Eucalyptus grandis (PROTA)

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Introduction
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Importance générale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svg
Répartition en Afrique Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svg
Répartition mondiale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svg
Glucides / amidon Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
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Bois d'œuvre Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Bois de feu Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Ornemental Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Fourrage Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Fibre Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg


répartition en Afrique (cultivé)
1, port de l’arbre ; 2, rameau avec boutons floraux ; 3, boutons floraux ; 4, fruits. Redessiné et adapté par R.H.M.J. Lemmens
plantation (University of Hawaii)
plantation de 14 ans, Madagascar
port de l'arbre
graines (S. Hurst)
coupe transversale du bois
coupe tangentielle du bois
coupe radiale du bois

Eucalyptus grandis Hill ex Maiden


Protologue: Forest fl. N.S.W. 1: 79 (1903).
Famille: Myrtaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 22

Noms vernaculaires

  • Flooded gum, rose gum (En).
  • Eucalipto branco (Po).

Origine et répartition géographique

L’aire naturelle d’Eucalyptus grandis se cantonne au Queensland et à la Nouvelle-Galles du Sud en Australie. Il est pourtant devenu non seulement un arbre de plantation non négligeable dans les régions tropicales et subtropicales, mais aussi l’un des plus importants Eucalyptus commerciaux, avec plus de 0,5 million d’ha plantés dans les zones tropicales et subtropicales en dehors de l’Australie, notamment en Afrique. Des programmes de plantation à grande échelle ont été menés en Afrique du Sud, où il a été introduit en 1885, ainsi qu’au Brésil, et d’importantes plantations sont effectuées en Angola, au Zimbabwe, en Argentine, en Uruguay et en Inde.

Usages

Le bois est utilisé en construction, pour la parqueterie, la menuiserie, les boiseries, les bardeaux, la construction navale, les roues de véhicules, les piquets, les poteaux, le mobilier, la caisserie, les étais de mine, les placages et le contreplaqué. Il convient également pour la confection de manches d’outils et d’échelles, d’instruments agricoles, d’articles de sport, de jouets, d’articles de fantaisie, pour le tournage, les traverses de chemin de fer, les panneaux durs, les panneaux de particules et la laine de bois. Il sert de bois de feu pour l’usage domestique, pour sécher le tabac, en particulier en Ouganda, ainsi que pour la production de charbon de bois.

Eucalyptus grandis est une importante source de pâte à papier pour la fabrication de papiers d’imprimerie, d’écriture, spéciaux et mousseline. Il est planté comme arbre d’ornement et d’ombrage, ainsi qu’en brise-vent. C’est aussi une espèce mellifère.

En R.D. du Congo, la décoction de poudre d’extrémités de rameaux est administrée en cas de constipation.

Production et commerce international

Pour l’année 1995, les plantations mondiales d’Eucalyptus ont été estimées à 14,6 millions d’ha, dont 1,8 million en Afrique. La majeure partie se trouve en Afrique du Sud où quelque 560 000 ha sont plantés d’Eucalyptus grandis et d’Eucalyptus saligna Sm. L’Angola a planté 128 000 ha, essentiellement d’Eucalyptus grandis.

Dans les années 1980, la superficie plantée d’Eucalyptus grandis était estimée à 1 million d’ha, les principaux pays producteurs étant par ordre d’importance : le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Angola, l’Argentine, l’Inde, le Zimbabwe et le Malawi. En Afrique tropicale, de vastes plantations ont également été mises en place au Ghana, au Nigeria, au Cameroun, en R.D. du Congo, au Kenya, en Ouganda, en Zambie, en Namibie et au Mozambique. Eucalyptus grandis est une espèce importante du Zimbabwe qui représente plus de 90% des plantations totales de feuillus.

Propriétés

La couleur du bois de cœur varie de l’ivoire au rose ou au rouge foncé, l’aubier, qui peut atteindre 5 cm d’épaisseur, étant quant à lui plus pâle. Le fil est droit ou contrefil, le grain est moyen à grossier. Les veines gommeuses sont fréquentes.

Le bois a une densité de 540–775 kg/m³ à 12% d’humidité. Il sèche assez difficilement, mais on peut éviter les gerces en apportant le plus grand soin au séchage dès les premières étapes. Les taux de retrait de l’état vert à anhydre sont élevés : de 4,0–7,7% dans le sens radial et de 7,5–12,7% dans le sens tangentiel. Le bois n’est généralement pas stable en service.

