Heritiera utilis (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


Importance générale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Répartition en Afrique Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Répartition mondiale Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
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Médicinal Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Bois d'œuvre Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Ornemental Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Statut de conservation Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg


répartition en Afrique (sauvage)
1, base du fût ; 2, partie de feuille composée digitée ; 3, rameau en fleurs ; 4, fruits. Redessiné et adapté par Iskak Syamsudin
contreforts
vague de croissance
noix ailé
plantule
partie supérieure d’un semis
coupe transversale du bois
coupe tangentielle du bois
coupe radiale du bois
face transversale du bois

Heritiera utilis (Sprague) Sprague


Protologue: Bull. Misc. Inf. : 348 (1909).
Famille: Sterculiaceae (APG: Malvaceae)
Nombre de chromosomes: 2n = 32

Synonymes

  • Tarrietia utilis (Sprague) Sprague (1916).

Noms vernaculaires

  • Niangon (Fr).
  • Niangon, nyankom, red cedar, cola cedar, whismore (En).

Origine et répartition géographique

Le niangon a une aire restreinte à la zone forestière d’Afrique occidentale, où on le trouve de la Sierra Leone au Ghana. Toutefois, on l’a trouvé dans certaines localités de la zone de savane, dans des vestiges de la forêt ombrophile sempervirente, par ex. au pied des monts Loma en Sierra Leone et dans des ripisylves de la zone de savane de Côte d’Ivoire

Usages

Le niangon est largement utilisé pour les menuiseries extérieures et intérieures, la panneautage, la parqueterie, les moulures, la charpente, les meubles, l’ébénisterie, les escaliers (intérieurs), la construction navale (bordés, ponts), et en placages tranchés pour les couches intérieures et extérieures de contreplaqué. Localement, il est apprécié pour la confection de pirogues, d’avirons et de plateaux pour la construction de maisons. On l’a utilisé aussi pour faire des bardeaux.

L’écorce est utilisée pour tanner les cuirs. En Côte d’Ivoire, le bois est considéré comme ayant des propriétés antidysentériques. L’écorce a également des applications médicinales ; on en fait une décoction qui est appliquée sur les lésions de la peau causées par la lèpre, et que l’on absorbe par voie interne comme aphrodisiaque. Les graines sont réputées comestibles ; on en tire une huile qui est utilisée comme aphrodisiaque, tandis que les graines pilées sont appliquées sur les abcès.

Production et commerce international

Le bois de niangon est exporté en grandes quantités depuis plusieurs décennies, principalement de Côte d’Ivoire. En 1984, les exportations de Côte d’Ivoire ont atteint un maximum de 145 000 m³, après quoi elles ont décru de manière spectaculaire jusqu’à 3600 m³ en 1989, pour s’accroître à nouveau à 30 000 m³ en 1991. A ce moment-là, toutefois, les grumes exportées de Côte d’Ivoire provenaient principalement des forêts du Liberia. En 1995, la Côte d’Ivoire a exporté 41 000 m³ de grumes à un prix moyen de US$ 311/m³, le Ghana a exporté 5000 m³ de sciages à un prix moyen de US$ 653/m³, et le Liberia 4000 m³ de grumes à un prix moyen de US$ 250/m³. Les bois sont exportés principalement vers des pays de l’Union européenne. En 2004, le prix moyen FOB des grumes variait entre US$ 250 et 275 par m³. Les volumes exploités représentent 1–2% de la production totale de grumes marchandes en Afrique de l’Ouest.

Propriétés

Le bois de cœur est rose pâle à brun-rouge, généralement bien distinct de l’aubier qui est blanchâtre et épais de 3–7,5 cm. Contrefil, et grain moyennement grossier. Le bois est huileux au toucher, et distinctement maillé.

Le bois est moyennement lourd. La densité est de (510–)625–700(–750) kg/m³ à 12% de teneur en humidité. Les taux de retrait sont moyennement élevés, de l’état vert à 12% d’humidité environ 2,5% dans le sens radial et 4,5% dans le sens tangentiel, et de l’état vert à anhydre de 2,9–5,0% dans le sens radial et 5, 9–10,1% dans le sens tangentiel. Le bois sèche assez aisément et assez rapidement, mais souvent avec une tendance au gauchissement et parfois des fentes superficielles en bout. Une fois sec, il est moyennement stable en service.

