magnifiques tissus en raphia appelés “lay masaka”, qui sont encore fabriqués par ex. dans le village de Kandreho, dans l’ancien royaume sakalave près de Maevatanana. Ces tissus sont ornés de dessins décoratifs exécutés par la technique dite “ikat”, dans laquelle les parties des fils de chaîne qui doivent rester non teintes sont entrelacées de manière serrée avec un fil épais. Ces fils de chaîne sont ensuite teints et placés sur le métier, et l’on obtient ainsi des motifs de couleur claire formés par les fils non teints sur un fond foncé. D’autres fibres naturelles telles que soie, coton et laine absorbent des bleus indigo plus facilement en employant un bain de teinture, et la couleur est plus prononcée.

Indigofera longiracemosa est également utilisé comme engrais vert. A Madagascar, on emploie une décoction de feuilles comme diurétique. En Inde, la racine a été employée en médecine tribale comme antidote contre le venin de serpents.

Propriétés

Les plantes d’Indigofera contiennent un glucoside, l’indican. Après avoir trempé les plantes dans l’eau ou pilé les feuilles, l’hydrolyse enzymatique transforme l’indican en indoxyle et en glucose. L’indoxyle est ensuite oxydé et polymérisé en indigotine (bleu indigo). L’indigotine est insoluble dans l’eau, de sorte que pour teindre des textiles elle doit être réduite en indigo incolore soluble (leuco-indigo) par un processus chimique ou par fermentation en conditions alcalines. Le tissu à teindre est trempé dans cette solution. Une réoxydation du leuco-indigo entraîne ensuite la précipitation de la couleur bleu indigo sur le textile. L’indigo naturel renferme également des proportions variables de composés colorants chimiquement voisins : indirubine (rouge), isoindirubine (rouge) et isoindigo (brun).

Description

  • Plante herbacée érigée, annuelle ou pérenne à vie courte, ou sous-arbrisseau jusqu’à 2 m de hauteur ; tige brun-rouge, glabrescente ; rameaux minces, portant quelques petits poils.
  • Feuilles alternes, imparipennées avec 5–13 paires de folioles ; stipules subulées, d’environ 2 mm de long ; pétiole d’environ 1,5 cm de long ; folioles elliptiques, jusqu’à 2,5 cm × 1,5 cm, à poils clairsemés, distinctement vert-bleu.
  • Inflorescence : grappe portant de nombreuses fleurs, presque sessile, généralement longue et lâche, jusqu’à 10(–14) cm de long, dépassant souvent les feuilles.
  • Fleurs bisexuées, papilionacées, d’environ 4 mm de long ; pédicelle d’environ 1 mm de long, fortement réfléchi après la floraison ; calice en tube, jusqu’à 1 mm de long, 5 lobes plus longs que le tube, à poils bruns ; corolle rose, densément couverte de poils bruns à l’extérieur ; étamines 10, d’environ 3 mm de long, étamine supérieure libre, les 9 autres réunies ; ovaire supère, 1-loculaire, style long.
  • Fruit : gousse cylindrique droite jusqu’à 2 cm × 2,5 mm, non rétrécie entre les graines, pointue, à poils clairsemés, brune, renfermant 4–6 graines.
  • Graines rectangulaires aplaties, de 2,5 mm × 1,5 mm, alvéolées.

Autres données botaniques

Indigofera est un genre très nombreux, comprenant quelque 700 espèces réparties dans tous les tropiques, dont plus de 300 en Afrique tropicale.

Indigofera stenosepala

Indigofera stenosepala Baker est une autre source secondaire d’indigo pour la teinture, indigène de Madagascar, où il est répandu et commun. On en fait une infusion employée pour stimuler l’appétit et pour traiter les ulcères d’estomac et autres troubles digestifs.

Ecologie

Indigofera longiracemosa se rencontre dans les basses terres, généralement les régions côtières jusqu’à 100 m d’altitude, dans des zones à pluviométrie annuelle de 1000–1500 mm. A Madagascar, on le trouve dans les dunes ou les savanes herbeuses sur sol sableux, souvent autour des villages, jusqu’à 200 m d’altitude. En Indonésie, on le cultive à environ 1650 m d’altitude, mais à altitude plus basse il est attaqué par des ravageurs.