A 12% d’humidité, le module de rupture est de 80–129(–172) N/mm², le module d’élasticité de 9900–15 800 N/mm², la compression axiale de 31–68 N/mm², la compression transversale de 4–6 N/mm², le cisaillement de 7–11 N/mm², le fendage de 15–21 N/mm, la dureté Janka de flanc de 3820–6540 N, la dureté Janka en bout de 4000–5510 N et la dureté de flanc Chalais-Meudon de 1,7–3,6.

Le bois se travaille bien tant à la machine qu’à la main, mais les surfaces ont tendance à pelucher et le bois est sujet à l’éclatement. Il se scie proprement, se rabote parfaitement et prend bien toutes sortes de finitions. Il tient bien les vis et les clous, même s’il a tendance à se fendre au clouage. Les caractéristiques de collage sont bonnes.

Le bois est tout au plus moyennement durable, c’est pourquoi il ne faut pas laisser de bois non traité en contact avec le sol. Il est sujet aux attaques de termites et de térébrants marins. L’aubier, en revanche, résiste habituellement aux foreurs Lyctus. Si le bois de cœur est rebelle à l’imprégnation avec des produits de conservation, l’aubier est quant à lui perméable.

La valeur énergétique du bois d’Eucalyptus grandis est de 18 100–19 400 kJ/kg. Du bois issu d’arbres zambiens âgés de 5,5 ans présentait des fibres qui avaient 0,8 mm de long, 16,6 μm de diamètre et 2,9 μm d’épaisseur de paroi cellulaire. Il contenait 69,5% d’holocellulose, 41,2% d’α -cellulose, 23,2% de lignine et 0,2% de cendres. La solubilité dans l’eau chaude était de 2,1%, dans l’alcool de 1,3%, dans l’alcool-benzène de 1,0% et dans une solution à 1% de NaOH de 13,8%. La mise en pâte par le procédé au sulfate a permis des rendements de 52–58% d’une pâte dont la résistance peut égaler celle de pâtes issues d’autres bois de feuillus. Du bois issu d’arbres australiens de 10 ans présentait des fibres de 0,9 mm de long, et de 22 μm de diamètre. Il contenait 43% de cellulose, 21% de glucuronoxylane et 30% de lignine. On a obtenu 53% de pâte kraft blanchie, 3,9 m³ de bois ayant été nécessaires pour obtenir 1 t de pâte blanchie.

Les feuilles produisent 0,3–4,7% d’huile essentielle qui contient de l’α -pinène (30,4–68,9%), du β-pinène (0,4–46,6%), du p-cymène (jusqu’à 16,1%), du terpinen-4-ol (jusqu’à 10,7%), du 1,8-cinéole (jusqu’à 4,8%), de l’α-terpinéol (0,5–8,0%), du limonène (2,4–5,6%) et de l’(E)-β-ocimène (jusqu’à 9,4%). L’huile essentielle a montré une activité larvicide contre le moustique Aedes aegypti, l’α-pinène en étant le principal composé larvicide. Les euglobals des feuilles ont fait ressortir une activité anti-carcinogène et des effets inhibiteurs sur l’activation du virus d’Epstein Barr.

Description

  • Arbre sempervirent, de taille moyenne à très grande, pouvant atteindre 60 m de haut ; fût rectiligne, cylindrique, dépourvu de branches sur une hauteur de 30 m, jusqu’à 200 cm de diamètre ; surface de l’écorce lisse, blanche, gris-blanc ou bleu-gris, avec quelques zones rugueuses et écailleuses à la base du fût ; cime étalée.
  • Feuilles alternes, simples et entières ; stipules absentes ; pétiole sillonné, de 1,5–2(–3,5) cm de long ; limbe lancéolé, parfois falciforme, de 10–16(–20) cm × (1,5–)2–3 cm, longuement acuminé à l’apex, coriace, glabre, vert pâle au-dessous, pennatinervé, aromatique lorsqu’on le froisse.
  • Inflorescence : dichasium condensé et réduit, solitaire, axillaire, ombelliforme, à (3–)7–11 fleurs ; pédoncule aplati, de 8–18 mm de long.
  • Fleurs bisexuées, régulières, blanchâtres ; pédicelle anguleux et pouvant atteindre 3 mm de long ; boutons floraux ovoïdes à largement fusiformes, divisés en un hypanthium (partie inférieure) obconique ou en forme de cloche de 3–4 mm × 4–5 mm, et un opercule (partie supérieure) conique ou muni d’un léger bec de 3–4 mm × 4–5 mm ; étamines nombreuses ; ovaire infère, 4–6-loculaire.
  • Fruit : capsule à paroi fine, plus ou moins piriforme, de 5–8 mm × 4–8 mm, s’ouvrant par 4–5(–6) valves exsertes, plus ou moins incurvées, contenant de nombreuses graines.
  • Graines brunes.
  • Plantule à germination épigée.