A 12% de teneur en humidité, le module de rupture est de 74–171 N/mm², le module d’élasticité de 9120–14 400 N/mm², la compression axiale de 38–62 N/mm², le cisaillement de 4–13 N/mm², le fendage de 12–22 N/mm, la dureté Janka de flanc de 3740–4890 N et la dureté en bout Janka de 3740–5330 N.

Le bois émousse les outils tranchants avec une rapidité moyenne, en raison de la présence de contrefil, et il y a un risque de déchirure lors du travail à la machine, et d’encrassement dû à la présence de résine. Des dents de scie stellitées sont recommandées. Un angle de coupe de 15° est recommandé pour le rabotage afin d’éviter la déchirure. Le déroulage est difficile en raison de l’irrégularité des grumes. Un bouche-porage est recommandé pour obtenir une bonne finition. Les caractéristiques de clouage et de vissage sont bonnes, bien que des fentes puissent se produire. Le collage ne pose pas de problème. Les caractéristiques de cintrage sont moyennes. Le bois se teint et se polit de manière satisfaisante.

Le bois de cœur est moyennement durable. Il est moyennement résistant aux champignons et aux termites, mais résistant aux térébrants du bois sec ; l’aubier est sujet aux attaques de bostryches. Le bois de cœur est extrêmement rebelle aux traitements d’imprégnation. Le bois peut causer une dermatite, bien qu’étant généralement considéré comme non toxique et non allergène.

Falsifications et succédanés

Le bois d’Heritiera densiflora (Pellegr.) Kosterm. du Gabon et celui d’Heritiera javanica (Blume) Kosterm. d’Asie tropicale ont des propriétés semblables à celui d’Heritiera utilis, bien qu’ils aient en général une densité un peu plus élevée. Le bois de niangon est aussi commercialisé comme substitut des acajous africains (Entandrophragma et Khaya spp.).

Description

  • Arbre de taille moyenne à grande atteignant 35(–45) m de hauteur ; fût cylindrique mais souvent courbe, sans branches jusqu’à 20(–30) m, jusqu’à 150(–300) cm de diamètre, avec des contreforts hauts, minces et arqués, ou bien des contreforts en échasses (particulièrement bien développés en forêt marécageuse) ; écorce brun pâle, mince, lisse ; cime compacte et arrondie, avec une couleur dorée à bronze lorsqu’on la voit par en dessous.
  • Feuilles alternes, simples ou composées digitées ; stipules d’environ 0,5 cm de long, précocement caduques ; pétiole de 1–25 cm de long ; limbe de 5–30 cm × 2–10 cm de contour, elliptique lorsqu’il est simple ou composé de 5–7 folioles, cunéiforme à la base, acuminé à l’apex, couvert de poils écailleux denses et contigus de couleur bronze sur la face inférieure, pennatinervé à 8–18 pairs de nervures latérales.
  • Inflorescence : panicule axillaire étroite, jusqu’à 20 cm de long, pubescente d’un brun rougeâtre ; bractées d’environ 1 cm de long, caduques.
  • Fleurs unisexuées, régulières, 4–5-mères, de couleur blanchâtre ou crème, d’environ 0,5 cm de long ; pédicelle mince, de 0,5–1 cm de long ; calice campanulé avec des lobes environ aussi longs que le tube, couvert de poils étoilés ; pétales absents ; disque annulaire, orangé ; fleurs mâles à étamines soudées en une colonne ; fleurs femelles à 4–6 carpelles unis de manière lâche.
  • Fruit formé de 1–6 nucules ligneuses d’environ 2,5 cm × 1,5 cm, pourvu d’une grande aile d’environ 8 cm × 3 cm.
  • Plantule à germination épigée ; hypocotyle de 10–15 cm de long, écailleux surtout vers l’apex, épicotyle de 2–3 cm de long ; cotylédons foliacés, obovales, de 6–7 cm de long, à 3 nervures partant de la base.

Autres données botaniques

Le genre Heritiera comprend environ 35 espèces, dont la majorité se rencontrent en Asie tropicale, et 3 en Afrique. Heritiera utilis est étroitement apparenté à Heritiera densiflora (Pellegr.) Kosterm. du Gabon. Ces deux espèces doivent être attentivement comparées car elles sont très semblables, et la plupart des différences signalées sont peu claires, par ex. la densité de la pubescence et la longueur des inflorescences. Toutes deux ont des feuilles simples, mais Heritiera utilis peut avoir des feuilles composées digitées (avec des folioles entièrement libres), tandis qu’Heritiera densiflora peut avoir des feuilles digitilobées (avec des lobes distinctement soudés à la base).