Gestion

Indigofera longiracemosa est parfois cultivé, mais on n’a aucune donnée sur les méthodes de culture. Elles sont probablement analogues à celles employées pour Indigofera arrecta Hochst. ex A.Rich. A Madagascar, l’extraction familiale d’indigo se faisait de différentes manières. Le plus souvent, les plantes récoltées sont mises dans un grand récipient (un fût muni d’un trou et d’un bouchon à la partie inférieure). On ajoute de l’eau pour couvrir les plantes, et on les leste avec une pierre. On laisse ensuite les plantes dans l’eau pendant une douzaine d’heures, ou aussi longtemps que des bulles d’air montent à la surface. L’eau d’extraction est ensuite drainée par le fond, et transférée dans un autre récipient. On la mélange alors avec une solution de chaux éteinte (proportion en volume de 3:1), et on bat bien pour faire pénétrer de l’oxygène et permettre la formation d’indigotine. L’agitation et l’addition de petites quantités d’eau de chaux se poursuivent jusqu’à ce qu’il se forme des particules d’indigo bleu. On continue alors de remuer le liquide sans addition d’eau de chaux, puis on le laisse reposer pendant quelque temps pour permettre à l’indigo de précipiter au fond. Après avoir soutiré le liquide résiduel, on récolte la pâte d’indigo que l’on place dans un moule percé de petits trous sur les côtés pour permettre l’évacuation de l’eau restante. Lorsque la pâte est suffisamment ferme, on l’enlève du moule, et on laisse le pain d’indigo sécher à l’ombre (le soleil ferait pâlir la teinte bleue). Une fois secs, les pains sont coupés et empaquetés ; ils sont alors prêts pour l’emploi ou pour la vente. A partir de 10 kg de feuilles fraîches, cette méthode d’artisanat familial fournit 26 g d’indigo avec une teneur moyenne en indigotine d’environ 31%.

Dans une autre méthode de préparation du bain ou de la cuve de teinture à Madagascar, on pile les feuilles fraîches d’Indigofera, et on laisse la pâte fermenter sous l’action de bactéries spécifiques. On ajoute à plusieurs reprises une infusion concentrée de feuilles fraîches pour maintenir la pâte humide. Lorsque l’indigotine s’est intégralement formée dans ce compost, on emploie cette pâte pour en remplir une cuve avec de l’eau bouillante et des cendres de souche de bananier. La lessive de cendres sert à maintenir le pH alcalin nécessaire à la réduction de l’indigotine en leuco-indigo soluble par un processus biologique. Au bout de quelques jours, lorsque la réduction est complète, on peut procéder à l’opération de teinture par une succession de trempage et d’exposition à l’air des peaux ou des textiles à teindre. Selon le nombre d’immersions successives, les teintes de bleu obtenues varient de bleu grisâtre pâle à bleu marine foncé. Différentes proportions de feuilles fraîches et de compost, et différents stades de fermentation du compost, peuvent produire différentes teintes de bleu verdâtre, tandis que la proportion d’indirubine, isomère de l’indigotine qui se forme dans le processus, peut donner des nuances rose-violacé.

Ressources génétiques

Indigofera longiracemosa n’est pas menacé d’érosion génétique.

Perspectives

Indigofera longiracemosa restera une source secondaire mais localement importante de teinture indigo. Si les programmes actuels de remise en vogue de l’emploi de teintures naturelles pour les textiles traditionnels de Madagascar aboutissent à un succès commercial, l’intérêt pour l’indigo naturel s’accroîtra également, de même que la culture des espèces d’Indigofera.

Références principales

  • Decary, R., 1946. Plantes et animaux utiles de Madagascar. Annales du Musée Colonial de Marseille, 54e année, 6e série, 4e volume, 1er et dernier fascicule. 234 pp.
  • du Puy, D.J., Labat, J.N., Rabevohitra, R., Villiers, J.-F., Bosser, J. & Moat, J., 2002. The Leguminosae of Madagascar. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 750 pp.
  • Etheve, A.-M., 2005. Teintures naturelles à Madagascar. CITE, Antananarivo, Madagascar. 40 pp.
  • Nogué, L., 1900. Etude sur l’école professionnelle de Tananarive. Notes, Reconnaissances, Explorations, t. 6. Tananarive, Madagascar. pp. 415–451.

Autres références

  • Gillett, J.B., 1958. Indigofera (Microcharis) in tropical Africa. Kew Bulletin, Additional Series 1, H.M.S.O., London, United Kingdom. 166 pp.
  • Gillett, J.B., Polhill, R.M., Verdcourt, B., Schubert, B.G., Milne-Redhead, E., & Brummitt, R.K., 1971. Leguminosae (Parts 3–4), subfamily Papilionoideae (1–2). In: Milne-Redhead, E. & Polhill, R.M. (Editors). Flora of Tropical East Africa. Crown Agents for Oversea Governments and Administrations, London, United Kingdom. 1108 pp.
  • Sosef, M.S.M. & van der Maesen, L.J.G., 1997. Minor auxiliary plants. In: Faridah Hanum, I. & van der Maesen, L.J.G. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 11. Auxiliary plants. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 264–307.

Auteur(s)

  • P.C.M. Jansen, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands

Citation correcte de cet article

Jansen, P.C.M., 2005. Indigofera longiracemosa Boivin ex Baill. In: Jansen, P.C.M. & Cardon, D. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 31 mars 2025.


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