Euphorbia unispina (PROTA)
Introduction |
Euphorbia unispina N.E.Br.
- Protologue: Dyer, Fl. trop. Afr. 6(1) : 561 (1911).
- Famille: Euphorbiaceae
Noms vernaculaires
- Candle plant (En).
Origine et répartition géographique
Euphorbia unispina se rencontre de la Guinée et du Mali jusqu’au sud du Soudan.
Usages
Le latex d’Euphorbia unispina est très caustique et toxique, et très irritant pour la peau et les muqueuses. Il peut rendre aveugle lorsqu’il entre en contact avec les yeux. Malgré sa toxicité, il est utilisé en médecine. En Guinée, au Mali et en Côte d’Ivoire, on applique du latex sur le cou pour soigner la maladie du sommeil, car on croit que la maladie serait provoquée par des ganglions du cou. En Côte d’Ivoire et au Nigeria, le latex est appliqué sur les plaies lépreuses. Deux gouttes de latex sur un œuf sont consommées comme vermifuge. Au Bénin, la cendre de tige s’inhale pour traiter l’asthme ; l’huile de palme avec du latex se prend pour traiter la constipation et la colique ; la macération de tiges coupées dans de l’eau s’applique contre les maladies de peau et les hémorroïdes. Dans le nord du Nigeria, on frictionne le corps avec du latex pour traiter la maladie mentale. Au Cameroun, on en met dans une dent cariée pour apaiser la douleur ou pour aider à déchausser la dent et rendre l’extraction plus facile. Les feuilles séchées se fument en pipe pour traiter la bronchite.
Outre les usages médicinaux, le latex est beaucoup utilisé dans la préparation de poison de flèche, mais toujours en mélange avec d’autres ingrédients, tels que les graines d’espèces de Strophanthus. Il est également utilisé dans des poisons pour la pêche et des pièges à animaux. Au nord du Nigeria, on aurait recours au latex comme poison pour commettre des meurtres et des suicides. Le latex est appliqué sur les scarifications pour les épaissir. En Afrique de l’Ouest, Euphorbia unispina est parfois planté dans les jardins comme plante ornementale ou en haie autour des champs et des cimetières. En Europe et aux Etats-Unis, c’est une plante en pot rare dans les collections de plantes succulentes.
Euphorbia unispina ressemble fortement à Euphorbia poissonii Pax, et ils ont des usages similaires.
Production et commerce international
Certains composés isolés chez Euphorbia unispina se vendent sur internet. Les prix de la résinifératoxine en 2007 allaient de US$ 35 (1 mg) à US$ 525 (25 mg) ; ceux de la tinyatoxine, de US$ 60 (1 mg) à US$ 240 (5 mg). Euphorbia unispina est également vendu sur internet comme plante ornementale.
Propriétés
Le latex d’Euphorbia unispina contient des esters d’alcools diterpènes du type tigliane (le 12-désoxyphorbol et le 12-désoxy-16-hydroxyphorbol) et du type daphnane (le résiniféronol), ainsi que plusieurs esters macrocycliques d’un alcool diterpène, le 18-hydroxyingol. Les esters de daphnane sont généralement connus pour leurs puissantes propriétés irritantes pour la peau, tandis que les esters de tigliane sont toxiques et sont des promoteurs de tumeurs ; cependant, certains esters de tigliane ont une activité anticancéreuse.