Anatomie

Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :

  • Cernes de croissance : (1 : limites de cernes distinctes) ; (2 : limites de cernes indistinctes ou absentes).
  • Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; 23? : ponctuations alternes (en quinconce) de forme polygonale ; 24 : ponctuations intervasculaires minuscules (très fines) ( 4μm) ; 25 : ponctuations intervasculaires fines (4–7 μm) ; 30 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles distinctes ; semblables aux ponctuations intervasculaires en forme et en taille dans toute la cellule du rayon ; (36 : épaississements spiralés présents dans les éléments vasculaires) ; (37 : épaississements spiralés dans tout le corps des éléments vasculaires) ; 43 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 200 μm ; 46 : 5 vaisseaux par millimètre carré ; 58 : gomme ou autres dépôts dans les vaisseaux du bois de cœur.
  • Trachéides et fibres : 61 : fibres avec des ponctuations simples ou finement (étroitement) aréolées ; 63 : ponctuations des fibres fréquentes sur les parois radiales et tangentielles ; 66 : présence de fibres non cloisonnées ; 69 : fibres à parois fines à épaisses.
  • Parenchyme axial : 76 : parenchyme axial en cellules isolées ; 77 : parenchyme axial en chaînettes ; 79 : parenchyme axial circumvasculaire (en manchon) ; 86 : parenchyme axial en lignes minces, au maximum larges de trois cellules ; (89 : parenchyme axial en bandes marginales ou semblant marginales) ; (90 : cellules de parenchyme fusiformes) ; 91 : deux cellules par file verticale ; 92 : quatre (3–4) cellules par file verticale.
  • Rayons : 98 : rayons couramment 4–10-sériés ; (102 : hauteur des rayons > 1 mm) ; (103 : rayons de deux tailles différentes) ; 106 : rayons composés de cellules couchées avec une rangée terminale de cellules dressées et/ou carrées ; 107 : rayons composés de cellules couchées avec 2 à 4 rangées terminales de cellules dressées et/ou carrées ; 110 : présence de cellules bordantes ; 114 : 4 rayons par mm ; 115 : 4–12 rayons par mm.
  • Structure étagées : 120 : parenchyme axial et/ou éléments de vaisseaux étagés ; 121 : fibres étagées ; 122 : rayons et/ou éléments axiaux irrégulièrement étagés (échelonnés).
  • Inclusions minérales : (136 : présence de cristaux prismatiques) ; (137 : cristaux prismatiques dans les cellules dressées et/ou carrées des rayons) ; (140 : cristaux prismatiques dans les cellules cloisonnées, dressées et/ou carrées des rayons) ; (142 : cristaux prismatiques dans les cellules cloisonnées du parenchyme axial) ; (154 : plus d’un cristal approximativement de même taille par cellule ou par loge (dans les cellules cloisonnées)).
(P. Ng’andwe, H. Beeckman & P.E. Gasson)

Croissance et développement

Les semis développent une racine pivotante avec de nombreuses racines latérales. Ils ont des feuilles simples jusqu’à la dixième feuille environ, alors qu’ils ont 25–30 cm de hauteur, et ensuite ils commencent à former des feuilles composées 3-foliolées, jusqu’à ce qu’ils aient environ 50 cm de hauteur. A partir de ce moment ils forment des feuilles à 5 folioles jusqu’à ce qu’ils aient une hauteur de 1 m environ et un âge de 15 mois ; il peut alors apparaître des feuilles à 7 folioles. La taille des feuilles s’accroît ensuite jusqu’à l’âge de 4–5 ans, avec des folioles atteignant 60 cm × 20 cm, après quoi la taille des feuilles décroît. Les gaules se développent sans se ramifier jusqu’à un âge de 5–6 ans et une hauteur de 5–7 m. A ce même âge, des contreforts en échasses peuvent commencer à se former. Des feuilles simples se forment près de la surface de la cime des grands arbres. L’élagage naturel est assez bon, mais le fût est néanmoins souvent légèrement sinueux, en particulier dans les forêts marécageuses.