Autres données botaniques

Le genre Eucalyptus comprend près de 800 espèces endémiques d’Australie, à l’exception d’une dizaine présente dans la partie orientale de l’Asie du Sud-Est. De nombreuses espèces d’Eucalyptus sont cultivées en dehors de leur aire naturelle, dans des régions tropicales, subtropicales et tempérées, en raison de la rapidité de leur croissance et de leur capacité d’adaptation à des conditions écologiques très variées. En Afrique, Eucalyptus globulus Labill. est longtemps restée la principale espèce d’Eucalyptus, et même si elle a cédé du terrain, elle n’en demeure pas moins très présente sous des climats frais. De nos jours, les principales espèces commerciales en Afrique sont Eucalyptus grandis dans les endroits fertiles, Eucalyptus camaldulensis Dehnh. dans les régions sèches, et Eucalyptus robusta Sm. dans les régions plutôt tropicales.

Le genre Eucalyptus est divisé en plusieurs sous-genres (7–10, selon l’auteur), lesquels sont à leur tour subdivisés en de nombreuses sections et séries. D’après les résultats des travaux de phylogénétique menés sur Eucalyptus, il semblerait que le genre soit polyphylétique, ayant plusieurs origines dans l’évolution ; dès lors, on a proposé de diviser le genre en plusieurs genres distincts. Ce changement n’a pas encore été apporté, principalement à cause du maelström qui pourrait en découler dans la nomenclature. Les espèces d’Eucalyptus s’hybrident facilement, ce qui rajoute à la complexité taxinomique.

Eucalyptus grandis s’hybride souvent avec Eucalyptus saligna Sm., dont il est très proche et dont il se distingue très facilement par la forme des valves de ses fruits. La plupart des peuplements d’Eucalyptus grandis / Eucalyptus saligna en Afrique sont hybrides. Eucalyptus grandis s’hybride également avec Eucalyptus botryoides Sm., Eucalyptus camaldulensis, Eucalyptus tereticornis Sm. et Eucalyptus urophylla S.T.Blake.

Anatomie

Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :

  • Cernes de croissance : 2 : limites de cernes indistinctes ou absentes.
  • Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; 7 : vaisseaux en lignes, ou plages, obliques et/ou radiales ; 9 : vaisseaux exclusivement solitaires (à 90% ou plus) ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; 26 : ponctuations intervasculaires moyennes (7–10 μm) ; 27 : ponctuations intervasculaires grandes ( 10 μm) ; 29 : ponctuations ornées ; 31 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles très réduites à apparemment simples : ponctuations rondes ou anguleuses ; (42 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 100–200 μm) ; 43 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 200 μm ; 46 : 5 vaisseaux par millimètre carré ; 47 : 5–20 vaisseaux par millimètre carré ; 56 : thylles fréquents.
  • Trachéides et fibres : 60 : présence de trachéides vasculaires ou juxtavasculaires ; 62 : fibres à ponctuations distinctement aréolées ; 63 : ponctuations des fibres fréquentes sur les parois radiales et tangentielles ; 66 : présence de fibres non cloisonnées ; 69 : fibres à parois fines à épaisses.
  • Parenchyme axial : (76 : parenchyme axial en cellules isolées) ; 79 : parenchyme axial circumvasculaire (en manchon) ; 83 : parenchyme axial anastomosé ; 92 : quatre (3–4) cellules par file verticale ; 93 : huit (5–8) cellules par file verticale.
  • Rayons : (96 : rayons exclusivement unisériés) ; (97 : rayons 1–3-sériés (larges de 1–3 cellules)) ; 104 : rayons composés uniquement de cellules couchées ; 106 : rayons composés de cellules couchées avec une rangée terminale de cellules dressées et/ou carrées ; 115 : 4–12 rayons par mm ; 116 : 12 rayons par mm.
  • Inclusions minérales : 136 : présence de cristaux prismatiques ; 141 : cristaux prismatiques dans les cellules non cloisonnées du parenchyme axial ; 142 : cristaux prismatiques dans les cellules cloisonnées du parenchyme axial.
(D. Louppe, P. Détienne & E.A. Wheeler)