Euphorbia unispina contient une gamme de composés chimiques moins variée qu’Euphorbia poissonii, et également à des concentrations inférieures. Cela se reflète dans l’activité irritante du latex, qui est 30 fois plus faible que celle du latex d’Euphorbia poissonii, bien qu’après 24 heures, l’activité de chacun de ces latex soit de force quasi équivalente. Les esters aromatiques isolés du type daphnane sont bien plus irritants dans les essais de sensibilisation de l’oreille de souris que les esters aromatiques du type tigliane, en particulier la résinifératoxine (ID50 = 0,00021 nMol / 5 μg) et la tinyatoxine (ID50 = 0,0012 nMol / 5 μg), tandis que la prorésinifératoxine est presque inactive. Les esters de tigliane aromatiques isolés, la candletoxine A (ID50 = 0,48 nMol / 5 μg) et la candletoxine B (ID50 = 0,19 nMol / 5 μg), ainsi que le DPP (12-désoxyphorbol 13-phénylacétate ; ID50 = 0,064 nMol / 5 μg) étaient eux aussi fortement irritants. Le principal composé isolé d’Euphorbia poissonii, le 12-désoxyphorbol-13-O-phénylacétate-20-O-acétate, extrêmement irritant, n’a pas été isolé chez Euphorbia unispina. L’activité irritante de la résinifératoxine et de la tinyatoxine est rapide et culmine au bout de 4 heures puis s’atténue et disparaît au bout de 24 heures. La résinifératoxine est extrêmement toxique, car elle se lie aux récepteurs de la douleur de la même façon que la capsaïcine, mais bien plus puissamment. Elle stimule les neurones pour qu’ils déchargent à répétition jusqu’à ce que le neurone meure, ce qui déclenche une douleur fulgurante et plonge la victime dans un grave choc anaphylactique. Elle est utilisée dans le traitement de l’incontinence liée à une hyperactivité de la vessie. Elle a également des propriétés antiappétentes et analgésiques. On s’efforce actuellement de synthétiser ce composé, car il aura une utilité dans la compréhension des modalités de liaison de la résinifératoxine à ses sites récepteurs.
Description
Arbuste monoïque, en forme de candélabre, à ramification peu abondante, atteignant 3,5 m de haut ; rameaux cylindriques, jusqu’à 2,5 cm de diamètre, gris argenté, couverts de tubercules superficiels et de boucliers cornés d’épines atteignant 1 cm de diamètre, gris, à 1 épine, à latex blanc. Feuilles disposées en spirale à l’apex de la tige en 4–5 rangées, simples, tombant rapidement ; stipules modifiées en 2 épines trapues de 6–10 mm de long ; pétiole court, épais ; limbe oblong ou en cuiller, de 5–12 cm × 1,5–5 cm, base longuement cunéiforme, apex émarginé et frangé, aigu ou arrondi, presque entier, charnu, glabre, pennatinervé. Inflorescence : cyme axillaire à l’extrémité des branches, constituée de groupes de fleurs appelés “cyathes” ; pédoncule court ; rameaux de la cyme environ 2, courts ; bractées 2, ovales, d’environ 2 mm de long, membraneuses ; cyathe d’environ 4 mm de diamètre, à involucre en forme de court entonnoir, vert, 5-lobé à lobes largement ovales et frangés, glandes 5, elliptiques, se touchant, rouges, chaque cyathe contenant 1 fleur femelle entourée de nombreuses fleurs mâles. Fleurs unisexuées ; fleurs mâles sessiles, périanthe absent, étamine courtement exserte, rouge ; fleurs femelles à pédicelle incurvé de 4–8 mm de long chez le fruit, périanthe 5-lobé, ovaire supère, 3-loculaire, glabre, styles 3, atteignant 2 mm de long, minces, soudés à la base, bifides à l’apex. Fruit : capsule obtusément 3-lobée d’environ 6 mm de diamètre, glabre, à 3 graines. Graines ovoïdes.