Le niangon est une essence de lumière, mais les semis et les gaules peuvent tolérer l’ombre pendant plusieurs années, et commencent à pousser dès que la canopée s’ouvre. Au Ghana, on a enregistré pour la première année des accroissements en hauteur de 27–65 cm en forêt naturelle, et de 22,5–90 cm en pépinière. Des arbres de plantation en Sierra Leone ont montré une croissance annuelle moyenne en diamètre de 1,7 cm au cours des 15 premières années, et ils ont atteint une hauteur de 20 m à l’âge de 15 ans. Dans des plantations sans arbres d’ombrage en Côte d’Ivoire, la croissance moyenne atteint 1 m/an au cours des 4–5 premières années, mais ensuite elle s’accélère pour atteindre 2 m/an jusqu’à l’âge de 10 ans. Dans une plantation de Côte d’Ivoire âgée de 62 ans, l’accroissement annuel moyen en diamètre du fût était de 1 cm pour les plus grands arbres (20% du total), mais en forêt naturelle il est de l’ordre de 0,4 cm. En plantation, le bois peut être récolté à l’âge de 50–60 ans, alors que le fût a atteint en moyenne 50 cm de diamètre. L’essence est sempervirente, et de nouvelles feuilles apparaissent deux fois par an durant les saisons pluvieuses, plus ou moins simultanément sur tous les arbres. Ils fleurissent en octobre-novembre, et fructifient de janvier à mars, soit vers la fin de la saison sèche. Les arbres commencent à porter des fruits lorsqu’ils sont âgés de 15–17 ans. Les fruits peuvent être dispersés par le vent, mais ils ne sont pas particulièrement légers, et ne font pas de grands trajets.

Ecologie

Le niangon se rencontre dans la forêt sempervirente, la forêt humide semi-décidue, dans les forêts-galeries, ainsi que dans les forêts secondaires, rarement au-dessus de 500 m d’altitude. On le trouve souvent le long des cours d’eau et dans les marécages, étant donné qu’il est très sensible à la sécheresse. Cependant, les arbres qui ont la meilleure forme de fût se trouvent dans des localités bien drainées. Il pousse dans des régions de pluviométrie annuelle de 1500–2500 mm. Il semble préférer les sols limoneux à sableux. Il a tendance à pousser par taches, étant très commun localement, et ailleurs ne se rencontrant qu’à l’état disséminé. Le niangon atteint les strates moyennes et hautes de la forêt, mais ce n’est pas un arbre émergent. Au Liberia, on a enregistré une densité moyenne de 2 arbres de plus de 40 cm de diamètre et 0,5 arbre de plus de 60 cm de diamètre par ha. En Côte d’Ivoire, on enregistrait à la fin des années 1950 une moyenne de 5 arbres exploitables par ha, mais depuis lors les peuplements ont été fortement appauvris.

Multiplication et plantation

Le niangon est multiplié par graines. Un kilogramme contient environ 1250 graines. Celles-ci sont récalcitrantes et n’ont pas de dormance. La germination démarre après (2–)3–4 jours. Les graines fraîches ont un taux de germination élevé, jusqu’à plus de 80% en 2 semaines. On sème les graines avec l’aile dépassant au-dessus du sol. On plante les jeunes gaules sur le terrain lorsqu’elles sont âgées de 18–30 mois et qu’elles ont 1–1,5 m de hauteur, mais aujourd’hui on les plante souvent à 8–9 mois, lorsqu’elles ont une hauteur de 30–50 cm. Pour la plantation, on utilise des plants en pots, à racines nues ou effeuillés. L’élagage des racines latérales un mois environ avant la transplantation favorise la formation d’un système dense de racines latérales courtes, ce qui améliore les chances de succès de la plantation. L’espacement varie de 3 m × 3 m à 5 m × 5 m, selon le système de culture (plantation pure, système de la taungya ou système agroforestier). La régénération naturelle en forêt peut être abondante, notamment lorsque la canopée a été perturbée mais non entièrement enlevée. Dans les années de faible fructification, on transplante parfois les semis naturels en pépinière.