Croissance et développement

Eucalyptus grandis a une croissance très rapide. Au Kenya à 2100 m d’altitude, des arbres ont atteint 4,3 m de haut en l’espace de 14 mois, et à 2400 m d’altitude ils mesuraient 6,7–7,3 m de haut au bout de 27 mois. Lors d’essais menés à Madagascar, des arbres de 13 ans avaient atteint 40–45 m de haut.

La floraison de l’arbre débute au bout de 4–5 ans. En Ethiopie, elle a lieu en juillet–décembre. Les insectes, notamment les abeilles, pollinisent les fleurs. Sur chaque fleur, le stigmate n’est réceptif qu’après que le pollen a été libéré, mais chaque arbre fleurissant pendant assez longtemps, l’autofécondation est tout à fait possible. Dans un verger à graines d’Afrique du Sud, on a relevé un taux d’autofécondation de 10–38%, ce qui a provoqué des anomalies néfastes chez les semis et une chute de la croissance de 8–49% par rapport à la descendance croisée. Les fruits mûrissent 6–7 mois après la floraison.

Ecologie

Eucalyptus grandis pousse bien dans des conditions subtropicales humides à basse altitude, en conditions naturelles souvent sur des versants et dans des vallées, en forêt ouverte et en bordure de forêt pluviale. Il est cultivé depuis le niveau de la mer jusqu’à 2500 m d’altitude, dans des régions où les températures annuelles moyennes sont de 14–26°C, où la température maximale moyenne du mois le plus chaud est de 25–35°C, la température minimale moyenne du mois le plus froid de –1°C à 18°C, et où la pluviométrie annuelle moyenne est de 700–4000 mm, avec une saison sèche de 7 mois maximum. Il tolère moyennement les gelées et le vent, mais ne supporte pas de fortes gelées. Il est particulièrement sensible aux dégâts provoqués par les incendies. Eucalyptus grandis prospère sur des sols argilo-limoneux ou des limons fertiles profonds et bien drainés, mais il aime aussi les sols sablonneux suffisamment profonds. Il convient aux endroits faiblement salins.

Multiplication et plantation

Eucalyptus grandis se multiplie facilement par graines. Le poids de 1000 graines est de 1,5–1,7 g. Les fruits demeurent fermés sur l’arbre pendant au moins 1 an après leur maturité, il est donc possible de faire deux récoltes de graines en même temps en récoltant une année sur deux. Les fruits contiennent 3–25 graines saines, 8 en moyenne, et une beaucoup plus grande quantité d’ovules non fécondés appelée “balle”. Les graines fertiles sont minuscules, ne mesurant environ qu’1 mm de diamètre. Les particules de la balle ont une couleur plus claire et ne sont que légèrement plus petites que les graines. Pour nettoyer les graines, il faut les trier en fonction de leur taille et de leur forme et pour cela les passer plusieurs fois au crible, avant de les séparer en fonction de leur poids. Les graines restent viables plusieurs années si elles sont conservées dans des récipients sous conditions fraîches et sèches. Elles ont bien supporté d’être conservées pendant 20 ans par congélation à –8°C ou par réfrigération à 10°C. Aucun traitement n’est nécessaire avant le semis, et la germination a lieu 7–14 jours après le semis. Les semis sont cultivés dans des récipients ou des sachets en plastique, et repiqués au champ lorsqu’ils font 20–30 cm de haut, ce qui nécessite de 2–6 mois. Les mauvaises herbes freinant considérablement la croissance, il est essentiel avant le semis de dégager le terrain par l’action mécanique ou chimique, si l’on souhaite obtenir ou maintenir des taux de croissance élevés. A la plantation, l’apport d’engrais est souvent très bénéfique. Les semis sont plantés à des espacements qui vont de 2 m × 2 m à 5 m × 5 m, quelquefois 3 m × 1 m. En Ethiopie, les agriculteurs étalent parfois des branches portant des fruits mûrs sur le site, puis une fois que les fruits se sont ouverts et que les graines se sont dispersées, maintiennent l’humidité du sol pour favoriser la germination. Lorsque les plants ont pris racine, les branches sont éliminées, après quoi le peuplement est éclairci de manière à obtenir le bon espacement. On peut aussi avoir recours aux sauvageons pour la plantation.