Autres données botaniques
Le genre Euphorbia comprend environ 2000 espèces et est présent dans le monde entier, avec au moins 750 espèces sur le continent africain et environ 150 espèces à Madagascar et sur les îles de l’océan Indien. Euphorbia unispina appartient au sous-genre Euphorbia, section Euphorbia, vaste groupe caractérisé par des tiges succulentes et anguleuses, des stipules modifiées en petites épines, un bouclier d’épines comportant une paire d’épines (parfois soudées en une seule épine), des inflorescences axillaires et des graines sans caroncule. Les spécimens d’Euphorbia poissonii Pax à petites épines ressemblent beaucoup à Euphorbia unispina. Le premier peut se distinguer d’Euphorbia unispina par des rameaux fleuris plus trapus, des feuilles sur 8–10 rangées au lieu de 4–5, par des épines généralement rudimentaires et par les nombreuses inflorescences densément groupées à l’extrémité des pousses.
Euphorbia unispina fleurit à la fin de la saison sèche, avant la formation de nouvelles feuilles.
Plusieurs autres espèces d’Euphorbia étroitement apparentées à Euphorbia unispina ont des usages médicinaux.
Euphorbia meridionalis
Euphorbia meridionalis P.R.O.Bally & S.Carter est présent au Kenya et en Tanzanie ; au Kenya, les Massaïs boivent de l’eau ou des soupes dans lesquelles on a fait cuire des tranches de tige, pour provoquer la diarrhée afin de traiter le paludisme et les maladies vénériennes.
Euphorbia schizacantha
Euphorbia schizacantha Pax se rencontre en Ethiopie, en Somalie et au nord du Kenya, et en Somalie la plante broyée est appliquée sur l’anus pour traiter les hémorroïdes. En Ethiopie, l’infusion de racine se boit pour traiter la toux. Euphorbia schizacantha est recherché par les collectionneurs de plantes en raison de ses rameaux retombants et parce que la soudure de ses 2 épines principales n’est pas complète, ce qui donne une extrémité fourchue.
Euphorbia venenifica
Euphorbia venenifica Tremaux ex Kotschy est présent au Tchad, au Soudan, en Ethiopie et en Ouganda. Le latex est très caustique et toxique, et dans le sud du Soudan c’est l’ingrédient d’un poison de flèche. Dans le sud du Tchad et le sud du Soudan, le latex est également utilisé comme poison pour la pêche.
Ecologie
Euphorbia unispina est présent sur les collines et les versants rocailleux de la savane. Il est commun par endroits.
Gestion
Euphorbia unispina se multiplie facilement par boutures de tige ; celles-ci doivent faire au moins 20 cm de long et il est préférable de les sectionner à partir de la base d’une branche dont la surface coupée est ligneuse. Une fois coupées, il faut les laisser reposer à l’abri de la lumière pendant au moins 2 semaines pour qu’elles forment un cal à l’extrémité sectionnée. Euphorbia unispina peut également se cultiver à partir de graines. Le latex d’Euphorbia unispina se récolte généralement sur des plantes sauvages ou celles plantées à proximité des villages. La récolte de feuilles est saisonnière car la plante est dépourvue de feuilles à la saison sèche.
Ressources génétiques
Euphorbia unispina est commun par endroits et n’est probablement pas menacé d’érosion génétique. En tant qu’espèce d’Euphorbia (semi-)succulente, son commerce international est régulé par l’annexe 2 de la CITES.
Perspectives
Malgré des activités biologiques utiles, l’utilisation à des fins médicinales d’Euphorbia unispina est limitée par la toxicité du latex. Cependant, certains de ses composés offrent de bonnes perspectives ; par exemple la résinifératoxine fait l’objet d’essais cliniques de phase II, et le DPP peut être utilisé dans le traitement d’infections persistantes au VIH-1. La taxinomie et les aires de répartition d’Euphorbia unispina, d’Euphorbia poissonii et d’Euphorbia venenifica ont besoin d’être révisées car ces espèces se ressemblent beaucoup.
Références principales
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Autres références
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Auteur(s)
- L.E. Newton, Department of Biological Sciences, Kenyatta University, P.O. Box 43844, Nairobi 00100, Kenya
Citation correcte de cet article
Newton, L.E., 2008. Euphorbia unispina N.E.Br. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 31 mars 2025.
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