Gestion

La production de bois de niangon provient généralement de forêt naturelle aménagée selon un régime de jardinage, les grumes étant extraites en fonction d’un diamètre minimal d’abattage et selon une période donnée, avec ou sans interventions sylvicoles. Le diamètre minimal varie selon les pays, de 50 cm en Côte d’Ivoire à 70 cm au Ghana à une hauteur de 1,3 m au-dessus du sol ou à 30 cm au-dessus des contreforts. La durée de la période d’exploitation varie également, de 15 à 60 ans. Au Ghana, l’intensité d’abattage en tiges par km² est basée sur le rapport entre le nombre de tiges de plus de 70 cm de diamètre et le nombre de tiges dans la classe 50–69 cm de diamètre à la suite d’un inventaire à 100%. Lorsque ce rapport est de 1:1, 70% des bois sur pied au-dessus de 70 cm de diamètre peuvent être exploités, mais en général on en extrait 50–70%.

Plusieurs méthodes de plantation ont été expérimentées en Côte d’Ivoire. Les premières plantations, qui couvrent une centaine d’hectares, ont été mises en place en 1930. Des plants effeuillés de 1,5 m de hauteur furent plantés à 2 m × 2 m d’écartement dans une forêt dont le sous-bois avait été défriché, et les plus petits arbres annelés. Par la suite l’annélation des arbres du couvert principal fut pratiquée jusqu’à la 5e année suivant la plantation, et des éclaircies furent pratiquées à intervalles réguliers, pour finalement aboutir à une densité de 400–550 pieds de niangon par ha, avec des fûts droits et nets de branches, et une croissance annuelle moyenne en diamètre de 0,5 cm. C’est une méthode à forte intensité de main-d’œuvre. Entre 1931 et 1948 environ 2700 ha de forêt naturelle firent l’objet de plantations d’enrichissement de niangon en layons. Ces layons, de 2 m de large, étaient ouverts à 10–25 m d’intervalle, les arbres étaient empoisonnés, les plants effeuillés de niangon plantés à espacement de 5 m, des dégagements étaient pratiqués au cours des 5 premières années, ainsi que des éclaircies régulières, pour obtenir finalement environ 380 tiges de niangon par ha. Cette méthode est moins exigeante en main-d’œuvre, mais elle fut abandonnée en raison des difficultés liées aux dégagements et à l’empoisonnement des arbres. Le niangon a quelquefois été planté en mélange avec d’autres essences de valeur, notamment Khaya ivorensis A.Chev. Plus tard, on recourut au système de la taungya pour planter environ 400 ha de niangon, et depuis 1986 environ 180 ha de plantations ont été établis avec succès en utilisant des plants issus de semis de 30–50 cm de hauteur, plantés en pleine lumière. En 1950, on introduisit des niangon originaires de Côte d’Ivoire dans une forêt près de Kribi au Cameroun.

Maladies et ravageurs

De nombreux insectes peuvent attaquer le niangon, mais les dégâts sont généralement peu importants. Les plants de pépinière peuvent être attaqués par des insectes gallicoles et des coléoptères et lépidoptères foreurs des pousses terminales. On a observé que les chenilles du lépidoptère Anaphe venata mangent les feuilles en forêt naturelle, de même que plusieurs autres coléoptères et lépidoptères.

Récolte

Les coupes se font toute l’année, mais surtout durant la saison sèche. Les arbres sont abattus et tronçonnés en grumes, qui sont ensuite débusquées jusqu’à un parc à grumes central à l’aide de tracteurs à chenilles ou à roues équipés de treuils.

Rendement

Selon les données de la pratique au Ghana, l’exploitation soutenue de niangon varie de 5 à 80 tiges par km², selon le type de forêt et la densité de l’essence. Le volume marchand moyen par arbre est de 6–7 m³. La production annuelle moyenne de bois dans les plantations de niangon de Côte d’Ivoire est de 8–14 m³/ha.

Traitement après récolte

Les grumes sont écorcées rapidement après l’abattage afin de prévenir les attaques de bostryches, qui pondent leurs œufs sous l’écorce et dont les larves peuvent attaquer l’aubier. On peut aussi recourir à la pulvérisation d’insecticides. On peut appliquer des fongicides pour éviter la décoloration par des champignons responsables de taches ou de pourriture. Les grumes sont transportées à partir des parcs à grumes jusqu’à l’usine de transformation ou aux dépôts de vente au moyen d’engins articulés. Elles sont triées par catégories d’emploi : sciages, placages ou exportation en grumes, et empilées ou immergées dans des bassins de stockage. Les bois sont soit exportés en grumes s’il n’y a pas d’interdiction à ce sujet, soit convertis dans les usines locales en sciages, placages ou contreplaqués avant d’être exportées. Ces produits sont exportés selon les spécifications des acheteurs, et emballés selon les règles et réglementations normalisées de transport maritime.