Les boutures de semis de petite taille prennent facilement racine, mais leur aptitude à l’enracinement cesse avant même que les semis n’aient atteint 1 m de haut à cause d’inhibiteurs naturels de l’enracinement qui sont produits par les feuilles. Toutefois, même chez les arbres adultes, les boutures de gourmands, que l’abattage ou l’annélation font apparaître à la base des arbres, conservent la capacité d’enracinement. Cette technique est particulièrement utile lorsqu’on multiplie des individus exceptionnels. Dès les années 1970, des plantations commerciales ont été créées par boutures racinées au Brésil, où la méthode est désormais utilisée pour mettre en place des plantations clonales de premier plan. Des vergers à graines clonaux ont été produits par greffage en Afrique du Sud, mais l’incompatibilité différée au point de greffe est un problème fréquent. On peut réduire considérablement cette incompatibilité en greffant des scions sur des porte-greffe qui ont les mêmes parents ou un seul même parent. Des méthodes de reproduction faisant appel à des techniques de culture de tissus ont également été mises au point.

Gestion

Un désherbage fréquent est nécessaire au cours des premières années qui suivent la plantation jusqu’à ce que la canopée se referme. En Zambie, on a constaté que l’apport de bore limitait énormément le dépérissement et améliorait la croissance. L’arbre s’élaguant naturellement, il n’est pas nécessaire de le faire. Eucalyptus grandis recèpe bien. En général, les rotations sont de 6–12 ans pour la production de bois de feu, de bois à pâte, de piquets et de bois de mine, normalement sans éclaircissage. Pour la production de grumes de sciage, on a recours à des rotations qui peuvent aller jusqu’à 30 ans, avec plusieurs éclaircissages jusqu’à ce que l’on obtienne une densité finale de 150–250 arbres/ha. Dans les systèmes de taillis, le nombre des rejets restant après le recépage doit être limité à 1–2 lorsqu’ils ont atteint 7–8 m de haut.

Maladies et ravageurs

Le chancre du tronc sévit dans les plantations d’Eucalyptus grandis et autres Eucalyptus spp. en Ethiopie. Il est dû à Botryosphaeria parva, et provoque le dépérissement et la mort des arbres en condition de stress. En Ouganda, Eucalyptus grandis est attaqué par Lasiodiplodia theobromae (Botryodiplodia theobromae), qui est associé aux chancres du tronc et au dépérissement. Les jeunes arbres sont contaminés par le flétrissement bactérien dû à Ralstonia solanacearum, qui peut provoquer leur mort. En Ouganda, les arbres sont également menacés par le champignon Ceratocystis fimbriata, responsable du flétrissement. Le champignon Diaporthe cubensis provoque un grave chancre en Amérique du Sud. En pépinière, on a enregistré de graves pertes dues à un chancre, provoqué par Cylindrocladium scoparium et responsable de l’annélation du tronc. Les champignons responsables du pourridié sont un problème préoccupant en Zambie. A basse altitude en Afrique, le champignon responsable de la maladie rose, Corticium salmonicolor, est important.

Les jeunes arbres sont très sensibles aux attaques de termites. En Zambie, on a signalé des foreurs de troncs Phoracantha et en Angola la pyrale des feuilles Bazura abruptaria. Eucalyptus grandis résiste mieux au charançon de l’eucalyptus (Gonipterus scutellatus) que bien d’autres Eucalyptus spp.

Récolte

Dans les systèmes de taillis, il vaut mieux abattre les troncs à la scie et non à la hache, afin d’éviter au maximum d’abîmer la souche et de limiter le risque d’infection cryptogamique. Si les grumes sont généralement rectilignes et bien formées, elles ont tendance à se fendre profondément lorsqu’on les tronçonne, en raison de la libération des contraintes de croissance, c’est pourquoi il est recommandé de les entourer d’un filin avant l’abattage. La pourriture du cœur peut apparaître chez les arbres de plus de 40 ans. Après la récolte, en conditions favorables, les plantations d’Eucalyptus grandis se régénèrent en rejetant de souche. On récolte normalement deux ou trois rotations de taillis avant qu’il ne faille replanter. Au début, les rejets ont une croissance plus rapide que les semis, mais cet avantage est neutralisé en partie par la mortalité des souches, dont environ 5% sont touchées par rotation en Afrique du Sud. Dans de nombreuses régions, les rejets se développent de façon uniforme quelle que soit la saison de la récolte.

Rendement

En Ouganda, un accroissement annuel moyen de 14–25 m³/ha est signalé pour les bons sites en savane, et de 17–45 m³ en forêt. Au Zimbabwe, les accroissements annuels moyens sont de 7–30 m³/ha en culture pluviale, contre 40 m³/ha pour les peuplements irrigués. A Madagascar, on a obtenu des rendements annuels qui atteignaient 86 m³/ha. Les rotations de taillis donnent généralement des rendements supérieurs aux rotations d’arbres issus de semis. A Muguga (Kenya), l’accroissement annuel moyen de la culture initiale d’arbres issus de semis s’élève en moyenne à 30 m³/ha, contre 46 m³/ha pour des cultures de taillis.

Traitement après récolte

Les grumes sont sensibles aux attaques de scolytes et sont sujettes aux fentes en bout. Les pertes peuvent être réduites au minimum en usinant les grumes dans les 3 jours qui suivent la coupe, en les tronçonnant en longueurs aussi longues que possible, et en les sciant avec minutie.

Ressources génétiques

La variation des provenances est considérable chez Eucalyptus grandis. Des essais de provenances ainsi que des vergers à graines ont été plantés à Madagascar. En Afrique du Sud, des génotypes moins prédisposés aux fentes en bout ont été sélectionnés. Des cartes de liaison génétique d’Eucalyptus grandis, d’Eucalyptus globulus et de leur hybride ont été dressées par analyse de marqueurs AFLP.

Sélection

Des hybrides d’Eucalyptus grandis et d’Eucalyptus urophylla S.T.Blake sont largement plantés au Congo et au Brésil, ce dernier conférant la résistance au chancre et aux champignons de la feuille auxquels le premier est particulièrement sensible. Les hybrides sud-africains d’Eucalyptus grandis et autres Eucalyptus spp. (Eucalyptus camaldulensis, Eucalyptus saligna, Eucalyptus tereticornis, Eucalyptus urophylla) ont donné de bons résultats aux essais, et des hybrides locaux sont en cours d’élaboration. Des plants transgéniques ont été obtenus à l’aide d’une transformation par Agrobacterium tumefaciens.

Perspectives

Eucalyptus grandis est une espèce à croissance très rapide, qui recèpe bien, mais la qualité de son bois n’étant que médiocre, il ne se prête pas particulièrement à la production de bois d’œuvre. En l’occurrence, les conséquences des contraintes de croissance limitent considérablement l’usage de son bois. Des techniques telles que le traitement à la vapeur ou le débitage sur quartier peuvent limiter les effets du bois de tension dans les sciages. Les caractéristiques favorables de son fût (rectitude, élagage naturel) prédisposent Eucalyptus grandis à la confection de piquets, de chevilles ainsi qu’à la construction légère, et son rôle de fournisseur de bois à pâte pourrait se renforcer en Afrique tropicale.

Références principales

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Sources de l'illustration

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Auteur(s)

  • Nyunaï Nyemb, Institut de Recherches Médicales et d’Etudes des Plantes Médicinales, B.P. 3805, Yaoundé, Cameroon

Citation correcte de cet article

Nyunaï, N., 2008. Eucalyptus grandis W.Hill ex Maiden. In: Louppe, D., Oteng-Amoako, A.A. & Brink, M. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 11 avril 2019.


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