Ressources génétiques

Heritiera utilis est inscrit sur la liste rouge de l’UICN comme espèce vulnérable, étant considéré comme étant à risque élevé d’extinction à l’état sauvage à moyen terme en raison d’une sérieuse réduction des populations dans les dernières années. Au Ghana, il est classé comme “espèce à étoile rouge”, ce qui indique que les rythmes actuels d’exploitation représentent un danger sérieux d’érosion génétique.

Perspectives

Etant un excellent bois d’œuvre mais aussi une espèce menacée, la production soutenue de niangon à partir des peuplements naturels nécessitera une gestion intensive. C’est un bon candidat pour la création de plantations et le reboisement dans la zone de forêt humide sempervirente d’Afrique de l’Ouest. Bien qu’on dispose déjà d’une large expérience avec les plantations de Côte d’Ivoire, il faudra davantage de recherche, notamment en ce qui concerne les traitements sylvicoles en forêt naturelle, les essais de provenances et les méthodes optimales de multiplication.

Références principales

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  • Chudnoff, M., 1980. Tropical timbers of the world. USDA Forest Service, Agricultural Handbook No 607, Washington D.C., United States. 826 pp.
  • Dupuy, B. & Chézeaux, E., 1994. La sylviculture du niangon en plantation. Bois et Forêts des Tropiques 239: 9–22.
  • Holmgren, M., Poorter, L., Siepel, A., Bongers, F., Buitelaar, M., Chatelain, C., Gautier, L., Hawthorne, W.D., Helmink, A.T.F., Jongkind, C.C.H., Os-Breijer, H.J., Wieringa, J.J. & van Zoest, A.R., 2004. Ecological profiles of rare and endemic species. In: Poorter, L., Bongers, F., Kouamé, F.N’. & Hawthorne, W.D. (Editors). Biodiversity of West African forests. An ecological atlas of woody plant species. CAB International, Wallingford, United Kingdom. pp. 101–389.
  • Richter, H.G. & Dallwitz, M.J., 2000. Commercial timbers: descriptions, illustrations, identification, and information retrieval. [Internet]. Version 18th October 2002. http://delta-intkey.com/wood/index.htm. May 2005.
  • Voorhoeve, A.G., 1979. Liberian high forest trees. A systematic botanical study of the 75 most important or frequent high forest trees, with reference to numerous related species. Agricultural Research Reports 652, 2nd Impression. Centre for Agricultural Publishing and Documentation, Wageningen, Netherlands. 416 pp.

Autres références

  • Abbiw, D.K., 1990. Useful plants of Ghana: West African uses of wild and cultivated plants. Intermediate Technology Publications, London and Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 337 pp.
  • Aubréville, A., 1959. La flore forestière de la Côte d’Ivoire. Deuxième édition révisée. Tome deuxième. Publication No 15. Centre Technique Forestier Tropical, Nogent-sur-Marne, France. 341 pp.
  • Brunck, F., 1994. Les ravageurs et maladies du niangon. Bois et Forêts des Tropiques 239: 23–42.
  • Takahashi, A., 1978. Compilation of data on the mechanical properties of foreign woods (part 3) Africa. Shimane University, Matsue, Japan, 248 pp.

Sources de l'illustration

  • Voorhoeve, A.G., 1979. Liberian high forest trees. A systematic botanical study of the 75 most important or frequent high forest trees, with reference to numerous related species. Agricultural Research Reports 652, 2nd Impression. Centre for Agricultural Publishing and Documentation, Wageningen, Netherlands. 416 pp.

Auteur(s)

  • K.A. Adam, Forestry Research Institute of Ghana (FORIG), University P.O. Box 63, KNUST, Kumasi, Ghana

Citation correcte de cet article

Adam, K.A., 2005. Heritiera utilis (Sprague) Sprague. In: Louppe, D., Oteng-Amoako, A.A. & Brink, M. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 20 avril 2019.


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